Tag: Santé

  • Douleurs chroniques : comment la médecine du travail suit les salariés souffrants de A à Z

    Douleurs chroniques : comment la médecine du travail suit les salariés souffrants de A à Z

    Elles ont beau ne constituer à la louche que 10% des cas qui se présentent à l’Aipals* (Service de santé au travail), les maladies chroniques occupent pas mal les médecins du travail. « Entre le diagnostic, le suivi et l’accompagnement des patients, ces dossiers nous demandent pas mal de temps et d’énergie », reconnaît Nicolas Teulade, médecin coordonnateur à l’Aipals de Montpellier.

    Il faut dire que le champ des maladies chroniques dues au travail est vaste. Le spécialiste distingue trois grandes catégories. Celles liées à des « lésions de l’appareil locomoteur » (troubles musculo-squelettiques) comme les lombalgies, hernies, l’arthrose, les douleurs d’épaule aussi. Ainsi que les douleurs inflammatoires (polyarthrites, les formes d’arthropathie). Deuxième famille, les « douleurs neuropathiques ou neurologiques » : migraines, céphalées chroniques et autres crises fréquentes sur des lésions nerveuses pour lesquelles « le diagnostic médical est difficile à poser ». Enfin, il y a les douleurs d’origine psychogène. Par exemple « la fibromyalgie » qui est « un syndrome douloureux chronique [muscles, articulations] sans cause objectivée, sans lésion particulière ». On y associe « des douleurs diffuses persistantes, une fatigue et des troubles du sommeil ».

    Dans ce dernier cas, le diagnostic est « plus difficile » et la prise en charge s’avère souvent « plus complexe », précise Nicolas Teulade. Quoi qu’il en soit, il incombe à la médecine du travail d’accompagner de A à Z les travailleurs qui souffrent de douleurs chroniques. « On reçoit le salarié qui nous expose ses douleurs. On évalue son poste de travail et on réalise sa fiche d’entreprise », explique le médecin du travail. Lequel peut être amené à nommer un expert (ergonome, toxicologue…) ou à se déplacer lui-même dans l’entreprise pour constater le port de charges, les postures pénibles… Le contact est pris avec l’employeur. S’ensuit la rédaction d’une synthèse et une prescription médicale.

    Des préconisations qui s’imposent à l’employeur

    Les préconisations qui peuvent aller de l’aménagement de poste, à la modification de tâches voire au reclassement en interne, s’imposent à l’employeur, selon le Code du travail. « Il peut contester l’avis par procédure accélérée auprès du conseil des Prud’hommes [article L.4624-7 du Code du travail] », indique Nicolas Teulade. Mais le dialogue est privilégié pour trouver un terrain d’entente et éviter les conflits.

    Les prérogatives de la médecine du travail sont larges puisqu’elle peut même demander à l’entreprise l’achat de matériels adaptés à la santé d’un travailleur comme « un chariot à hauteur réglable, un siège ergonomique… ». Des outils qui peuvent avoir un coût d’investissement pour l’entreprise. C’est pourquoi l’Aipals travaille également avec plusieurs partenaires (Carsat, Agefiph, Cap Emploi, France Travail…) sur le volet financier.

    Parfois, il arrive que les douleurs sont telles que le salarié se trouve dans une situation d’incapacité professionnelle dans sa société. Il peut alors la quitter pour raisons de santé. Là encore, la médecine du travail se doit d’accompagner le travailleur dans sa quête d’un nouvel emploi ou d’une formation adaptée à ses capacités. « Les cas d’invalidité ne peuvent ouvrir des droits à la retraite anticipée qu’à partir de 62 ans. La réforme n’a rien changé sur ce point », précise Nicolas Teulade. Dans tous les cas, cela ne vaut pas rattrapage des trimestres manquants. Une décote s’appliquera donc en cas de retraite anticipée pour inaptitude.

    * Association interprofessionnelle pour l’application des lois sociales.

  • Douleurs chroniques : « J’ai dû apprendre à vivre avec la douleur »

    Douleurs chroniques : « J’ai dû apprendre à vivre avec la douleur »

    « Je pensais être douillette », commence Claire, 36 ans, aujourd’hui suivie dans un centre spécialisé à Montpellier. Dès ses premières règles, à 13 ans, elle ressent des douleurs violentes au ventre et au bas du dos. « Je vomissais, je faisais des malaises. Mais on me disait que c’était normal, que toutes les femmes ont mal pendant leurs règles. » Pendant quinze ans, elle enchaîne les consultations sans réponse. Les échographies sont « parfaitement normales », les traitements hormonaux se succèdent, sans jamais calmer la douleur. « À 25 ans, je devais parfois m’allonger dans les toilettes de mon travail. J’ai dû apprendre à vivre au quotidien avec la douleur. »

    C’est seulement à 28 ans, après un déménagement et un nouveau gynécologue, qu’un diagnostic tombe : endométriose profonde, avec des kystes sur les ovaires et des lésions digestives. « C’était vraiment un drôle de sentiment. D’abord, j’ai pleuré de soulagement. Enfin, quelqu’un me croyait. Enfin, j’ai pu mettre des mots sur ce mal qui me rongeait de l’intérieur, littéralement. Et puis il y a eu la réalisation du combat qui allait m’attendre. C’était dur. »

    « Ce n’est pas

    une maladie honteuse »

    Depuis, Claire a subi deux opérations et suit un traitement hormonal lourd. « Les effets secondaires sont terribles : fatigue, sautes d’humeur, bouffées de chaleur. Parfois, je ne me reconnais plus. » Mais le plus difficile reste l’invisibilité de la maladie : « On ne voit rien, alors les gens ne comprennent pas. Certains collègues pensent que j’exagère. » Mariée depuis trois ans, elle et son compagnon rêvent d’un enfant. « On a dû se tourner vers la PMA. Chaque échec est un déchirement, mais je garde espoir. »

    Claire s’investit désormais dans une association de patientes, EndoZen Occitanie : « On échange, on rit, on pleure. Ce réseau m’a sauvée. C’est bon de savoir que l’on est pas seule au monde. » Elle espère avant tout que les jeunes filles d’aujourd’hui n’auront pas à attendre aussi longtemps qu’elle. « Il faut parler, témoigner, former les médecins. Ce n’est pas une maladie honteuse, c’est une maladie réelle, invalidante, et on a besoin d’être entendues. »

  • [Entretien] Hervé Cilia : « Nous voulons maintenir l’activité de l’Entraide »

    [Entretien] Hervé Cilia : « Nous voulons maintenir l’activité de l’Entraide »

    La Marseillaise : Le tribunal des affaires économiques a placé l’Entraide en redressement judiciaire, le 15 octobre dernier. Quelle est la suite pour vous ?

    Hervé Cilia : Il faut remonter au début. Il y a d’abord eu une conciliation qui n’a pas fonctionné. Ce que nous demandions, c’était de vendre notre établissement du Roy d’Espagne pour une somme aux alentours de 12 millions d’euros, afin de sauver L’Entraide et de pouvoir effectuer tous les investissements qu’il fallait. Si cela avait marché, nous n’en serions pas là maintenant. Nous avons basculé sur une procédure de sauvegarde de justice qui aurait pu aller jusqu’au mois de janvier 2026, mais nous ne l’avons pas souhaité. Le fait que le Département des Bouches-du-Rhône et la Ville de Marseille nous empêchent de vendre notre bien au Roy d’Espagne, et des visites de l’Agence régionale de santé (ARS) sur certains de nos établissements qui nous ont obligés à réduire notre activité tout en maintenant les personnels, ont fait qu’il n’y avait pas d’autres solutions. Cela avait un deuxième intérêt, de pouvoir renouer un dialogue avec nos autorités de tutelle, l’ARS et le conseil départemental. D’après ce que nous avons cru comprendre, ces deux autorités auraient une « perte de confiance » vis-à-vis de l’Entraide. Je ne comprends pas pourquoi. Nous sommes historiquement un partenaire, nous nous occupons d’un service public de santé vis-à-vis de nos seniors. Ce qui se passe aujourd’hui, c’est qu’un appel d’offres a été fait, soit pour assurer un partenariat avec notre association et redresser l’Entraide, soit pour pouvoir racheter tout ou une partie de notre activité. Ce qui nous importe, c’est de maintenir les 900 résidents sur place et les 700 salariés, de pérenniser leurs emplois. Que ça s’appelle Entraide ou autre, peu nous importe : nous voulons maintenir l’activité, qui est nécessaire et utile au département. C’est pour cela que nous ne comprenons pas la position du Département.

    En juin, le conseil départemental évoquait des solutions, et au mois d’octobre, il ne veut rien d’autre qu’un repreneur. Que s’est-il passé entre-temps ?

    H.C. : Rien justement. Les réunions prévues n’ont jamais eu lieu. Nous avons fait un plan avec nos administrateurs judiciaires, avec différentes options à proposer. Ce n’est que la veille de la séance que le Département nous a envoyé un courrier pour nous dire qu’ils réfutent toutes les options proposées et refusent de nous parler. Et on arrive comme ça au tribunal des affaires économiques. Le président était furieux, le procureur encore plus !

    Comment l’expliquez-vous, ce revirement ?

    H.C. : Je pense que le Département des Bouches-du-Rhône se ment à lui-même et n’a pas les moyens. En revanche, ce qu’ils peuvent faire, c’est nous autoriser tout simplement à augmenter le prix de journée. Non seulement on nous interdit de vendre nos propres biens, mais en plus, c’est le Département et l’ARS qui nous fixent nos tarifs, et à chaque fois qu’on demande une augmentation, ils refusent.

    Vous avez aussi évoqué la situation de l’Ehpad de Pélissanne, dont l’ARS demande la fermeture…

    H.C. : Nous avons appris la nouvelle par une publication Facebook du maire de Pélissanne qui, lui, a prévu un Ehpad privé dans son plan local d’urbanisme. Nous avons des résidents qui sont là depuis plus de vingt ans, nous avons une résidente de 104 ans ! Est-ce que vous pensez vraiment qu’on peut déplacer une dame de 104 ans sans qu’il n’y ait des conséquences dramatiques ? Personne n’a compris. L’ARS dit qu’il y a une urgence à fermer, mais on se donne six mois. Alors, je ne vois plus le caractère d’urgence ! Ils parlent de maltraitance institutionnelle, parce que le jour où ils sont venus, il y avait moins de personnel avec les vacances et des arrêts maladie. Mais les soins étaient assumés dans la journée. Et ils se basent sur cette unique journée pour nous faire fermer six mois reconductibles !

    L’ARS parlait quand même de trois décès « potentiellement évitables » en un été…

    H.C. : Nous ne sommes pas en prison, nous ne fliquons pas les résidents ! Le fils d’un autre résident a ouvert le portail et l’a laissé partir. Quand on s’en est aperçus, on a immédiatement appelé la gendarmerie, ils ont fait une battue et ils l’ont retrouvé le lendemain, décédé. Pour le deuxième, est-ce que c’est évitable un suicide, quand une personne l’a décidé… Ceux-là, on n’a pas pu les éviter, mais il n’y a pas eu de négligence ou de maltraitance de notre part. En revanche, ce qui va être entraîné par le déplacement des personnes, là, c’est évitable ! Les familles sont remontées et nous sommes main dans la main avec les syndicats, nous sommes dans la même galère.

    Que va-t-il se passer après l’audience du 7 janvier ?

    H.C. : Le redressement court jusqu’en juillet. En janvier, on verra les offres sur la table. Elles vont être soumises à l’agrément du conseil départemental. Même là, on ne peut pas choisir qui va reprendre ! Si tout était refusé, le bout du bout, c’est une liquidation. Mais nous avons 50 millions d’actifs, nous serions les morts les plus riches du cimetière ! Si le conseil départemental et sa présidente souhaitaient mettre 700 personnes au chômage du jour au lendemain, ils auraient affaire aux syndicats. En pleine campagne des municipales, ce serait maladroit.

  • Douleurs chroniques : « Parfois, on préférerait avoir une maladie grave »

    Douleurs chroniques : « Parfois, on préférerait avoir une maladie grave »

    Au fond d’un long couloir aux murs immaculés du Centre hospitalier universitaire de Montpellier se trouve un service qui fait, depuis plus de 45 ans, la fierté des soignants montpelliérains. Le centre anti-douleurs héraultais est en effet l’un des premiers de France et comble aujourd’hui des besoins qui s’étalent sur tous les départements limitrophes de l’Hérault et parfois même au-delà.

    Ici, le soin a laissé place à l’évaluation et au traitement d’une multitude de patients qui ont tous un point en commun : ils souffrent. Parfois sans savoir d’où proviennent ces douleurs, ils sont tous rongés par un mal qui a rendu leur quotidien infernal avec des conséquences sur tous les pans de leur vie.

    Pour leur venir en aide, ce centre s’appuie sur une approche holistique où les choix du patient sont réellement pris en compte. « Traiter la douleur c’est accompagner un projet thérapeutique qui se construit autour du patient. On sort d’une médecine paternaliste. Ici, on propose un traitement, on l’explique et le patient peut refuser. Le patient doit être acteur de son soin. C’est aussi une médecine intégrative, c’est-à-dire qu’elle intègre l’ensemble de la problématique du sujet et pas que le point douloureux. Nous avons souvent des patients pris en soin sur l’aspect technique auxquels on propose en même temps un accompagnement relevant du champ de la psychologique : méditation, sophrologie, hypnose, musicothérapie, etc. Mais c’est aussi une médecine très chronophage », explique Raphaël Gonon Demoulian, psychiatre et pharmacien de formation devenu chef de service du Centre depuis un an et demi.

    Pour accueillir les 70 patients par jour, l’équipe s’appuie sur tout un ensemble de médecins spécialistes, kinésithérapeutes, rhumatologues mais aussi sur une aide-soignante formée en réflexologie ou un ancien patient qui s’est formé à l’insertion professionnelle et qui propose de l’accompagnement social deux demi-journées par semaine.

    Une nouvelle écoute

    Pendant que le professeur Gonon Demoulian prend le temps de recevoir chaque premier patient pendant une heure et que deux autres médecins s’activent pour tenter de vider une salle d’attente toujours remplie, Magalie, infirmière, forme quatre patients à la Stimulation électrique transcutanée (TENS). Dans la salle, Jean, 75 ans, ne peut pas rester assis : « Je suis suivi ici depuis deux ans. Moi, j’ai mal partout parce que j’ai eu de graves accidents de ski et de voiture. Et j’ai mal tout le temps, du moment où je me lève jusqu’au coucher. Je sais que j’aurai mal toute ma vie mais l’objectif en venant ici c’est de baisser l’intensité de la douleur. »

    À ses côtés, Stéphanie, 64 ans, est aussi, depuis deux ans, une habituée du centre, où elle a trouvé une nouvelle écoute : « Quand je suis arrivée ici, j’étais très mal. J’ai mal tout le temps et j’ai des crises la nuit. J’ai vu beaucoup de médecins qui m’ont dit que c’était le stress. J’avais l’impression qu’on m’accusait. Alors qu’ici, on écoute votre douleur. Rien que ça, ça a été un soulagement. » Dans le groupe, une blouse blanche reste silencieuse et écoute les patients. Anesthésiste, Samir est venu d’Aurillac pour une semaine de stage dans le service pour comprendre l’ampleur de ces douleurs dans la vie des patients. Lui aussi regrette le manque de formation des médecins sur les douleurs chronique. « Il faudrait créer le module douleur pour les étudiants en médecine, pour connaître les conséquences de ces douleurs. Il faut vraiment sensibiliser les futurs médecins à la douleur chronique », confirme-t-il.

    Valérie, 58 ans, 1m85, n’a pas perdu son énergie malgré des douleurs qui l’empêchent aujourd’hui de travailler. « J’ai eu des problèmes de dos qui se sont diffusés mais je pensais que c’était inhérent à la vie jusqu’au jour où je n’ai pas pu sortir du lit. J’avais mal tous les jours et je ne me rendais pas compte de l’impact que ça avait sur la vie de tous les jours et sur ma capacité à gérer mon quotidien. Je ne voyais pas que ce n’était pas normal. J’ai donc été arrêtée de travailler et ça aussi c’est très dur pour quelqu’un qui est très actif comme moi. Je ne peux plus aller au cinéma ou jardiner. Il y a aussi la reconnaissance de cette douleur qui est difficile. Parfois, on préférerait avoir une maladie grave comme un cancer. »

    Face à l’afflux de patients dans ce service, la direction du CHU a prévu de déménager le Centre à l’été 2027 dans le bâtiment en construction de Balmès 2, déménagement qui s’accompagnera d’un recrutement de personnels.

  • « La douleur chronique coûte cher à la société »

    « La douleur chronique coûte cher à la société »

    La Marseillaise : Comment définissez-vous les douleurs chroniques ?

    Éric Viel : Si l’on s’en tient à la définition des sociétés très savantes, c’est une douleur qui dure plus de six mois même si dans certains pays c’est à partir de trois mois. Mais il y a des douleurs chroniques continues, c’est-à-dire que les gens ont mal 24 heures sur 24, et il y a des formes de douleurs marquées par des accès douloureux et des périodes d’accalmie d’une ou deux heures ou de plusieurs jours. On distingue trois grandes entités pour ces douleurs. La première, ce sont les douleurs musculo-squelettiques donc colonne vertébrale et les membres, qui représentent 30 à 35% des patients. Ensuite il y a les douleurs neuropathiques, c’est-à-dire une douleur liée à l’atteinte du système nerveux. Cette douleur peut être causée par des médicaments comme dans le cas des traitements du cancer par exemple. Enfin, il y a toutes les douleurs de l’extrémité céphalique, c’est-à-dire de la tête et du cou, comme les migraines par exemple.

    Quelles sont les conséquences pour ces patients ?

    E.V. : La première, c’est une réduction d’activité physique. La deuxième, c’est l’absentéisme professionnel qui peut avoir des conséquences économiques si le patient perd son boulot par exemple. Le troisième, c’est l’isolement social parce que si vous ne travaillez plus, si vous ne sortez plus, vous finissez par vous isoler. Ça, ce sont les grands aspects. Mais il y a aussi tous les aspects de la vie de tous les jours, c’est-à-dire des troubles du sommeil, une anxiété qui se développe ou des syndromes dépressifs qui apparaissent. La vie quotidienne est impactée, les tâches domestiques ne sont plus possibles à faire, c’est très difficile de s’occuper d’enfants en bas âge par exemple et les relations sexuelles sont souvent très perturbées. Mais ce ne sont pas les seules conséquences. La douleur chronique coûte aussi très cher à la société parce que souvent il y a une errance, le diagnostic n’est pas fait, ou les traitements spécialisés ne sont pas mis en œuvre, donc ce sont des patients qui vont consommer beaucoup de médicaments, qui vont aller en consultation très souvent, qui vont aller aux urgences. Tout cela a un coût très important.

    Comment fonctionne le Centre d’évaluation et de traitement de la douleur de Nîmes ?

    E.V. : Déjà, tous les patients que l’on reçoit sont envoyés par un professionnel de santé. Il y a des pathologies prioritaires comme toutes les douleurs liées aux maladies cancéreuses, soit à cause du cancer lui-même, soit à cause des traitements. Ensuite, soit le diagnostic est déjà posé et les patients sont en échec de traitement. On nous les adresse alors pour des traitements plus spécialisés ou pour la mise en œuvre d’une technique qui ne se fait pas ailleurs. Soit on ne connaît pas la cause et il y a alors toute une démarche diagnostique pour comprendre la cause de la douleur et surtout le mécanisme de la douleur qui nous permettra d’identifier le meilleur moyen de la traiter. À Nîmes, on reçoit presque une centaine de patients par jour. Il y en a une cinquantaine qui viennent en consultation et nous avons aussi dix lits d’hospitalisation de jour permettant d’administrer certains médicaments en perfusion. Ils accueillent entre 30 et 40 patients tous les jours. En volume, c’est un des plus gros centres de traitement de la douleur de métropole.

    Justement, sur quoi vous appuyez-vous pour traiter ces douleurs ?

    E.V. : Il n’y a pas que des médicaments à avaler. Il y a aussi des techniques interventionnelles comme de la kinésithérapie qui est souvent indispensable. Les gens qui ont mal ont tendance à ne plus bouger ou à bouger de moins en moins. Or, ça aggrave les choses. Le mouvement, c’est la clé, en particulier pour les douleurs musculosquelettiques. On peut aussi infiltrer, utiliser des techniques dérivées de l’anesthésie, comme la péridurale ou la neurostimulation électrique. Plus rarement, il y a aussi des techniques chirurgicales.

    Beaucoup de patients concernés disent avoir manqué d’écoute de la part des médecins. Les médecins doivent-ils être plus formés aux douleurs chroniques ?

    E.V. : Oui. Comme je suis responsable de l’enseignement de la douleur à la Faculté de médecine de Montpellier, je ne peux qu’être d’accord. Il existe des diplômes d’université complémentaires mais encore faut-il que le médecin ou l’étudiant s’y inscrive. Ce n’est pas obligatoire. Aujourd’hui nous travaillons aussi à en faire une spécialité à part entière. Car pour l’instant, ce sont des médecins issus d’autres disciplines qui s’occupent de traiter ces douleurs chroniques. Le maillage des centres de la douleur en France n’est pas non plus suffisant en France. Il y a Nîmes et Montpellier mais après, autour de chez nous, les centres les plus proches sont à Lyon, Marseille et Toulouse.

    Quels conseils donneriez-vous à des personnes qui souffrent de douleurs chroniques et qui ont arrêté de chercher un traitement ?

    E.V. : J’ai beaucoup entendu : « Pour moi, il n’y a pas de solution, on m’a tout donné et ça ne marche pas. » Quand on a erré pendant des mois ou parfois des années, quand on a essayé je ne sais combien de traitements et que ça n’a pas fonctionné, on cherche dans tous les coins ce qu’on pourrait faire, on cherche sur internet, on cherche le coupeur de feu…parce que c’est désespérant. Ça mange la vie. Mais je dirais qu’il ne faut pas lâcher. Il faut discuter avec son médecin, qu’il soit spécialiste ou pas, et peut-être venir dans un centre de la douleur. Et rien n’empêche de mixer les médecines dites conventionnelles, c’est-à-dire les médicaments et les techniques interventionnelles avec des médecines dites complémentaires. Il ne faut pas négliger l’hypnose, l’acupuncture, la sophrologie, la méditation, les techniques de relaxation qui sont efficaces. Quand l’indication est bien posée, ça marche. Ce n’est pas l’hypnose, l’ostéopathie, l’acupuncture ou même les médicaments qui vont tout régler, mais c’est l’association de toutes ces techniques.

  • L’hôpital de Toulon – La Seyne ambassadeur du don d’organes

    L’hôpital de Toulon – La Seyne ambassadeur du don d’organes

    Avec près de 30 prélèvements par an, la Coordination hospitalière des dons d’organes et de tissus du Centre hospitalier intercommunal de Toulon -La Seyne-sur-Mer (Chits), aux côtés des équipes médicales, chirurgicales et soignantes, joue un rôle crucial dans l’organisation des activités de prélèvement d’organes et de tissus en vue de greffes. « La coordination du don d’organes du Chits a été créée en 2000 pour recenser tous les donneurs potentiels d’organes et de tissus, d’accueillir et accompagner les proches, d’organiser les prélèvements, de former les professionnels de santé, d’informer le grand public. Et également, d’être dans un réseau avec d’autres lieux de soins, l’hôpital d’Hyères, l’hôpital Sainte-Anne, l’hôpital de Brignoles et les cliniques », détaille Yann Le Bras, directeur du Chits.

    Une coordination qui a permis, en 2024, 102 prélèvements d’organes et 182 prélèvements de tissus au Chits, qui s’est récemment doté d’une nouvelle salle de prélèvements. « Derrière cela, il y a bien sûr des réalités humaines, mais ces chiffres montrent l’activité et un élément très fort d’engagement des équipes », salue Yann Le Bras. C’est pourquoi le Chits a formalisé son engagement, vendredi, en signant, aux côtés du « Collectif Greffes+ », une charte faisant de l’hôpital un ambassadeur du don d’organes, afin d’intensifier la sensibilisation de l’ensemble de son personnel, des patients et des visiteurs.

    « Devenir ambassadeur du don d’organes est pour nous un élément majeur. C’est participer à un mouvement solidaire national permettant de sauver des milliers de vies chaque année », se félicite Yann Le Bras. Un pas de plus pour un hôpital déjà engagé dans cette démarche depuis 25 ans : « Cela marque l’intensification de l’effort de notre établissement pour sensibiliser l’ensemble de la communauté hospitalière, ainsi que les patients et visiteurs. » « Quelle plus belle chose que de donner la vie, mais quelle plus belle chose aussi que de redonner la vie à des personnes qui sont en attente d’un organe et qui souvent décèdent avant », appuie Dominique Andreotti, pneumologue et adjointe à l’action sociale à la mairie de Toulon.

    2 à 3 décès chaque jour

    en France faute de dons

    Il faut tout de même rappeler que nous sommes tous, de fait, présumés donneurs d’organes par la loi, sauf opposition de notre vivant. Cependant, celle-ci prévoit aussi que les proches des défunts soient systématiquement consultés. Mais bien que plus de 80% des Français y soient favorables, moins d’une personne sur deux en a parlé, si bien que leur volonté ne peut être respectée. Dans un tiers des cas, les proches, dans le doute, s’y opposent, et le prélèvement ne peut avoir lieu. « Peu importe ce qu’on en pense, il faut que chacun interroge autour de soi et se pose la question, petit et grand, car il n’y a pas de minimum d’âge pour le prélèvement d’organes, et on peut prélever jusqu’à 90 ans. Il faut aussi se sentir concerné par la solidarité humaine, avoir envie de donner ce qui ne nous a servi et ne nous servira plus », martèle Odile Desrue médecin coordinateur du don d’organes et de tissus, qui rappelle qu’il y a « 20 000 demandeurs chaque année en France, et ce nombre tend à augmenter petit à petit, car on greffe moins de gens qu’il y en a sur liste d’attente. Chaque jour, deux à trois personnes meurent en attente d’organe. »

    Cependant, la situation s’est légèrement améliorée ces dernières années, même si le chemin reste encore long, passant par l’éducation, mais aussi, certainement, par des décisions législatives : « Le Covid a fait beaucoup de mal à la greffe et au don, mais on remonte petit à petit les chiffres, et on a passé la barre des 6 000 greffes en 2024. On espère continuer à progresser, mais ça ne va pas aussi vite que la demande. 80% des Français sont pour mais le taux de refus est de 36%. En Espagne, où le don a été inscrit dans la citoyenneté, il y a 20% de refus », souligne le docteur Desrue.

  • Toulon : une conférence sur le cadmium, métal toxique méconnu mais mortel

    Toulon : une conférence sur le cadmium, métal toxique méconnu mais mortel

    « Lorsqu’on installe un dos-d’âne pour faire ralentir les automobilistes, la voiture libère des microparticules en freinant et en réaccélérant, et donc plus de toxiques dans l’air. » Les mots du Docteur Pierre Souvet mettent le bon sens à l’épreuve. Ce cardiologue de 69 ans à la gouaille charmeuse a fondé l’Association Santé Environnement France (Asef) – dont il est le directeur – en 2008, afin d’alerter sur les dangers quotidiens auxquels nous expose notre environnement. Avec, parfois, comme pour le cas des dos-d’âne, des contradictions entre l’aspect vertueux d’un objet dans un champ (en l’occurrence la sécurité) et sa nocivité (sanitaire) dans un autre.

    Ces facteurs de risque se trouvent partout dans notre environnement (air, eau, sols, nourriture animale comme végétale…) et représentent, selon l’OMS, la principale cause de mortalité avec plus d’un décès sur quatre dans le monde devant le tabagisme. Il faut donc agir, et pas seulement dans les hôpitaux : « Les élus et les acteurs de santé ont un rôle majeur », explique le docteur Souvet.

    Les taux de cadmium doublent

    Cependant, certains partis politiques sont davantage guidés par les logiques industrielles, comme l’illustre la question des particules fines, responsable de 48 000 à 97 000 décès par an en France : « En France, on est à un taux de 25 microgrammes par mètre cube. L’OMS préconise 5 pour diminuer 80% des pathologies cardio-vasculaires et respiratoires liées aux particules. L’Europe a décidé de s’aligner à 10, et un parti français [le RN, Ndlr] a voté contre », déplore le docteur.

    Mais Pierre Souvet ne se dit « ni optimiste, ni pessimiste, mais déterminé ». En mai, il a transmis, avec des confrères, une lettre au Premier ministre pour l’alerter sur l’explosion des contaminations au cadmium, un métal toxique naturellement présent dans notre environnement, mais dont la concentration est favorisée par les activités industrielles, et surtout agricoles, via l’épandage d’engrains minéraux phosphatés. Entre 2006 et 2014, la contamination des Français à cette molécule hautement cancérigène a doublé, selon l’OMS, passant de 0.29 microgramme/g de créatinine à 0.57, prenant une part croissante dans l’incidence des 483 000 nouveaux cancers par an diagnostiqués dans le pays. La durée de sa demi-vie étant de 18 à 30 ans.

    Un sujet méconnu, que le cardiologue explicitera mercredi prochain, à 19h30, à l’Espace Neptune, lors d’une conférence coorganisée avec la Communauté professionnelle territoriale de santé Toulon Littoral intitulée « Comment protéger ma santé des pollutions du quotidien ? » qui s’inscrit dans un paradigme de justice sociale défendu par Pierre Souvet, car « ce sont toujours les plus favorisés qui peuvent prendre soin de leur santé, et cela, un médecin ne peut pas l’accepter », conclut-il.

    Conférence gratuite. Infos au 06.08.15.25.15

  • Douleurs chroniques : 42% des Français seuls face à la souffrance

    Douleurs chroniques : 42% des Français seuls face à la souffrance

    Algologie. Du grec « algos » (douleur) et « logos » (savoir). Cette discipline médicale concerne la prise en charge des douleurs. La spécialité aurait vocation à se développer fortement au regard des résultats du baromètre de la douleur 2025. Il révèle l’ampleur du mal : 42% des Français affirment souffrir de douleurs chroniques, soit 23 millions de la population adulte. La dernière mesure connue, fruit d’une enquête menée en 2008, faisait état de 12 millions de personnes concernées par les douleurs chroniques. L’étude montre donc une augmentation significative de la prévalence de la douleur chronique dans notre pays.

    Ce baromètre de la douleur 2025 agrège les principaux résultats de l’enquête Prevadol, menée au premier trimestre de l’année auprès de 11 940 Français, avec l’Observatoire français de la douleur et des antalgiques (Ofda)et l’institut de sondage OpinionWay.

    Parmi les 23 millions de personnes en souffrance chronique, 57% sont des femmes et 43% des hommes. Ce ne sont pas seulement les personnes âgées les plus touchées : l’âge moyen mis en lumière par l’enquête est de 46 ans. Cette jeunesse montre que des millions de travailleurs sont concernés. Les douleurs musculosquelettiques, propres aux métiers répétitifs, qu’ils soient physiques ou de services ont une prévalence de 36% dans la population française, suivies par les douleurs céphaliques (33%), abdominales (15%) neurophatiques (12%) et en lien avec un cancer (4%).

    Plus inquiétant encore, près d’une personne sur deux présente des douleurs intenses, c’est-à-dire que sur une échelle de 10, le niveau de leurs maux se situe entre 7 et 10. La moyenne d’intensité de la douleur est de 6 sur 10 pour l’ensemble des 23 millions de Français atteints. Signe que nous sommes face à un enjeu de santé publique, 44% des Français affirment souffrir depuis plus de trois ans. Cela révèle un défaut structurel dans la prise en charge médicale ; une insuffisance qui coûte cher à la société comme l’explique à La Marseillaise le professeur Eric Viel qui dirige le Centre d’évaluation et de traitement de la douleur (CETD) de Nîmes.

    Avec le centre antidouleur du CHU de Montpellier, les hôpitaux publics sont à la pointe sur le sujet car leur approche est multidisciplinaire et va des soins à l’accompagnement social. Mais les listes d’attente sont longues et le médecin traitant est le principal recours.

    36% ont un handicap modéré à sévère

    Or, souligne le baromètre 2025 de la douleur « malgré la prescription d’antalgiques souvent forts – 27% ont une prescription opioïde -, ils sont peu nombreux à voir leur symptômes s’améliorer – moins de 1 patient sur 3 ». Les conséquences sur la vie quotidienne sont lourdes : « 50 à 80% [des 23 millions concernés] présentent des répercussions physiques, émotionnelles ou sociale » et 36% « un handicap fonctionnel modéré à sévère ».

    Aujourd’hui, à peine un patient sur trois est satisfait de la prise en charge de sa douleur et moins de un sur trois a vu une amélioration de ses symptômes sur les dix derniers mois. Face à l’insuffisance de structures antidouleurs pluridisciplinaires, les patients ont recours à l’automédication dans les proportions inquiétantes, de l’ordre de 87%. Au-delà du paracétamol, prescrit à 70% et des inflammatoires (51% des prescriptions médicales), 27% des ordonnances comportent des opioïdes.

    Un plan national à l’arrêt

    L’étude constate une automédication dramatique de ses substances très addictives si elles ne sont pas encadrées. Or, 16% des 23 millions de personnes souffrant de douleurs chroniques ont recours à un opioïde en automédication. Si la législation française a pour l’instant épargné le pays de l’épidémie des opiacés qui décime les États-Unis – où les multinationales ont vendu légalement une drogue mortelle – le trafic de ces substances est effréné dans le commerce en ligne qui lui n’a que peu de contrôles n’y de frontières. Ce trafic continuera à prospérer tant que le plan national pourtant lancé il y a près de 25 ans ne sera pas mis en œuvre et financé. La Société française d’étude et traitement de la douleur (SFETD) qui va tenir son congrès du 26 au 28 novembre à Lyon fait un constat alarmant : « Depuis 2013, aucun plan, aucun programme, aucune action gouvernementale n’ont été mis en œuvre autour de la douleur alors qu’il s’agit d’un des premiers postes budgétaires en Santé publique. » Les résultats du baromètre de la douleur serviront-ils d’électrochoc ? Nul ne peut ignorer l’ampleur du mal.

  • Hérault : vive opposition au projet de McDo à Laroque

    Hérault : vive opposition au projet de McDo à Laroque

    L’annonce a fait l’effet d’une bombe dans la petite bourgade de 1 700 âmes. En effet, lors d’un événement organisé par la mairie dans le cadre d’octobre rose, Aisha Ghanty, une habitante de Laroque, a eu vent d’un projet de McDonald’s sur la commune, confirmé par la suite par le maire.

    « Dès que je suis rentrée chez moi, j’ai lancé la pétition pour informer la population. Très vite, beaucoup de personnes m’ont contactée. Nous avons alors organisé des réunions publiques pour informer la population. Nous avons aussi fait des tracts pour alerter et la population nous a encouragés à continuer parce qu’elle est opposée à ce projet », explique Aisha Ghanty. Début novembre, la pétition en ligne* dépassait en effet les 2 400 signatures. « Nous avons aussi fait signer des pétitions papier. Nous n’avons pas fait le compte mais nous avons au moins 300 signatures », ajoute Aisha Ghanty qui a ensuite créé une association** pour organiser la riposte et pousser pour l’abandon du projet.

    Si une contre-pétition s’est également ouverte en ligne pour vanter « une commodité bienvenue » qui attirerait « visiteurs » et « où nos jeunes peuvent se retrouver après l’école », elle n’a réuni que 250 signatures. De son côté, le maire (SE) Pierrick Ciribino joue l’ambiguïté en répétant à plusieurs reprises qu’il se positionnerait lorsqu’il aura plus d’éléments.

    McDo vise la ruralité

    Un discours qui révulse Aisha Ghanty. Si la Laroquoise avance de nombreux arguments pour s’opposer à l’implantation du fast food (nuisances sonores, odeurs, circulation difficile dans ce petit village, augmentation des déchets, malbouffe, menace sur la santé publique ou encore concurrence déloyale pour les autres restaurants aux alentours), c’est bien l’esprit du projet jugé « contraire à celui du village » que l’habitante dénonce. « Les Laroquois ont tous un bout de terrain où ils ont des poules, des œufs, font quelques légumes. Pour eux, McDonald’s c’est la référence de la malbouffe et de l’Américain qui débarque dans les Cévennes avec une position dominante », s’agace-t-elle.

    En réalité, la situation à Laroque n’est pas rare. McDonald’s a en effet lancé une nouvelle stratégie d’expansion en visant principalement la ruralité. L’objectif est annoncé : McDo veut avoir un restaurant à moins de 20 minutes de chaque Français. De nombreux villages s’opposent donc à cette extension ces derniers mois. À Laroque, les opposants au projet ont désormais prévu d’adresser une lettre à la population.

    * Non à l’implantation d’un fast food à Laroque sur Change.org

    ** Mieux vivre à Laroque (6 Lotissement les Soleiades)

  • Les médecins solidaires débarquent dans le Gard

    Les médecins solidaires débarquent dans le Gard

    Depuis le mois d’octobre, des médecins volontaires assurent des consultations dans des zones des Hautes-Pyrénées, du Gers, du Tarn-et-Garonne et de l’Hérault où l’accès aux soins laisse à désirer.

    Baptisé « médecins solidaires », ce dispositif porté par l’Agence régionale de santé (ARS) s’inscrit dans le cadre du Pacte de lutte contre les déserts médicaux, « en complément de leviers déjà existants comme les aides à l’installation ou l’appui à l’exercice coordonné (maisons de santé pluriprofessionnelles, centres de santé) proposés aux professionnels de santé », indique Céline Saintin, responsable du pôle soins primaires à la direction du premier recours de l’ARS. « Ce dispositif vise un besoin d’urgence pour les populations de 28 zones prioritaires identifiées en Occitanie, qui attendent un médecin », poursuit-elle. « On essaie d’anticiper l’augmentation de la demande de soins et le départ à la retraite des généralistes. D’où cette action forte, dont l’organisation sera adaptée au fil de l’évolution des besoins », détaille la représentante de l’ARS.

    Les médecins volontaires pour intervenir ponctuellement dans ces zones prioritaires s’inscrivent sur une plateforme nationale dédiée. « On est parti sur une base moyenne de deux jours par mois mais certains médecins viennent une semaine. Chaque journée de consultation solidaire est indemnisée forfaitairement à hauteur de 200 euros en plus des honoraires perçus pour les consultations et des mesures de remplacement sont mises en place pour garantir la continuité de l’activité habituelle du médecin volontaire », explique Céline Saintin. En amont, l’ARS travaille avec les collectivités sur l’appui logistique (locaux, équipements…) afin d’identifier des lieux de consultation qui offrent des conditions d’exercice optimales.

    Bientôt des renforts

    De leur côté, les habitants peuvent prendre rendez-vous en ligne sur le site de l’ARS, qui propose un accès direct aux plannings des consultations solidaires déjà opérationnelles*. « Ils sont également informés, une fois que toutes les formalités sont en place, via un flyer diffusé dans les pharmacies, les maisons de santé, les collectivités territoriales, etc. Cela se déroule comme une consultation médicale classique : ils viennent avec leur carte Vitale, il n’y a pas de dépassement d’honoraires », précise la représentante de l’ARS. « Depuis le lancement de ces consultations, certains patients ont trouvé un médecin traitant, le médecin volontaire pouvant le devenir », insiste-t-elle.

    « On a actuellement un vivier de 30 professionnels validés dans le cadre de la procédure », poursuit Céline Saintin. Des médecins qui viennent en priorité de la région, mais pas uniquement, le dispositif étant national. À partir de mi-novembre, des consultations solidaires seront également assurées dans le Gard, à la Maison de santé du Vigan notamment, où cinq médecins sont attendus. Deux autres se sont portés volontaires pour un renfort au centre de santé Filieris de Saint-Ambroix et au pôle de santé de Lasalle. Dans l’Hérault, le dispositif a été testé dès cet été à La Salvetat « et d’autres lieux de rendez-vous sont à venir. »

    *https://www.occitanie.ars.sante.fr/un-medecin-pres-de-chez-vous-0