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  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Chez Cantini, Hélène Garache, céramiste inclassable

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Chez Cantini, Hélène Garache, céramiste inclassable

    Modelées sans prétention, elles sortirent du four principalement pendant le second XXe siècle. Ces assemblages de terre glaise dotées de très douces patines sont immédiatement attirants, on ne souhaite pas échapper à leur énigme. On voit mal à quel courant artistique on pourrait les rattacher.

    Quand on situera davantage leur inventrice on comprendra à quel point une confiance tranquille, l’humour et l’allégresse les traversent. Les cartels mentionnent qu’il s’agit du regroupement de deux séries d’objets. Ce sont des habitations et en même temps ce sont des corps. Avec en sommet un ciel et des envols d’oiseaux. En guise de toits et de murs, des imbrications de lauzes, des entassements de feuilles. Ou bien, dit un témoin, des « haies d’oreilles » enchevêtrées et touffues, des murets qui ressemblent à des bories. Ensuite, du côté de la Normandie, voici des plages, des sables et des horizons marins. Finalement assez figuratives ou bien faiblement abstraites, ces œuvres étonnamment savoureuses ne sont pas en quête de rupture par rapport à leur époque. Sans trop de mystère ni de symbolisme, leur univers est sobrement « post-surréaliste »: on découvre des formes élémentaires, par exemple l’étrave d’un bateau avec des encoches et une petite boule, ou bien des rouleaux de mer qui ressemblent aux découpes d’un pain de boulanger. Ce sont de simples apparitions, la condensation heureuse d’une mémoire et de plusieurs sensations. Leur meilleur commentateur, Yves Bonnefoy écrivait en 2006, dans un numéro de la revue Conférence, que malgré leur taille réduite et la douceur de leurs teintes argileuses, leurs alignements peuvent évoquer Stonehenge. Pas seulement inclassable, l’œuvre d’Hélène Garache (1928 – 2023) fut longtemps invisible. Programmée au musée d’Art Moderne de Paris, son unique exposition fut inaugurée deux jours après son décès. Conservatrice du musée Cantini, Louise Madinier qui a sollicité ce dépôt espère qu’une donation du Fonds Hélène et Claude Garache sera prochainement homologuée. Des œuvres d’Hélène Garache figurent déjà dans les collections des musées de Tours, Grenoble et Paris.

  • Un fossile illustre une étape clé de l’histoire des cétacés

    Un fossile illustre une étape clé de l’histoire des cétacés

    Fraîchement titulaire d’un doctorat en paléontologie, Mohd Waqas arrive à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier (Isem) en 2023. Il vient faire un post-doctorat autour des organes sensoriels des cétacés. Dans ses bagages, il amène avec lui le fossile d’une mandibule qu’il a trouvé près de son village natal, en Inde. « Il ne m’en avait pas parlé », assure Maëva Orliac, chercheuse CNRS à l’Isem. Quand elle voit le fossile, elle n’en croit pas ses yeux. « C’était trop beau pour être vrai », se remémore-t-elle. C’est exactement la pièce d’un puzzle que les paléontologues cherchent à combler depuis longtemps. Un journal scientifique prestigieux auquel elle proposera la découverte croira même à une supercherie. « Ils pensaient que le fossile avait été fabriqué », s’amuse-t-elle aujourd’hui.

    Les caractéristiques générales de la mandibule indiquent qu’elle est celle d’un cétacé primitif. Mais sa singularité réside dans une des molaires qui a la particularité d’avoir trois cuspides –c’est-à-dire trois bosses. « Cela signifie qu’il s’agit d’un témoin de la transition spectaculaire des cétacés de l’environnement terrestre au milieu aquatique », résume la chercheuse, dernière autrice d’un article finalement paru dans Nature Ecology & Evolution.

    Régime alimentaire

    Car les cétacés n’ont pas toujours été des animaux aquatiques comme ceux que nous connaissons aujourd’hui : orques, dauphins, baleines… Leurs ancêtres étaient des animaux terrestres et herbivores qui ont ensuite investi le milieu aquatique et sont devenus carnivores. C’est lors de cette transition que leurs molaires ont perdu deux bosses. Les herbivores en avaient quatre pour favoriser la mastication des végétaux. Les carnivores n’en avaient plus que deux pour faciliter le cisaillement de la viande. « Nous n’avions jamais trouvé un témoin de la transition entre les deux », souligne Maëva Orliac.

    C’est maintenant chose faite. Et ce témoin, qui a vécu il y a environ 48 millions d’années, s’appellera Kalakocetus aurorae. Cette espèce primitive de cétacé se nourrissait essentiellement de viande comme en témoignent les traces de micro-usure sur les dents. « Elles sont fines, parallèles et assez profondes, décrit Maëva Orliac. Cela témoigne d’un mouvement cisaillant de la mandibule typique des carnivores. »

    La mandibule est aujourd’hui retournée en Inde. Son post-doctorat terminé, Mohd Waqas est lui retourné à la recherche d’autres fossiles de Kalakocetus aurorae. Les paléontologues aimeraient trouver des éléments de sa denture supérieure. « Pourquoi pas un crâne », se prend à rêver Maëva Orliac. Les fouilles ont-elles déjà porté leurs fruits ? « Des fossiles ont été mis au jour mais les extraire de la roche prend du temps », glisse la chercheuse. Un peu de patience, donc, avant de savoir s’il s’agit bien de nouvelles traces de ce cétacé primitif et compléter son histoire.

  • Laurent Godin, galeriste dans Arles depuis l’été 2025

    Laurent Godin, galeriste dans Arles depuis l’été 2025

    Un souvenir qui ne s’oublie pas, raconté par Gérard Traquandi. Années 1990, cours Julien, le soir venu. Élégance et discrétion, trois silhouettes grandes et longilignes, un couple qui s’éloigne. En bout de laisse devant eux, un lévrier. Laurent Godin vient d’achever ses études aux Beaux-Arts de Lyon, il a 25 ans. La jeune femme qui l’accompagne est mannequin à Paris chez Yves Saint-Laurent. Elle s’appelle Violeta Sanchez. Les meilleurs photographes -entre autres, Helmut Newton, lors d’une image-culte du Moma- l’ont portraiturée. La seconde image-souvenir est moins intimidante. Château de Servières, boulevard Boisson, plusieurs participations au Salon Pareidolie, le stand de Laurent Godin : le savoir-vivre, les qualités d’un galeriste, principalement tenace, courtois et réservé, sont évidentes. L’an dernier, c’était la surprise d’un peintre-dessinateur issu de l’École de Photo d’Arles, Matt Frenot. Auparavant en 2019 ou 2024, on découvrait des binômes ou des accrochages collectifs, des noms à la fois branchés et confirmés de l’art d’aujourd’hui, Alain Séchas, Marc Couturier et Claude Clossky.

    Depuis ses apprentissages chez Roger Pailhas dont il fut l’assistant-régisseur à Marseille et Paris, Laurent Godin a gravi des échelons de première importance. Entre 2000 et 2005, place Bellecour à Lyon, pendant les mandats de Raymond Barre et Gérard Collomb, il dirige un centre d’art contemporain, « le Rectangle ». Parmi les moments fastes de cette institution,

    Marseille se souvient fortement d’une exposition majeure de Gérard Traquandi en janvier 2002. Les textes du catalogue étaient signés par Didier Semin et Frédéric Valabrègue, Laurent avait rédigé la préface.

    Deux alliés, Traquandi et Frédéric Pajak

    Après cette expérience menée dans le service public dont il aurait pu devenir un protagoniste confirmé, Laurent Godin fonde sa propre galerie. Une aventure longue à raconter, beaucoup plus risquée, à la fois heureuse et anxiogène, d’abord menée dans le Marais dans un espace autrefois occupé par Yvon Lambert, débute en 2005. Ensuite de 2015 à 2024, avec le handicap d’un grand éloignement par rapport au centre de Paris, ce natif de Bourg-en-Bresse dont le père issu de la CFDT fut député et maire, ouvre dans le XIIIe arrondissement un espace de 400 mètres carrés qui accueille des grands noms internationaux comme Wang Du, Ham Steinbach, Peter Buggenhout et Eugène Leroy. Cette entrée dans le marché de l’art de haut niveau aura conduit la galerie à la Fiac et chez Art- Basel, dans de grandes foires implantées à New York, Bruxelles, Genève, Monte-Carlo, Pékin et Miami.

    Voici deux étés, puisque ses résultats financiers ou bien symboliques se trouvaient confrontés avec toutes sortes de crises, Laurent Godin a transformé radicalement ses formats et ses modes d’intervention. La décroissance a de fortes vertus, son cube blanc du XIIIe arrondissement est définitivement fermé, la base de repliement qu’il partage avec son épouse Violeta se situe dans une bastide de la campagne d’Arles, ses participations à de grandes foires internationales se sont interrompues. Proche du pont de Trinquetaille, sa galerie permanente occupe à présent une superficie beaucoup plus modeste. Pour autant ses activités et son impact sont conséquents.

    En 2025 et 2026, le Festival du Dessin d’Arles accueillait des artistes souvent exposés dans sa galerie, Alain Vega et Gérard Traquandi. Mentionné plus haut chez Pareidolie, un artiste émergent, Matt Frérot vient de bénéficier d’une Résidence et du Prix de la Fondation des Oseraies, animée par Sylvie et Didier Grumbach. Laurent Godin le constate tous les jours, grâce au travail mené par des institutions anciennes ou bien récentes (le musée Réattu, les Rencontres de Photographies, l’Espace Méjan d’Actes-Sud, la Fondation Van Gogh, la Tour Luma de Maja Hoffman) Arles offre une densité de propositions rigoureusement unique : c’est à présent le meilleur endroit de nos provinces pour approfondir l’art d’aujourd’hui, les collectionneurs du monde entier qui surviennent prennent le temps de regarder et ne sont pas pressés de repartir.

    Pendant les prochaines semaines avant l’exposition d’été qui permettra de découvrir des récentes sculptures de Peter Buggenhout, une double présentation des aquarelles et dessins de Gérard Traquandi est programmée. Place de l’Hôtel de Ville, palais de l’Archevêché, Frédéric Pajak a sélectionné des moments d’affleurement, des arbres et des paysages. Près du pont de Trinquetaille, le choix s’élargit du côté de travaux et de sensations qui peuvent évoquer Cimabue et Giotto.

    Arles, Festival du Dessin jusqu’au 17 mai. Chez Laurent Godin, exposition Traquandi jusqu’au 26 juin.

  • [Lecture] Zaatar, le berger médiateur d’Alep

    [Lecture] Zaatar, le berger médiateur d’Alep

    Librement inspiré d’une histoire vraie, le roman de Stéphanie Perez, grand reporter multiprimé, nous plonge en plein cœur de l’une des plus effroyables catastrophes naturelles, celle du 3 février 2023, qui laissa en Syrie des traces indélébiles auprès d’un peuple marqué par treize ans de conflit armé. Dans ce nouveau climat de peur, où les corbeaux survolent les blocs de béton effondrés, les bâtiments éventrés et les pierres ensanglantées, un chien, nommé Zaatar « perçoit la vérité, là où les humains se mentent, incarne la loyauté et la bonté, là où elles semblent avoir disparu ». Sept ans plus tôt, durant la guerre civile, il avait été adopté par un jeune homme, dont la famille vivait dans un immeuble où cohabitaient chrétiens et musulmans, et pour lequel sauver un animal, c’était refuser de céder à la barbarie.

    Journaliste chevronnée, habituée à rendre compte des événements qui secouent notre planète, l’auteure du Berger d’Alep est sur tous les fronts et dans le théâtre de toutes les opérations, sans jamais perdre de vue Zaatar enfoui sous les ruines, en ce jour d’intense séisme où même le soleil est noir. Un roman où l’atmosphère est rendue avec véracité, où les pages atteignent à une puissante émotion, jusqu’à nous baigner le visage de larmes lorsque les fosses se creusent, mais aussi à nous redonner espoir lorsque les yeux d’un chiot, à la fourrure aussi blanche que celle de Zaatar, se posent sur la terre fraîchement retournée. Reste à espérer que 30 Millions d’Amis accorde à Perez et au « berger des matins calmes, au cœur chaud et au nom d’épices, qui pèse non seulement de tout son poids, mais de tout ce qu’il a été », le prix Goncourt des animaux.

    Récamier, 21 euros

  • L’Estaque inspire une exposition collective

    L’Estaque inspire une exposition collective

    Le littoral en trois façons. Depuis mercredi 14 mai, les artistes Benjamin Bloch, Aurélie Jourdain et Romus exposent des œuvres inspirées par l’Estaque et ses environs. En alliant peinture, installations et bas reliefs, l’exposition célèbre la mer, d’abord, avec la série de dessins « Vue mer », réalisés au graphite par Aurélie Jourdain. Une série qui invite à la contemplation, comme autant de fenêtres sur un monde en mouvement. L’artiste expose également une série d’œuvres réalisée à partir d’algues récupérées sur les côtes, tout en finesse.

    L’artiste Romus, originaire du Var, cherche, grâce à ses paysages côtiers et urbains à l’acrylique, à créer de l’interaction avec les spectateurs. « Je n’ai volontairement pas mis de cartels sous mes peintures. J’aime que les spectateurs cherchent à reconnaître les endroits que j’ai peints, je vois que ça les touche » raconte le peintre.

    Protéger le littoral

    L’exposition, sur deux étages, retrace la vie de la côte, au travers des tableaux réalisés in situ par Romus. « Ma pratique en extérieur est concentrée sur l’interaction entre la matière et ce qui m’entoure » explique-t-il. Une œuvre composite de sa série « Recyclage de paysage » en est le symbole. Il raconte : « Pour ce travail, j’ai récupéré des déchets sur la plage du Jonquet, à la Seyne-Sur-Mer. Puis je les ai assemblés pour reproduire le paysage devant mes yeux. » Une série qui, à l’image de l’exposition, sensibilise à la protection du littoral. Le travail de l’artiste Benjamin Bloch nous plonge dans les terres calcaires de l’Estaque, sensibles aux aléas climatiques. À la fois dessinateur et maçon spécialisé dans la terre crue, ses œuvres décodent le paysage minéral, grâce à des cartographies, des schémas, des empreintes. Son œuvre « Chemins de terre », bas relief réalisé en terre crue, fait partie de son travail de recherche. « Ma pratique de la maçonnerie est étroitement liée à ma pratique artistique. Mes œuvres sont comme des tests pour de nouvelles techniques de construction écologique » continue Benjamin Bloch. Une exposition entre matières minérales, végétales et plastique, retraçant sensiblement un environnement fragile, invitant à le préserver collectivement.

    Exposition « Territoire littoral », du 14 au 25 mai au Pôle des Arts Visuels de l’Estaque. Entrée libre, 10h-12h, 13h-18h, fermé le mercredi.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : 50 ans de luttes et de mémoire

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : 50 ans de luttes et de mémoire

    Dans la chimie, il fallut quatre arrêts collectifs de travail d’une heure dans quatre usines. Ainsi, aux usines Kuhlmann, Rocca‑Tassy de Roux, les actions se répétaient pour le maintien des avantages acquis, le paiement de 25% sur les primes et pour protester contre les employeurs qui maintenaient l’abattement de 10% sur les salaires des femmes. Le 28 août, le personnel de la Compagnie générale des pétroles arrêta le travail le matin de 7h30 à 8h30. Des points de vue divergents décidèrent de porter le différend devant le ministre du Travail. La réaction des travailleurs ne se fit pas attendre. Le soir même, les ouvriers arrêtèrent le travail à l’Électrochimie de la Barasse en laissant sur place le personnel nécessaire au fonctionnement de l’usine. Le lendemain matin, le travail reprenait normalement, le syndicat respectant les mots d’ordre de la CGT en faveur de la production et des arrêts de travail de brève durée. La chimie avait un patron de combat, Keller, que nous dénoncions et qui n’avait qu’un but : arrêter le progrès social en fomentant des refus et des troubles. Le syndicat dirigé par deux bons camarades, Antoine Vabre et Maurice Alby, déjoua ce piège. En général, notre action porta ses fruits : en octobre les revendications ouvrières étaient satisfaites et les accords tenaient compte des avantages acquis.

    Mais l’inspecteur divisionnaire du travail fut rappelé à Paris, dénoncé par le CNPE, le Parti socialiste et le préfet comme un « ami de Lucien Molino et de la CGT ». Il est vrai que, dans de nombreux cas, il avait aidé les travailleurs. C’était un inspecteur honnête qui fut regretté par les syndicats. À Paris, on l’installa dans un bureau sans responsabilité et il attendit l’âge de la retraite. Dans mes déplacements dans la capitale, je lui rendais visite et j’ai pu me faire une idée de ce qu’étaient capables de faire les ennemis de la classe ouvrière.

    Les élections municipales du 19 octobre 1947

    Ces élections furent marquées par la montée du RPF et l’effondrement du MRP, tandis que le Parti maintenait, dans les grandes villes, les positions obtenues en novembre 1946. À Marseille, le PC augmentait son score de 1 000 voix et la SFIO de près de 4 000 voix. Pourtant, les bouleversements dans notre département furent importants. Nous perdîmes Marseille au bénéfice de Carlini, avec la complicité du Parti socialiste, et Aubagne à la suite d’une entente entre la SFIO, le RPF et le MRP. Arles, La Ciotat et Martigues passaient aux mains des socialistes soutenus par le RPF. La SFIO gardait la mairie d’Aix grâce au MRP. À Salon, Francou (MRP) obtenait sa réélection avec l’aide des socialistes.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Le coin de la BD] Les droits des femmes, ce n’est pas que le 8 mars

    [Le coin de la BD] Les droits des femmes, ce n’est pas que le 8 mars

    Une balade trépidante sur les traces de l’histoire des femmes et une révolution féministe au cœur du Moyen Orient ! Ces deux BD sont à mettre entre toutes les mains pour rappeler que les droits des femmes ne viennent pas de nulle part et sont encore à conquérir tout au long des années et pas seulement le 8 mars.

    Dans La marche des femmes, l’historienne Michelle Perrot joue son propre rôle et va transmettre à une lycéenne à travers une promenade dans Paris les dates et les lieux clés de cette longue histoire, d’Olympe de Gouges à Simone Veil et Louise Michel… Car avant les travaux de Michelle Perrot, l’histoire de France était peuplée d’hommes et grâce à ses travaux, les femmes du passé et du futur existent ! À ses côtés, la grand reporter Annick Cojean, Sophie Couturier qui a milité aux côtés de Gisèle Halimi et la graphiste Emma Ere apportant leur pierre à ce travail essentiel.

    Direction la Syrie avec Les filles du Kurdistan où la réalisatrice Mylène Sauloy a longuement travaillé sur l’épopée du Mouvement des Femmes Libres, une histoire mise en dessin par Clément Baloup. En prenant les armes face à Daesh et aux gouvernements qui persécutent les Kurdes, ces combattantes ont planté les graines d’une société paritaire, écologique et multiconfessionnelle au cœur du patriarcat laïque ou religieux. Et qui ont germé dans le mouvement iranien « Femme, vie, liberté ». Souhaitons leur longue vie dans ce monde de brutes machistes.

    ET AUSSI

    Une voix pour la liberté

    Face au silence assourdissant du rap français, sur ce sujet comme sur tant d‘autres, cet album de l’autrice Bahareh Akrami en partenariat avec Amnesty International met en lumière le rappeur iranien Toomaj Salehi, emprisonné, torturé et condamné à la pendaison pour avoir été la voix de la révolte de son peuple. Avant d’être provisoirement sauvé par la mobilisation internationale. Un album magnifique et d’une actualité brûlante à l’heure où ce malheureux pays est pris en étau entre son régime dictatorial et une agression israélo-américaine.

    Chez Delcourt, 17,50 euros

    Gigi

    Claire Bouilhac et Catel Muller adaptent le chef-d’œuvre de Colette qui a marqué son époque et méritait sans doute un nouveau regard pour les jeunes générations. Gigi, qui fut l’une des dernières nouvelles de l’écrivaine, raconte la vie d’une adolescente qui vit modestement à la fin du XIXe siècle entre sa mère, sa tante, demi-mondaine ou ex, ainsi que sa grand-mère. Mais la jeune fille va prendre son destin en main et imposer ses choix jusqu’à devenir dans l’histoire littéraire une égérie féministe… Une relecture très réussie !

    Chez Dargaud, 26,95 euros

    Diplomatie clandestine

    Ceux qui ont adoré la série « Le bureau des légendes » vont se régaler avec cet album d’Hubert Maury qui offre une plongée inédite au cœur des services secrets français. L’histoire débute au Cambodge à la fin du XXe siècle mais se situe surtout en Afghanistan en 2010 quand Raphaël, officier de renseignement français tout juste débarqué à Kaboul doit licencier une source… Qui va lui faire une proposition difficilement refusable. Entre coups tordus et faux-semblants, cette fiction d’espionnage est aussi haletante que crédible.

    Chez Glénat, 28 euros

    Pour qui sonne le glas

    Jean-David Morvan et Pierre Dawance proposent avec brio leur version du grand roman d’Ernest Hemingway situé en pleine guerre d’Espagne où l’américain Robert Jordan, membre des brigades internationales, est chargé par l’armée républicaine de faire sauter un pont. Dans son groupe de maquisards qui combattent les fascistes, il croise le regard de Maria qui a vécu les pires horreurs dans les geôles franquistes. Le graphisme exceptionnel de l’album magnifie la tragédie intemporelle qui se joue entre guerre, amour et mort !

    Chez Sarbacane, 29 euros

    Un espoir sans papiers

    Sans mièvrerie ni pathos, Ingrid Chabert et Espé racontent la rencontre sur l’île d’Aix, au large de la Charente-Maritime, d’une vieille dame touchée par Alzheimer et d’un jeune migrant algérien rescapé d’un naufrage qu’elle va prendre pour son fils disparu depuis des décennies. Par petites touches, les auteurs vont rendre leur histoire et leur dignité à ces deux personnages abimés par la vie mais qui vont aussi rencontrer la solidarité ! Avec au bout du chemin, peut-être une nouvelle chance, même si le racisme et la bêtise bureaucratique rodent.

    Chez Dupuis, 21,50 euros

    Frankenstein

    David Sala livre sa version flamboyante et d’une virtuosité graphique époustouflante du chef d’œuvre devenu mythique de Mary Shelley. En revenant aux sources de l’histoire et sans hésiter à en combler les trous, il donne à son roman graphique des échos d’une incroyable modernité, le monstre du docteur ressemblant aux « réplicants » de Blade Runner ou aux futures créatures issues de l’intelligence artificielle. Sans oublier les thèmes de l’acceptation de la différence, de la peur de l’inconnu ou de la vindicte populaire en meute… Fascinant !

    Chez Casterman, 28 euros

  • [La recette du Vieux-Port] Seiche au fenouil et à la tomate

    [La recette du Vieux-Port] Seiche au fenouil et à la tomate

    C’est sur l’étal de Sandrine et Kylian, que le choix d’Élisabeth s’arrête ce matin. Ce sera de la seiche ! Explications : « Je sors mon faitout et je fais revenir dans l’huile d’olive des oignons émincés, 2 ou 3 fenouils et une gousse d’ail tout en remuant. Puis j’ajoute un fond d’eau. Je coupe en gros morceaux ma seiche que j’ai nettoyée, délestée de son os et mets à part son encre pour une future recette. Je les dépose dans la marmite avec des tomates fraîches. Sel, poivre et je laisse cuire à feu doux environ 30 mn. Je l’accompagne dans l’assiette de riz de Camargue. »

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au musée Longchamp, Diogène veut qu’on s’écarte de son soleil

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au musée Longchamp, Diogène veut qu’on s’écarte de son soleil

    Autrefois conservateur de ce musée, Philippe Auquier avait rassemblé plusieurs moulages, pour la plupart réalisés en 1901 par François Carli.

    Tout commence par l’arrivée dans le port de Toulon, en 1675, de deux gros blocs d’une riche matière. Le premier suscitera l’apparition de Milon de Crotone ; le second marbre, choisi pour Alexandre et Diogène, fut achevé à Marseille quatorze années plus tard. Colbert et Louvois sont les commanditaires. Pierre Puget aurait passionnément aimé que ses sculptures soient en bonne place au palais de Versailles. Tout en restant singulier et autonome, il lui fallait ne pas déplaire au souverain. Alexandre est un invincible guerrier, un modèle de conduite pour Louis XIV, qui pourrait prendre ombrage si Diogène, dans l’interprétation qu’en donnerait Puget, faisait preuve d’une trop vive insolence.

    Dans ce contexte, la farouche réplique « Ôte-toi de mon soleil » n’est pas seulement la réaction d’un philosophe qui méprise les pouvoirs et l’ordre établi. Tout en réclamant les honneurs et la reconnaissance des puissants, un artiste de l’Ancien Régime persévère, demeure fidèle à ses origines et à son tempérament. Ni dissident ni courtisan, capable, écrivait Baudelaire, de « colères de boxeur », à la fois soumis et plein d’orgueil, Pierre Puget fraye sa voie parmi les embûches et les contraintes de son époque.

    Dans cet étrange péplum, avec casques, cuirasses, boucliers, oriflammes et sons de trompe, l’artiste fait montre d’humour et d’ironie. Les trognes et la brutalité, les gestes des soudards qui dérangent la sérénité du philosophe stoïcien l’ont révolté et scandalisé. Pour sauvegarder les finalités de ce bas-relief, mieux vaut quitter bruit et lourdeur, contempler l’énergie de Diogène, son visage inspiré par le Laocoon, finement relancé par le « mélancolique empereur des forçats ».

    Diogène lève les yeux, fixe pensivement l’horizon, ne regarde pas l’empereur. Sa détresse est à la fois noble et suppliante ; la main qu’il tend demande secours. De son côté, Alexandre est à moitié surpris et ne veut pas se venger du refus de Diogène. Un statu quo se maintient. Chiens, chevaux et soldatesque rejoignent Corinthe.