Tag: Théâtre

  • Un « Andromak » revisité à Port de-Bouc

    Un « Andromak » revisité à Port de-Bouc

    « Hé ! Dans cette pièce, je vais peut-être vous le spoiler, il n’y a aucun héros », interpelle sur scène, en direction du public, un jeune comédien de
    la compagnie Kourtajmé. D’Andromaque, tragédie en vers écrite par Racine en 1667 à la langue et la vie d’aujourd’hui, il n’y a qu’un pas et quelques lettres, que Cyril Cottinaut franchit en mettant en scène Andromak, qui prend ses quartiers jeudi 27 novembre au théâtre le Sémaphore de Port-de-Bouc. Dans un espace quasiment nu, « les acteurs entrent en scène comme on entre sur un ring : pour en découdre, par la parole assénée, par les punchlines dont Racine a le secret, par l’incarnation la plus concrète qui soit », explique-t-il dans sa note d’intention.

    « Sens avant la lettre »

    Si l’histoire reste la même, « Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui aime Hector, qui est mort », les huit comédiens de Kourtrajmé -compagnie créée en 2022 par l’association artistique éponyme pour une « représentativité plus juste au sein des arts »- injectent une part de leur propre vécu dans l’antique tragédie. Intemporelle mais dépoussiérée, Andromak fait jaillir son « sens avant la lettre ». Une pièce irriguée par des « personnages en proie à leurs désirs violents, leur impuissance et leurs échecs » qui « prennent chair dans la réalité du présent ».

    Jeudi 27 novembre à 20h.
    Entre 4 et 14 euros. www.theatre-semaphore-portdebouc.com

  • Un chantier pour rendre son éclat au théâtre du Gymnase

    Un chantier pour rendre son éclat au théâtre du Gymnase

    En lieu et place des sièges du parterre, les échafaudages tutoient désormais les balcons. Après deux mois de préparatifs, le chantier de rénovation du théâtre du Gymnase est enfin lancé, quatre ans après la fermeture des lieux. Des travaux chiffrés à 18 millions d’euros et prévus pour durer deux ans. « Un chantier exceptionnel pour un Gymnase exceptionnel », sourit le maire (DVG) Benoît Payan.

    « Ce qui posait problème à l’origine, c’est un problème de sécurité : le balcon s’affaissait parce qu’il y a eu des infiltrations d’eau, mais aussi des travaux dans les années 1980 », rembobine l’architecte Ignacio Tillard, du cabinet Panorama architecture. Et de détailler : « Un certain nombre de poteaux ont disparu pour améliorer la visibilité de la scène depuis les places défavorisées, ce qui a provoqué des problèmes de structure. » À quelques semaines des municipales en 2020, les balcons fragilisés avaient dû être interdits d’accès, avant la fermeture totale, un an plus tard, de ce théâtre à l’italienne ouvert en 1804, classé Monument remarquable.

    Après la dépose du lustre, il reste à démonter les garde-corps de la corbeille pour leur restauration, avant la démolition des balcons. « L’ensemble des moulures va être reproduit grâce à des recherches d’archives, de photos, avec l’ajout de toutes les décorations qui ont disparu après-guerre », explique l’architecte. La reconstruction des balcons sera aussi l’occasion d’en améliorer le confort, avec l’élimination totale des poteaux qui gênaient la vue, « une prouesse technique exceptionnelle », insiste Benoît Payan. Les peintures du plafond seront aussi restaurées, le parterre rendu accessible de plain-pied depuis la rue, les équipements scéniques modernisés, un parquet posé pour améliorer l’acoustique. « Ce sera vraiment un stradivarius », apprécie le directeur du théâtre, Dominique Bluzet. À l’extérieur, les escaliers seront retirés pour redonner toute leur dimension aux portes d’entrée, le hall modernisé. « Ce n’était pas la peine de faire une rénovation au rabais, appuie l’adjoint PCF à la culture, Jean-Marc Coppola. Quand on a un des plus anciens lieux de culture de Marseille, on met d’emblée le paquet. » Un modèle pour la restauration à venir de l’Opéra.

    Plus rapide qu’à Paris

    « Je trouve lamentable qu’on abandonne ainsi la culture, ici sur la Canebière », lâchait pourtant la candidate de la droite et du centre, Martine Vassal, le 3 novembre. « Elle s’attendait à voir des grues devant le théâtre, tance Benoît Payan. Il faudra que quelqu’un se dévoue pour lui expliquer que pour refaire un théâtre, il n’y a pas de grues. » Et de souligner le chemin parcouru, notamment grâce à la gratuité dans les musées : l’exposition Detaille au Musée d’histoire bat déjà des records de fréquentation. « Beaucoup considèrent que la culture n’est pas une priorité dans les temps difficiles, or, elle est notre humanité », appuie l’édile. Quant au délai pour restaurer le théâtre du Gymnase, « nous avons été beaucoup plus rapides que les Parisiens, qui ont mis neuf ans et demi pour rénover le théâtre de la Ville », se réjouit Dominique Bluzet.

  • [Théâtre] « Jamais dormir » apprivoise l’imaginaire de la nuit

    [Théâtre] « Jamais dormir » apprivoise l’imaginaire de la nuit

    Le dispositif est plutôt simple mais efficace : au milieu de la scène, « un lit qui, tour à tour peut devenir navire, cabane, tapis volant », écrit Baptiste Amann, dans la note d’intention de Jamais dormir. À son bord, Thalia qui, du haut de ses huit ans, « raconte les mondes qu’elle fabrique la nuit avec sa tête pour échapper à la violence de son environnement », résume l’auteur et metteur en scène de cette pièce qui prend ses quartiers mardi 25 et mercredi 26 novembre sur la scène marseillaise du Merlan.

    Un spectacle destiné à un jeune public, une première, qui détonne dans l’œuvre de Baptiste Amann, lui que les spectateurs connaissent davantage pour ses fresques mêlant la petite histoire dans la grande comme Des territoires.

    Souffrance et beauté

    Porté par l’interprète Thalia Otmanetelba, seule en scène, Jamais dormir a été conçu, dixit Baptiste Amann, comme « un hommage rendu à l’imaginaire, aux petites filles qui débordent, à la nuit et son pouvoir fantasmagorique ». Capitaine de ce bateau voguant dans la nuit, la jeune fille embarque les enfants dans ses questionnements intimes. Selon son auteur, « un récit frondeur et aventurier, comme un échantillon des mille vies qui se réinventent dans le secret des chambres d’enfants que la souffrance a conduit à produire de la beauté », au cours duquel mât et autres couettes désamorcent les peurs enfantines les plus tenaces.

    Mardi à 19h30 et mercredi à 15h. Entre 3 et 15 euros.

  • [Théâtre] Fanny Ardant succombe à « l’appel de la forêt »

    [Théâtre] Fanny Ardant succombe à « l’appel de la forêt »

    Elle s’était juré de ne plus remonter sur les planches. Et pourtant. « Revenir au théâtre, c’est toujours mystérieux Comme si se mettait en place une alchimie entre un moment particulier de votre vie, un texte, un personnage. C’est l’appel de la forêt, impossible à définir en termes logiques et raisonnables », répond par mail, à La Marseillaise, Fanny Ardant. Cinq ans après sa dernière apparition au théâtre, la voilà de retour sur scène pour La blessure et la soif, qui se joue lundi 24 et mardi 25 novembre à la Chaudronnerie, à La Ciotat.

    « Emportée » par ses « convictions et passions »

    La blessure et la soif est une histoire d’amour et de mort, qui s’inscrit dans une fresque historique : celle de la Fronde. Dans cette pièce mise en scène par Catherine Schaub, d’après le roman éponyme écrit par Laurence Plazenet, la célèbre comédienne y campe le rôle de Madame de Clermont, épouse et mère qui se laisse aller à l’adultère avec le neveu de son mari. « C’est une joie pour moi de jouer des personnages irrationnelles, passionnées, emportées par leurs convictions et leurs passions, à leurs risques et périls », confie Fanny Ardant, à propos de l’un des deux personnages phares de ce spectacle qui se jouera également du 10 au 28 mars 2026 au Théâtre des Bernardines, à Marseille. Une pièce également portée par un souffle spirituel qui l’a contaminée. « Jouer le rôle de Madame de Clermont a conforté mon âme à croire en une mystique et ne pas suivre les ordres et les règles d’une église », fait-elle part.

  • [Entretien] Bashar Murkus : « Ce n’est pas juste avec le théâtre qu’on va arrêter la guerre »

    [Entretien] Bashar Murkus : « Ce n’est pas juste avec le théâtre qu’on va arrêter la guerre »

    La Marseillaise : Lors du dernier festival d’Avignon, vous avez déclaré : « Aujourd’hui, le théâtre nous semble insignifiant. La culture n’a jamais arrêté la guerre. Nous sommes tous responsables du génocide. » Qu’est-ce qui vous donne alors encore la force d’exercer votre art ?

    Bashar Murkus : Quand on vit dans un endroit occupé comme la Palestine, on voit les choses très clairement. À partir de là, penser que l’art va changer les gens et l’humanité, ce n’est pas réaliste. Le théâtre ne peut pas arrêter la guerre, ne peut pas sauver une famille dont la maison est bombardée. Ce n’est pas juste en faisant du théâtre qu’on va arrêter la guerre. Il faut faire plus que ça.

    À quoi sert donc l’art, et le théâtre en particulier ?

    B.M. : Il nous aide à poser des questions importantes pour notre avenir. Il peut nous aider à construire nos pensées avec les groupes avec lesquels on travaille. Et c’est ce rôle qui est assez grand et significatif. Mais donner au théâtre un rôle plus grand que cela, c’est une forme de fainéantise politique.

    Vous dirigez avec d’autres artistes palestiniens, le Khashabi Theatre, implanté à Haïfa. Quelles sont ses missions et à quels obstacles êtes-vous confrontés ?

    B.M. : Le Khashabi Theatre est un théâtre palestinien complètement indépendant qui existe à Haïfa. Le mot indépendant est très important à souligner car, rien que le fait qu’il se situe à Haïfa signifie qu’il subit la colonisation israélienne. Avec Khulood Basel [créatrice et dramaturge de Yes Daddy, Ndlr], et d’autres, je fais partie de ceux qui ont créé ce théâtre. Dès sa fondation, il était très important de refuser tout argent qui vienne de la colonisation israélienne pour développer notre identité palestinienne sans l’intervention de cette puissance colonisatrice. Pendant 10 ans, ce théâtre existait physiquement. À Haïfa, c’était l’un des espaces d’expression les plus importants pour le public palestinien. Malheureusement, pour des raisons politiques très spécifiques, sur lesquelles je ne peux pas m’étendre, on a été dépossédé de notre théâtre il y a moins d’un an. Aujourd’hui, même si nous jouons toujours en Palestine, nous sommes devenus une compagnie sans espace. On a été très tristes de le perdre. Selon moi, Israël essaye de détruire tout ce qui est palestinien et d’effacer toute trace de notre culture, y compris notre théâtre. La destruction qui se passe actuellement à Gaza est différente de notre cas. Car elle, elle se voit. Mais à Haïfa, il y a une autre forme de destruction, pas forcément palpable. En tant que résident d’Haïfa, on ne peut que la constater. Mais, même si elles ont une forme différente, ces deux types de destruction relèvent d’une même approche.

    Peut-on voir dans « Yes daddy » une allégorie de la guerre ?

    B.M. : Il n’est pas possible d’analyser le spectacle dans le contexte de la guerre actuelle. Ça en diminuerait sa portée. Le thème principal de la pièce est le suivant : si on occupe la mémoire d’une personne, est-ce que cela signifie qu’on va aussi occuper son avenir ? Sur scène, il y a un vieillard qui a perdu la mémoire. Et le deuxième personnage essaye de réécrire cette mémoire. Cela transforme en fait la mémoire en outil de contrôle. Si tout cela est pleinement politique et parle de la guerre, Yes daddy va beaucoup plus loin. Car la pièce parle de la relation d’un humain avec lui-même et aussi avec l’autre en face de lui. Cela pose des questions sur ce que fait l’être humain quand il est seul et qu’il n’est pas surveillé.

    Face à ce vieillard dont la mémoire flanche, se trouve un jeune travailleur du sexe. Est-ce lui qui va l’aider ?

    B.M. : Il y a plusieurs couches superposées dans Yes Daddy. Il ne va pas l’aider mais lui implanter une nouvelle mémoire. Je voulais créer un moment de rencontre secret entre eux deux. Quand le vieillard se retrouve complètement seul, sans famille ni amis, que va-t-il faire pour chercher quelqu’un qui va venir chez lui ? Et le fait que le jeune en face de lui soit un travailleur du sexe ajoute une couche supplémentaire sur la question de l’identité sexuelle.

    La pièce traite de la relation d’amour-haine. Un sentiment plus qu’un autre vous a-t-il habité pendant sa création ?

    B.M. : Il y a toujours eu le même degré de présence d’amour et de haine. J’ai trouvé intéressant de créer ces deux personnages, totalement seuls, qui n’ont pas d’autre choix que d’être ensemble à ce moment-là, même s’ils sont opposés. Après, il faut préciser que le public n’est pas seul dans ce spectacle. Et que, malgré cela, on laisse des trous que les spectateurs peuvent remplir avec leur propre histoire. Quant à la métaphore, elle y est très présente, je ne la laisse pas planer.

  • [Théâtre] « Le misanthrope » pas insensible au genre humain

    [Théâtre] « Le misanthrope » pas insensible au genre humain

    Dur de s’attaquer à un classique tel que Le misanthrope, adapté et décliné à l’infini par quiconque se dit homme ou femme de théâtre. Un défi relevé avec une ardente rigueur par le metteur en scène Georges Lavaudant, comme pourront le constater les nombreux spectateurs aixois ayant déjà répondu présent, entre le mardi 18 et le samedi 29 novembre, sur la scène du Jeu de Paume. Dans son costume noir cintré, Eric Elmosnino campe le personnage d’Alceste avec flamboyance pour en extraire tout son registre tragi-comique. Il en faut pour se soustraire à des mondanités qui l’obligent malgré tout, face aux courtisans de sa Célimène dont il sonde les sentiments.

    Intime et social

    Comme l’explique Georges Lavaudant dans sa note d’intention, « l’intrigue a deux versants. L’un et social, l’autre est intime. Les deux sont inextricablement liés et se rejoignent dans la personne d’Alceste ». Et le metteur en scène de développer : « D’un côté, nous suivons les péripéties d’un duel entre un homme et une femme. Lui veut la faire parler une fois pour toutes. Elle refuse cette parole qui l’engagerait ». Quant à l’aspect social, il se matérialise notamment par la formule d’Alceste : « Je hais tous les hommes ». « S’il est fou », estime-t-il, « sa folie est très sérieuse et cohérente. Il n’est pas un misanthrope de salon, ses idées ne sont pas de la théorie pure, elles se traduisent concrètement en humeurs et passions qui le tourmentent. Il ne peut pas vivre dans un monde sans vérité ».

  • Musique et poésie soufflent sur la jeunesse à Martigues

    Musique et poésie soufflent sur la jeunesse à Martigues

    « Nuage, dis-moi ton âge. Vas-tu voyager ? Nuage, où sont tes bagages ? As-tu vu le Kilimandjaro ? », fredonne tout en allitérations le chansonnier Pierre Gueyrard dans Ce sont les arbres qui font le vent. à ses côtés, le mime Joël Gonzalia s’escrime à déployer un parapluie rouge au gré des aléas du vent, comme prêt a faire envoler les imaginaires des spectateurs les plus petits, au cours de ce spectacle poético-musical qui prend ses quartiers, samedi 15 novembre, au Théâtre des Salins. De « la Namibie et ses chutes d’eau » où l’on « survole ses champs et forêts, de Chine, du Japon, de Corée », un voyage susceptible d’émerveiller les minots, dès l’âge de 5 ans.

    Déceler la poésie

    Conçu à partir de l’un des derniers recueils en date de Pierre Gueyrard, Ce sont les arbres qui font le vent convoque « poèmes entraînants et émouvants » auxquels se mêlent « avec émerveillement, musique, chansons, théâtre, mime et aquarelles. Parce qu’il est grand temps de raviver les âmes d’enfants de chacun », indique le programme de la scène nationale de Martigues.

    « La poésie, c’est pour chacun et le monde entier », écrit Pierre Gueyrard. « C’est comme l’eau de l’océan, les lacs et les poissons de Méditerranée. La poésie nous sert à grandir mieux. C’est pour ça que tu dois dévorer les vers », conseille-t-il aux enfants. « En poésie, on dit des vers, pas des phrases. Le ver de terre vit caché. Pour voir sa frimousse, il faut le chercher. La poésie vit dans tout ce qui est caché et tout ce qui pousse. Tous les enfants savent la trouver. »

    Samedi à 18h. Entre 8 et 12 euros

  • Mohamed Adi : 50% Français, 50% Algérien, 100% Marseillais

    Mohamed Adi : 50% Français, 50% Algérien, 100% Marseillais

    Après 40 ans à user les planches de théâtre comme comédien, conteur et marionnettiste, et transmettre son art à tous types de publics à Marseille, qu’est-ce qui a donc poussé Mohamed Adi à se raconter sur scène ? « Lors d’un stage de théâtre en 2017, j’ai présenté une saynète où je parlais en français avec quelques mots en arabe. Le professeur m’a demandé si je parlais l’arabe. Je lui ai répondu non. Il m’a dit : pourquoi ? C’est là-dessus qu’il faut que tu travailles », se remémore Mohamed Adi, aujourd’hui 70 printemps au compteur. « Ça a déclenché chez moi une hémorragie de mots que je n’arrivais pas à contrôler. Quelque chose de contenu en moi comme une bombe », explique-t-il, chamboulé mais sûr de lui, à une table de café des allées Léon-Gambetta, pour souligner la genèse d’Un Français comme les autres. Un solo qu’il incarne du 14 au 16 novembre au Théâtre du Hangart, quartier des Chartreux, ainsi qu’à l’Harmonie de l’Estaque, le 4 décembre. « Je parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître », relate-t-il façon Aznavour pour retracer le fil de ses multiples identités, jaillies depuis son enfance passée dans le quartier de la Calade. Comme une machine à remonter le temps, « à travers la voix d’un enfant ».

    « Algérien pour toujours, Français tous les jours »

    « Minots, on était fascinés par les marchands ambulants : de pognes, de glaces, d’escargots », rappelle Mohamed Adi, avant de fredonner la ritournelle dédiée à la vente de ces mollusques : « a l’aigo sau lei limaçons, y’en a des gros et des pitchons ». Symboles des identités ayant traversé sa vie, le provençal, l’arabe et le français imprègnent son spectacle dont le seul artifice est une malle à souvenirs, chaque objet convoquant une partie de son histoire. Mais avec la grande, en toile de fond. Si Mohamed Adi est né Français en 1955, ses parents font le choix de devenir Algériens, à l’indépendance en 1962. « Je deviens alors Algérien. Mais en 2000, je demande ma réintégration à ma première nationalité. Mais comme l’Algérie n’abandonne jamais ses enfants, je reste aussi Algérien. Comme le dit Rachid Taha : Algérien pour toujours, Français tous les jours », affirme celui qui estime qu’« on appartient tous à la terre sur laquelle on vit, et non pas à un drapeau ou une Nation. J’ai fait ce choix en 2000 car je ne pouvais pas me raconter d’histoires. Qu’est-ce que j’allais faire à Ouargla [ville ancestrale du Sahara algérien d’où est originaire sa famille, Ndlr] où il n’y avait même pas un baby-foot ou un flipper dans les bars ? ».

    Selon Mohamed Adi, l’identité n’est pas un vain, ni un gros mot. « Ou alors, un gros mot, dans le sens où il faut qu’on le voie », s’amuse cet homme « imbibé de poésie » dont le calme olympien cache des fêlures et qui se considère avant tout comme Marseillais.

    Réservations au 04.91.91.01.29

  • [Théâtre] Pierre Richard se joue des clichés à Aix et Arles

    [Théâtre] Pierre Richard se joue des clichés à Aix et Arles

    Comme le rappelle Pierre Richard, la question à laquelle il a dû le plus souvent faire face dans la vie, hormis « Bonjour, ça va ? », est la suivante : « Êtes-vous aussi distrait dans la vie que dans vos films ? ». Mais voilà que dans Je suis là mais je ne suis pas là, seul en scène qui se joue du 6 au 8 novembre sur la scène aixoise du Jeu de Paume, puis le jeudi 13 novembre au Théâtre d’Arles, le Grand blond avec une chaussure noire s’amuse à tordre les clichés qui lui collent à la peau en dépit d’une carrière longue de 60 ans.

    « Souvenirs d’un distrait »

    Son spectacle puise dans son ouvrage Souvenirs d’un distrait. Pierre Richard se confie au public, se remémorant entre autres les rencontres qui ont forgé son art comme sa personne. Notamment certains chanteurs comme Claude Nougaro, « dont j’ai été le voisin » ou Bruce Springsteen que « j’ai longtemps fréquenté », expliquait-il à La Marseillaise l’an passé. « Peut-être que j’aurais aimé être chanteur, même si je n’en aurais pas eu le talent », souligne Pierre Richard. Ses premières parties de Brassens au Théâtre Bobino, son amitié avec Louis, puis Matthieu Chedid, ses partitions de pipeau avec Moustaki… Avec son drôle et tendre Je suis là mais je suis pas là, Pierre Richard se raconte finalement à travers le regard de ses célèbres contemporains, illustrant des facettes à laquelle on a bien voulu le cantonner, sûrement pas fausses, mais dont il s’est joué avec malice.

  • Les Atypiques : du théâtre là où on ne l’attend pas

    Les Atypiques : du théâtre là où on ne l’attend pas

    Fondé par les Amis du Théâtre Populaire d’Alès, en quelques années, le festival les Atypiques est passé maître dans l’art de dénicher les jeunes talents.

    « Nous programmons des compagnies qui ne pourraient pas être programmées par une scène nationale. Notre ambition a toujours été de nous démarquer du théâtre institutionnel pour montrer aux Alésiens et aux gens de la région quelque chose d’un peu différent, tant sur la forme que sur le fond », explique Michel Boissier, président des ATP, qui a souvent eu le nez creux. « Au fil des ans, on a eu les premières mises en scène de jeunes artistes prometteurs, comme Olivier Py, Jérôme Deschamps (les Deschiens), Sylvain Maurice, ou encore Jacques Osinski », ajoute le passionné.

    Avec huit de ses camarades, l’homme arpente les théâtres tout au long de l’année pour sélectionner, sur près de 120 représentations, les spectacles les plus adaptés à la ligne des ATP. Un travail pas si simple vu la conjoncture… « Les metteurs en scène hésitent à aller vers des productions irrévérencieuses ou en dehors des clous, parce qu’ils veulent être sûrs de pouvoir les jouer », confie Michel Boissier.

    En plus de ce flair remarquable, l’association s’est aussi donné pour mission de faire du théâtre hors les murs et de briser la distance entre le public et la scène. « Nous jouons dans les arrière-salles de café, à l’amphithéâtre de l’école d‘infirmière, dans le hall de la gare et les salles municipales… Tous les lieux où vont les gens qui ne vont pas au théâtre ! », détaille-t-il. Et à chaque fois, l’équipe fait en sorte de rester sous la barre des 130 places pour être certaine de conserver cette proximité entre les comédiens et leur public.

    Au programme

    Aidée par les moyens techniques de la scène nationale du Cratère, la 27e édition des Atypiques proposera donc sept spectacles du 7 novembre au 5 décembre.

    Les festivités démarreront avec « Les Cathares, un destin inachevé », par Olivier Robert (à l’espace Pelico, à Anduze). Le 12 novembre, l’auditorium de Rousson accueillera « Le retour aux souches », d’après Marc Favreau dit Sol. À Cendras, le 14 novembre, la salle Biosphera présentera « Rossignol à la langue pourrie », de Jehan Rictus. Suivront ensuite « On n’a pas pris le temps de se dire au revoir », de Rachid Bouali (le 19 novembre, à l’Espace La Fare Alais à Saint-Martin de Valgalgues), « Classement sans suite », de Luca Franceschi (Le 21 novembre à la Maison de l’eau, d’Allègre-les-Fumades), « Le repas des gens », de François Cervantes (les 27 et 28 novembre, deux dates exceptionnellement co-accueillies par le Cratère d’Alès), et « La dette », de Franck Chevallay (le 5 décembre au bar le Prolé).

    * Les spectacles ont lieu à 20h30. Billetterie disponible sur le site des ATP d’Alès. 6 à 10 euros.