Les secteurs de Marseille en un coup d’œil

Celle de l’ère Gaudin ouverte en 1995 et que l’on pensait achevée il y a six ans. Car si le Printemps marseillais a bien remporté les élections municipales de 2020, cette victoire lui fut contestée durant tout un mandat par ses héritiers aux manettes à la Métropole. Les Marseillais, eux se sont retrouvés comme pris en étau entre cette municipalité de gauche symbole de leur aspiration au changement et l’exécutif politisé d’un établissement public de coopération intercommunale, détourné de sa fonction première. Ils ne l’ont pas digéré. Le résultat de dimanche est sans appel.

Mairie 1er secteur

Avec 14 129 voix et 47,44% des suffrages, Sophie Camard, la maire sortante (GRS) des 1er et 7e arrondissements est réélue haut la main. C’est 11 points de moins qu’en 2020 lorsqu’elle s’était imposée dans une triangulaire mais le contexte était différent : la liste insoumise de Sébastien Barles (Vaï) qui était en lice avec elle dans ce second tour a récolté 18,02% des suffrages. Plus significative en revanche sa progression de 2 800 voix d’un dimanche à l’autre. Si l’écologiste dissident stagne, la représentante du Printemps marseillais en gagne deux fois plus que Clémence Parodi, la candidate de l’extrême droite (RN) qui progresse de 1 400 voix. Romain Simmarano (Ren.), le candidat de la droite, pourtant servi par une omniprésence médiatique, est le seul à régresser. Il perd en route plus d’un tiers de ses électeurs du 1er tour.

Mairie du 2e secteur

Dans ce fief de la gauche, terre d’élection de Benoît Payan en 2020 et de parachutage réussi pour les députés LFI Jean-Luc Mélenchon (2017) et Manuel Bompard (2022 et 2024) alors élus sous l’étiquette du NFP, Anthony Krehmeier (PS) n’a pas vraiment tremblé. Arrivé en tête au 1er tour (5 852 voix), il est élu au second (49,76%) avec 2 000 voix supplémentaires. C’est trois points de plus que le score réalisé par le Printemps marseillais en quadrangulaire il y a six ans avec, là aussi, un candidat insoumis face à lui : Alladine Abdallah Salim (LFI) arrive en seconde position de la triangulaire (29,30%) de dimanche. En une semaine, l’insoumis progresse de 700 voix, comme Marie Bermejo (RN), la candidate de l’extrême droite créditée de 20,30%. Dans ce secteur populaire de l’hypercentre marseillais, l’abstention (66,5%) est restée au-dessus de la moyenne de la ville.

Mairie du 3e secteur

Le maire écologiste (EELV), Didier Jau, domine largement (44,48%) la quadrangulaire qui se jouait au second tour, dimanche, dans les 4e et 5e arrondissements. Un score en baisse de 12 points par rapport au résultat obtenu par Michèle Rubirola, alors tête de liste du Printemps marseillais sur la ville. Mais là encore, le contexte est différent. L’élue écologiste s’était imposée en triangulaire et Didier Jau avait sur sa route l’insoumise, Léa Bijaoui, (20,05%) qui progresse de 1 500 voix entre les deux tours. Avec 16 245 voix, Didier Jau augmente lui de plus de 2 600 suffrages et devance le candidat du RN Thomas Battesti (23,96%) en progression de 1 700 voix. Signe de la bascule à gauche de ce secteur, Bruno Gilles (Hor.), l’ancien député – maire du secteur, poursuit son reflux (11,49%). Il est le seul des quatre finalistes à perdre des voix entre deux tours : près de 1 700…

Mairie du 4e secteur

Olivia Fortin (Mad Mars) avait été élue il y a six ans dans le fief de la gaudinie grâce au maintien du candidat macroniste, Yvon Berland, dans une quadrangulaire mortelle pour la droite. Cette fois, la victoire de la représentante du Printemps marseillais ne doit rien à personne. Le score (51,51%) de la maire sortante, dans le secteur qui a le plus voté de la ville, progresse de dix points par rapport à 2020 (41,78%). C’est le meilleur résultat du printemps sur ce second tour. En une semaine, elle progresse de 9 000 voix, deux fois plus que le candidat d’extrême droite, Jean-Baptiste Rivoallan (UDR), qui en gagne 4 000 entre les deux tours et se voit crédité de 38,46% des suffrages. L’équivalent de ce qu’a perdu Catherine Pila (LR) entre les deux tours. Elle dévisse de sept points et franchit péniblement les 10%…

Mairie du 5e secteur

Encore député (maire) du secteur il y a 18 mois, Lionel Royer-Perreaut (Ren.) a laissé un grand vide dans lequel n’a pas manqué de s’engouffrer l’extrême droite. Après avoir choisi en 2024, Olivier Fayssat (UDR), comme député, les habitants du secteur ont cette fois élu une maire issue des rangs du Rassemblement national. Conseillère régionale, entrée en politique en 2019 avec Stéphane Ravier, Eléonore Bez (50,41%) progresse de 4 000 voix entre les deux tours. Largement moins que Pierre Huguet, le candidat (G.S) du Printemps marseillais qui engrange 7 800 suffrages supplémentaires (40,95%) mais suffisant pour l’emporter dans une triangulaire où Laure-Agnès Caradec, la présidente de la fédération LR des Bouches-du-Rhône, perd neuf points en une semaine pour échouer sous la barre des dix.

Mairie du 6ème secteur

Dans ce secteur marqué par l’affaire des fausses procurations lors des municipales de 2020, la droite républicaine – qui il y a six ans comptait un député, une sénatrice, un maire de secteur et représentait 44% des suffrages cumulés au second tour – s’effondre au profit de l’extrême droite. L’ultime démonstration du grand remplacement. Sylvain Souvestre, le maire (LR) sortant, résiste pourtant bien avec 14,31% des suffrages. Il perd 3 000 voix entre les deux tours alors qu’Olivier Rioult, le candidat RN, encore collaborateur de Martine Vassal à la Métropole il y a deux ans, en gagne plus de 4 000 et décroche la mairie avec 49,59% des suffrages. Yannick Ohanessian (PS) bénéficie d’un report des électeurs de la France insoumise sortie au 1er tour et d’une participation en hausse de 4 points pour progresser de 5 400 voix (36,9%). Pas suffisant pour le Printemps marseillais.

Mairie du 7eme secteur

Dans l’opposition à la mairie centrale depuis 1995, les 13e et 14e arrondissements de Marseille passés entre les mains du FN entre 2014 et 2020, rebasculent à gauche et se positionnent surtout enfin dans le camp des vainqueurs à l’hôtel de ville. La victoire de Tina Biard, la candidate (DVG) du Printemps marseillais, est assez nette au final (50,89%) poussée par le désistement de l’insoumis Mohamed Bensaada, arrivé en 4e position au 1er tour (13,10%). Avec 22 485, elle fait plus que doubler son score en une semaine, et plus que le score cumulé de toutes les listes de gauche au 1er tour. Sans doute le fruit aussi de la hausse de 6 points de la participation entre les deux tours… Sandrine d’Angio (RN) progresse de 3 000 voix (42,56%) et la maire sortante, Marion Bareille (DVD) en perd 2 000 (6,54%).

Mairie du 8eme secteur

Avec une participation de 42,27% en hausse de cinq points entre le 1er et le second tour, les deux arrondissements situés à l’extrême nord de Marseille sont ceux qui se sont le moins mobilisés de la ville. Arrivée en tête du second tour avec 46,07% des suffrages, Samia Ghali (DVG) progresse de huit points par rapport à 2020. Entre les deux tours, la maire-adjointe de Benoît Payan à la mairie centrale, a gagné 2 600 voix, quand Thibaut Charpentier (RN) en récupérait 1 200 (32,33%) et Rabyata Boinaheri, l’insoumise, en perdait une pour finir à 21,62%. De quoi interroger sur le poids réel du député insoumis Sébastien Delogu, élus en 2022 et 2024 sous la bannière de la Nupes puis du Nouveau front Populaire. Celui qui voulait dégager Benoît Payan de son fauteuil aura fort à faire pour conserver le sien en 2027.

Voir ICI en grand l’infographie d’Yves Souben.

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