Dans l’Hérault, la gauche perd des communes et des certitudes

Cent mille. Selon le politologue Emmanuel Négrier, la gauche a perdu dans l’Hérault l’équivalent de 100 000 habitants. En dépit des affaires (Sète, Agde) ou d’une gestion hasardeuse de la droite (Castelnau-le-Lez, Lunel) ou de l’extrême droite (Béziers), la gauche dans son ensemble a échoué à conquérir de nouvelles villes. Aucune commune majeure qui était dirigée par la droite n’a basculé dans le camp progressiste dans l’Hérault.

En revanche, quel que soit le parti, la gauche a rendu les clefs de plusieurs mairies. La France insoumise n’a pas seulement échoué partout où elle se présentait seule (Montpellier, Lunel, Lodève…), elle a aussi perdu la seule commune qu’elle dirigeait dans l’Hérault. À Grabels, si René Revol gérait une équipe divers gauche, n’est-ce pas sa proximité avec Jean-Luc Mélenchon qui a été sanctionnée ? À Lodève, c’est le PS qui a failli. Avec une maire
-Gaëlle Levêque-qui ne se représentait pas et une candidate qui voulait rompre avec une partie du bilan, l’équation était bancale bien que soutenue par la présidente de la Région Carole Delga. Elle s’est avérée complexifiée par le refus d’une entente avec l’ancien député LFI Sébastien Rome. Résultat : la sous-préfecture repasse à droite avec Claude Laateb.

D’autres villes d’importance jusqu’ici gérées par une majorité divers gauche composite ont basculé. On peut citer Mauguio où l’héritier désigné d’Yvon Bourrel a été balayé dès le 1er tour au profit de Pierre-Martin Chazot (LR) ou Saint-Jean de Védas où le décès soudain du maire François Rio fin décembre a débouché sur 7 candidatures et la victoire de Patrick Hivin, proche d’Édouard Philippe (Horizons). Enfin, comment ne pas évoquer la surprenante défaite de Véronique Négret (union de la gauche) à Villeneuve-lès-Maguelone, en dépit d’une droite divisée.

Des communes conservées

La gauche a tout de même conservé plusieurs de ses fiefs notamment les deux plus importants : Montpellier et Frontignan. Dans la capitale régionale, Michaël Delafosse aura sans doute une opposition acharnée avec LFI et les colistiers d’Altrad. Mais, fort de son succès, il aura les mains libres pour suivre son « cap » pour Montpellier et sa Métropole. Malgré l’élection de 13 nouveaux édiles sur 31, M. Delafosse qui sera réélu maire samedi 28 mars (10h) par le conseil municipal devrait aisément conserver la présidence de l’intercommunalité où plusieurs socialistes (Renaud Calvat à Jacou, Eric Penso à Clapiers, Yvon Pellet à Saint-Geniès-des-Mourgues…) ou soutiens (Cyril Meunier à Lattes, Michelle Cassar à Pignan, Florence Brau à Prades-le-Lez…) ont été reconduits. En revanche, avec la réélection d’Hervé Marquès à Sète, le PS va devoir convaincre des maires du bassin de Thau pour faire fructifier la réélection de Michel Arrouy (PS) à Frontignan afin que Loïc Linarès (PS) conserve la présidence de l’Agglo de Sète.

Très affaiblie dans le Biterrois, la gauche reste bien implantée dans la plaine héraultaise. La réélection dès le 1er tour du socialiste Armand Rivière à Pézenas en est le symbole. Celui-ci pourrait d’ailleurs briguer la présidence de l’Agglo Hérault Méditerranée qui risque de tomber dans les griffes du RN avec la victoire d’A. Lopez-Liguori à Agde. Au-delà, ces municipales auront des conséquences politiques. La gauche pourra-t-elle conserver ses 3 sièges (Hussein Bourgi PS, Henri Cabanel* DVG, et Christian Bilhac PRG) au Palais du Luxembourg aux Sénatoriales de septembre ? Au moins l’un deux pourrait être fragilisé, l’extrême droite pouvant ravir un siège grâce à son emprise sur le Biterrois et le littoral.

Affaiblie par la droite et le RN, la gauche de Kléber Mesquida sera face à un défi lors les élections départementales de 2028. Surtout si la présidentielle 2027 tournait… à la catastrophe.

* Qui ne se représente pas.

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