[Parole de maire] Philippe Armengol : « On est un petit village mais on a de grosses ambitions »

C’est le rendez-vous du lundi deux fois par mois dans La Marseillaise. Aujourd’hui Philippe Armengol, maire (DVG) de Velleron (84).

En interrogeant sans concession les premiers magistrats des communes de Provence et des Alpes, sur les chantiers, leurs décisions, leurs perspectives, La Marseillaise met en lumière la vie des communes, cellule de base de la République.

La Marseillaise : Vous avez été réélu pour un second mandat, sans liste concurrente en face contre 4 en 2020. Le signe d’avoir bien travaillé ou d’un manque
de vitalité démocratique ?

Philippe Armengol : On est modeste avec mon équipe mais le travail, la proximité aussi, le fait qu’on explique nos choix, qui ne sont pas toujours majoritairement validés par la population, font qu’ils deviennent plus acceptés. Notre projet sur le mandat précédent était de s’adresser à tout le monde, des plus jeunes jusqu’aux seniors. C’est ce qu’on a fait. Tout en s’occupant autant des enjeux économiques, sociaux et environnementaux. J’englobe aussi dans cette réussite nos agents [une quarantaine] qu’on a remis au centre de l’échiquier.

Quels vont être vos projets majeurs du mandat ?

P.A. : On a des gros gros chantiers en cours. Comme sur la voirie, chemin des Gypières en entrée de village, à 1,6 million d’euros. On va aussi enfin régler un gros point noir de sécurité routière en créant un giratoire sur la D938, celle qui fait Cavaillon-Monteux. Depuis 20 ans, il y a un carrefour très accidentogène. On a réussi à trouver un compromis avec le Département et le Grand Avignon, il sera créé cette année. Un autre gros chantier en cours, celui de la rénovation énergétique totale de l’école qui doit se terminer en septembre. Donc plusieurs gros projets à cheval sur les deux mandats se concrétisent dont on va bénéficier sur les années à venir. Côté école, on est repassé en régie municipale pour la cantine en janvier dernier. C’est un projet très vertueux économiquement, écologiquement et socialement. C’est parfait pour le maintien de l’agriculture locale, pour le choix de la traçabilité. On tient à la cohésion sociale aussi, on a un centre de jeunesse qui propose des activités superbes mais on veut travailler aussi avec les seniors. Sur la mobilité douce, le but est de faciliter l’accès de tous les gens en toute sécurité, quel que soit le quartier où ils vivent, au village ou à la colline. La végétalisation, les îlots de fraîcheur, on continue d’y travailler. Rayon attractivité économique, nous avons un marché agricole de producteurs exceptionnel. C’est le seul de la région ouvert tous les jours d’avril à octobre, sauf le dimanche, et qui accueille plus de 70 producteurs. On souhaite maintenir ce niveau d’exigence. C’est un lieu de vie, de rencontre sociale, ça fédère, ça fait de la fraternité, et c’est ce qu’on veut pour le village.

Vous insistez sur le volet écologique, cela rejoint aussi votre délégation de vice-président au Grand Avignon

P.A. : Oui, j’ai conservé le volet environnement, climat, biodiversité. On a déjà fait beaucoup mais il y a encore de gros enjeux. À Velleron, nous avons commencé à être producteur d’énergie. On a installé des panneaux solaires sur les vestiaires du stade pour réaliser de l’autoconsommation patrimoniale. Tout ce qu’on va produire, sert à diminuer la facture de l’énergie consommée dans les bâtiments municipaux. Nous avons comme volonté aussi d’installer d’autres panneaux photovoltaïques pour une consommation collective en impliquant les citoyens. C’est un projet commun, qui encore une fois, unit et crée une solidarité. En toute modestie, on est un village qui a pris une autre dimension, par notre rayonnement et notre façon de faire. On est un petit village mais on a de grosses ambitions. Je pense que lundi dernier en a été le témoignage. On a organisé une marche blanche pour Lyhanna. Il y a eu des centaines de personnes venues de Cavaillon, de Pernes, de L’Isle-sur-la-Sorgue, de Saint-Rémy, parce qu’elles savent qu’on a une sincérité dans nos démarches.

Il y a aussi deux dossiers importants en suspens à Velleron : le projet d’urbanisation de la Grande Bastide et l’ex-hôtel Zoom désaffecté, temple de l’urbex.

P.A. : Pour Zoom, il y avait un projet de nouveau complexe hôtelier qu’on avait validé. Mais le propriétaire privé ne donne plus de nouvelles, c’est dommage. Sur la Grande Bastide [projet de lotissement de 200 logements sur un terrain de 7 hectares, combattu par la Ville et l’État avec plusieurs manifestations], ça reste aussi un sujet fédérateur dans le village. En décembre 2024, le tribunal administratif a donné raison à l’aménageur mais qui n’a rien entrepris depuis. Nous soutenons l’État dans sa démarche auprès de la cour d’appel de Toulouse mais nous ne savons pas quand cela sera audiencé. J’ai rencontré, en décembre, le ministre de la Transition écologique Mathieu Lefèvre, on a des échanges réguliers depuis. Je viens de recevoir le mémoire en appel de l’État. Le projet met très clairement en péril la commune.

Quelle satisfaction avez-vous dans votre mandat, au vu des nombreuses contraintes économiques et des critiques faciles ?

P.A. : Il ne faut pas se leurrer, c’est complexe. Mais pour autant, il y a tellement d’enjeux et de valeurs qu’on veut faire perdurer, comme la solidarité, la tolérance, l’humanisme, la transition écologique, qu’on se doit de les maintenir dans le village. Être élu de nos jours, c’est compliqué, mais on a la fierté à défendre ces valeurs, comme devant le ministre. Il peut y avoir des moments de découragement, mais jamais au point d’abandonner. Le fait d’être en équipe, avec des agents super, cela maintient. J’évacue beaucoup par le sport [il pratique des trails ultra longue distance, jusqu’à 170 km]. C’est vraiment une soupape indispensable dans mon équilibre. J’en dresse des parallèles avec le rôle de maire : un ultra-trail, c’est la gestion sur la durée, on ne doit pas descendre trop bas, ni aller trop haut dans l’euphorie. Tout comme quand on est maire avec un objectif et des projets. J’ai aussi souhaité garder mon activité professionnelle, même un jour par semaine comme professeur des écoles aux Amandiers à Carpentras. C’est une façon de garder un pied dans le réel. Quand on parle de pouvoir d’achat en tant qu’élu, je le vois avec mes parents d’élèves.

Les élections sénatoriales approchent aussi. Allez-vous prendre parti ?

P.A. : Je suis en réflexion, c’est un sujet que je suis de près mais ma priorité c’est le village. Les deux sénateurs sortants qui se représentent [Jean-Baptiste Blanc, LR, et Lucien Stanzione, PS] ont fait le job. L’idée serait que les deux puissent être réélus.

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