[Entretien] « On va créer une inégalité hydraulique avec les digues du Coulon »

La Marseillaise : Vous organisez samedi en fin de journée une balade/rassemblement à Robion pour mettre en avant 17 km d’îlots de fraîcheur. Dans quel but ?

Pierre Leclerc : On souhaite fêter un double tour de force d’avoir réussi à déposer en 15 jours deux recours en justice contre deux étapes d’expropriations et d’aménagements des digues du Coulon. C’est aussi une occasion de se rencontrer entre différents acteurs associatifs. Enfin, l’idée est de faire connaître le Coulon bleu, où il y a tout le temps de l’eau l’été. Ceux qui viendront samedi verront qu’il coule à flots, qu’il y a des cascades malgré la sécheresse. C’est un privilège d’avoir 17 kilomètres de rivière, en plus à l’ombre. Et quand on voit que Cavaillon est promise à être une des villes les plus insupportables à vivre face aux températures [selon un classement du Parisien], c’est étonnant qu’on soit amené à raser ces 17 km.

Vous parlez de recours. Sur quoi portent-ils ?

P.L. : Il y a un premier concernant des expropriations à Robion porté par trois riverains du Coulon, quartier de la Tengude. L’agglomération Luberon Monts de Vaucluse veut y refaire les digues d’ici à 20 ans. Il y a un deuxième recours, beaucoup plus important, avec 5 associations et 9 riverains, côté Cavaillon, pour s’opposer au commencement des travaux prévus l’année prochaine par le SIRC (syndicat intercommunautaire rivière Calavon-Coulon). On attaque sur tous les aspects écologiques. Les travaux consistent à raser des digues existantes pour les remplacer par des digues inégales. Parfois on peut admettre, comme sur l’île de la Barthelasse, un côté sacrifié car il est 30, 40 ou 50 fois moins peuplé que le côté protégé. Là, on va créer une inégalité hydraulique aux dépens de la population la plus nombreuse, soit environ 900 personnes, pour protéger, avec une digue dite insubmersible les 200 hectares du quartier agricole du Grès qui compte 300 personnes. Au lieu que l’eau aille des deux côtés, elle n’ira plus que d’un côté. Tout ça derrière pour obtenir des terrains constructibles.

Il y a un an, vous alertiez sur l’absence de plan de prévention des risques inondations (PPRI) du Coulon aval. Le dossier a depuis été relancé…

P.L. : Oui, alors qu’il date de 2002… Il devrait y avoir une enquête publique à la fin de l’année. On a eu droit à une nouvelle consultation avec trois réunions publiques en juin assez houleuses. Pour nous ce PPRI reste scandaleux. C’est notre motivation principale à l’association depuis 13 ans : il y a des zones inondables totalement cachées, des milliers de gens à L’Isle-sur-la-Sorgue, au Thor, à Châteauneuf-de-Gadagne, à Velleron et jusqu’au centre d’Entraigues qui sont inondables et dont le risque est caché dans le PPRI.

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