Debout à Toulon pour le progrès social et le bien commun

« La casse des services publics ? En tant qu’enseignante je suis bien placée hélas pour vous en parler », commence Carine Siviliano (FO) en pointant qu’« avec 30 à 40 gamins par classe on ne peut plus faire le boulot comme on le faisait avant ». Et de poursuivre, remontée : « C’est exactement comme dans les hôpitaux, quand tu as 75 patients pour deux infirmiers sur un étage… Le soir quand ils rentrent chez eux, ils peuvent avoir fait tout ce qu’il leur était possible, n’empêche qu’ils n’ont pas correctement accompli leur mission faute de moyens. »

« Un mouvement comme ça, ça donne toujours de l’espoir, en tout cas c’est le moment ou jamais », conclut-elle, ragaillardie par la belle participation qui s’annonce et en rêvant déjà à « une grève générale ».

« Je suis là parce que je pense que la société va très très mal et que ça fait des années que la situation s’enlise. On a moins d’argent, on peut moins vivre », s’indigne Lætitia, qui se revendique comme apolitique et non syndiquée. Et d’ajouter : « Éduquer la jeunesse et soigner les citoyens ça devrait être leur priorité, alors que c’est un naufrage total. On se tire une balle dans le pied et on saborde l’égalité des chances. »

Il y a déjà du monde sur la place de la Liberté. Même si une partie des manifestants sont rassemblés devant le commissariat central pour protester contre l’arrestation d’une rare violence de deux lycéennes en fin de matinée devant Dumont d’Urville alors qu’ils organisaient avec leur camarade une opération de blocage partiel. La police a jugé l’une de leurs pancartes insultante à son égard.

« On est là aussi pour mener la lutte antifasciste en réaction à tous ces mouvements d’extrême droite qui montent en Europe et sur l’emprise de cette idéologie jusque dans le macronisme », nous expliquait Issem, l’une des jeunes filles placées en garde à vue. Nous l’avions rencontrée tôt le matin devant l’établissement. Maxence, 19 ans, lance : « C’est bien qu’on soit là tous ensemble contre ce système ultra-capitaliste. Il faut taxer les riches ! Quand on voit dans quel état sont les hôpitaux, il y a de quoi se révolter. Ma mère travaille dans une maison de retraite, c’est pareil, elle galère. »

« Nous aussi, on a le droit à un avenir », clame Julia en fustigeant les injustices sociales et l’inaction climatique. La jeunesse est dans la rue.

Le secrétaire général de l’Union départementale CGT du Var Richard Roméo-Giberti livre son analyse : « C’est une journée de mobilisation qu’on a souhaité implanter dès ce matin dans les entreprises pour aller au contact des salariés et leur faire reprendre conscience que le seul moyen d’impacter le capital qui est arrosé à coups de milliards d’euros par l’État pour un résultat proche du zéro, eh bien c’est de faire grève. » Pour le responsable syndical, « la séquence qui s’ouvre si on reste sur les mesures annoncées par feu François Bayrou cet été, ça va conduire à moins de lits à l’hôpital, moins de vie sociale, moins de solidarité devant les aléas de la vie ».

Un beau cortège est à présent formé. « Ça montre qu’il y a une exaspération forte et une volonté de défendre nos conquis sociaux et particulièrement la Sécurité sociale », constate Brigitte Cheinet (CGT-retraités). « À chaque déclaration de nos gouvernants, on touche un peu plus le fond et on nous promet de nous faire payer tous les dégâts commis par les classes dirigeantes de ce pays depuis des années », tempête Alain Tournay le secrétaire départemental de la FSU, en expliquant que pendant ce temps les services publics sont saccagés. Et de conclure : « Dans l’éducation on a eu 6 et bientôt 7 ministres en l’espace de quelques années avec à chaque fois l’objectif non pas d’investir dans l’Éducation nationale mais de faire des économies. Chaque année, c’est à peu près 2 000 à 3 000 postes qui sont supprimés dans l’Éducation nationale.

« Hôpitaux saturés, classes surchargées, transports dégradés… Les inégalités explosent et de plus en plus de familles basculent sous le seuil de la pauvreté », a rappelé Jean Innocenzi (CFDT) lors de la prise de parole de l’intersyndicale. « Alors pas question que les travailleurs et les plus précaires, qui servent toujours de variable d’ajustement, paient les frais d’une politique qui sacrifie délibérément le bien commun, les services publics et l’avenir des jeunes au bénéfice d’obscurs intérêts privés et financiers », conclut-il.

« Le seul moyen d’impacter
le capital c’est de faire grève »

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