[EQDD Ouest France] Sens du Bois réinventent la filière « bois d’œuvre » à Pouzauges

Les Sens du Bois, c’est une aventure enracinée dans plus de 20 ans d’engagement local vendéen. Sur le territoire du Pays de Pouzauges, « la préservation du bocage ne date pas d’hier. Précurseurs, les élus et les agriculteurs avaient dès les années 2000 misé sur les chaudières biomasse et la valorisation du bois issu des haies locales », précise Morgane Gabard, coordonnatrice du projet. Une filière bois-énergie s’était structurée avec un partenariat fort entre communes et agriculteurs, pour alimenter les chaufferies avec du bois déchiqueté, issu d’une gestion durable des haies.

La Manufacture
de Proximité

Au fil des années, un constat s’impose : une partie du bois utilisé pourrait être valorisée autrement. Certains arbres étant assez qualitatifs pour devenir du bois d’œuvre, bien plus rentable, avec une valorisation quatre fois supérieure à celle du bois de chauffage ! C’est dans cette logique que le collectif réfléchit donc à une filière « bois d’œuvre ». Rapidement, l’idée d’un tiers-lieu du bois prend forme avec la mutualisation des moyens, la mise en place d’une plateforme de stockage et de séchage, la sensibilisation au savoir-faire… « Et surtout : une ambition partagée de structurer une nouvelle filière locale et durable », poursuit Morgane Gabard.

En 2022, une étape majeure est franchie. Le projet obtient le label Manufacture de Proximité, dans le cadre du plan France Relance. Conçu pour soutenir les tiers-lieux de production et de formation, ce label donne un coup d’accélérateur au collectif. « Grâce à ce levier, une dynamique formelle se crée, en juillet 2023, la SAS-SIC Les Sens du Bois voit officiellement le jour, rappelle la responsable. Le choix du statut de société coopérative d’intérêt collectif n’est pas anodin : il permet de mêler acteurs privés et publics autour d’un projet commun. »

Dès lors, quatre axes d’activité structurent la coopérative : la location d’atelier et de machines (pour les artisans et porteurs de projet), la formation (qui devient le cœur économique de la structure), la sensibilisation (avec des actions grand public et des ateliers), et enfin la sous-traitance. Notamment pour répondre aux commandes de mobilier des collectivités locales, sans concurrencer les artisans du territoire.

Une « filière complète »

Ce qui fait la force de la structure Les Sens du Bois, c’est sa vision de filière complète. « Depuis longtemps, les acteurs locaux avaient tissé un écosystème avec la collecte de graines locales, les plantations, le suivi des arbres, l’abattage ou encore le sciage, complète Sébastien Brin, président de la SAS-SIC Les Sens du Bois. Tout était déjà en place. La SIC n’a fait qu’ajouter les maillons manquants comme le stockage et le séchage, la transformation et la valorisation d’espèces locales. Une vraie boucle vertueuse ».

Mais un frein majeur persistait avec le financement de l’entretien des haies, crucial pour maintenir cette ressource. L’agriculteur n’est pas rémunéré pour cet entretien par la PAC. C’est là qu’intervient l’association Bocage d’Avenir, créée pour mobiliser des financements privés et ainsi compenser à 100% les frais d’entretien pour les agriculteurs engagés. Une innovation de plus dans une dynamique de territoire exemplaire.

« Aujourd’hui, Les Sens du Bois est aussi un lieu d’insertion avec la Mission Locale, via un parcours de remobilisation par le travail du bois. Un travail qui permet à des jeunes de reprendre confiance », ajoute Morgane Gabard. La structure a aussi récemment ajouté une corde à son arc en proposant du conseil et de l’accompagnement en structuration de filières. « Car, ici, chaque arbre compte. Et chaque maillon renforce la chaîne d’un bocage vivant », conclut Sébastien Brin.

Par Sandrine Pelletier- Ouest-France

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