Le Tour de France esquive les canicules mais pour combien de temps ?

Ivana Cvijanovic n’en croyait pas ses yeux. « Comment était-ce possible ? », s’amuse encore la chercheuse de l’Institut de recherche pour le développement au laboratoire Espace-Dev de Montpellier. Depuis cinquante ans, le Tour de France masculin a esquivé toutes les vagues de chaleur les plus extrêmes ayant frappé l’Hexagone. « Les coureurs arrivaient parfois dans une ville deux jours après un pic record », poursuit la climatologue qui a étudié les données climatiques sur le parcours de la célèbre course cycliste depuis 1974 et publie ses résultats dans Scientific Reports.

L’idée était d’évaluer la dégradation des conditions sur le parcours. « De plus en plus de cyclistes disent souffrir de la chaleur », souligne Ivana Cvijanovic. Au-delà d’un certain seuil, le corps humain peine à réguler la chaleur et l’effort intense n’est pas conseillé. Mais cela ne dépend pas uniquement du thermomètre : « Une température très élevée dans un air sec est moins problématique qu’une température plus basse dans un air humide », précise la chercheuse. Raison pour laquelle nombre d’organisations sportives utilisent l’indicateur Wet-Bulb Globe Temperature (WBGT) qui prend en compte la température ambiante, l’humidité de l’air, le vent et les radiations du soleil. L’Union cycliste internationale considère qu’un WBGT supérieur à 28°C présente un « risque élevé ».

Flexibilité

Depuis 1974, les périodes et les lieux confrontés à ce seuil de 28°C s’étendent. Le Sud-Ouest de la France, autour de Bordeaux et Toulouse, est particulièrement exposé avec des valeurs de WBGT supérieures à 30°C parfois enregistrées dans l’après-midi. Tout comme les environs de Nîmes. Une zone à risque émerge également dans le centre de la France, incluant Paris.

La bonne étoile qui a suivi le Tour de France jusqu’à présent pourrait donc ne pas l’accompagner éternellement. « L’organisation et les cyclistes pourraient être confrontés à des situations difficiles à l’avenir, souligne Ivana Cvijanovic. À moins qu’ils ne puissent être flexibles. » Par exemple en décalant les départs vers les heures plus favorables de la matinée ou en privilégiant les régions les moins à risque lors de la définition du parcours. « Les zones de montagne sont épargnées par des valeurs élevées de WBGT », note-t-elle.

En attendant, Ivana Cvijanovic souhaite étudier l’effet de la chaleur extrême sur le corps humain lors d’un effort intense et prolongé. « Il subsiste des zones d’ombre », souligne la chercheuse. Et l’intérêt n’est pas purement sportif : « Cela aide à comprendre l’effet de la chaleur sur la population générale, notamment les personnes les plus vulnérables [voir interview, Ndlr] », précise-t-elle. Raison pour laquelle elle convoite les données physiologiques anonymisées des cyclistes. « Mais tout cela est très confidentiel, regrette-t-elle. Nous serions ravis qu’une équipe accepte de collaborer. »

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