Henri Girard, devenu ensuite Georges Arnaud, dont Le Salaire de la peur n’a rien perdu, 75 ans après sa parution, de sa force ni de son originalité, était bien coupable. Coup de tonnerre dans l’univers des lettres et du fait divers, Catherine Girard, sa fille, livre, dans un récit bouleversant et à l’authenticité incontestable, n’en déplaise à une mise en cause médiatique aussi infâme que dérisoire, une triple histoire : celle de son père, d’une dynastie familiale, la sienne enfin. Si, depuis la tragédie d’Escoire, l’assassinat en 1941 du père d’Henri Girard, de sa tante et de la domestique de la famille, Louise, articles, documents et livres n’ont pas manqué, pour soutenir la thèse de l’innocence ou au contraire faire le procès de l’acquitté, c’est, enfin, une certitude que nous apporte Catherine Girard. Une certitude qu’elle a enfouie en elle pendant plus de cinquante ans, depuis que ce père adoré, adulé même, qui était aussi un ami, a répondu à ses interrogations. « On m’appelle la fille de l’assassin. Est-ce la vérité ? » Suivra un demi-siècle de déni.
Famille, je vous hais !
C’est le cri du Gide des Nourritures terrestres que Catherine Girard pourrait placer dans la bouche de son père. « Foyers clos, portes refermées, possessions jalouses du bonheur ! » Grande fortune, égoïsme de classe ébranlés un moment par l’arrivée d’une belle-fille émancipée, anarchisante, socialement inférieure. Valentine. On déshérite Georges Girard pour cette mésalliance. Henri naît. Valentine meurt alors qu’il n’a que neuf ans. Il ne s’en remettra jamais. Ce sont les Autres qui sont responsables, qui n’ont pas fait ce qu’il fallait pour la sauver. Et, avant tout, la grand-mère et la tante. Et Georges et Henri ont beau partager un amour réciproque sincère, leurs relations seront tendues, chaotiques parfois, violentes souvent. Nul ne guérit de son enfance, le ferment de la vengeance ne disparaîtra jamais. L’autrice analyse avec une précision presque clinique les processus qui vont peu à peu entraîner Henri à l’irrémédiable, nous faisant pénétrer les arcanes d’une famille calfeutrée dans sa richesse et ses habitudes, mais aussi dans les cœurs de Georges et d’Henri, ne cherchant jamais à excuser son père, simplement à le comprendre.
« In violentia veritas »,
Catherine Girard
Grasset 352 pages 22€

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