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  • [Recette] Le carrot cake aux carottes purple haze et son glaçage

    [Recette] Le carrot cake aux carottes purple haze et son glaçage

    Il vous faudra :

    – 100 g de farine

    – 1 sachet de levure chimique

    – 60 g de noix de coco râpée

    – 100 g de beurre

    – 1 c.à c. de cannelle, gingembre et cardamome ou 2 c. à s. de mélange pour pain d’épices

    – 2 œufs

    – 170 g de carottes violettes

    – 100 g de sucre en poudre

    – Cream cheese, sucre glace et gousse de vanille ou arôme

    Une pâte compacte

    Pour commencer, épluchez vos carottes violettes ou purple haze. Râpez ensuite avec un robot spécial ou une mandoline. Si jamais vous achetez les carottes en grande quantité, Dzovig vous conseille de les conserver dans un tupperware avec de l’eau au frais pour ne pas qu’elles s’abîment. C’est valable pour tous les légumes qui poussent dans la terre.

    Mettez ensuite dans un saladier la farine, la noix de coco, le sachet de levure chimique, les épices que vous avez en fonction des deux possibilités, le sucre, les œufs et mélangez bien le tout. Vous obtenez une pâte un peu granuleuse ce qui est normal.

    Ajoutez ensuite le beurre que vous aurez fondu préalablement puis les carottes râpées. Mélangez de nouveau pour obtenir une pâte. Réservez. Beurrez le plat au pinceau si possible en utilisant les restes de beurre fondu que vous avez utilisé dans la recette.

    Versez la pâte dans le plat à la main, étalez bien pour mettre tout au même niveau. Faites préchauffer votre four et enfournez à 180° chaleur tournante, pendant 40 minutes.

    Un glaçage généreux

    Pendant que la cuisson est en train de se faire, vous pouvez réaliser un glaçage qui viendra ajouter de la gourmandise au gâteau. Pour cela pas de mesure exacte nécessaire. Vous pouvez l’adapter à la taille de votre gâteau. Pour cela, mélangez au batteur électrique du cream cheese type Philadelphia, du sucre glace et de la vanille soit en grattant une gousse soit avec de l’arôme en fonction de ce que vous avez sous la main. Réservez au frais.

    Une fois que le gâteau est cuit, attendez qu’il refroidisse un peu et étalez le glaçage par-dessus. Vous pouvez également y déposer des noix de pécan et saupoudrer de cannelle pour la déco et le croquant !

  • [Le grand entretien] Sanseverino : « Protégeons-nouset luttons »

    [Le grand entretien] Sanseverino : « Protégeons-nouset luttons »

    Sanseverino : Oui c’est un peu ça l’idée, même si on peut pas faire fermer leur gueule aux gens car ils ont la bouche un peu trop lourde. En tout cas, on essaie de leur dire que c’était pas mieux avant, mais c’est juste qu’ils ont perdu leur jeunesse, moi y compris. Après, c’est vrai que le monde actuel est critiquable. Regardez les horreurs qu’il se passe en ce moment aux États-Unis par exemple. Mais cet album, c’est aussi pour dire aux jeunes gens : « Courage, on va s’en sortir. »

    Dans votre album, vous dressez tout de même un tableau de la société peu reluisant à bien des égards. Quelles sont les lueurs d’espoir que vous décelez dans notre époque alors ?

    Sanseverino : C’est juste en y croyant qu’on va s’en sortir. Il faut chercher absolument à être heureux. Moi, je ne peux rien contre l’ICE. Que puis-je faire depuis chez moi en chaussettes, si ce n’est commenter des posts, contre cette milice ultra-violente, cocaïnée et défendue par un énorme pouvoir ? On ne peut pas se dire chacun dans son coin « tout est pourri » et se contenter de ça. Il faut faire des rencontres, des amis, des amours, consommer de l’art, être curieux de tout… C’est possible d’être heureux, sans oublier d’être solidaire avec les gens qui souffrent.

    Sur le titre éponyme de l’album, vous pointez « ceux qui disaient fuck off, rebelles de circonstance, se noient dans la Smirnoff et ont viré vieille France ». À qui pensez-vous en particulier ?

    Sanseverino : Pas à des gens connus, mais plutôt des copains qui ont quitté le perfecto pour, soit finir par devenir RN, soit baisser les bras. En vieillissant, on fatigue tous. Des gens votaient pour le Parti communiste il y a bien des années et votent RN aujourd’hui. Un truc par facilité qui les empêche de réfléchir. Après, la lutte est difficile. Les idées de gauche sont moins faciles à défendre parce qu’elles sont larges et contre le profit. Alors que celles de droite, sont plus simples et consistent à dire : « laisse-moi, je veux être tranquille et bourré de pognon ».

    Tentez-vous de ramener ces connaissances aux idées rances sur le chemin de la justice ?

    Sanseverino : Si je le fais, j’essaie de rester ouvert. Quand on a des amis, c’est pour la vie, même s’il a fait des conneries comme celles-là. Tant que les gens restent dans la discussion, moi, je veux continuer à parler avec les gens qui ne sont pas du même avis que moi. Ça me rappelle un peu les repas de fête où on se retrouve attablé avec le tonton facho. Après, avec ceux-là, faut éviter de parler de certains sujets car on sait comment ça va se finir et il ne changera pas d’avis.

    Sur le morceau « On n’est pas bien là ? », vous décrivez cette drôle d’époque où « on voit des flics courir derrière des pauvres geeks qui manifestent contre leur licenciement économique ». Qu’est-ce que vous inspire la situation sociale en France ?

    Sanseverino : La même chose qu’il se passe aux États-Unis, les morts en moins. Qu’est-ce qui va nous sortir de là ? Entre la gauche et la droite, je ne vois personne qui m’inspire, hormis des gens pas présidentiables, qui ont l’air d’être assez intelligents mais qui n’ont pas de personnalité assez forte. Moi qui suis né en 1961, je suis allé voter un paquet de fois. Même si j’estime que c’est utile, je suis déçu à chaque fois. Il faudrait peut-être que plus personne ne vote ou mettre en place un vote blanc généralisé pour qu’on s’aperçoive qu’il y a quelque chose à remettre en cause. Mais il n’y aura que mes copains qui m’écouteront. Regardez Macron aux dernières élections, il avait contre lui le RN. J’ai dû voter Macron la mort dans l’âme. Je le regrette mais je ne pouvais pas ne pas voter. Les gens dans la rue ne sont pas écoutés. Regardez, quand les pauvres infirmiers descendent dans la rue, tout le monde compatit. Mais pourtant, ils ont des conditions de travail ignobles dans les hôpitaux et continuent quand même à nous soigner, même fatigués et les yeux en vrac. Il y a toujours quelqu’un qui vous soigne, gratuitement avec une carte vitale. Même si la situation n’est pas géniale, on reste quand même dans un pays splendide avec des trucs qui ont été gagnés par des luttes. Aux États-Unis, ils en sont à demander des crédits parce qu’ils se sont cassés la jambe.

    Sur « Pas la guerre », vous évoquez les conflits sur le globe et de certains qui pensent : « La guerre est là-bas. Et c’est pas chez moi. Alors je ne dis rien, alors je ne fais rien. » Finalement, votre album dresse le constat d’une époque parfois effrayante, mais face à laquelle il ne faut pas se résigner…

    Sanseverino : Totalement. À quoi servent les manifestations par exemple ? D’abord, à se réunir, à parler ensemble. Au moins, on sait qu’on n’est pas seuls à se révolter contre une boucherie, quelle qu’elle soit. Si tout le monde continuait, ne serait-ce qu’à exprimer son désaccord, les choses pourraient quand même changer, même si la route est longue et dure. Les Américains, par exemple, se réunissent par milliers dans les rues depuis des mois. Même si des représentants du pouvoir continuent d’assassiner impunément, les manifestants ont réussi à faire virer l’espèce de nazi dont j’ai oublié le nom. Il sera peut-être remplacé par quelqu’un d’encore pire. Mais il faut bouger. Ne fermons pas les yeux. Les événements, aujourd’hui, chacun les voit depuis son téléphone. On est assailli par la violence. Donc, protégeons-nous et luttons.

  • Carte blanche à un plasticien à l’Inguimbertine

    Carte blanche à un plasticien à l’Inguimbertine

    Artiste plasticien originaire de Carpentras, René Guiffrey expose ses œuvres avec « Les fragments de rétrospective » à voir à la bibliothèque-musée Inguimbertine de la ville à partir de ce dimanche et jusqu’au 26 avril.

    Plus de cinquante ans de travail s’y trouvent condensés et réunis autour d’une démarche expérimentale, ayant pour fil conducteur la lumière que l’artiste explore au travers du blanc et de la transparence.

    Au total une centaine d’œuvres sont installées dans l’Hôtel-Dieu, un monument du XVIIIe siècle dont l’architecture répond à un souci aériste en multipliant les entrées d’air et de lumière, le tout dans de vastes salles aux murs historiquement blanchis.

    Jouer avec la lumière

    Ainsi, à travers différents supports et techniques allant de la peinture sur toile à la sculpture en passant par le verre, le vitrail ou encore la céramique, René Guiffrey joue à la fois sur les surfaces, les couleurs et les formes qui accrochent la lumière différemment en fonction des saisons mais aussi des différentes heures de la journée provoquant ce qu’il aime à qualifier d’« instabilité déroutante ».

    Autour de cette exposition, des conférences vont être organisées. Une première le 7 février en présence du plasticien et la seconde le 18 avril autour du travail de Pierre Soulages.

    Infos et réservations ici sur le site internet de l’Inguimbertine.

  • Le festival de SF Les Mycéliades vous attend

    Le festival de SF Les Mycéliades vous attend

    Les lieux de culture de Martigues et Marseille donnent rendez-vous au public pour vivre plusieurs temps forts dans le cadre du festival national de science-fiction Les Mycéliades dont la thématique cette année est consacrée aux résiliences qu’elles soient humaines, environnementales ou liées aux effondrements.

    Un programme riche

    En ce sens, la science-fiction devient un terrain d’exploration du monde afin d’imaginer des futurs possibles, le tout à travers des ateliers, des projections, des jeux et conférences. Sont donc au programme pour ce premier week-end d’ouverture, la projection du film Gwen et le livre de sable au Gyptis à Marseille, samedi à 14h et le lendemain à la même heure. Du côté de l’Alcazar, c’est un atelier d’arpentage avec l’autrice Lou Pioupiou qui est prévu à partir de 15h samedi avec l’objectif de laisser une place à l’imaginaire et au rêve pour les participants. Le cinéma Les Variétés quant à lui projettera dimanche à 15h30 le film Nausicaa de la Vallée du Vent suivi d’un atelier ciné-philo avec l’autrice et illustratrice LK Imany.

    à Martigues, le cinéma La Cascade propose la projection de Soleil Vert, samedi à 14h. Il sera présenté par l’auteure et graphiste Anne Defréville. Cette dernière animera le même jour mais de 10h à 13h un atelier peinture de fresque en amont de la projection de Flow, le chat qui n’avait pas peur de l’eau, à 14h30 et le dimanche à 18h. La médiathèque Louis Aragon organise elle une conférence autour du cinéma et des jeux vidéos par la streameuse Quineapple à partir de 17h.

  • Le festival de gaming pose ses valises à Toulon

    Le festival de gaming pose ses valises à Toulon

    Le Var gaming festival est de retour à l’hôtel départemental de Toulon ce samedi pour faire découvrir aux jeunes les métiers et offres de formations liés aux jeux vidéo dans la région.

    Découvrir les métiers du jeu vidéo

    Si ce milieu vous passionne, c’est un événement avec un programme riche à ne pas manquer qui ouvre ses portes au grand public. Au-delà de nombreuses écoles présentes pour mettre en avant les filières professionnelles, des démonstrations de jeux et animations autour de projets locaux. Mais aussi des tables rondes et conférences sur des sujets divers et précis comme le potentiel de la filière dans le Var, le développement du e-sport ou encore l’aspect juridique dans les jeux vidéo et l’intelligence artificielle en présence de spécialistes du secteur et de ces thématiques. Sans oublier des témoignages d’acteurs du milieu.

    Un concours international

    En parallèle du temps fort de ce samedi, la deuxième édition du Global Game Jam débutée la veille se tiendra tout au long du week-end. Un événement international dans lequel des équipes s’affrontent et ont 48 heures pour créer un jeu vidéo dans son entièreté. Dimanche, les participants pourront présenter leur création dans un hôtel du département devenu temple du gaming et les vainqueurs seront désignés par un jury de professionnels.

    Vous pouvez suivre en direct le Global Game Jam du Var sur twitch. Ouverture au grand public samedi de 9h à 17h.

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au palais Longchamp, les beauprés, « comme des rangées de baïonnettes »

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au palais Longchamp, les beauprés, « comme des rangées de baïonnettes »

    Le regard est happé par les quatre étages de l’immeuble qui forme l’angle de la rue et du quai. Un drapeau rouge et blanc claque plus haut que la forêt des mats. Coiffés de bonnets rouges qui pourraient évoquer Delacroix, des lavandières et des promeneurs passent par Saint-Laurent et l’ancienne rue Fontaine-Rouvière avant de rejoindre les marches d’un escalier et un bord d’esplanade où sèchent de grands draps.

    Au fond, dans les lointains des maisons, on devine le clocher de l’église des Augustins. En médiane voici la façade de l’Hôtel de Ville. On aime la mélancolie des ellipses et les couleurs d‘automne parmi les poussières et l’air vif d’une matinée blanche et bleue. Ce sont des activités fourmillantes, des bruits, des odeurs et des charrois. Chevaux et portefaix triment, négociants et matelots s’affairent. Plutôt que de peindre à partir du Pharo un panorama, Ziem a choisi ce plan resserré. Années 30, avant la destruction en 1943 du quartier Saint-Jean par les Nazis, Germaine Krull photographiera autrement, depuis le Transbordeur, dans un proche angle de vue, la singulière apparition des quatre étages de l’immeuble.

    Pierre Miquel et Gérard Fabre situent la réalisation de cette toile dans les alentours du 8 octobre 1853. Né à Beaune en Bourgogne Félix Ziem a 32 ans. Son destin d’inlassable voyageur est scellé. Marseille, Nice, Paris et la rue Lepic, Saint-Pétersbourg, Florence, Venise et Amsterdam, quelques années plus tard, l’Égypte et Constantinople sont déjà des étapes de ses périples. Pendant cet automne de 1853, au terme d’un été passé en Hollande, Ziem fait un rapide crochet, 15 jours au Sud avant de remonter à Barbizon où l’attendent ses confrères, Daubigny, Daumier, Millet et Théodore Rousseau. L’implantation à Martigues de sa maison-atelier d’orientaliste s’effectuera en 1860.

    En 1853 sa carrière d’artiste attentif aux goûts d’une riche clientèle n’est pas complètement prévisible. Sa vision du port est à la fois féerique et rigoureuse. Pleine de bruits, de lumières et de senteurs, elle ressemble pour partie aux descriptions composées par deux écrivains d’ordinaire difficiles à réunir. De passage à Marseille, Stendhal remarquait que « les bâtiments arrivés d’Amérique viennent crever les vitres du premier étage des maisons » pendant que Daudet verra « les beauprés arrivant sur la berge comme des rangées de baïonnettes ».

  • [Entretien] Florentin Millour : « Nous vivons une période exaltante au VLTI »

    [Entretien] Florentin Millour : « Nous vivons une période exaltante au VLTI »

    La Marseillaise : Vous publiez de nouveaux résultats issus de l’instrument Matisse, installé sur l’interféromètre du Very Large Telescope (VLTI), au Chili. Il observe dans l’infrarouge moyen – entre 3 et 5 micromètres. Le télescope spatial James Webb (JWST) le fait aussi…

    Florentin Millour : Oui mais le diamètre du JWST (6,5 mètres) limite sa résolution. Il fait des mesures excellentes sur des exoplanètes orbitant très près de leur étoile, ou très loin. Entre les deux, c’est plus difficile. Or, c’est là que les exoplanètes sont les plus intéressantes car plus semblables à celles de notre système solaire. Le VLTI comble ce vide.

    Vous revenez du Chili où vous avez installé sur le VLTI une version améliorée de l’instrument Gravity.
    Que va-t-elle permettre ?

    F.M. : Avec Gravity+, nous pourrons distinguer les isotopes du carbone dans l’atmosphère des exoplanètes. C’est-à-dire savoir combien d’atomes de carbone ont douze ou treize neutrons dans leur noyau. C’est important pour connaître la composition initiale du nuage de gaz et de poussière à l’origine de la planète. Nous vivons une période exaltante au VLTI car les instruments atteignent une maturité particulièrement intéressante. Ils permettent de faire ce qui sera possible d’ici 5 ou 10 ans avec l’Extremely Large Telescope (ELT).

    Dans ce cas, quel sera l’intérêt de l’ELT ?

    F.M. : Son miroir de 39 mètres de diamètre offrira une sensibilité extrême permettant d’observer des objets 10 000 fois moins lumineux que ce que permet aujourd’hui le VLTI. Il est en cours de construction au Chili.

  • [Kallisté] Janvier 1735, la promesse d’une nation corse

    [Kallisté] Janvier 1735, la promesse d’une nation corse

    Ce jour-là, la Corse proclame solennellement sa rupture avec la domination de la République de Gênes et affirme son existence en tant que nation libre. Cette décision n’est ni symbolique ni improvisée : elle est l’aboutissement de décennies de luttes populaires contre l’arbitraire politique, les impôts excessifs et l’absence de représentation du peuple corse.

    Lors de cette consulte, plusieurs principes forts sont affirmés. D’abord, la reconnaissance du peuple corse comme source de souveraineté politique, une idée particulièrement audacieuse dans une Europe encore largement dominée par les monarchies absolues. Ensuite, la décision de placer la Vierge Marie comme patronne de la nation, signe de l’importance du religieux mais aussi de la recherche d’une unité collective dans une société fragmentée par les clans et les régions.

    Principes d’Orezza

    Loin d’être un épisode isolé, janvier 1735 s’inscrit dans un processus politique plus large. Il constitue une étape fondatrice vers l’expérience démocratique qui s’épanouira quelques années plus tard avec l’action de Pasquale Paoli. La Constitution de 1755, souvent citée comme l’une des plus modernes de son temps, s’appuiera directement sur les principes affirmés à Orezza : souveraineté populaire, organisation politique autonome et primauté de l’intérêt général.

    Qui doit décider ?

    Se souvenir de janvier 1735, c’est rappeler que l’histoire de la Corse n’est pas seulement faite de folklore ou de paysages, mais aussi de réflexions politiques avancées, de luttes collectives et d’aspirations démocratiques précoces. C’est reconnaître que, bien avant d’autres peuples européens, les Corses ont posé la question essentielle : qui doit décider pour le peuple, sinon le peuple lui-même ?

  • [Chronique des invisibles] Les saisons passées sans prévenir

    [Chronique des invisibles] Les saisons passées sans prévenir

    Sébastien Gehan

    Né en 1973, il est écrivain, auteur de polars, contes et nouvelles plusieurs fois primées. Deux fois papa, il vit à Istres. Douanier, ancien responsable syndical, il dédie cette chronique à celles et ceux qui font le monde du travail d’aujourd’hui.

    Ses mains sont ridées. Des taches de vieillesse fleurissent ici et là sur sa peau tavelée. L’âge aime à marquer les corps. C’est le tatoueur non-officiel de chaque être humain. L’homme ne vient pourtant que d’atteindre la cinquantaine. Ses cheveux ont disparu en même temps que ses rêves d’une société plus juste. L’homme écoute distraitement les voix qui surgissent du transistor posé non loin. Des chroniqueurs s’époumonent sur la question de la retraite. Les mots productivité, espérance de vie, équité se succèdent, sans véritable contradiction entre les intervenants. Pour lui, tout cela reste abstrait. Il connaît seulement le froid du matin, les morsures voraces du soleil en été, les ampoules qui éclatent au creux des paumes, les reins endoloris, la poussière qui s’insinue jusque sous les paupières. Ce ne sont pas des statistiques, ce sont des jours répétés, des saisons qui ont passé sans prévenir.

    Il regarde les jeunes du chantier. Ils plaisantent en fumant une clope. Leurs rires ricochent loin. Ils ont cette souplesse qu’il a perdue, cette inconscience du corps encore neuf. Lui sent ses articulations se plaindre au moindre geste. Parfois, il déconne avec eux, pour ne pas paraître vieux (hors) jeu, pour cacher que certains matins il a du mal à lever les bras. La radio se fait silence, couverte par le mistral. Le vent soulève des nuages de ciment et froisse ses pensées assombries.

    Il se demande ce qu’il lui reste à bâtir dans sa propre existence, après tant d’années à élever des murs pour d’autres. Les immeubles grimpent, les grues tournent, mais lui ne possède que sa force de travail et ses souvenirs. Même sa maison, il la loue. On se crée ses propres cages. Le soir, il passe devant ces façades impeccables de résidences haut de gamme qu’il a aidées à façonner, sans jamais pouvoir y accéder. Chaque chantier terminé, il a laissé un peu de lui-même dans ce béton.

    L’heure de la retraite n’a pourtant pas encore sonné. Le gouvernement imposera une énième réforme. Il éteint la radio de colère. L’homme ne veut pas que son corps soit coulé dans les fondations du prochain projet immobilier où il va bosser. Il a décidé d’en parler avec les jeunes. L’avenir leur appartient.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : repositionnements dans le mouvement

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : repositionnements dans le mouvement

    Les progrès de la droite au détriment notamment d’une SFIO qui avait tout misé sur les négociations de Washington, inséparables de ce contexte économique, attestaient par ailleurs la fragilité de l’alliance classe ouvrière – classes moyennes qui avait fondé sur le plan intérieur « la bataille de la production ».

    Les secondes qui attendaient tout de « l’aide américaine » n’étaient guère tentées par la stratégie d’indépendance. Un exemple concluant : à Marseille, les classes moyennes (commerçants et artisans) avaient pris leurs cartes à la CGT et comme les statuts ne le permettaient pas, nous leur avions donné une carte « Amis de la CGT ». Ils étaient 10 200 qui, petit à petit, s’éloignaient de nous. C’est sur la base d’une telle analyse que nous avons amorcé le retour à des formes plus traditionnelles de lutte.

    Dissensions internes perceptibles

    Mai-juin 1946 marque une première césure du point de vue du contenu des revendications. Le changement des méthodes de lutte était encore différé. Les perspectives radieuses s’obscurcissaient. La tactique du contournement était considérée comme insuffisante et le blocage des salaires ouvertement mis en cause.

    Fin mai-début juin 1946, la CGT réclama une augmentation générale de 25%. Les dissensions internes commençaient à être perceptibles. Les minoritaires avaient commencé à diffuser, dans notre UD comme dans tous les départements, les franches réserves de la SFIO vis-à-vis du projet constitutionnel qui offrait aux travailleurs de solides garanties : du droit au travail et à l’expression en passant par l’extension du secteur nationalisé.

    À Marseille, les entreprises réquisitionnées faisaient partie de leurs analyses. Les tracts de soutien au « oui » dans une campagne électorale que la SFIO avait catégoriquement refusé de mener en commun avec le PC étaient parfois restés dans les tiroirs au sein des sections syndicales dans les secteurs non directement productifs. Mais la marge de manœuvre de Babau, futur secrétaire de l’UD FO et dirigeant de cette minorité de la tendance Jouhaux, demeurait étroite. Après avoir, pendant quelques mois, adopté des accents gauchistes et tempêté contre des salaires que nous étions accusés de cautionner, comment critiquer ouvertement la revendication de 25% d’augmentation ? Comment la SFIO aurait-elle pu être vivement hostile à cette revendication ?

    La minorité préféra se taire ou ironiser sur « le virage » à 180% de mai et juin, malgré la campagne du Provençal et du Méridional qui avaient la même attitude : elle était cependant trop faible pour que son opposition pèse d’un poids différent.

    A suivre la semaine prochaine…