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  • [Grand entretien] Maurice Gouiran : « Le polar marseillais est une invention »

    [Grand entretien] Maurice Gouiran : « Le polar marseillais est une invention »

    La Marseillaise : Votre polar récemment réédité, « Tu les tueras tous », décrit en filigrane la perte d’identité populaire de l’Estaque. Comment observez-vous la gentrification croissante à Marseille ?

    Maurice Gouiran : Il y a un élément qui n’est pas propre à Marseille, mais quand même très important ici, c’est la pression immobilière avec l’explosion des Airbnb et des difficultés des gens à se loger. Même si le livre dont vous parlez est une réédition de 2002, il y a encore beaucoup d’éléments qu’on retrouve aujourd’hui. Regardez le projet Euroméditerranée, qui a détruit les quartiers abandonnés pour des bâtiments beaucoup plus modernes. Je raconte aussi cela dans l’un de mes livres, Putains de pauvres !. Je parle du changement des Crottes, un quartier très populaire qui est devenu la proie d’Euroméditerranée. On construit des immeubles et on chasse les gens qui habitaient là auparavant, toujours un peu plus au Nord. Moi, j’écris mes bouquins dans un langage populaire, de bistrot. Car ces bistrots populaires, on les voit disparaître, que ça soit à l’Estaque ou ailleurs. Ils évoluent vers des brasseries qui visent plutôt les jeunes cadres des zones environnantes. Un phénomène qui s’accentue.

    Cela signifie-t-il que le Marseille populaire va bientôt devenir
    un mythe
     ?

    M.G. : Non, ça existe toujours. Il suffit de voir le stade Vélodrome, où le club de foot est à l’image de la ville. ça reste très populaire. C’est aussi l’un des endroits où des groupes d’extrême droite n’ont pas le droit de cité, contrairement à des villes comme Paris, Nice ou Lyon. Cette fibre populaire existe toujours et j’essaie de la montrer dans mes bouquins.

    Le polar est-il un moyen, pour vous, de préserver ce caractère populaire ?

    M.G. : Déjà, j’écris du polar et pas du roman policier. La différence ? Dans le roman policier, l’intrigue est une fin en soi. Dans le polar, l’intrigue est le support d’autre chose, d’une peinture de la société, de faits historiques… Moi, j’écris pour porter à la connaissance du lecteur un certain nombre de choses. Après, il est vrai que Tu les tueras tous est plus un polar basé sur le fameux dilemme universel depuis Corneille : vaut-il mieux l’amour ou la vengeance ? Et ce bouquin est très ancré sur l’Estaque et la Côte bleue, contrairement aux autres, où je vais voyager à l’étranger.

    Depuis les années 2000, l’une de vos marques de fabrique consiste à ouvrir vos récits aux vents de l’histoire, comme dans « L’Arménienne aux yeux d’or » ou « Franco est mort »…

    M.G. : Après mon tout premier bouquin, La nuit des bras cassés, une histoire de fraternité, je me suis rendu compte que ce qui m’intéressait, c’était d’aller fouiller dans les recoins de l’histoire, chercher des faits peu connus, mais avérés. Mes lecteurs aiment apprendre quelque chose. En ce qui concerne mon écriture, je pars toujours de Marseille. Mon mot récurrent, c’est le bistrot. Ensuite, ça peut me permettre de parler de l’Espagne franquiste, du génocide des Arméniens, des harkis, de l’aide apportée par l’armée française à la crise des colonels… D’un côté, il y a le côté populaire marseillais, et de l’autre, le côté historique.

    Vous participez, jeudi 4 juin à l’Alcazar, à un débat intitulé « Marseille, terre de polar ». Diriez-vous, comme certains, que le polar marseillais a surgi pour mieux refléter la réalité sociale de la ville, que d’illustres aînés comme Pagnol ont maquillé ou masqué ?

    M.G. : Pagnol est un exemple intéressant. Il a écrit Marius dans les années 1920. Son œuvre, c’est une histoire de la bourgeoisie marseillaise. Alors que pendant ces années-là, si vous traversez le port, vous tombez sur les vieux quartiers. Si vous prenez Banjo de Claude McKay, qui se passe à la même époque, on ne dirait pas qu’il parle de la même ville que Pagnol. Après, je pense que Pagnol s’est racheté en mettant en scène les bouquins de Giono sur la ruralité, dans les basses alpes. Mais, dans son écriture, on voit bien que ce n’est pas quelqu’un issu de ce milieu.

    Quelle est, à ce compte-là,
    la c
    aractéristique principale
    du polar marseillais
     ? Le peuple ?

    M.G. : Le polar marseillais n’existe pas. Soyons honnêtes, c’est un terme que les journalistes ont inventé, mais dont nous, auteurs, nous nous sommes servis. Quand je suis arrivé en 2000, il y avait 60 auteurs de « polars marseillais ». Pourquoi ça n’existe pas ? Déjà, car ce n’étaient pas des polars, mais des romans policiers qui se déroulaient dans une ville qui a beaucoup de charme. Au contraire, Izzo ou Carrese ont, eux, vraiment écrit du polar. Je dis souvent que je connais pas mal d’auteurs marseillais de polars, mais aucun auteur de polars marseillais. En plus de cela, on assiste aujourd’hui à un phénomène : la mainmise de la police sur ce qu’on appelle polar, alors qu’il faut plutôt parler de roman policier. Sous prétexte qu’ils connaissent le métier, les flics écrivent des romans. Mais ce sont des romans policiers et pas des polars, car ils n’abordent jamais la réalité sociale. Prenez le cas du Prix du Quai des Orfèvres. Chaque année, c’est un auteur qui a été policier qui l’obtient. Pourquoi ? Car ils jugent la forme et la véracité de l’enquête et non pas le fond. Nous, on écrit autre chose.

  • « Ne cédons pas au discours décliniste qui dit que les jeunes ne lisent plus »

    « Ne cédons pas au discours décliniste qui dit que les jeunes ne lisent plus »

    Brice Brossette : Nous manquons de données scientifiques. En France, nous pouvons regarder les sondages du Centre National du Livre (CNL). Les derniers (avril 2026) montrent que 84% des jeunes de 7 à 19 ans lisent pour l’école ou le travail. C’est stable par rapport à 2024 et en diminution de 6% par rapport à 2016. C’est une baisse, certes, mais pas dramatique pour l’instant. Il ne faut pas céder au discours décliniste qui répète que les jeunes ne lisent plus. Il y a aussi une mutation des pratiques : la lecture peut être plus fragmentée, moins sur papier, plus en ligne.

    Qu’en est-il de la compétition des écrans ?

    B.B. : Le temps d’écran chez les jeunes est important : en moyenne 3 heures par jour selon le CNL, contre 18 minutes de lecture quotidienne. Mais il est trop facile de dire que ce temps d’écran concurrence le temps de lecture. Si on supprimait les écrans, je ne suis pas sûr que les enfants se reporteraient totalement sur les livres. Quand on leur demande s’ils préfèrent faire autre chose, les écrans (jeux vidéos, films…) arrivent en tête, mais les activités sociales (voir des amis, faire du sport…) ne sont pas loin derrière.

    Finalement, pourquoi est-ce important de lire ?

    B.B. : C’est important pour le développement du langage, de la compréhension et la structuration de la pensée qui sont des capacités qui seront prédictives de l’insertion dans la société ou de la capacité à pouvoir suivre des études supérieures, par exemple.

  • [Travailleur de demain] Agathe Jouvenel ou l’art du design

    [Travailleur de demain] Agathe Jouvenel ou l’art du design

    Acharnée

    « Ce qui est bien dans le design, c’est d’abord qu’on continue à dessiner tout en faisant d’autres choses, mais aussi qu’on applique l’art à la vie de tous les jours », s’émerveille-t-elle. Car le designer laisse sa marque à chaque coin de rue : une pub, un affichage de concert, l’emballage d’un produit, le logo d’une entreprise, « même une devanture de café ! » souligne l’étudiante, désignant l’enseigne qui se trouve alors derrière elle. « En ce moment, je travaille sur la mise en page d’un livre, pour essayer de faire quelque chose d’un peu original. On peut vraiment toucher à tout. » Comprendre l’histoire d’une marque, son identité, parvenir à transcrire dans un visuel l’idée que veut défendre un client… C’est sur toutes les étapes du processus artistique qu’Agathe aime passer du temps, toujours curieuse d’explorer sa créativité. Qualité nécessaire, mais pas suffisante. La jeune fille l’apprendra à ses dépens, à l’occasion de sa première participation aux WorldSkills, au niveau régional. « Beaucoup de ceux qui concourent ont fait un Bac design, j’avais donc pas mal de retard au niveau technique, ce qui a failli me coûter ma place… » Plus déterminée que jamais à combler ses lacunes, la designeuse passera des heures à affiner ses méthodes, se testant plus d’une vingtaine de fois dans les conditions réelles du concours : six heures d’épreuve non-stop, sans accès à internet. Les efforts semblent avoir payé : elle obtient finalement la médaille d’argent et devient du même coup vice-championne de France. « J’ai vraiment énormément appris, jure-t-elle. Je pense que j’ai condensé en 6 mois un entraînement de deux ans. Et je l’ai ressenti au niveau des notes à l’École, j’ai beaucoup progressé ! ».

    À la veille de son entrée en Master 1, elle est à la recherche d’une alternance dans une agence de design, l’occasion, selon elle, de travailler tout « type de matières ». « Si mes parents ne comprennent pas toujours ce que je fais, je crois qu’ils sont fiers ! ».

  • Le quartier de la Plaine à Marseille s’apprête à une déferlante rock

    Le quartier de la Plaine à Marseille s’apprête à une déferlante rock

    « On réfléchit vraiment la programmation pour qu’elle soit la plus représentative du rock dans son ensemble. L’idée c’est de montrer le rock dans toute sa diversité, sa pluralité (…) et sa richesse. On a des jeunes, des moins jeunes. On a des groupes de métal, de hardcore, qui sont plus liés à la scène Sale Gueule ou au Molotov. Mais aussi, un peu de hip-hop, de la pop ou des projets un peu plus expérimentaux comme Ganagobie », confie Annaëlle Loze de l’Intermédiaire.

    « Le rock dans toute sa pluralité »

    Ainsi le public retrouve la dream pop d’Abstract Puppet, le post-punk de Glitch, le garage-psyché-punk avec Le Bien ou encore le pilier du rock local, Daniel Sani & les Monomaniaques.

    « Une variable qui nous tient à cœur, c’est la variable du genre. Il nous semble important de montrer que le rock, ce n’est pas qu’un truc de gars », souligne Annaëlle Loze. Au-delà de femmes au sein de l’organisation, les groupes présents reflètent cette diversité. Il y a le groupe féminin Las Grimas, le folk-grunge porté par Sacha Vaughan ou encore les chanteuses des groupes QB et Samedi Midi. « Comme c’est un événement familial, voir des femmes sur scène permet aussi aux petites filles de se dire que faire du rock, c’est possible pour elles aussi », développe-t-elle. Sortir le rock des salles, c’est sortir d’un entre-soi, c’est ouvrir l’événement à un public varié, « à destination de tous et toutes. Il y a aussi un enjeu de cohésion sociale : montrer que la Plaine, que le quartier, c’est un tout collectif, et inclusif », partage Annaëlle Loze.

    Cette démarche se reflète également par son organisation. « Nous sommes une équipe complètement bénévole, une soixantaine. Ce n’est pas un événement lucratif », conclut Annaëlle Loze.

    De 13h30 à 20h30 en accès libre et gratuite.

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au musée Cantini, Via le Cirva, Caccavale transcrit Christian Guez

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au musée Cantini, Via le Cirva, Caccavale transcrit Christian Guez

    On admet les colonnes néoclassiques, les vitres qui donnent sur l’extérieur ne sont plus sottement bouchées : en premier plan devant les buissons, on aperçoit une stèle en acier, forgée par Chillida.

    L’été dernier, dans cet espace, il y avait des œuvres de Giacometti. Auparavant, sur une table, des céramiques de Baya. Les conservatrices de Cantini, Amélie Lavin et Louise Madinier, le directeur du Cirva Stanislas Collodiet proposent une installation de Guiseppe Caccavale. Sur un socle légèrement surélevé, on est confronté à trois séries de trois vers de Christian G. Guez Ricord, des tercets de taille inégale. Le dernier vers dit qu’« Un feu ancien disperse le carré qu’il trace ».

    « Des gongs d’éveil » qu’on lit ou bien qu’on murmure. On contemple, on épelle des lettres blanches. Ce ne sont pas les messages du feu de la Pentecôte, leurs apparences grisées évoquent des morceaux de givre, des fragments de glacier. Une par une, ces lettres furent réalisées par les ouvriers-souffleurs du Cirva, leurs noms sont rappelés. Il s’agit de la première page de Neumes, un recueil de Christian Guez : en vitrine voici sa couverture pensée par Jean Degottex et sa première page, du Garamond sur papier centaure ivoire édité en mars 1983 par André Dimanche. Dans la première salle, on imagine le travail d’imprégnation, de rythmique et d’incorporation conduit par Caccavale, des aquarelles bleues reproduisent les pages de Neumes. Une chose manque, la diction de Christian, le tremblement de sa voix, un enregistrement quand il lisait en public.

    Ces lettres procèdent pourtant d’une intense écoute au cœur d’une ville-monde. Caccavale est arrivé à Marseille à la faveur d’une exposition collective, cet artiste formé à Naples avait 25 ans ; ses dessins et ses collages furent adoptés par Jean-Pierre Alis de la galerie Athanor en 1986. Il décida de vivre à Marseille pendant 20 ans, rue des Bons-Enfants. Giuseppe n’a jamais croisé Christian Guez, décédé en juin 1988. Au début des années 1990, un ami de Christian, Jean-Jacques Ceccarelli lui offrit Neumes : Caccavale et l’alchimie du Cirva en sont les témoins et les traducteurs.

    Jeudi 19 juin, 16h, rue Grignan, Caccavale et Michaël Battala évoquent Ch.Guez.

  • [Le coin BD] Les animaux malades de la peste… et des humains aujourd’hui

    [Le coin BD] Les animaux malades de la peste… et des humains aujourd’hui

    Un procès, celui d’animaux qui viennent à la barre, qui seraient responsables des pandémies, l’occasion de questionner notre rapport aux autres espèces et la propre responsabilité des hommes dans les zoonoses… Alors que le souvenir du Covid 19 est toujours vivace, la question des maladies transmissibles de l’animal à l’homme comme la rage, la tuberculose ou la grippe aviaire est d’une actualité brûlante. L’anthropologue et philosophe du CNRS Frédéric Keck et l’illustratrice Héloïse Chochois font, à travers de nombreux exemples dans ce procès fictif, un récit de vulgarisation qui invite à repenser notre place parmi les autres espèces. Avec dans le box vison, chauve-souris, pangolin, singe ou poulet, les deux auteurs racontent de manière scientifique la transmission des virus d’une espèce à l’autre. Et surtout montrent comment le capitalisme qui a transformé les espèces vivantes en marchandise, entre élevage en batterie, urbanisation galopante, changement climatique et chute de la biodiversité, est l’un des principaux responsables, si ce n’est « le » responsable de ces zoonoses. Ce que démontre dans l’album le scientifique américain marxiste Mike Davis qui a largement travaillé sur ces questions et dont la pensée éclaire ce problème majeur. Avec une vraie question : foncer dans le mur avec une multiplication à venir des épidémies ou bifurquer ?

    Saint-Exupéry

    Et l’origine du Petit Prince… Cette intégrale de Pierre-Roland Saint-Dizier et Cédric Fernandez célèbre les 80 ans de la parution en France du plus célèbre livre de l’écrivain aviateur. À travers ces trois albums, ils reviennent sur la biographie d’Antoine de Saint-Exupéry depuis son début à l’Aéropostale en Afrique et en Amérique du Sud jusqu’à son crash mortel au-dessus des calanques de Marseille le 30 juillet 1944. C’est lors de son exil aux États-Unis qu’il écrira ce conte pour enfants immortel publié dans l’hexagone à titre posthume.

    Chez Glénat, 16€

    Le goût du métal

    Bruno Duhamel livre un très beau roman graphique situé dans le milieu agricole de la vallée du Beuvron sur le thème original des chercheurs de trésor flanqués de leurs détecteurs de métaux dont la quête de l’Eldorado détruit le patrimoine local. À travers le personnage de Léo, un garçon inadapté qui vit chez sa sœur, de son voisin éleveur ainsi que celui de Gabriel, un défenseur de ce patrimoine qui devient progressivement fou, il tresse un passionnant drame rural dans un milieu habituellement très peu traité. Une réussite !

    Chez Grand Angle, 15,90€

    La belle histoire des jardins

    De l’enclos néolithique aux jardins du Mucem de Marseille ou de la fondation Luma à Arles, en passant par ceux de Versailles et tous les autres, Catherine Delvaux et Simon Hureau proposent une plongée passionnante et érudite dans l’histoire des jardins qui charmera autant les amateurs que les néophytes. Au fil de 15 chapitres, le lecteur en apprendra autant sur les plantes et leur histoire que sur les styles qui ont conduit à leur agencement à travers le monde et les civilisations. Une somme incroyable et facile à lire.

    Chez Les Arènes BD, 26€

    Français langue étrangère

    Éric Salch propose une BD sur un sujet pas vraiment drôle, l’accueil des réfugiés hommes et femmes qui ont fui guerres et misères et les cours de « français langue étrangère » qui leur sont dispensés par Marie, une professeure spécialisée. Avec justesse et sans pathos, il décrit le choc culturel de ces exilés et leur volonté d’apprendre pour s’en sortir. Un album qui va bien au-delà des clichés et sert sa cause sans en cacher les difficultés en privilégiant l’humain dans un mélange de réalisme et d’humour qui est la marque de fabrique de l’auteur.

    Chez Dargaud, 23,95€

    Dortmunder

    Dans la collection « Aire noire », Doug Headine et Jesus Alonso Iglesias adaptent en BD l’un des principaux personnages de Donald E. Westlake, John Dortmunder, cambrioleur et braqueur poursuivi par la poisse. Dans ce tome un, « Bank shot », il va tenter non de braquer une banque installée dans un mobile home mais de la mettre sur roue pour la subtiliser. Un plan brillant qui doit être servi par une équipe compétente et efficace, mais rien ne fonctionnera comme prévu dans une ambiance polar noir comme on les aime.

    M.B.

    Chez Dupuis, 21€

    Cécile la Shérif

    Au XIXe siècle, au cœur de la France, Cécile a un rêve : devenir la première magistrate du pays ! Rêve impossible, ce qui la conduira à traverser l’Atlantique en compagnie d’un musicien-poète-aventurier… C’est dans le Far West qu’elle pourra assouvir sa vocation pour le respect de la loi en devenant shérif. Walter Guissard et Victor Coutard livrent un récit de western enlevé et burlesque servi par un graphisme vif et coloré pour un album extrêmement original et plaisant entre Orléans et la Nouvelle Orléans.

    Chez Casterman, 24€

  • [Travailleur de demain] Baptiste Gelly, derrière les cyber barricades

    [Travailleur de demain] Baptiste Gelly, derrière les cyber barricades

    Du tracteur aux écrans. C’est l’étonnante trajectoire qu’a suivie Baptiste Gelly, à 25 ans médaillé d’argent aux WorldSkills 2025 et fraichement salarié chez Pellenc ST, société installée à Pertuis (84) qui conçoit et vend des machines de tri optique pour la gestion de déchets. Son rôle ? S’assurer que les machines vendues par son entreprise, qui fonctionnent en connexion avec certains réseaux, respectent les trois grands principes de la cybersécurité : « la confidentialité, l’intégrité et la disponibilité des données », stipule-t-il. « L’idée est de veiller à ce que la machine que nous installons chez le client n’introduise pas de faille de cybersécurité dans leur système », détaille-t-il. Le jeune homme évolue donc du « côté bleu » de la force, dénomination donnée au cyber défenseurs, c’est-a-dire spécialisé dans la défense et non dans l’attaque, classée, elle, du « côté rouge ». Car c’est comme ça qu’on apprend la cybersécurité, en opposant l’équipe des attaquants à celle des défenseurs, comme le proposent certains sites en ligne que Baptiste a beaucoup fréquentés avant sa réorientation. « La meilleure défense, c’est l’attaque », martèle-t-il, citant, notamment, ses anciens enseignants.

    Bifurcation

    Originaire de Carpentras (84) et né dans une famille de soignants, le Vauclusien a commencé sa carrière bien loin des lignes de codes, en bac pro agricole. Mais, après deux mois dans un BTS du secteur, le doute s’installe : « J’adore conduire des tracteurs, ça ne fait aucun doute. Mais faire ça toute ma vie, je n’étais plus sûr », retrace-t-il. En cause : l’épuisement physique, la faible rémunération et des horaires peu avantageux. Relié aux écrans essentiellement par les jeux vidéo, l’idée d’un avenir dans la cybersécurité émerge peu à peu. A force d’entraînements, possibles grâce aux ressources disponibles en ligne, « en très grande quantité, d’autant plus aujourd’hui » , le jeune homme confirme son inclination et finit par s’engager dans un nouveau BTS, en informatique cette fois. S’il doit attendre un an avant d’intégrer définitivement la formation, faute d’alternance, il suivra ensuite un parcours impeccable, jusqu’à l’obtention d’un bac + 5 l’année passée. Ce qui l’anime aujourd’hui : « construire des solutions pour pouvoir répondre à des problèmes de cybersécurité ». « Jusqu’à il y a 6 mois, je voulais plutôt m’orienter dans l’attaque, en tant que pentester [les pentesters sont chargés de volontairement attaquer un réseau pour découvrir la nature de ses failles, Ndlr]. Mais la conjoncture, avec le renforcement de l’intelligence artificielle, m’a poussé à rester dans mon alternance, où je me concentre sur la défense, ce qui me permet de travailler sur plein de notions très intéressantes ».

    Suppléant de l’équipe championne de France pour les WorldSkills mondiaux, Baptiste entend s’autoriser une petite respiration, après des années de surinvestissement. « Jusqu’à mon embauche, la cybersécurité c’était tous mes soirs, tous mes week-ends. Faire des compétitions travailler, étudier, je ne faisais que ça. Je crois qu’on peut parler d’une petite overdose », ironise le vice-champion national.

    LE CONCOURS

    Une deuxième place qui n’a pas créé beaucoup de surprise pour Baptiste, qui s’attendait à ce classement. « On parle beaucoup au fil de la compétition, donc on s’attendait globalement à obtenir ce résultat », se souvient-il. Candidat pour voir « ce qu’il vaut » au niveau régional puis national, Baptiste a aussi exploité le concours pour « perfectionner sa technique ». « Je crois que c’était aussi l’occasion de représenter la cybersécurité et l’école en dehors d’un cadre classique. Puis ça reste une compétition très stimulante, qui te confronte à des situations proches du réel avec un niveau de technique élevé, c’est une ligne sur le CV. »

  • [Le coin du roman] Balzac, Rodin, deux génies face à face

    [Le coin du roman] Balzac, Rodin, deux génies face à face

    Tout est beau pour l’artiste, car en tout être et en toute chose, son regard pénétrant découvre le caractère, c’est-à-dire la vérité intérieure qui transparaît sous la forme, disait Rodin dans son testament à la jeunesse. Gardez-vous d’imiter vos aînés, Les mauvais artistes chaussent toujours les lunettes d’autrui… Rodin, quoique grand admirateur de Phidias et de Michel-Ange, n’a pas chaussé les leurs. Il était lui-même, quitte à être moqué par ceux qui voyaient dans sa sculpture de Balzac un bonhomme de neige, enveloppé dans un sac pour recevoir son créancier, et même une larve informe. Heureusement qu’Arsène Alexandre était là pour le féliciter d’avoir créé une œuvre qui tranchait sur la banalité, et que la romancière Clélia Renucci est là, aujourd’hui, pour se glisser dans l’esprit du sculpteur.

    Galerie de personnages

    Malgré l’insistance de Dumas et de Zola, il faudra attendre quatre décennies, après la mort de Balzac, pour que Rodin, dont Renucci fait ressortir les doutes et les soudaines certitudes, les folles rages et les périodes d’accalmie, soit choisi pour sculpter la statue de l’un des plus grands auteurs du XIXe siècle. Tous les moyens sont bons à l’auteure pour nous faire revivre cette aventure à la limite de l’incroyable : lettres, documents d’époque, polémiques, scandales, galerie de personnages, plus ou moins célèbres, auxquels on se doit d’attribuer des rôles, qu’ils interprètent à la perfection, sous la conduite de l’adroite plume de la romancière, afin de nous plonger dans ce siècle qui vit naître les plus distingués artistes et les plus illustres écrivains. Puissant, original, mouvementé et hardi.

    Albin Michel, 20,90 euros

  • [Entretien] Maëva Orliac : « La carnivorie peut être vue comme le marqueur de ce qu’est un cétacé »

    [Entretien] Maëva Orliac : « La carnivorie peut être vue comme le marqueur de ce qu’est un cétacé »

    La Marseillaise : Que nous apprend la mandibule fossile de « Kalakocetus aurorae », cette espèce primitive de cétacé tout juste découverte ?

    Maëva Orliac : C’est intéressant pour définir ce qu’est un cétacé. Kalakocetus aurorae valide ce que proposaient les spécialistes : que le passage d’une alimentation herbivore à carnivore peut être considéré comme le marqueur de ce que sont ces animaux. À partir du moment où ce groupe est devenu carnivore, on parle de cétacés. Leurs espèces sœurs –les Raoellidae– sont restées des herbivores.

    Comment les définissait-on avant ?

    M.O. : Pendant longtemps, les cétacés étaient définis par leur région auditive. L’os de leur oreille ressemble à un coquillage. C’est dû à l’adaptation au milieu aquatique de ces animaux dont les ancêtres vivaient sur terre. Mais cette particularité de l’oreille a été retrouvée chez les Raoellidae. Donc cela ne fonctionnait plus.

    Quelle est la place des baleines à fanons
    dans l’histoire évolutive des cétacés ?

    M.O. : Elles appartiennent au groupe des « mysticètes » qui apparaissent il y a environ 36 millions d’années, soit 12 millions d’années après Kalakocetus aurorae. Les premiers représentants avaient des dents et des fanons. Petit à petit, ils ont perdu leurs dents à la faveur des fanons. Il s’agit de lames de kératine, comme des cheveux, qui filtrent l’eau pour récupérer le plancton composé d’algues et d’animaux comme le krill. C’est une autre histoire évolutive par rapport à celle des dauphins ou des orques qui ont des dents acérées et ne consomment que de la viande.