Au Théâtre Joliette, une saison traversée par le politique et l’intime

Pour sa saison 2025-26, le Théâtre Joliette veut « accueillir le sublime », proclame son affiche qui esquisse une foule chatoyante. « On s’interroge sur la question de l’hospitalité et du refuge, qu’il soit physique ou intime », justifie d’abord Nathalie Huerta, directrice des lieux. Symbole d’un tel credo, l’un des premiers spectacles de cette rentrée : Taire de Tamara Al Saadi, auteur et metteur en scène qui réécrit Antigone en tissant l’interprétation de ce mythe avec l’histoire d’une jeune fille placée à l’Aide sociale à l’enfance. « Quant au sublime », précise celle qui est à la tête de cette scène spécialisée dans les expressions contemporaines, « l’idée vient du spectacle Cérémonies, du Raoul collectif, compagnon du théâtre, où il y a la notion de foule sublime. Car la question du collectif est sublime. Le théâtre est un endroit de rencontres et de débat. Il faut continuer à y croire malgré la violence, toutes ces guerres et génocides ».

Au son funeste de ces termes, comment ne pas penser à Bashar Murkus, artiste faisant partie de « ces Palestiniens d’Israël » et dont le théâtre, établi dans la ville d’Haïfa, « a été fermé depuis le 7 octobre », situe Nathalie Huerta, au sujet de cet artiste aux spectacles métaphoriques qui viendra présenter Yes Daddy les 18 et 19 novembre. « L’histoire d’un homme âgé qui perd la mémoire, et d’un plus jeune, qui est un travailleur du sexe. » Ce dernier « pense arriver pour commercialiser son corps » mais va finalement se révéler être « un fils, un frère » et lui permettre « de se remémorer ses souvenirs ». L’un des marqueurs d’une saison « plus que jamais internationale, poétique et politique », comme pourra l’illustrer l’invitation faite au collectif libanais de marionnettistes, Kahraba, pendant une semaine en décembre, mais qui s’exerceront aussi à l’art du clown aux côtés du metteur en scène marseillais François Cervantes.

Cultiver « Nos jardins »

Dans cette veine, que dire encore des auteurs, poétesses et slameuses rwandaises Lisette Ma Neza et Carine Poet, à la Joliette le 22 novembre. « On connaît tous le génocide qui a eu lieu au Rwanda. Quand j’y suis allée il y a quelques années, j’ai été marquée par la force des femmes qui portent aujourd’hui la réparation, la réconciliation, mais qui font aussi office de la mémoire et du futur », rappelle Nathalie Huerta. De politique, « au sens noble du terme », il sera encore question les 28 et 29 novembre avec Non-lieu, « théâtre documentaire » autour de la mort du militant Rémi Fraisse, atteint par une grenade tirée par un gendarme, mais dont le procès n’a jamais eu lieu malgré des preuves accablantes, indique la directrice de la scène de la Joliette. Et de pointer encore Nos jardins, (les 5 et 6 février), qui évoque le sens de la lutte, à travers l’histoire de jardins ouvriers détruits pour y implanter un centre commercial, face auquel deux groupes de jeunes vont respectivement résister, ou se plier.

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *