Sous les bâches et drapeaux rouges de la CGT, les
« blouses blanches » affichent des visages inquiets ce mardi 12 mai, alors qu’elles se rassemblent devant le centre administratif André-Benech du CHU de Montpellier, où se concentre la grève. « Les chiffres qui nous ont été avancés, c’était potentiellement 12% de non-renouvellement de CDD ou de départs à la retraite. Quand on fait le calcul, ça correspond à peu près à 1 200 postes », annonce Pierre Renard, délégué CGT au CHU de Montpellier.
Ce qui inquiète les personnels médicaux et paramédicaux, ce n’est pas seulement ce plan social annoncé en haut lieu, mais aussi le fait que ces suppressions de postes coïncident avec l’arrivée de l’intelligence artificielle au sein de l’hôpital. « On n’est pas contre l’IA, mais contre le fait qu’elle aille remplacer l’humain au sein de l’établissement », précise Pierre Renard.
Une préoccupation partagée par tous les grévistes présents, qui redoutent d’une perte de compétence, notamment dans le milieu administratif. « Est-ce que l’intelligence humaine n’est pas supérieure à l’intelligence artificielle, surtout lorsque notre cœur de métier, dans un hôpital, c’est les soins ? », interroge Rana, infirmière de bloc opératoire diplômée d’État depuis 17 ans.
La copieuse enveloppe budgétaire de 14,9 millions d’euros accordée à l’établissement public par l’État, serait destinée à remplacer stratégiquement des postes administratifs par cette nouvelle technologie en vue, notamment, de réaliser des économies de temps et financières. Une logique qui ne parle pas à tout le monde : « Il y a peut-être des domaines d’application de l’IA qui auraient pu être liés aux soins », souligne l’infirmière de bloc opératoire, « nous par exemple, au bloc opératoire, on a la chirurgie assistée par robot, si cette enveloppe peut permettre d’améliorer les techniques chirurgicales, pourquoi pas, mais je n’ai pas l’impression que ce soit le projet ». L’arrivée de l’IA au sein du CHU suscite donc de vives inquiétudes.
« Ce qu’on veut réellement pour l’hôpital public, ce sont des moyens humains », martèle le délégué CGT Pierre Renard. Ce dernier rappelle qu’actuellement, le manque de personnel aux ressources humaines entraîne par exemple des retards dans l’établissement des contrats de travail et des fiches de paie et, plus alarmant encore, la CGT s’inquiète de la « charge de travail en constante augmentation » qui plonge le personnel de l’hôpital dans un épuisement professionnel qualifié lui aussi de « constant ».
« Ce qu’on réclame, c’est de remettre, comme avant, le personnel formé secteur par secteur, que ce soit administratif, ouvrier ou soignant, pour qu’on puisse travailler convenablement, avec des coefficients de remplacement corrects pour que chacun puisse bénéficier de son repos, de ses vacances », martèle l’infirmier Pierre Renard.
Les annonces faites quant au développement de l’IA au sein de l’hôpital inquiètent d’autant plus que, pour l’instant, il n’est pas question que cette technologie soit utilisée en complément des salariés, mais bien en remplacement de ces derniers. Un remplacement qui « peut être dangereux dans un secteur comme celui de la santé », estime le représentant syndical, alors que les personnels paramédicaux et médicaux autour de lui acquiescent.
Ce n’est pas la première fois que les difficultés rencontrées dans le secteur de la santé en France sont soulevées, et les solutions censées permettre des économies de temps et d’argent ne semblent définitivement pas faire l’unanimité.

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