[Lecture] On achève bien les chevaux

Disons-le tout net : L’Ivresse de la violence est un roman terrible qui éprouve cœur et conscience et ferait douter de l’humanité. Un livre néanmoins indispensable dans une période de réécriture de l’Histoire. Qui s’inscrit à contre-courant du révisionnisme qui sévit en Lituanie, en Roumanie ou en Hongrie, où l’on réhabilite les anciens dirigeants fascistes et les collaborateurs du nazisme. Qui s’inscrit en faux contre le blanchiment idéologique du Régent Horthy, le Pétain hongrois, qui aurait, comme le maréchal français, sauvé des juifs, alors que les lois antisémites sont votées en 1938 et, qu’entre mai et juillet 1944, 437 000 juifs hongrois sont expédiés à Auschwitz.

Mais le roman éclaire d’une lumière crue plus précisément les quatre mois, du 15 octobre 1944 au 13 février 1945, où, avec la complicité des nazis, le pouvoir tombe entre les mains des Croix-Fléchées de Ferenc Szálasi. Quatre mois d’une haine aveugle, totale, où l’on traque juifs, tziganes, communistes, socialistes, anglophiles, avec une violence débridée, dans un espace restreint, Budapest, devenu quasiment un huis clos. Dieu, naturellement, est aux côtés des Croix-Fléchées, en la personne du prêtre András Kun, à la tête d’un escadron de la mort, torturant, violant, exterminant tous les occupants de l’hôpital juif de Buda, 140 personnes, malades et soignants, dans une orgie barbare inimaginable avant d’organiser les noyades collectives quotidiennes.

Briser le mur du silence

Sidéré des découvertes qu’il a pu faire, l’auteur a choisi la forme romanesque pour traduire le choc qu’il a subi. Et, c’est par le truchement de Renner, petit patron marié à une juive, qui ne doit son salut qu’au camion dont les Croix-Fléchées ont besoin, que nous allons vivre ces mois d’horreur absolue.

Navigant entre espoir et désespoir, témoin de violences inouïes, où « frères et sœurs » fascistes rivalisent dans la perversion et le sadisme, Renner n’a de cesse de retrouver sa femme et sa maîtresse, juives toutes deux. Obligé, à son corps défendant, de participer à d’ignobles besognes, il ne perdra jamais cependant une certaine humanité. Celle qui permet au lecteur de supporter l’atroce chemin de croix que suivent, pendant ces quatre mois, des salles de torture au bord du fleuve gelé, plus de 12 000 victimes.

« L’Ivresse de la violence » de Gábor Zoltán Belfond 362p. 23€

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