La situation empire et pas qu’un peu, avec cette « attaque » armée contre l’Ocean Viking qui n’a heureusement fait aucun blessé parmi l’équipage, l’équipe de sauvetage et les naufragés à bord. « Au moment de l’attaque, l’Ocean Viking se trouvait dans les eaux internationales, à 40 milles marins au nord des côtes libyennes », indique l’association dans un long communiqué très détaillé, publié lundi après-midi. « 87 personnes, secourues lors de deux sauvetages menés dans la nuit du samedi 23 au dimanche 24 août, étaient à bord et notre navire était activement engagé dans la recherche d’une autre embarcation en détresse », précise la structure.
« Alors que l’Ocean Viking était en pleine recherche, il a été approché par un navire des garde-côtes libyens, qui nous a ordonnés – de manière illégale – de quitter la zone et de mettre le cap au nord. L’instruction nous a d’abord été transmise en anglais, puis en arabe avec la traduction de notre médiateur culturel à bord, qui a ensuite informé les gardes-côtes que l’Ocean Viking quittait la zone », décrit-elle avant de rendre compte de l’attaque : « sans aucun avertissement ni ultimatum, deux hommes à bord du patrouilleur ont ouvert le feu sur notre navire humanitaire, nous soumettant à des tirs incessants pendant au moins 20 minutes. Le patrouilleur a encerclé l’Ocean Viking, visant délibérément les membres d’équipage sur la passerelle, la partie du navire où se trouvent les postes de navigation et de pilotage. L’attaque a causé des impacts de balles à hauteur de tête, la destruction de plusieurs antennes, quatre fenêtres brisées sur la passerelle et plusieurs balles ont touché et endommagé les trois bateaux de sauvetage rapides (Rhibs), ainsi que d’autres équipements de sauvetage ».
Et de souligner que « les équipes de SOS Méditerranée et de la Ficr ont heureusement pu mettre en sécurité les 87 personnes rescapées avant de se réfugier à leur tour à l’intérieur du navire. Personne n’a été blessé. Cet incident n’est pas seulement un acte scandaleux et inacceptable. Les méthodes, les circonstances et la dynamique démontrent clairement une attaque délibérée et ciblée contre notre équipage mais aussi contre nos capacités de sauvetage. »
« Ce n’est pas un acte isolé », rappelle l’association. « La Garde-côtière libyenne a un long passé de comportements irresponsables qui mettent en danger des vies humaines en mer, violent de façon flagrante les droits humains et témoignent d’un mépris total pour le droit maritime international ». Cela n’empêche pas l’Europe et particulièrement l’Italie de les soutenir.
« Nous exigeons une enquête complète sur les événements d’hier après-midi et que les responsables de ces attaques mettant nos vies en danger soient traduits en justice », déclare Sophie Beau, Directrice générale de SOS Méditerranée France. « Nous exigeons également la fin immédiate de toute collaboration européenne avec la Libye. Un acteur qui agit illégalement dans les eaux internationales, entrave délibérément les opérations de sauvetage de personnes en danger de mort et cible des humanitaires désarmés ainsi que des personnes rescapées, ne peut être considéré comme une autorité compétente. Nous ne pouvons pas accepter qu’une Garde-côtière reconnue internationalement commette ce type d’assauts illégaux. Par ailleurs, nous appelons à mettre fin à la criminalisation du sauvetage en mer qui ne fait que créer un terrain favorable à ces attaques d’une brutalité inouïe ».
Le navire fait désormais route vers le nord. « Le capitaine de l’Ocean Viking a pris la décision, en vertu de son autorité, de mettre le cap sur Syracuse, son port d’attache, afin de débarquer les 87 personnes rescapées et d’effectuer les réparations indispensables nécessaires. Les autorités italiennes ont confirmé cette destination », stipule SOS Méditerranée.
« Soutien total à SOS Méditerranée et à son équipage après les tirs contre l’Ocean Viking », écrit Michelle Rubirola, la première adjointe écologiste au maire de Marseille. « Voilà le vrai visage des politiques européennes actuelles : financer et armer les garde-côtes libyens pour sous-traiter la violence plutôt que protéger des vies », dénonce-t-elle. « Le droit international, maritime et humanitaire doit changer pour que ces attaques soient enfin criminalisées ! », conclut l’élue.

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