[Entretien] Manuel Amoros : « La rivalité demeure, mais une partie de l’âme du Classique s’est perdue »

La Marseillaise : Vous avez vécu les grandes années du Classique à l’ère Tapie (1986-1993). Quels souvenirs vous gardez de ce grand rendez-vous plus de trente ans plus tard ?

Manuel Amoros : C’était notre principal rival. À l’époque, Bernard Tapie tenait particulièrement à ce qu’on réalise de grands matches et qu’on les batte à chaque fois. Il savait parfaitement comment nous galvaniser pour ces rendez-vous. Quelques jours avant le match, il était présent, venait nous parler et nous mettait la pression, comme on dit, pour nous faire comprendre l’importance de ces rencontres. C’est lui qui avait véritablement contribué à créer cette rivalité. Lui, qui était Parisien, avait pris les rênes de l’OM et voulait absolument gagner chaque match contre Paris. Les autres rencontres, il s’en souciait moins, mais ces deux matches, à l’aller comme au retour, étaient très importants pour lui.

Et sur le terrain ?

M.A. : Il fallait mettre de l’envie, de l’engagement et de la bonne agressivité pour pouvoir passer 90 minutes plus sereinement. Parce qu’à l’époque, le Paris Saint-Germain avait une très bonne équipe. Si on les avait laissés jouer, je pense qu’on n’aurait peut-être pas remporté autant de matches contre eux. Mais, dès le coup d’envoi, il fallait montrer qu’on était là, présents, imposer notre rythme, jouer notre jeu et les faire reculer au maximum.

Au-delà de la rivalité entre les dirigeants historiques, il y a aussi l’éternelle opposition entre la capitale au Nord et la deuxième ville de France au Sud…

M.A. : Aujourd’hui, ça reste un Classique, bien sûr. Il y a toujours cette opposition entre le Nord et le Sud, entre Paris et Marseille. Mais la donne a complètement changé, notamment avec les moyens financiers dont disposent les deux clubs. Grâce au Qatar, le PSG a aujourd’hui un budget sans commune mesure avec celui de Marseille, ce qui lui permet de recruter différemment et d’offrir des salaires beaucoup plus importants. Pour moi, le Classique existe toujours, mais il ne ressemble plus à celui que nous avons connu. Il y avait des personnages qui avaient contribué à créer cet événement, à lui donner une véritable dimension, et ces personnages ne sont plus là. La rivalité demeure, mais une partie de son âme s’est perdue. À l’époque, le public était véritablement galvanisé par ce match. Toute la ville vivait au rythme du Classique. Aujourd’hui, je ne sais même pas si le stade sera plein dimanche… C’est dire à quel point l’engouement n’est plus tout à fait le même.

Malgré les récentes contre-performances, parvenez-vous à rester optimiste pour dimanche ?

M.A. : Pour ce match-là, je ne pense pas que ce soit vraiment à l’avantage de Marseille. Le Paris Saint-Germain n’a pas joué cette semaine, contrairement à Marseille. Entre la récupération et le voyage, ça risque de peser, surtout avec un effectif qui, en termes de qualité comme de quantité, me paraît assez limité. Genesio a fait tourner contre Besiktas et a donné du temps de jeu à des joueurs qui jouent moins habituellement. J’aimerais être optimiste, mais ça ne sera pas une partie de plaisir.

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