En 1995, avec Toulon et Marignane, Orange devient l’une des quatre villes conquises par le Front national. Depuis, elle est la seule à être restée à l’extrême droite, malgré les changements d’étiquettes du maire Jacques Bompard, passé au MPF puis à La Ligue du sud. Il a été reconduit dès le premier tour en 2001, 2008 et 2014, devant passer de peu par un second tour en 2020. Avant que la justice ne le rattrape et le condamne définitivement, en novembre 2021, pour prise illégale d’intérêt avec cinq ans d’inéligibilité. Son fils, Yann, a pris la suite avant, lui aussi, d’être privé par la justice de ses mandats, le 26 janvier dernier. Bien que démis d’office par le préfet, il s’accroche à son poste pour terminer le mandat.
en cacher un autre
La politique associative des Bompard ? Elle a conduit l’ex-maire PS Alain Labbé, devenu élu d’opposition, à démissionner après le vote du premier budget de la mandature en 1996. « Il prévoit la suppression ou la diminution de subventions à des associations sociales ou culturelles », déplorait alors Alain Labbé, cité par La Provence. En 1995, le Secours populaire touche une subvention de 8 000 francs, soit l’équivalent de 2 000 euros à monnaie constante selon l’Insee. Ces dernières années, l’association s’est contentée de la moitié de la part de la Ville.
Fin 2013, une polémique éclate après la suppression d’une subvention de 1 000 euros, accordée aux Restos du cœur quelques mois plus tôt. La mairie motive sa décision par le fait que l’association ne participe plus à des réunions avec d’autres acteurs caritatifs. Les Restos du cœur refusent en fait de livrer le nom de ses bénéficiaires, l’inconditionnalité de l’anonymat étant un principe de l’association. En 2015, le député Jacques Bompard dépose même une proposition de loi visant à contrôler les subventions versées aux associations. « Il faut privilégier, dans l’attribution de ces subventions, les citoyens et l’identité française pour préserver l’unité nationale et l’amour de la Patrie », assène le texte législatif.
Dans son rapport de juin dernier, la chambre régionale des comptes (CRC) note que, entre 2018 et 2023, la part totale des subventions est « passée de 13% à 7% pour l’action culturelle et de 14% à 6% pour la politique familiale ». Plus globalement, la CRC parle d’une gestion « atypique » des finances de la commune. « La situation est, à mon sens, remarquable », se félicite au contraire Jacques Bompard, au début de l’été 2025, dans un hors série d’Orange vérités, le magazine municipal. Censé être hors circuit politique, l’ancien maire livre son analyse, en premier avant son fils, au prétexte que le rapport de la CRC porte sur des années où il était au pouvoir. Un pouvoir dont il est resté proche, passant quotidiennement en mairie, le conseil municipal lui octroyant même, en mars 2024, le statut de collaborateur bénévole, avant que le préfet n’y coupe court.
Alors que l’inéligibilité de Jacques Bompard courait jusqu’en novembre 2026, la cour d’appel de Nîmes l’a remis en selle, le 27 février, en écourtant cette peine. Le jour même, il annonçait sa candidature aux municipales, aux côtés de son fils, désigné... directeur de campagne. Cela vaudrait bien une belle subvention à une association œuvrant pour le recyclage.
Retrouvez l’intégralité de cette enquête collective été réalisée par La Marseillaise, Le Poing, l’Arlésienne, le Collectif de journalistes indépendants Presse-Papiers, Jean-François Poupelin et Raphael da Silva grâce au soutien financier du Fonds pour une presse libre :
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