Des palettes pour le feu le soir, des hamacs, des lits de camp et des matelas gonflables, un barbecue et même un écran télé « pour suivre le départ du Premier ministre, indique un gréviste d’Engie, avec une bonne dose d’ironie. On n’en attend pas grand-chose, vu que c’est plus un souci de fond que de forme qu’on a avec ce gouvernement, comme avec nos directions. C’est un tout, on a beau militer au sein d’un syndicat, on est tous tributaires de la politique de ce pays ».
« Bayrou casse-toi et emmène Macron avec toi » affiche un panneau CGT devant l’entrée bardée de pneus sur le site du boulevard Gueidon, dans le 13e arrondissement. Leur mouvement pour la revalorisation des salaires et contre la hausse des factures de l’énergie ne fait qu’un avec la colère sociale et populaire qui s’exprimera mercredi dans la rue. Avec 30 000 agents en grève reconductible depuis le 2 septembre en France, les énergéticiens ont entamé une action de longue haleine, destinée à rebattre les cartes pour les prochaines négociations annuelles obligatoires (NAO). En se battant pour les salariés et pour les usagers, le secteur se positionne en fer de lance d’un mouvement social qui grondera encore le 18 septembre.
Devant le tableau des astreintes, où chacun vient s’inscrire pour assurer un tour de garde permanente, Géraldine, électricienne, explique : « Nos secrétaires généraux font le point quotidiennement sur les suites de l’action. Mais on est encore nombreux à vouloir tenir et les soutiens arrivent tous les jours. » Retraité des IEG, Bernard confirme : « les anciens, les jeunes, les portuaires, les cheminots, toutes les sections locales de la CGT s’organisent pour assurer l’intendance. C’est cette solidarité qui fait notre force ». Et le soir même, c’est la section PCF du 13e qui s’y colle volontiers. « Ils offrent l’aïoli », annonce Michel Pruvost, militant CGT énergie, « pour fêter le départ, mais surtout pour organiser la suite », précise-t-il, convaincu « qu’un changement politique profond doit avoir lieu pour permettre aux forces les plus progressistes de prendre la main ».
Un besoin s’intensifie au sein des entreprises, pour ceux qui produisent les richesses, étranglés par un pouvoir d’achat en chute libre, de reprendre le gouvernail pour fixer un autre cap. « Travailleur, rejoins la lutte » ou encore « tu es une force pas un coût ». Partout autour du piquet, les pancartes engagent à l’action. « Pour beaucoup de salariés, nous savons qu’il est difficile de faire grève. Il y a cet étranglement financier, avec les salaires qui n’évoluent pas et le coût de la vie qui s’envole, les emprunts à payer… », reconnaît Frédéric Gonnella. Le secrétaire général CGT Ufict des Alpes-de-Haute-Provence se montre cependant optimiste : « quand on fait le tour des sites, on entend bien la colère. Et on touche aussi les usagers. Il y a eu quelques chefs d’entreprise qui sont venus s’intéresser à nos revendications ». à ses côtés, un agent ajoute : « Même l’huissier qui est venu sur le site a semblé réceptif… ».
Les restrictions budgétaires sur le dos des travailleurs sont de plus en plus difficiles à justifier pour le gouvernement, au regard des profits redistribués aux actionnaires qui ont encore progressé de 40% entre 2021 et 2024. « Les discours du gouvernement sont hors-sol », assure Bernard. Plus de 12 millions de foyers sont en situation de précarité énergétique. Et « l’année noire » annoncée passe encore par une hausse de facture : jusqu’à maintenant, la France pratiquait une TVA réduite à 5,5% sur l’abonnement et une TVA à 20% sur la consommation. La loi de finances 2025 a fait sauter ce plafond à compter du 1er aoûtdernier. « Comment, dans ces conditions, exiger des 68% des ménages qui ont restreint leur chauffage faute de pouvoir payer leur facture, de payer la note ? », s’indigne Frédéric Gonnella. La Fédération CGT des mines et de l’énergie (FNME) revendique la baisse de cette TVA sur l’abonnement et sur la consommation. Elle soutient à ce titre la proposition de loi présentée au Sénat, le 16 juillet, par Fabrien Gay pour le groupe communiste.
En soutien, Nicolas Guglielmacci, pour la CGT CPMM, voit dans le mouvement social qui se prépare « une agglomération des colères, sociale, politique et citoyenne » et appelle à participer. Cheminote, Charlotte assure également : « Le secrétaire général CGT des cheminots de Marseille sera présent ce mardi sur le piquet. Nous aussi, nous mettons la pression sur les 10 et 18 septembre ». Dans l’ouverture à la concurrence du service public ferroviaire qui se joue sur nos lignes, les cheminots refusent de voir leurs accords se faire lessiver.

Leave a Reply