Vider la mer

Deux morts et six blessés à Nice, lundi après-midi, un ado de 15 ans tué vendredi à Nantes, des gamins-tueurs embauchés sur les réseaux sociaux, comme l’a démontré le procès d’un recruteur à Paris, encore cette semaine. Toutes les barrières semblent tomber les unes après les autres, pour « gagner » un territoire, étendre son réseau, en clair : « Faire plus d’argent. » Les petites mains se font tirer dessus, des habitants perdent la vie, au gré des fusillades, tandis que, loin des cités et des quartiers populaires, les caïds dont le cynisme le dispute à la cupidité mènent grand train et pavanent à bord de voitures de luxe, comme le montre l’enquête menée dans le cadre du procès de chef présumé du clan Yoda qui s’ouvre ce lundi… La lutte qui se joue autant à l’échelle locale qu’internationale est d’autant plus ardue que les narcotrafiquants disposent d’un véritable trésor de guerre. Leurs profits sont colossaux. D’après l’observatoire français des drogues et des conduites addictives, le chiffre d’affaires de la drogue en France a triplé entre 2010 et 2023 pour atteindre près de 7 milliards d’euros en moyenne. Le constat est tout simplement alarmant : près de 1,1 million de Français auraient consommé de la cocaïne en 2023. À ce compte-là aucune « guerre » ne pourra être gagnée contre les drogues sans une véritable politique éducative, d’encadrement des jeunes cibles faciles des trafiquants comme le soulignent les initiateurs de l’Appel de Marseille, de prévention sanitaire et d’accompagnement addictologique, à grande échelle. Car la drogue est aussi une question de Santé publique. Mener le combat sur « tous les fronts », exige de n’en oublier aucun. À moins de vouloir s’échiner à vider la mer à la petite cuillère. Et continuer dans une surenchère sécuritaire aussi dangereuse que vaine.

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