Tag: Théâtre

  • Rencontres avec Kafka et Proust au fil des théâtres

    Rencontres avec Kafka et Proust au fil des théâtres

    Darius

    C’est parce qu’il est docteur en pharmacie, parce qu’il s’intéresse à l’œuvre de Marcel Proust, et surtout parce qu’il est le père de Ferdinand, un enfant « différent » que sa pièce Darius vibre d’une authenticité suffocante et d’une poésie distancée. Il met lui-même en scène cette nouvelle version galopante, où l’on danse, où l’on s’esclaffe sur un sourire, où on retient ses larmes par pudeur, où l’on rage au moindre échec, où l’on passe aux aveux quand on ne peut plus les taire. Darius, 19 ans, est cloué dans un fauteuil roulant, lui qui aime voyager, caracoler dans le monde entier, le voilà piégé par des sens évanouis où seuls résistent ses dons olfactifs. C’est donc par les parfums, les flagrances que sa mère veut qu’il continue à courir le monde. Pour cela elle demande à un parfumeur, ou plutôt à un créateur d’odeurs, d’inventer des parfums que le jeune reconnaîtra, aidé par un odorat et une mémoire sensitive surdéveloppés. Pari tenu, pari (presque) réussi. En regardant Catherine Hauseux (la mère) et Félix Pruvost (le parfumeur), on comprend immédiatement combien le sujet les a séduits, combien ils se sont investis dans cette Odyssée hérissée de tant d’espoirs, de désillusions, de victoires. Leurs sourires vainqueurs, leurs cils mouillés, leur gestuelle souple et dansante dans les jolies lumières de Richard Arselin, dynamisent un échange épistolaire qu’on suit avec passion. Un thriller joyeux aux multiples effluves. Ça sent rudement bon au Cabestan !

    L’Homme de parole

    C’est l’histoire d’une rencontre entre une comédienne (Véronique Boulanger) et Grégoire Delacourt. Ils ne se connaissaient pas. Elle l’a accosté, lui a demandé s’il n’aurait pas écrit une pièce théâtre. La réponse la voilà dans cette création 2026 L’homme de parole. Sur scène, un comédien, vêtu façon 1920, doit interpréter Franz Kafka et sa Lettre au père, ce sera sa dernière représentation. Le cœur gros, il délaisse l’auteur austro-hongrois pour se raconter, lui. Son témoignage brûle de vérités assénées l’air de rien, sur notre monde, mais surtout sur celui de l’existence des comédiens. Il choisit la vérité crue et décrit la vie grise des acteurs rongés par le vice du théâtre, ce vampire des âmes et du corps. Sans concession mais avec une tendresse inouïe, il furète dans les méandres d’un métier ingrat, solitaire, mais nécessaire. Et c’est là que le prodige a lieu. Véronique Boulanger, toute menue, à la voix si particulière, efface sur le plateau Véronique et devient ce Comédien. Elle évoque les personnages rencontrés par notre anti-héros : une inflexion de voix, une expression du visage, et le tour est joué ! Véronique, aussi à l’aise dans le boulevard (Lily et Lily avec Michèle Bernier), que dans un théâtre d’idées (Ô les beaux jours !) affirme ici une facette inattendue de son talent caméléon. Drôle souvent, inquiétante parfois, singulière toujours, elle semble ne rien prendre au sérieux, pratique l’autodérision avec panache. Eric Métayer, le metteur en scène, laisse la bride sur le cou à cette comédienne qui sait braver tous les dangers. Sur le plateau, il lui offre une grosse malle, valise miroir, valise refuge, valise-loge, valise cachette, d’où s’exhalent les splendeurs et misères du théâtre.

    « Darius », tous les jours sauf mercredi, à 13h55 au Théâtre du Cabestan

    « L’Homme de parole », tous les jours sauf mercredi à 16h au Verbe Fou.

  • Off d’Avignon : Roulez jeunesse

    Off d’Avignon : Roulez jeunesse

    Illustrations d’une telle fraîcheur avec Solitude à Miremont, qui se joue tous les jours à 16h30, sauf le jeudi, au Laurette Théâtre, ainsi que Ninie – les combats d’une génération, à voir chaque jour de la semaine à 17h10, sauf le jeudi, au Théâtre de la Factory, Chapelle des Antonins.

    « Solitude à Miremont »

    William et Léon, échappés du Cours Florent, ont le goût de l’improvisation. Ils se sont liés d’amitié à Miremont, charmante commune du Puy-de-Dôme. Ils lui rendent hommage dans un spectacle kaléidoscope où s’affrontent et s’apprivoisent des personnages multiples, réunis par leur seul sentiment d’être abandonnés. « La solitude ça n’existe pas » chantait l’ami Bécaud. Nos deux gaillards vont piétiner cette affirmation. Une ode à l’amitié, à la transgression des carcans, de l’autodérision où Parisiens s’accrochent au monde rural. Sans méchanceté ni condescendance. On éprouve une sympathie immédiate pour William Wright, débonnaire, eau dormante sur un volcan de mal-être, et pour Léon Chaubert, au regard halluciné qui éructe pour masquer ses fêlures. Ils sont dirigés par Lili Chadenat. Elle leur impose silences aigus et regards inattendus. Rires et sourires affleurent au long d’une représentation où leur jeunesse explose de joie de vivre. Parfois, le cœur se serre un peu, l’œil se mouille parce qu’on ne se sent pas vraiment étranger aux situations qu’ils évoquent. Une comédie de mœurs où l’autodérision cicatrise les blessures que cette foutue solitude a égratignées.

    « Ninie, les combats

    d’une génération »

    Ils sont six : six petites bombes qui évoquent un temps que les moins de 60 ans ne peuvent pas connaître ! Une bande d’amis regarde une télévision où Simone Veil se bat pour la légalisation de l’IVG. Nous sommes en 1974. La jeunesse se grise d’une liberté acquise depuis peu. On danse, on s’aime, on fume, on picole. Ils sont beaux, s’éclatent sur les musiques des Bee Gees, dans des décors qui préfèrent l’orange au noir et au gris. Mais la vraie vie gâche cette euphorie un peu factice. Les vieux démons crachent leur venin : violence conjugale, homosexualité assumée ou non, avortement clandestin… À l’inverse des oiseaux, ils ne se cachent pas pour mourir mais restent bien vivants, 56 ans plus tard, la liberté d’expression en moins. Élise Koczak a écrit une partition chorale servie farouchement par ces 5 partenaires. Ambre Doligez a orchestré une mise en scène vivifiante, presque aphrodisiaque. On passe d’un lieu à un autre sans temps morts : les comédiens ont les jarrets toniques et le verbe haut. Pour certains, cette « Ninie » aura un parfum nostalgique ; les plus jeunes s’interrogent : « Était-ce mieux avant ? ».

  • La bataille culturelle contre l’extrême droite en débat à Avignon

    La bataille culturelle contre l’extrême droite en débat à Avignon

    « On est tous au fait du danger que représente la progression de l’extrême droite pour nos métiers », lance Ghislain Gauthier, secrétaire général de la CGT Spectacle, en introduction d’un débat sur les « politiques culturelles pour une société plus juste et démocratique face à l’extrême droite ».

    Les échanges se sont déroulés au cloître Saint-Louis et le ton adopté par les différents intervenants, pour la plupart des syndicalistes des différents secteurs de la culture, est lourd. Car les dernières échéances électorales, les municipales de mars dernier, ont montré que l’extrême droite progresse. Et les premières mesures contre la culture des maires élus, notamment du RN, sont pointées du doigt. Comme la déprogrammation de la pièce de théâtre Passeport, récit de parcours d’exilés, par le maire, membre du parti à la flamme, de Castres, pour des raisons idéologiques.

    Les intervenants pointent l’influence causée par la « bataille culturelle » menée par des milliardaires, Vincent Bolloré et Pierre-Édouard Stérin en tête. « Il y a une idée de structurer un imaginaire autour d’une France traditionnelle, catholique, nataliste », pointe par exemple Anne-Sophie Simpere, journaliste au média indépendant L’Observatoire des multinationales, à propos du premier nommé. Aujourd’hui, neuf personnes contrôlent 80 % des médias. Également organisateur d’événements, ses activités peuvent impacter, par exemple, les musiciens qui ne pouvaient parfois pas savoir que les structures pour lesquelles ils ont accepté de travailler et avec lesquelles ils ont signé un contrat faisaient partie de son empire évalué à plus d’un milliard de dollars. « On est pris en otage. Il faut être très vigilants car il n’y a pas de clause dans le milieu du spectacle permettant de quitter notre travail dans ces cas-là », prévient Karine Huet, du syndicat CGT des musiciens, le Snam.

    Moyens de luttes

    Face à cela, la lutte s’organise. Et ce, d’abord par le syndicalisme, comme l’explique Mathieu Pace, représentant CGT chez Prisma, groupe de presse de magazines comme Capital, Voici ou encore Géo, dont Vincent Bolloré est l’actionnaire de référence mais n’est pas majoritaire. Un plan social y prévoit une réduction de 40 % des effectifs. « Il faut prouver que c’est bien lui qui a le contrôle. Contre ces gens-là, la grève ne marche plus car ils n’en ont rien à faire de perdre de l’argent. Mais ce dont ils ont peur, c’est que leur image soit détériorée », assure-t-il. La députée du Val-de-Marne Sophie Taillé-Polian (EELV), également présente, a porté plusieurs propositions de loi contre la concentration des médias. Et assure « qu’il faut qu’il y ait à nouveau un consensus sur les politiques publiques de la culture dans notre pays ».

    6 candidats à la présidentielle au Village du Off

    Suite à une lettre ouverte d’Avignon Festival et Compagnies (AF&C) aux candidats à la prochaine élection présidentielle, six d’entre eux viendront chacun leur tour afin d’échanger au Village du Off pendant ce mois de juillet. Ce dimanche 5 juillet, Xavier Bertrand (LR) était en Cité des Papes. Suivront Jean-Luc Mélenchon (LFI) ce jeudi 9 juillet à 20h, Marine Tondelier (EELV) le samedi 11 à 20h, Clémentine Autain (L’Après) le mardi 14 à 20h et enfin François Ruffin (Debout !) le jeudi 16 à 20h et le jeudi 23 à 18h30 pour Dominique de Villepin.

  • Le Festival d’Avignon ouvert sous le signe de la création et des inquiétudes budgétaires

    Le Festival d’Avignon ouvert sous le signe de la création et des inquiétudes budgétaires

    Dans la cité papale, des comédiens des compagnies du Festival Off, en costumes et chapeaux, affiches de leur spectacle sur le dos, déambulaient dans les rues, tractant auprès des premiers spectateurs, tandis que démarraient les premières pièces. « Il y a des spectacles pour tous les goûts », déclare le directeur du Festival Tiago Rodrigues. Selon lui, cette édition se veut une « célébration des arts vivants ».

    En marge de l’ouverture, plusieurs organisations professionnelles se sont inquiétées, dans une lettre à Emmanuel Macron, de voir les dotations prévues pour le second semestre annulées par l’État pour 28 structures du spectacle vivant, dont des opéras, deux théâtres parisiens, quatre orchestres. « Il n’y aura pas d’annulation de crédit. Il ne pourrait y avoir que des reports, a déclaré la ministre de la Culture, Catherine Pégard. Mais pour l’instant, nous nous battons pour que ça n’arrive pas. »

    La ministre était présente, ce week-end, enchaînant les rendez-vous (visite de FabricA, de la micro-école Inspire, de la Maison Jean-Vilar…). En présence d’António Costa, président du Conseil européen, Catherine Pégard a découvert l’installation « Relatum » de Lee Ufan, au Palais des Papes, avant d’assister à la première de Maldoror de Julien Gosselin, à la Cour d’Honneur. Programme qui tranche avec la visite éclair, l’an passé, de Rachida Dati, alors ministre de la Culture.

  • « La Femme sans ombre », triomphe sans l’ombre d’un doute

    « La Femme sans ombre », triomphe sans l’ombre d’un doute

    Une très longue standing ovation au Grand Théâtre de Provence (GTP), vendredi soir, a salué la première de la Die Frau ohne Schatten (La Femme Sans Ombre), de Richard Strauss. Une ovation unanime que le Festival d’Aix n’avait pas entendue depuis l’ultime mise en scène bouleversante de Patrice Chéreau pour Elektra du même Strauss en 2013.

    Quand un grand homme de théâtre comme Barrie Kosky s’allie à un chef de génie comme Klaus Mäkelä, et que vous réunissez un plateau de voix comme on en entend peu en Europe (et ailleurs), les planètes s’alignent. On obtient alors ce qui sera désormais le grand moment de ce 78e Festival et une date pour marquer son histoire déjà longue.

    Pour faire revivre cette histoire d’impératrice privée d’ombre, symbole de maternité, certes, mais pour Kosky davantage lié à l’âme humaine, rarement plateau n’a été aussi exceptionnel. La nourrice, âme noire, misanthrope, un peu mère abusive, bénéficie de la voix dense et sombre de Nina Stemme à la fois maléfique et protectrice. Entre ses mains, Vida Mikneviciuté est une Impératrice vocalement hors norme ; aigus surpuissants, accents dramatiques infaillibles. La teinturière, plébéienne rongée de contradictions, est littéralement incarnée par Ambur Braid qui, munie d’un soprano d’airain, en fait une figure féminine de premier plan. Le teinturier Barak de Brian Mulligan est bouleversant d’humanité. Michael Spyres fait un Empereur fou de solitude. Le bariténor lui offre ses failles et des accents dramatiques poignants. Jean-Sébastien Bou, Tomasz Kumiega et Daniel Mirosław ajoutent leur talent à cette distribution, redisons-le, exceptionnelle.

    Dire que la direction musicale de Klaus Mäkelä est exemplaire serait le moindre des superlatifs. Ce chef, encore jeune, qui dirige pour la première fois dans la fosse du GTP, est la musique incarnée. Le flot tumultueux, brutal, charnel, élégiaque et tendre, tout à la fois de la partition de Strauss, semble naturellement naître de ses gestes, mesurés et précis. Tout l’espace du théâtre est investi par le son et les voix. L’Orchestre de Paris est l’instrument parfait, ductile, sensible dans chaque pupitre (le solo de violon) et puissant sans fracas dans les temps les plus forts.

    Il faut du talent pour éclaircir le livret chargé de symbolique de Hugo Von Hofmannsthal. Barrie Kosky et son scénographe Michael Levine rendent au conte baroque une profonde et lumineuse humanité. La dichotomie entre monde supérieur ; L’Empereur, l’Impératrice, la Nourrisse, et celui des humains ; le couple des teinturiers, se joue dans le décor. Pour le pouvoir vacillant, un fauteuil et un cheval à bascule dans un monde dépouillé de lumière. Pour l’humain, une tour faite de bric et de broc, lieu de vie fourmillant et répugnant.

    Hofmannsthal voulait que La femme sans ombre soit à La Flûte enchantée ce que Le Chevalier à la Rose est aux Noces de Figaro, comme le rappelle Christian Merlin dans son excellent Richard Strauss, mode d’emploi (L’Avant-scène Opéra). Barrie Kosky crée une imagerie onirique et inquiétante, qui rappelle inévitablement le conte mozartien. En homme de théâtre, il crée une tension extrême comme on en voit peu sur une scène d’opéra et le final cataclysmique du deuxième acte est un choc musical et visuel. La blancheur immaculée du 3e acte (très belles lumières de Franck Evin) éclaire le moment de vérité, dépouillé et nu. L’amour peut y renaître et les ombres enfin signifier la profondeur de l’âme humaine. Cette Femme sans ombre aixoise est ce que l’opéra peut apporter de plus essentiel au spectacle vivant : la puissance pure de l’émotion. Sans l’ombre d’un doute !

  • [Tribune] L’alerte de 28 structures culturelles publiques sur le financement

    [Tribune] L’alerte de 28 structures culturelles publiques sur le financement

    Au 2 juillet 2026, les 28 théâtres, opéras et institutions culturelles que nous dirigeons sur l’ensemble du territoire national se trouvent dans une situation d’incertitude sans précédent. À ce jour, les subventions de l’État pour l’année en cours n’ont été versées que partiellement, sans aucune garantie quant au versement du solde. Cette situation est, à elle seule, inacceptable pour des établissements publics auxquels l’État demande simultanément d’assumer pleinement leurs missions.

    Nous apprenons désormais que de nouvelles coupes budgétaires pourraient intervenir sur l’exercice 2026. Si elles étaient confirmées, elles ne constitueraient pas un simple ajustement budgétaire : elles reviendraient à rompre unilatéralement les engagements de l’État alors même que nos saisons sont engagées, nos contrats signés, nos artistes recrutés et nos dépenses déjà réalisées.

    Nos établissements construisent leurs programmations dix-huit à vingt-quatre mois à l’avance, parfois davantage. Depuis plusieurs années, nous absorbons seuls les effets de l’inflation, de la hausse des coûts de l’énergie, de l’augmentation des salaires et de l’ensemble des charges de fonctionnement, sans que nos subventions suivent cette évolution. Nous avons réduit nos marges, différé nos investissements, comprimé nos dépenses et rationalisé nos organisations. Aujourd’hui, il n’existe plus aucune réserve. Nous sommes arrivés au point de rupture.

    Toute nouvelle diminution des crédits aurait des conséquences immédiates et irréversibles. Plusieurs établissements seraient placés en procédure d’alerte. Certains seraient contraints d’annuler une partie de leur saison avant même son ouverture. D’autres ne pourraient tout simplement plus ouvrir leurs portes. Les contrats conclus avec les artistes et les producteurs ne pourraient être honorés. Les remboursements de billetterie se multiplieraient. Le recours au chômage partiel deviendrait inévitable. L’État déplacerait alors une dépense qu’il prétend économiser, tout en provoquant une désorganisation profonde de l’ensemble de la filière.

    Mais les conséquences dépasseraient largement nos seules institutions. Elles frapperaient les compagnies indépendantes, les ensembles, les artistes, les techniciens, les prestataires, les entreprises culturelles, les associations, les établissements scolaires et universitaires, les collectivités partenaires, ainsi que les centaines de milliers de citoyens qui fréquentent nos lieux. C’est toute une économie, tout un écosystème et une mission de service public qui seraient déstabilisés.

    Nous refusons que les établissements culturels deviennent la variable d’ajustement des finances publiques. La culture ne peut être célébrée dans les discours et sacrifiée dans les arbitrages budgétaires. Une telle décision porterait gravement atteinte à la crédibilité de la parole de l’État et remettrait en cause des décennies de politique culturelle fondée sur la confiance, la continuité des engagements et la responsabilité partagée.

    Comme l’écrivait Victor Hugo, il ne faut pas consentir « de bien maigres économies pour de bien grands dégâts ». Chaque euro investi dans nos établissements produit de l’emploi, de l’activité économique, de l’attractivité territoriale, de la cohésion sociale et de l’émancipation citoyenne. Les économies envisagées seraient dérisoires au regard des dommages humains, artistiques, économiques et symboliques qu’elles provoqueraient.

    Nous demandons solennellement la confirmation immédiate du maintien intégral des crédits 2026, le versement sans délai des subventions restant dues et l’ouverture d’une concertation urgente sur les perspectives budgétaires pour 2027.

    Il y va désormais de la survie de nombreuses institutions culturelles. Plus largement, il y va de la crédibilité de l’engagement de l’État envers le service public de la culture.

    Les signataires :
    Hortense Archambault, directrice, MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis ; Frédéric Bélier Garcia, directeur, La Commune, Aubervilliers ; Jean Bellorini, directeur, TNP Villeurbanne ; Pierre Brouchoud, directeur général, Orchestre national d’Île-de-France ; Richard Brunel, directeur général et artistique, Opéra de Lyon ; Émilie Capliez et Matthieu Cruciani, codirecteurs, Théâtre de la Cité – CDN Toulouse Occitanie ; Valérie Chevalier, directrice générale, Opéra Orchestre National Montpellier ; Chloé Dabert, directrice, Comédie de Reims ; Fanny de Chaillé, directrice, TNBA – Théâtre national de Bordeaux Aquitaine ; Laurence de Magalhaes, directrice, Théâtre du Rond-Point, Paris ; Nicolas Droin, directeur général, Orchestre national de Lyon ; Chrysoline Dupont, directrice générale, Opéra national du Rhin ; Matthieu Dussouillez, directeur général et artistique, Opéra national de Nancy-Lorraine ; Aurore Fattier, directrice, Comédie de Caen ; Nathalie Garraud et Olivier Saccomano, codirecteurs, Théâtre des 13 Vents – CDN Montpellier ; Jean-Baptiste Henriat, directeur général, Orchestre national de Lille ; Emmanuel Hondré, directeur général, Opéra National de Bordeaux ; Loïc Lachenal, directeur général, Opéra Orchestre Normandie Rouen ; Guillaume Lamas, directeur général, Orchestre national des Pays de la Loire ; Benoît Lambert, directeur, Comédie de Saint-Étienne ; Isabelle Melmoux, directrice par intérim, Théâtre Gérard-Philipe, CDN de Saint-Denis ; Arnaud Meunier, directeur, MC2 Grenoble ; Arthur Nauzyciel, directeur, Théâtre national de Bretagne ; Olivier Poubelle, directeur, L’Athénée ; Christophe Rauck, directeur, Théâtre Nanterre-Amandiers ; Claire Roserot de Melin, directrice générale, Établissement public du Capitole – Opéra national et Orchestre national ; Robin Renucci, directeur, La Criée – CDN, Marseille ; Julie Sanerot, directrice, MAC – Maison des Arts de Créteil, Scène nationale.

  • [Grand Entretien] Christian Philibert: « Une enquête sur les traces des maquisards »

    [Grand Entretien] Christian Philibert: « Une enquête sur les traces des maquisards »

    La Marseillaise : Comment avez-vous eu l’idée de ce documentaire sur
    le maquis Vallier
     ?

    Christian Philibert : 10 ans plus tôt, pour le 70e anniversaire du débarquement de Provence, j’avais tourné un documentaire qui s’appelait Provence août 1944, l’autre débarquement, qui était le premier documentaire consacré au débarquement de Provence. Ce film a beaucoup tourné et a permis de populariser cette page d’histoire oubliée, enterrée par le débarquement de Normandie. Je voyais arriver le 80e anniversaire, et je m’étais donné comme mission de récidiver. Plusieurs amis m’ont conseillé de lire le Cahier Rouge du Maquis, le journal de bord du maquis du Haut-Var. Pendant six mois, il a été envoyé dans le maquis pour prendre en main des jeunes qui fuyaient le STO (Service du travail obligatoire), et lui, il devait en faire des soldats en vue du débarquement de Méditerranée qui devait arriver. À la demande de De Gaulle, il fallait que les Français participent à leur propre libération. C’était important qu’on ne soit pas juste assistés. Ce journal de bord est un document unique dans l’histoire des maquis français. Et moi, ça m’intéressait de changer le point de vue, de ne pas raconter l’histoire du débarquement, que j’avais déjà fait, et dans lequel la partie de la résistance n’avait pas été trop développée. À l’époque, quand j’avais fait ce film, j’avais trouvé ce sujet intéressant, des maquis totalement ignorés par le cinéma. Moi, je suis toujours le cinéaste des causes perdues, des choses que personne ne veut raconter. Et puis les maquis, ça s’est passé dans les collines de chez nous. Les collines, c’est des endroits où je me sens bien, où j’aime bien travailler. Et donc, très vite est venue l’idée d’adapter ce Cahier Rouge du maquis au cinéma. Je ne savais pas trop comment l’aborder, parce qu’il n’y avait plus d’images d’archives consacrées à ce maquis, et plus de gens à interviewer, de témoins, ils étaient tous morts. L’idée, c’était de chercher autre chose, une autre manière de raconter ça. À la lecture du Cahier Rouge, ce qui m’avait sauté aux yeux, c’était la jeunesse de ces maquisards, qui avaient entre 16 et 20 ans. Ils ne voulaient pas partir en Allemagne travailler pour les Allemands. Je suis très soucieux de la transmission de l’histoire, comment arriver à intéresser les jeunes à l’histoire. Et je me suis dit, vu que c’est une histoire de jeunes, quoi de plus logique que de le faire avec des jeunes pour des jeunes.

    Comment avez-vous eu le projet
    de mêler cinéma et théâtre
    pour ce documentaire ?

    C.P. : Je me suis dit qu’on allait réunir des jeunes passionnés d’histoire, et mener une enquête sur les traces des maquisards, marcher sur leurs pas, là où ils sont allés, là où ils se sont cachés, là où ils se sont battus, là où ils sont morts, aller voir des descendants de maquisards, des historiens, des musées. Et à travers cette enquête, raconter l’histoire. C’est là où intervient Philippe Chuyen, un ami de longue date qui s’intéresse depuis longtemps à ce cahier rouge, il voulait l’adapter. Cela lui a donné envie de relancer cette idée de pièce de théâtre. C’est devenu évident : ces jeunes, on n’allait pas simplement les engager dans une enquête historique, on allait surtout les engager pour monter une pièce de théâtre. Et dans le cadre de cette pièce, on allait mener l’enquête historique que je voulais faire, mise au profit de la création théâtrale.

    Donc l’idée, c’était de produire une pièce de théâtre mise en scène par Philippe Chuyen, dans laquelle, 80 ans plus tard, jour pour jour, on lui confie la responsabilité de monter une pièce de théâtre avec des jeunes qui ne sont pas des comédiens et d’en faire des comédiens. Donc les deux histoires de la création théâtrale et celle du maquis se racontent en parallèle. La création théâtrale devient même une sorte de métaphore du maquis. Le but, c’était que ces deux histoires se croisent le plus souvent possible. Elles n’ont fait que ça. C’est ça qui donne au film sa force, son originalité. La prise de risque qui a été prise, c’est qu’on a recruté des jeunes qui n’étaient pas des acteurs professionnels. Le pari, c’était, sur une période de six mois, de les engager dans cette création théâtrale et de les amener jusqu’à la scène devant le public. C’était loin d’être gagné d’avance. Le film raconte bien cette difficulté de tenir les jeunes et de les amener à porter cette histoire de la même façon qu’à l’époque, il fallait aussi tenir les jeunes dans le maquis.

    Où avez-vous trouvé ces jeunes ?

    C.P. : On a sollicité des missions locales. Cela donnait un côté social au projet. J’avais vraiment l’intention de trouver des jeunes sans formation, un peu comme dans un casting sauvage, d’essayer de trouver des gens qui pouvaient représenter des profils de maquisards qui pouvaient monter au maquis à l’époque. Au départ, Philippe avait rejeté cette idée très vite, il avait dit, « moi, c’est du théâtre, c’est pas du cinéma, c’est une chose sérieuse, il me faut des jeunes qui sont capables de porter le texte, de l’apprendre, d’être là tous les jours ».

    Comment avez-vous financé
    ce projet
     ?

    C.P. : Cela aurait pu capoter à cause des politiques qui nous avaient fait des promesses de financement et qui ne les tenaient pas. À un moment, on était au bord du gouffre, on a dit on arrête, on a failli arrêter. L’argent ne tombait pas. Comme je filmais tout, tous ces problèmes étaient enregistrés. Il valait mieux qu’ils tiennent leurs promesses.

  • Le Festival Off parade pour ses 60 ans

    Le Festival Off parade pour ses 60 ans

    Des centaines de compagnies, présentes parmi les 1 780 spectacles à l’affiche
    – contre 1 724 l’an dernier – dans 140 salles, ont donc défilé dans l’espoir aussi de glaner quelques premiers spectateurs. Un total de 27 000 représentations et 2,6 millions de billets sont mis à la vente dans ce titanesque festival jusqu’au 25 juillet qui, pour la deuxième année consécutive, aligne ses dates avec le In.

    À noter que pour fêter les 60 ans, une journée anniversaire est prévue le 14 juillet au village du Off (10h30-20h) avec plusieurs rencontres et débats *.

  • Le 80e Festival d’Avignon ausculte les colères du monde

    Le 80e Festival d’Avignon ausculte les colères du monde

    Face aux discours politiques qui polarisent la société, « nous croyons que les arts vivants et le service public de la culture peuvent jouer un rôle positif avec la pratique joyeuse et démocratique de la découverte collective de spectacles », estime Tiago Rodrigues. « Le Festival d’Avignon est une expérience collective autour d’une pluralité de voix pour célébrer les bonnes questions que l’art peut poser au monde », explique à La Marseillaise le directeur de ce rendez-vous dont la 80e édition s’ouvre dans la Cour d’honneur avec Maldoror. Dans cette pièce de 5 heures, le metteur en scène Julien Gosselin fait dialoguer les œuvres de Roberto Bolano, écrivain chilien persécuté sous la dictature de Pinochet, et de Lautréamont, ce poète du XIXe siècle ayant guidé les surréalistes. Un croisement destiné à questionner les racines de ce que l’homme de théâtre nomme le « mal absolu ». « Pourquoi sommes-nous, à travers l’histoire, fascinés par les méchants du théâtre, par Richard III par exemple, alors qu’il est clairement le vilain ? Qu’est-ce que l’observation du mal nous enseigne ? Ce spectacle-événement, qui mélange vidéo, cinéma, littérature et les excellents acteurs de Julien Gosselin, proposera aussi au public un autre rapport à la Cour d’honneur, notamment avec des surprises et déambulations pour permettre au public de vivre un spectacle au palais des Papes de façon très inhabituelle », prévient Tiago Rodrigues.

    47 spectacles et 300 représentations jalonneront le Festival d’Avignon, parmi lesquels La parabole du seum de Rébecca Chaillon, qui se joue au Cloître des Célestins. Il y a trois ans, cette metteuse en scène et performeuse y avait subi un déferlement de haine raciste pour Carte noire nommée désir. La voici de retour dans une pièce explorant les marges et présentée comme « une parabole du venin et de la colère qui cherche à susciter le rêve, le rire, l’empathie et la révolte contre le fascisme qui vient ». Selon Tiago Rodrigues, Rébecca Chaillon « continue d’inventer des formes avec une dimension de radicalité et même de trouble. Nous sommes ravis de faire la première française de La parabole du seum et partager sa recherche sur la colère, notamment celle de personnes qui n’ont habituellement pas l’espace dans la société pour l’exprimer. Toujours avec poésie et une dimension assumée de provocation ».

    Violences

    L’Opéra Grand Avignon accueillera quant à lui Uma luz cordial, dernier volet d’une trilogie qui déploie poésie et la performance pour traiter la question du viol. « C’est une immersion dans ce qui nous rend misérables, vulnérables, colériques : l’écriture, le moment de créer, de donner une forme artistique à un cauchemar, grâce à l’écriture », résume son autrice, metteuse en scène et comédienne brésilienne Carolina Bianchi. « Son refus de la violence passe par le fait de mettre son trouble et sa colère dans ses œuvres », observe Tiago Rodrigues qui a décidé, pour cette 80e édition, de mettre également la langue coréenne à l’honneur. Le Gymnase du Lycée Aubanel abritera ainsi Island story de Kyung-Sung Lee. Une création revenant sur la répression par les autorités, en 1948, d’une manifestation qui commémorait la fin de l’occupation coloniale japonaise. « Kyung-Sung Lee parle de cet épisode tragique associé à la division de la péninsule de Corée qui a provoqué pendant longtemps beaucoup d’omerta dans la société coréenne », situe Tiago Rodrigues.

    www.festival-avignon.com

  • La tournée de l’émission « La dernière » de Nova s’est arrêtée à Ferrières

    La tournée de l’émission « La dernière » de Nova s’est arrêtée à Ferrières

    La jauge du Théâtre de Verdure a été atteinte avant même le démarrage de l’émission. Ce mardi 30 juin, Guillaume Meurice, Pierre-Emmanuel Barré, Juliette Arnaud et Aymeric Lompret ont posé leurs bagages sur les berges de l’étang de Berre, à Ferrières, pour la cinquième date de leur tournée « La Dernière ». La seule en région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

    Dans le public, Mathieu Raissiguier se réjouit : « C’est quand même exceptionnel, on va voir de sacrés artistes ! Ils sont piquants comme il faut. » Le Martégal est venu accompagné de son épouse, de ses parents et d’amis de ses parents, arrivés tout droit des Pyrénées pour voir la bande de Nova. « Ils ont déjà fait plusieurs dates, ils les suivent », confie-t-il.

    Les chroniqueurs et la chroniqueuse rassemblent. Dans l’audience, Marseille est bien représentée. Une habitante de la cité phocéenne témoigne : « C’est les seuls que j’arrive à ne pas couper à la radio parce qu’ils parlent de vraies problématiques, en allant dans le fond, en restant légers et en véhiculant de l’espoir. »

    L’abolition de la prison

    En l’occurrence, la thématique abordée lors de l’émission était celle de l’abolition de la prison. Pour en parler, l’enseignante-chercheuse en criminologie Gwenola Ricordeau, revenue des États-Unis suite à la réélection de Donald Trump. « Il fallait partir, on a quelque temps pour se battre ici, a-t-elle affirmé. C’est un petit rappel que le fascisme tue. » Haut les cœurs !