Tag: sécurité

  • Dans les Hautes-Alpes, le combat d’un maire et de ses habitants pour une déviation

    Dans les Hautes-Alpes, le combat d’un maire et de ses habitants pour une déviation

    « Remollon est un village-rue », déplore Bertrand Baulet, le maire la commune. Difficile de lui donner tort en parcourant l’axe principal du village, le cinquième plus petit des Hautes-Alpes. Les trottoirs y sont minuscules, voire inexistants sur certaines portions : les poussettes ou fauteuils roulants ne peuvent pas envisager d’y circuler. La porte de certaines maisons se trouve à quelques centimètres de la voie, tandis que des impacts de camions sont visibles dans un bloc de béton et sur un balcon.

    En moyenne, 330 poids lourds traversent chaque jour le village via la RD900B, sans compter les centaines de voitures. « Ce n’est pas une simple départementale : c’est l’unique voie qui désenclave la vallée de l’Ubaye, l’axe emprunté quotidiennement par les poids lourds italiens transitant par le col de Larche et par les flux touristiques estivaux et hivernaux vers Barcelonnette », indique le maire. Depuis des décennies, les habitants et les élus successifs attendent une déviation.

    Bertrand Baulet ne compte pas lâcher l’affaire. « La déviation permettrait d’améliorer la santé et la sécurité des habitants, qui sont quotidiennement confrontés au bruit, à la pollution, aux vibrations… Il faut rendre le village aux habitants ! » Cet été, un accident a eu lieu : un poids lourd a percuté une camionnette dans la portion la plus étroite du village. « Cela permettrait aussi de valoriser l’immobilier au bord de l’actuelle voie, assure le maire. Plusieurs bâtiments ne sont pas utilisés, mais pas vendus car avec cette route ils ne valent rien ! » Selon le maire, environ 80% des habitants sont très favorables à la déviation. Parmi les quelques personnes qui s’y opposent, il y a « les 5-6 familles » dont la résidence se trouve aux abords de la future déviation, et quelques commerçants du village, notamment du restaurant, qui craignent de perdre des clients.

    Dès 1998, un financement de 6 millions d’euros avait été validé, « puis tout a été mis en pause ». En 2000, les habitants avaient bloqué la départementale pour se faire entendre. Aujourd’hui, le projet est estimé à 26 millions d’euros. « Le problème, c’est que ce n’est pas une priorité pour le Département, qui est en charge de la déviation. Son attitude, c’est l’esquive ». Le président du Département, Jean-Marie Bernard (LR), assure son soutien au projet : « Le Département est à l’origine du projet de déviation, dont on parle depuis longtemps et dont j’estime qu’il est aujourd’hui plus que jamais nécessaire. En février dernier, l’Assemblée départementale a validé l’avant-projet et m’a autorisé à solliciter le préfet pour l’ouverture d’une enquête conjointe publique et parcellaire afin de procéder aux acquisitions foncières ». Jean-Marie Bernard rencontrera le maire mi-octobre pour « évoquer les prochaines étapes ». « Il y a de grandes chances que ce soit une bonne nouvelle », se réjouit Bertrand Baulet.

    Agathe Di Lenardo

  • La convergence vers le mouvement lycéen

    La convergence vers le mouvement lycéen

    En tête du cortège, une pancarte ironise : « Vous voulez des élèves motivés, voilà notre motivation ! » Ce lundi après-midi une nouvelle fois, plusieurs centaines de lycéens (230 selon la préfecture de police) ont défilé dans les rues de Marseille pour continuer à dénoncer leurs conditions d’éducation et réclamer davantage de moyens pour leurs établissements. À la veille d’une journée de mobilisation lycéenne soutenue par toutes les grandes centrales syndicales à l’échelle nationale, les étudiants marseillais ont commencé à se joindre au mouvement, comme c’était le cas plus tôt dans la matinée, à Aix-en-Provence (lire par ailleurs).

    Lock-out éducatif

    « Partout en France, il y a des appels à la mobilisation pour essayer de faire converger nos luttes et d’arriver encore plus forts pour mettre encore plus de pression sur le gouvernement dans les journées à venir », se réjouissait Luc, élève au lycée Saint-Charles (1er arr.) et militant au Mouvement national lycéen (MNL). Les revendications restent les mêmes, de la fin de Parcoursup à la restitution des moyens supprimés au sein de l’éducation nationale, mais déjà s’ajoutent celles des étudiants face notamment à l’annonce du gel, en 2027, des aides personnalisés au logement (APL). « Nous, on sera là dehors le temps qu’il le faudra, le temps que le gouvernement nous entende », complète Emré, membre de l’Union étudiante et en première année de licence de droit à Marseille.

    Dans la matinée, la préfecture de police comptabilisait dans les Bouches-du-Rhône quelque 300 participants à des actions de blocage devant treize établissements. Cela malgré la fermeture d’une soixantaine de lycées dans l’académie (70 dans l’après-midi), tandis que l’université fermait aussi la plupart de ses sites et que la RTM déviait ses lignes pour ne pas desservir certains lycées. La préfecture de police, de son côté, a reconduit jusqu’à ce mardi ses arrêtés d’interdiction de manifestations non déclarées et de surveillance des environs des établissements du secondaire par drone. Un lock-out inédit des autorités, qui devrait se poursuivre demain, même si le rectorat refuse toute communication à ce sujet. « Ça ne marche pas, nous nous mobilisons encore, sourit May Lan, élève au lycée Montgrand (6e arr.). Nous boycottons les cours en distanciel, parce que ce n’est pas comme ça qu’on répond à nos revendications. Mais nous ne sommes pas seuls, des professeurs aussi les boycottent. »

    Huit personnes ont été interpellées, lundi matin dans les Bouches-du-Rhône, qui rejoignent les 5 060 personnes placées en garde à vue depuis le début du mouvement, dont 87% de mineurs, selon le décompte du ministère de la Justice. Des chiffres inédits depuis les Gilets jaunes. Parmi eux, 1 802 personnes font l’objet de poursuites, 14 ont été écroués. Mais ce lundi, c’est la mutilation d’un lycéen à Lens, dont la main a été arrachée par une grenade de désencerclement, qui a suscité une vive émotion. « Cette surenchère de la violence est irresponsable », a réagi le sénateur PCF des Bouches-du-Rhône, Jérémy Bacchi, appelant à écouter les revendications de la jeunesse.

    LES RENDEZ-VOUS

    Marseille, 10h. 7h devant les lycées et manifestation depuis les Réformés.

    Aix, 11h. La Rotonde.

    Arles, 10h. Kiosque à musique.

    Toulon, 7h30. Lycée Bonaparte.

    Draguignan, 8h. Lycée Jean-Moulin.

    Saint-Raphaël, 10h30. Rond-point Kennedy.

    Avignon, 14h30. Université d’Avignon.

    Manosque, 8h. Lycée Félix Esclangon.

    Digne-les-Bains, 8h. Lycées Beau de Rochas et David Néel.

    Gap, 8h30. Lycée Aristide-Briand.

  • Entourer les jeunes

    Entourer les jeunes

    Un lycéen mobilisé de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade de désencerclement à Lens. L’onde de choc produite par cette terrible nouvelle secoue les consciences, alors qu’une journée de manifestations s’annonce particulièrement suivie ce mardi.

    Elle appelle un profond changement de doctrine en matière de maintien de l’ordre. Après les Gilets jaunes éborgnés, les militants syndicaux « nassés », il n’est pas supportable de voir des jeunes manifestants mutilés.

    Il est plus que jamais nécessaire d’entourer les jeunes pour les protéger et leur permettre d’exprimer leurs revendications légitimes dans le calme et la sécurité.

    Les organisations de salariés et les partis politiques progressistes qui appellent leurs militants, mais aussi les élus, à descendre dans la rue aux côtés des lycéens ont une réaction salutaire.

    Questions d’avenir

    La présence d’adultes responsables autour des cortèges est la meilleure manière d’empêcher les débordements, les méfaits des casseurs, mais aussi la répression violente.

    Entourer les jeunes, ce n’est pas les déposséder de leur mouvement, c’est au contraire garantir la pleine expression des revendications portant sur le manque de moyens, de personnels, l’état des locaux ou encore le système Parcoursup.

    C’est le rôle de toutes celles et de tous ceux qui accordent de l’attention et du crédit à l’avenir de la jeunesse : parents, professeurs, responsables syndicaux et politiques, élus de la République…

    Mais pour dire, entourer les jeunes, ce devrait être le rôle de la société tout entière.

  • Un policier en roue libre avec des délinquants marseillais

    Un policier en roue libre avec des délinquants marseillais

    Détournements de fichiers, violation du secret professionnel, révélation d’informations sur une enquête, exercice d’activité commerciale extraprofessionnelle. Ce combo d’infractions a valu à un enquêteur en police judiciaire affecté dans un commissariat de Paris de comparaître la semaine dernière à Marseille. Il s’est vu requérir deux ans de prison avec sursis et l’interdiction définitive d’exercer. Au vu de la gravité des faits, il a été révoqué en mai 2025 sur avis unanime du conseil de discipline.

    À l’origine de la procédure, la plainte en mars 2023 d’une infirmière contactée par son ex qui se vante de tenir des infos sur sa vie privée d’une connaissance policière. Ce « mauvais plan drague » d’un individu condamné pour stup, vol et agression sexuelle allait entraîner la chute de Lotfi T., 33 ans, un policier à la dérive.

    À la barre, l’ex-policier dit avoir « agi avec discernement pour un échange d’informations » avec une connaissance de parties de cartes. « Il m’a dit qu’il cherchait à recontacter son ex. En contrepartie, j’allais avoir une information importante pour la BRI [Brigade de recherche et d’intervention] », assure le prévenu qui espérait en retour une mutation dans le renseignement territorial. Si l’information a permis d’élucider une affaire d’extorsion de restaurateurs, son recueil échappe au cadre légal. « J’ai été dépassé par ma vocation de policier. Je reconnais que c’est assez grave. Je présente mes excuses à la victime », dit-il.

    L’ex-flic décrit comme peu fiable multiplie les incidents. En mai 2022, il est signalé cité des Aygalades, jouant à la pétanque avec son arme de service sous son t-shirt. Il est régulièrement en maladie. « 1 250 jours d’arrêt de travail en 6 ans » compte le président Pascal Gand. « J’ai eu deux accidents de moto et une triple fracture de vertèbres. » – « Et l’achat d’une moto électrique, c’est compatible avec vos vertèbres ? » cingle le juge. En février 2024, en arrêt maladie, il est impliqué dans une rixe à 3h30 dans une boîte de nuit marseillaise et n’informe pas sa hiérarchie du vol dans son sac à dos de son terminal Neo.

    L’enquête révèle que la nuit il consultait les fichiers. « Des consultations problématiques pendant vos arrêts maladie et sur des délinquants marseillais… » – « On nous apprend à être policier H24. J’ai grandi entre la Busserine et Fontvert. Entre le sport et la musique, j’ai connu beaucoup de monde. C’est compliqué en tant que policier mais je ne vais pas les ignorer » glisse le prévenu qui dit avoir agi « sans contrepartie ». Il lui est aussi reproché d’avoir géré un snack, une société de sécurité en dépit d’une interdiction du tribunal de commerce suite à une faillite.

    Pour le procureur Mathieu Vernaudon, « c’est le portrait d’un policier en roue libre qui a un sentiment de toute-puissance. Il s’est affranchi de tous les cadres. S’il peut jeter cette femme sous le bus dans son intérêt il le fera ».

    Délibéré le 5 octobre.

  • À Gardanne, une journée pour dépasser les préjugés sur les métiers de la sécurité

    À Gardanne, une journée pour dépasser les préjugés sur les métiers de la sécurité

    Le temps de quelques heures, sapeurs-pompiers, gendarmes, policiers, surveillants pénitentiaires, mais aussi plusieurs acteurs de la prévention, comme l’Addap 13, le Foyer Acte 13 ou encore le pôle jeunesse de la Mission locale, seront réunis à l’occasion de la troisième édition de la Journée de rapprochement entre les jeunes et les forces de l’ordre et de secours, ce mercredi, au stade Victor-Savine, également baptisée « Challenge citoyen ». Corinne Simon, préfète de police, devrait elle aussi se rendre sur place.

    À travers cet événement, la Ville affiche l’objectif de « déconstruire les préjugés, favoriser la connaissance mutuelle et restaurer une relation de confiance entre les jeunes et celles et ceux qui sont chargés de leur sécurité et de leur prévention ». En toile de fond, une volonté de « dialogue » et un volet politique récurrent. « Depuis 2020, la sécurité et la tranquillité publique constituent une priorité », précise la municipalité.

    La journée, ouverte à tous, est découpée en plusieurs temps. À commencer par une découverte, de 10h à 12h, d’ateliers, doublés de démonstrations de véhicules et d’équipements. Ces deux heures seront suivies d’un déjeuner qui permettra « de poursuivre les échanges ». C’est au cours de l’après-midi que se déroulera le Challenge Citoyen, « sportif et préventif ». Jeunes participants, encadrants, membres des forces de sécurité et acteurs du secteur social se retrouveront autour de plusieurs animations portant notamment sur la sécurité routière, la scène de crime ou encore un parcours d’obstacles. Une cérémonie de remise des récompenses clôturera la journée.

  • Le grand port maritime de Marseille affiche son ouverture sur la ville

    Le grand port maritime de Marseille affiche son ouverture sur la ville

    « J’ai découvert plein de choses, je pensais en gros que les bateaux rentraient, sortaient, et ça s’arrêtait là. Et puis ça m’a ouvert des perspectives avec le métier d’agent consignataire que j’ai découvert. » Le jeune Reda, en seconde GATL (Gestion administrative, du transport et de la logistique) du lycée Caucadis à Vitrolles, qui dispose aussi d’une filière qui prépare au Brevet d’initiation à la mer (Bimer), fait partie des 30 000 visiteurs du Port center. À leurs côtés, on trouve aussi des troisièmes du collège Vieux-Port.

    Ouvert depuis le 1er mai 2024, visitable tous les samedis matin après réservation auprès de l’office de tourisme ou sur demande auprès du port, ce lieu se veut « une ouverture ville-port » pour « offrir une vision globale des bassins Est et Ouest et donner à voir toutes les activités », explique Nathalie Bakhache, secrétaire générale du Grand port maritime de Marseille (GPMM). Quand ce qui se passe derrière les grandes grilles blanches reste souvent inaccessible, il ne s’agit pas là de combler un déficit d’image, assure-t-elle, mais « d’apporter une meilleure connaissance aux riverains, et aussi à l’ensemble [des habitants] du territoire ». Si le respect « du droit, des conditions financières et de sécurité sont respectées », d’autres espaces sont aussi à disposition, ajoute-t-elle, prenant en exemple l’ouverture récente de la digue du large.

    Des scolaires venus

    en nombre

    Ce jour-là, des ateliers et visites guidées sont organisés pour les scolaires, « plus de 3 000 des 30 000 visiteurs, donc 10% », précise-t-elle. Sous les pieds des lycéens vitrollais, au sol du bâtiment de cette ancienne gare maritime, des photos des installations portuaires vues du ciel. Sur les murs, des écrans diffusent des vidéos mettant en avant l’histoire portuaire et dans les vitrines, des maquettes de bateaux donnent à voir le type de navires accueillis.

    Stéphane Pellen, directeur chargé de mission auprès de la secrétaire générale, 30 ans d’expérience au compteur, assure la visite. « Et ça, c’est quoi ? », interroge-t-il. Les 15 garçons et 3 filles de la section Bimer sèchent. « Ce sont les formes de la réparation navale, la 8, la 9 et la 10, plus grande du mode, l’équivalent de 4 terrains de foot », indique Stéphane Pellen. Avec 42 600 emplois dans les Bouches-du-Rhône, il insiste sur le poids économique du GPMM, sur la diversité de ses activités, du transport de passagers au trafic de conteneurs en passant par la croisière. « Le port de Marseille est polyvalent, un des rares d’Europe avec Rotterdam, même si on ne joue clairement pas dans la même division », poursuit-il.

    Il n’élude pas le revers de la médaille. « Un bateau, ça pollue », assume-t-il, même si au regard de ses capacités de transport par rapport au train, il reste à l’heure actuelle un moyen de transport imbattable, nuance-t-il. « On essaie de travailler à réduire ces nuisances avec notamment l’utilisation du gaz, on a commencé aussi à brancher les navires à quai, d’abord ceux de la Méridionale, puis vers le Maghreb et, depuis avril, trois navires de croisières peuvent utiliser l’électricité en simultané », déroule Stéphane Pellen en bon communiquant. Les petits sont repartis conquis…

  • Sensibilisation aux dangers de la route au Département de Vaucluse

    Sensibilisation aux dangers de la route au Département de Vaucluse

    Objectif premier, « sensibiliser les agents des centres routiers aux risques liés à la conduite dans le cadre professionnel et personnel, au travers d’ateliers pratiques animés par des professionnels de la sécurité routière », précise la collectivité. Mais il y avait un côté plus festif. Car cette journée a aussi été choisie pour célébrer les 30 ans du Campus sécurité routière. Chaque année, un peu moins d’une dizaine de collèges sont choisis pour des ateliers de prévention. Depuis 1996, 130 000 collégiens ont été sensibilisés.

  • [Fibre Excellence] Des sous-traitants inquiets et des fonctionnaires rapatriés

    [Fibre Excellence] Des sous-traitants inquiets et des fonctionnaires rapatriés

    « On parle de 5 000 emplois induits pour la filière bois, mais il y a aussi tous nos prestataires de services qui commencent à sérieusement sentir les conséquences de l’arrêt de la production », explique Romain Omont, qui travaille depuis 2004 sur le site.

    « Les sociétés Ortec, ou la SAS Phénix pour le nettoyage industriel, la société Someca pour la maintenance mécanique, Soprobois qui assure la récolte et le transport de bois en circuits courts en Paca et Occitanie… », commence à lister un autre ouvrier. Et lundi 21 septembre, deux d’entre elles se sont cassés le nez sur la barrière tenue fermée par les employés de Realtec. La représentante de Chimirec qui traite les produits stockés sur le site dans des conteneurs n’a pas pu accéder à son matériel et restait « dans l’expectative d’une réponse des liquidateurs. Car on ne sait pas sur quel pied danser ».

    Encore moins heureux en manœuvre, le chargé d’affaires de la société d’échafaudages Soprovise s’est également vu refuser l’entrée sur le site où il dispose d’un local cadenassé dans lequel est entreposé du matériel de son entreprise. Les salariés présents dans l’usine témoignent d’un portail fracturé et ils ont « photographié des salariés de Realtec en train d’embarquer des parties d’échafaudage dans un conteneur ». Jean-Michel Bulinge explique encore : « Il nous a dit qu’il devait déposer une plainte pour du matériel saccagé et utilisé. »

    Du côté casse sociale, les inquiétudes sont lourdes et les effets sont en passe de se produire à la chaîne.

    Un scandale d’État

    En conférence de presse à la Bourse du travail de Marseille, ce mercredi, François Canu, secrétaire de l’UD CGT 13 s’est aussi alarmé : « Ils liquident Fibre Excellence Tarascon en ce moment. Les Finances publiques ont déjà rapatrié à Marseille les 20 postes qui étaient implantées sur le territoire de Tarascon. Quand on dit qu’il y a la suppression de 270 d’emplois, ce n’est pas seulement 270 emplois mais 5 000 indirects et induits. » René Sale, pour l’UD FO 13, abonde : « C’est un scandale d’État qui a donné plus de 130 millions à un actionnaire voyou. Durant l’été, nous avons dit à de nombreuses reprises au Préfet que les seuls à même de sécuriser le site étaient les salariés du site. Aujourd’hui, l’État envoie l’Ademe après que des produits toxiques se sont déversés dans les eaux du Rhône. Le mandataire liquidateur est un croque-mort et corbeau qui spolie les salariés. » Une liquidation trop abrupte qui crée du chômage par ruissellement…

  • Un plan pour relancer Fibre Excellence

    Un plan pour relancer Fibre Excellence

    « Il y a un projet viable avec un investissement à hauteur de 30 millions d’euros pour le redémarrage car aujourd’hui l’outil est fonctionnel », défend François Batista, secrétaire général de l’UD CGT 13, sur le parking devant l’usine où une vingtaine de salariés et leurs syndicats CGT et FO étaient réunis en assemblée générale. « Mais il y a urgence à agir », insistent les salariés de plus en plus inquiets de voir chaque jour les employés de la société Realtec vider leur usine de toute sorte de matériels et convaincus que les liquidateurs « veulent rendre le site inutilisable ».

    Dans un 8e arrêté depuis début septembre, pris le 22 septembre, le préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski précisait bien que les mandataires devaient avoir quitté le terrain pour laisser l’Ademe prendre le relais sur la mise en sécurité du site au 1er octobre. En attendant, ces derniers accélèrent la cadence. Ce mercredi 23 septembre, c’est le piquet de grève des salariés qui a été dégagé, les réfrigérateurs jetés dans l’herbe à l’entrée du site, alors que des ex-salariés de Fibre Excellence continuent gracieusement à veiller au bon fonctionnement de l’outil industriel pour éviter tout accident. « Les câblages en cuivre, l’outillage, on assiste chaque jour à un nouveau pillage, alors que leur mission c’était d’enlever les produits dangereux et les 18 000 tonnes de bois », dénonce le secrétaire général de l’UD CGT 13, qui ne se privera pas de déposer une plainte pour le vol du matériel du CSE, a priori sans danger ni pour l’environnement, ni pour la population.

    Déterminés à défendre leur projet pour la viabilité du site et de toute la filière bois et papeterie, les deux syndicats CGT et FO faisaient le point avec une poignée d’ouvriers. « Là où les autres projets ont pataugé, c’est qu’ils étaient suspendus au prix du kwh, alors qu’on n’en a pas besoin », plaide le syndicaliste. « Le nouveau projet s’appuie sur la réduction des coûts des matières premières et la qualité de la pâte, détaille Jean-Michel Bulinge, délégué syndical CGT Fibre Excellence, moins de matière première et plus de tonnage car on travaille sur la valorisation des déchets. » Adrian Arcangeli, délégué syndical FO Fibre Excellence, précise : « Nous nous nous intégrons dans la filière du recyclage et comme la loi impose aux marchands de barquettes de changer de produits, nous proposons du made in France. »

    Un silence institutionnel

    Les salariés sont abasourdis par le « silence institutionnel » autour de l’avenir de Fibre Excellence à Tarascon. A contrario de la présidente socialiste de la Région Occitanie, Carole Delga, qui s’est engagée financièrement et dans la recherche de repreneurs pour le site de Saint-Gaudens, le président (Ren.) Renaud Muselier de la région Sud montre peu d’empressement à se porter au secours de l’usine de Tarascon, certes située aux confins de Paca. Interpellé par les salariés sur son niveau d’engagement, « il ne nous a pas encore fixé de rendez-vous, mais la Région aurait un projet sur le site, qui ne serait pas de la production de pâte à papier. Et on sait que la position stratégique de l’usine intéresse les groupes logistiques », craint Jean-Michel Bulinge.

    Leur tendre l’oreille serait pourtant intéressant. Alors que le nombre d’usines de production de papier en Europe est passé de 296 unités de production en 1991 à 129 aujourd’hui, un seuil critique est atteint. De quoi aggraver la dépendance aux importations. Un abandon du site de Tarascon menacerait une capacité stratégique dans la filière bois-papeterie, soit la mise en danger de près de 5 000 salariés induits. La filière du recyclage bois représente également un gisement de valorisation des déchets qui alimente 71% de l’industrie papetière. Et à Tarascon, les 180 millions d’euros d’investissements auraient juste été un coup d’épée dans l’eau ?

  • Un policier accusé d’aviser un rooftop d’une descente

    Un policier accusé d’aviser un rooftop d’une descente

    Un policier de la BAC Sud de Marseille comparaissait mardi pour violation du secret professionnel, détournement de fichier à des fins privées et une poursuite rarement utilisée de prise de mesure suivie d’effet pour faire échec à la loi. Le parquet a requis 15 mois de prison avec sursis, 5 ans d’interdiction d’exercer toute fonction dans la police.

    Alexis C., 47 ans, brigadier-chef à la BAC Sud de Marseille, nie avoir informé son ami Loïc D., 45 ans, responsable de la sécurité du rooftop le Limone à La Ciotat, de l’arrivée le 26 juillet 2025 d’inspecteurs de l’Urssaf et de policiers pour contrôler les contrats de travail des employés de l’établissement de nuit ouvert sur le toit terrasse du cinéma CGR.

    Ce n’était pas le premier contrôle de l’Urssaf ainsi planté. En juin, des opérations avaient été mises en échec à Marseille par des fuites. Le Pop Club à Vaufrèges où travaille aussi Loïc D. avait fermé 30 minutes avant l’arrivée de la patrouille. L’enquête de l’IGPN a révélé des échanges nourris entre les deux prévenus, très amis. Tatoués sur les doigts et jusque sur le crâne, ils fréquentent le même club de motards.

    Sur les téléphones saisis, les messages s’enchaînent : 22h23, le policier qui est en repos envoie un texto « répond urgent » car Loïc n’a pas décroché à l’appel WhatsApp. 22h24, les deux amis se parlent 20 secondes. 22h25, le chef de la sécurité envoie deux textos à ses patrons : « Urssaf part de Marseille pour contrôle Limone » – « Tu es sûr ? » – « Mon pote m’a appelé pour m’avertir » – « Il faut mettre les agents de sécu à l’abri. Que ceux qui n’ont pas de contrats se mettent à couvert » ordonne le patron. Loïc contacte aussi des potes militaires « ils vous ont pas grillé en videurs ? »

    « Je ne suis pas avisé de ce contrôle et je ne vois pas par quel moyen je peux l’être. Je suis ciblé particulièrement car je suis l’ami de Loïc, mais cette année, plusieurs policiers ont été contrôlés travaillant dans des établissements de nuit », réfute le policier muté en police secours. Pour lui, la concomitance du contrôle et des SMS, « c’est un concours de malchance ».

    « C’est une fille sur le parking qui m’a prévenu » assure Loïc D., très défavorablement connu avec 7 mentions au casier et contre lequel 9 mois ferme sous bracelet sont requis. L’ambulancier ultra-tatoué était sorti d’un an de prison en août 2024 pour des violences conjugales en récidive. Il admet avoir « beaucoup de contacts policiers dans [s]on téléphone ». Pour l’ambiance, c’est l’ex-leader de Blood and Honour Hexagone (BHH), un groupuscule néonazi dissout par Emmanuel Macron en juillet 2019.

    « Tous les deux, vous échangez régulièrement sur un contrôle de police pouvant avoir lieu. Le 14 février 2025, il y a ce SMS d’Alexis qui vous écrit “fais gaffe ce week-end je ne bosse pas” » note la juge. Le policier avance une autre explication, protectrice : « Avec les règlements de compte au Miami [4 morts en mai et août 2023, à la Valentine], j’ai des raisons de l’avertir. J’assure la sécurité de tout le monde, des boîtes, des commerces de nuit, des prostituées aussi. Je sais, ça peut faire un peu Batman d’avertir un ami que je ne travaille pas ».

    Pour le procureur Mathieu Vernaudon, « la chronologie est imparable sur l’origine de la fuite même si on n’a pas identifié d’où le policier tenait l’info. Cette téléphonie indiscutable est corroborée par une source anonyme du commissaire divisionnaire de La Ciotat ».

    « C’est un bon policier qui a toujours été exemplaire. Il a quelques fois fait passer son amitié en premier. Les fuites pourraient venir d’autres policiers pouvant faire des gâches dans ce genre d’établissement » a plaidé Me Pierre Gassend. Sur le fouinage dans un fichier d’État, « il y a pléthore de policiers qui abusent. Ne soyons pas hypocrites c’est une pratique courante ». Délibéré le 16 octobre.