Tag: salaires

  • Des personnels du médico-social en grève à Aubagne pour leur salaire

    Des personnels du médico-social en grève à Aubagne pour leur salaire

    « Les brasiers chauffaient depuis longtemps… », lance Bernard Cresta. Il est le délégué syndical CGT central des établissements de l’Araimc : l’Institut d’éducation motrice Saint-Thys, le Foyer d’accueil médicalisé les Violettes, le centre Decanis à Marseille, la Gauthière à Aubagne. Cette association du secteur médico-social a son siège social à Aubagne. 500 salariés travaillent au sein de ces cinq structures.

    Ce qui a attisé les flammes ? « Dans le cadre des Négociations annuelles obligatoires (NAO), notre demande de revalorisation salariale, portée par la CGT depuis quatre mois, a échoué. Début novembre, la direction nous a annoncé son refus ferme et définitif pour manque de budget. Elle nous a baladés, on s’est sentis méprisés », réagit le délégué syndical. « Mais nous avons appris il y a peu que l’association allait acheter un siège social à plus d’un million d’euros à Gémenos… » L’autre « point de tension » évoqué par Bernard Cresta concerne « la décision unilatérale de la direction générale et du conseil d’administration de prendre l’Association pour les foyers et ateliers des personnes handicapées (Afah), environ 170 salariés, sous mandat de gestion, sans tenir compte de l’avis défavorable des élus, des salariés et de la CGT. »

    « Deux boulots pour joindre les deux bouts »

    Pour le syndicat, « la direction générale devrait plutôt se concentrer à améliorer le fonctionnement, l’organisation de ses établissements et le suivi des personnes en situation de handicap ». Dans certains établissements de l’Araimc, « le taux d’absentéisme atteint 13%, parfois 20%», indique-t-il. Il invoque « la pénibilité, l’usure du travail ». « On aime notre boulot mais ça ne paie pas les factures… On a des salaires tellement bas que les salariés, à 80% des femmes, souvent mères isolées, divorcées ont souvent deux boulots pour joindre les deux bouts », décrit-il. Par exemple, « des aides médico-sociales, des aides-soignantes qui sont toute la journée et les week-ends auprès des résidents en situation de handicap ou polyhandicap ont un niveau de salaire de 1 700 euros par mois avec dix ans d’ancienneté… ».

    Pour toutes ces raisons, les salariés de l’Araimc sont appelés à faire grève et à se rejoindre à 9h30 devant l’Espace des Libertés, avenue Antide-Boyer. La date n’a pas été choisie par hasard : « On fait cette grève à l’occasion de la journée associative de l’Araimc, à l’Espace des Libertés. On a demandé une audience en fin de matinée auprès du directeur général et nous voudrions rencontrer la déléguée interministérielle qui sera là. On veut lui dire que les salaires du secteur médico-social doivent être revalorisés. On ne résoudra pas le problème de l’absentéisme tant qu’ils ne l’auront pas été. » Une des revendications de la CGT Araimc est « le recrutement immédiat dans tous les postes vacants et le remplacement systématique des absences pour maladie ou accident du travail ».

  • Ces jeunes qui choisissent d’être flics

    Ces jeunes qui choisissent d’être flics

    Ils ont 23, 25 et 28 ans, sont en poste depuis peu à Marseille. Jade, Antoine et Marc* ont bien voulu confier à La Marseillaise leur ressenti sur un métier qu’ils ont tous choisi. Un de leurs points communs : qu’ils soient sur le terrain, au centre d’information et de commandement (CIC) pour gérer les interventions ou enquêteurs à la brigade des mineurs, ils s’estiment au service d’une population et des victimes, avec lesquelles ils aiment être en contact. « Cela fait un an pile poil que je suis sortie de l’école, j’ai toujours été attirée par l’uniforme, l’ordre », raconte Jade, mais « j’ai aussi ce sentiment d’aider ceux qui en ont besoin, d’être utile et de pouvoir réprimander ceux qui abusent des droits qu’on leur accorde ». La jeune femme fait partie de « police secours », ces policiers de terrain qui interviennent lorsque l’on appelle le 17. Elle a fait des études d’architecture mais il lui manquait le travail d’équipe, le contact avec la population.

    La réorientation, une autre similitude dans le parcours de nos trois recrues. « Mal conseillé », Marc, en poste au CIC depuis juillet, a travaillé dans des supermarchés ou salons de coiffure avant de revenir à son ambition première tout comme Antoine, titulaire d’une licence en génie mécanique, qui a pris son poste en septembre dans un groupe de la brigade des mineurs. « Vus nos salaires, on ne fait pas ça pour l’argent, pas pour la reconnaissance non plus », estime ce dernier, qui a « le sentiment d’être au service d’une cause, d’un truc qui nous dépasse ». Et les heures de travail s’enchaînent.

    60 heures par semaine

    Jusqu’à « 60 par semaine », assure Jade, où elle voit « plus ses collègues que son conjoint ». Quand Antoine, qui savait à quoi s’attendre, se dit tout de même en charge de 45 dossiers à lui tout seul. Pas facile alors de prioriser. « Une charge mentale », considère-t-il. Idem pour Marc qui gère des centaines d’appels par jour et doit faire preuve de psychologie pour avoir un aperçu de la situation et décider d’envoyer ou pas un équipage. « On est face à des gens qui exagèrent une situation pour qu’on vienne, ou au contraire des victimes qui minimisent », témoigne-t-il.

    Tous se prennent aussi de plein fouet une réalité qu’ils n’avaient parfois pas mesurée. « Naïvement je ne m’attendais pas à autant de misère humaine », constate Jade. À l’inverse, elle a été agréablement surprise par ses premières missions effectuées dans le cadre des JO à Marseille. Antoine, en prise directe avec de jeunes victimes ou auteurs d’abus ou de violences sexuelles, estime « répondre à un vrai mal-être », parfois malgré la volonté de personnes qui « aimeraient oublier ». Il dit aussi la frustration de voir la suite donnée par la justice, « pas à l’échelle de ce qu’on a ressenti » et se confronte à de véritables questions sociétales : « quand ce sont des auteurs mineurs, comment on fait, comment aider ? On voit des choses que nous ne pouvions même pas imaginer ». Quand il discute à l’extérieur, « les gens ne nous croient pas », témoigne Marc.

    « L’esprit de corps » pour Jade, la solidarité au sein du groupe pour Antoine, aident à tenir. « On ne se rend pas assez compte que derrière l’uniforme, on est humain, que l’on aimerait peut-être parfois agir autrement », explique Jade même si « je savais que je ne serai pas forcément d’accord avec ce que j’allais devoir faire ». La loi, les ordres, oui mais… Marc insiste sur la notion de discernement. « Je suis plutôt le genre de policier qui donne sa chance à la personne. » Il s’agit pour lui d’assurer « la tranquillité, faire respecter les règles pour que tout le monde puisse vivre ensemble ». Un engagement qui laisse entrevoir un avenir serein. Marc veut retourner sur la voie publique qu’il a expérimentée en tant que policier adjoint, Jade se voit passer des concours et Antoine entend bien devenir officier de police judiciaire au plus vite, « pour mener l’enquête du début à la fin ». Quand certains démissionnent, il reste confiant : « J’arrive peut-être dans le creux de la vague, mais je me dis qu’on ne pourra que remonter. »

    * A la demande des interessés l’anonymat a été requis.

    REPÈRES

    1 705

    agents sont affectés à la circonscription de police nationale (CPN) de Marseille (villes d’Allauch, Marseille et Plan-de-Cuques) sans compter les plus de 1 730 policiers des unités départementales et interdépartementales, localisées à Marseille, de la direction interdépartementale de la police nationale (DIPN) des Bouches-du-Rhône.

    161

    fonctionnaires ont rejoint Marseille en 2024, 86 arrivées en mutation à la CPN et dans les unités départementales et interdépartementales, et 75 policiers sortis d’écoles affectés à la CPN de Marseille. 19 arrivées étaient prévues en mars à la CPN et 4 dans les unités départementales de la DIPN, 22 arrivées ayant été enregistrées en février à la PJ.

    2 161

    euros nets en début de carrière. C’est ce que touche un gardien de la paix selon le ministère de l’Intérieur. Le salaire d’un officier de police s’élève lui à 2 430 euros, 3 224 euros pour un commissaire. Policiers et gendarmes sont âgés en moyenne de 38,5 ans selon la dernière étude Insee en date de 2021. Parmi les moins de 30 ans, 27% sont des femmes.

  • « Transformer le SNJ pour mieux défendre la profession »

    « Transformer le SNJ pour mieux défendre la profession »

    La Marseillaise : Quels sont les temps forts de ce 107e congrès
    du SNJ ?

    Antoine Chuzeville : C’est un congrès électoral, puisque tous les deux ans, nous renouvelons nos instances nationales. Outre le débat public sur l’intelligence artificielle le premier jour, cela commence par le comité national, puis l’élection du bureau national, notre exécutif, qui désignera ensuite les secrétaires généraux et les trésoriers. Mais au-delà de cet aspect statutaire, le congrès aborde plusieurs thèmes essentiels : la question des salaires, bloqués depuis des années ; la protection des journalistes rémunérés à la pige ; la manière de traiter la crise écologique dans les rédactions ; ou encore les défis liés à l’intelligence artificielle. Nous terminerons par un temps fort consacré à la solidarité internationale, avec notamment la présence d’un confrère palestinien invité grâce à notre action, ainsi que des représentants de la Fédération internationale des journalistes.

    Est-ce un congrès de réflexion
    ou d’action ?

    A.C. : Un peu des deux. C’est d’abord un moment de rassemblement pour nos délégués venus de toute la France, y compris d’outre-mer. Nous échangeons toute l’année par mail ou visioconférence, mais ce congrès est la seule occasion de nous retrouver, de confronter nos pratiques et de repenser nos modes d’action. Le mot-clé de cette édition, c’est transformation. Le SNJ est un syndicat centenaire, solidement implanté, mais il doit évoluer : nos méthodes militantes doivent s’adapter aux attentes des jeunes générations et aux mutations du journalisme. Le débat sur cette transformation est crucial, car il dessinera ce que sera le syndicat dans les prochaines années.

    Dans quel état d’esprit arrivent les journalistes à ce congrès ?

    A.C. : Il y a toujours le plaisir de se retrouver entre confrères et consœurs, mais aussi une inquiétude palpable. Beaucoup se sentent menacés économiquement : la presse souffre d’un modèle en crise, les effectifs diminuent, les revenus publicitaires partent vers les géants du numérique. Et parallèlement, la concentration des médias entre les mains de quelques milliardaires – Vincent Bolloré, Bernard Arnault, Rodolphe Saadé, et plus récemment Pierre-Edouard Sterin, entre autres – alimente la peur d’une perte d’indépendance. Ce sont des acteurs puissants, parfois hostiles à la liberté de la presse. Les exemples récents du Journal du dimanche ou du groupe Prisma montrent à quel point l’équilibre entre pouvoir économique et indépendance éditoriale est fragile. Il ne faut pas non plus oublier l’inquiétude face au développement de l’intelligence artificielle, qui pourrait menacer notre métier à terme s’il est mal anticipé ou accompagné.

    Les atteintes à la liberté d’informer semblent aussi venir du cadre institutionnel…

    A.C. : Oui, les lois et règlements se durcissent. Le schéma national du maintien de l’ordre ou encore les dispositions sur le secret des affaires restreignent notre travail. Des médias se retrouvent poursuivis pour avoir simplement fait leur métier. Hier encore, le site La Lettre a été attaqué par la Monnaie de Paris pour violation du secret des affaires après une enquête. C’est une dérive inquiétante : on instrumentalise le droit pour museler la presse.

    Quels sont les dossiers prioritaires du SNJ aujourd’hui ?

    A.C. : Nous attendons avec impatience la loi issue des États généraux de l’information, censée être présentée ce mois-ci. Si elle est bien rédigée et appliquée, elle pourrait renforcer la protection des sources, limiter la concentration des médias et promouvoir l’éducation aux médias. Mais dans le contexte politique actuel, son avenir est incertain. L’autre urgence, c’est de trouver un modèle économique durable pour les médias, notamment locaux. L’information de proximité est vitale pour la démocratie : là où elle disparaît, les citoyens perdent leur lien avec le débat public. Enfin, il y a la question du sens : beaucoup de journalistes doutent, se sentent épuisés, voire inutiles. De plus en plus de jeunes diplômés, parfois d’écoles réputées, abandonnent au bout de seulement 5 ou 6 ans. C’est une crise de vocation comparable à celle de l’enseignement. Redonner envie de faire ce métier, c’est aussi défendre la démocratie.

  • Tournée militante de syndicalistes équatoriens

    Tournée militante de syndicalistes équatoriens

    Qui mangent des bananes ? ». Dans la salle du Manifesten à Marseille, toutes les mains se lèvent après la question posée par José Barahona, membre de l’Association syndicale des travailleurs agricoles et des paysans (Astac) de la banane. « 30% des bananes vendues viennent d’équateur, donc il y a de fortes chances pour que vous en consommiez », continue-t-il. Une production qui cache des conditions de travail terribles pour les ouvriers agricoles que sont venus dénoncer José Barahona et Diana Montoya Ramos, deux syndicalistes d’Astac, à Marseille, mercredi, et à Aubagne, ce vendredi à 18h30 au cercle d’harmonie.

    S’ils sont en Europe, ce n’est pas un hasard. La semaine passée, leur syndicat, l’ONG Action Aid et la fédération internationale des droits humains ont déposé une plainte contre l’État équatorien auprès de la Commission européenne. En jouant sur un accord commercial passé entre le pays et l’UE, ils dénoncent le non-respect des droits des travailleurs, pourtant imposé par l’un des articles de l’accord. « Le but c’est d’utiliser tous les outils possibles pour faire pression sur l’État équatorien », explique Chloé Rousset, chargée de campagne Dignité au travail & Régulation des multinationales à Action Aid.

    « L’ami des entreprises »

    « En équateur, on a essayé tous les mécanismes législatifs possibles, mais aucun gouvernement ne veut aider les travailleurs », se désole Diana Montoya Ramos, membres d’Astac. Son camarade, avocat de profession, rappelle que l’actuel président, Daniel Noboa, est le fils d’un magnat de la banane. « Le ministère du travail est l’ami des entreprises », insiste-t-il. Ils sont 2 millions à travailler autour de l’industrie de la banane, sur les 18 millions d’habitants.

    Les conditions de travail dans la branche y sont pourtant terribles. La plupart des travailleurs dans les champs n’ont pas de contrat de travail. Une situation qui les rend précaires, avec des salaires très bas pour des horaires importants, détaillent les syndicalistes. L’absence de contrat rend également difficile l’accès à la retraite ou à un avocat en cas d’abus de la part des employeurs. L’utilisation du mancozèbe comme pesticide, qui est interdit au sein de l’Union européenne à cause de sa toxicité, aggrave également la santé des travailleurs. « Ils se prennent littéralement des bains de pesticides », s’alarme l’avocat. La fumigation de pesticide, c’est-à-dire le largage de pesticides par avion, est autorisée en équateur.

    Droits syndicaux piétinés

    Face à ces conditions difficiles, l’organisation en syndicat des travailleurs, pourtant protégée par la constitution équatorienne, est presque impossible. Diana Montoya Ramos en a fait les frais. Ancienne comptable dans une exploitation de bananes, elle a été virée après avoir essayé de monter une branche d’Astac au sein de son entreprise. Les contrats informels rendent également compliquée la syndicalisation car il faut au moins 30 salariés sous contrat pour monter une organisation. Une situation devant laquelle le ministère du travail ferme les yeux. « Il avait refusé la création d’un syndicat dans une entreprise qui exploite 160 hectares, car seules 4 personnes étaient déclarées… Ils ne peuvent pas ne pas savoir. »

    Face à ces conditions, le syndicat souhaite la création d’un label avec un cahier des charges décidé par les travailleurs, assurant que les bananes consommées ont été produites en respectant les droits humains.

    « Ils se prennent littéralement des bains de pesticides »

  • « L’objectif est d’obtenir un budget de justice sociale »

    « L’objectif est d’obtenir un budget de justice sociale »

    La Marseillaise : Après deux journées de mobilisations, les 10 et 18 septembre, quel est le sens de l’appel à l’action pour ce 2 octobre ?

    Sandrine Mourey : Le sens est le même que pour les deux précédentes journées. C’est-à-dire qu’après ces mobilisations, et la rencontre avec le Premier ministre, on voit que le budget qui se prépare est le même que celui de François Bayrou. Ses mesures sont toujours dans les cartons. L’objectif est donc d’obtenir un budget de justice sociale, que les travailleurs puissent vivre de leur travail et qu’enfin, le gouvernement entende les revendications des salariés pour que ce budget permette des investissements dans les services publics et enterre les différentes mesures prévues : le gel du point d’indice, la suppression de 3 000 postes de fonctionnaires… Saluons, d’ailleurs, que l’ensemble des organisations syndicales poursuivent le mouvement. Lequel sera à la hauteur des précédents : on enregistre, à cette heure, plus de 250 rassemblements et manifestations prévus sur le territoire. C’est à la hauteur du 18 septembre : nous attendons une grande journée de mobilisation, avec des grèves dans les entreprises, des piquets… Avec également des revendications locales sur les conditions de travail, les salaires, qui sont la première revendication des salariés, pouvoir vivre correctement de son salaire. Le gouvernement leur dit : « Vous allez encore vous serrer la ceinture lors du prochain budget. » Alors que de l’autre côté, du côté des plus riches, on ne leur demande rien et ils ne veulent pas payer plus d’impôts, ils ne veulent pas participer à l’effort national. Et les entreprises du CAC 40 qui, elles aussi, bénéficient de réductions d’impôts, bénéficient des 211 milliards d’aides publiques, on ne leur demande rien non plus. La coupe est pleine et le taux de pauvreté augmente en France.

    Le Medef s’agite avec son grand meeting prévu le 13 octobre.
    Le jugez-vous fébrile
     ?

    S.M. : Je dirais qu’il est fébrile et qu’il est à court d’arguments. Les organisations syndicales, la CGT et les salariés, gagnent la bataille des idées. Le patronat se rend compte qu’il est à court d’arguments pour garder ses privilèges et ceux des grandes entreprises. Vous aurez remarqué que la CPME et l’U2P n’y sont pas. Donc un Medef fébrile. D’habitude, il travaillait en sous-main, en lobbying, et bien là, il n’y arrive plus face à la mobilisation. Ce qui le contraint à faire ce rassemblement… On va en rire. Mais pour les salariés et les retraités, je pense que c’est moins drôle. On voit là que le Medef est l’organisation patronale des grands groupes, des plus riches. Ça sera le meeting des donneurs d’ordres.

    Le Premier ministre a annoncé qu’il ne reviendra pas sur la réforme des retraites. Comment analysez-vous cette posture-là
    au regard du rapport de force installé
     ?

    S.M. : On fait face à un gouvernement qui est sourd, qui ne veut pas écouter la population et les revendications. Il y a la réforme des retraites qui colle au président de la République et aux gouvernements successifs comme le pansement sur la chaussure du Capitaine Haddock dans Tintin [gag récurrent dans l’œuvre d’Hergé, le personnage se débattant avec des sparadraps, Ndlr]. Il ne veut pas entendre que les gens ne veulent pas se faire voler les deux plus belles années de leur retraite alors que parallèlement, les entreprises continuent à licencier les salariés de plus de 50 ans parce qu’ils sont ou cassés par le travail ou parce qu’ils sont présumés pas assez productifs. Donc cette réforme des retraites, elle colle au gouvernement et l’intersyndicale est ferme sur le sujet.

    Certains militants questionnent un retour des mobilisations dites « saute-mouton ». Qu’est-ce que vous leur répondez ?

    S.M. : La CGT seule mobilise moins qu’avec l’entièreté de l’intersyndicale, il y a peu de grèves reconductibles et pour cela, il faut déjà réussir une vraie journée de grève. Pour le moment, le seul secteur en reconductible est Mines-Énergie, d’EDF, de GDF, qui sont sur des piquets de grève depuis le 2 septembre, avec des revendications inhérentes à leur entreprise, notamment les grilles salariales et des revendications sur le 100% service public de l’énergie. Ils tiennent le cap. C’est à ces conditions, en discutant avec les salariés, que nous allons pouvoir tenir la grève, mais ce n’est pas la CGT ici à Montreuil qui décide, ce sont les salariés avec leur syndicat qui votent pour poursuivre la grève et pour partir en reconductible.

  • Martigues marchera pour la justice sociale et fiscale

    Martigues marchera pour la justice sociale et fiscale

    La lumière chaude de fin de journée met en exergue le rouge bien présent au tableau du rassemblement organisé par l’union locale CGT du pays martégal, devant l’hôtel de Ville de Martigues, ce mardi soir. Les syndicats des territoriaux, de l’éducation nationale, de Marcegaglia, ainsi que les militants locaux du PCF et de LFI ont répondu à l’appel pour un échauffement avant la manifestation marseillaise, jeudi.

    Le secrétaire général de l’union locale CGT, Daniel Bretonès, place le rassemblement sous le signe « du non des travailleurs aux reculs sociaux et à l’austérité imposée au nom d’un budget injuste », trois semaines après la nomination du Premier ministre (Ren), Sébastien Lecornu. « Son projet budgétaire est le même qu’avant, ses économies se feront sur nos salaires, nos retraites, notre Sécurité sociale et nos services publics », augure le syndicaliste. Il rappelle que « chaque année, 211 milliards d’euros sont versés sans contrepartie aux grandes entreprises, sans oublier les 100 milliards de fraude fiscale » . « La CGT a des propositions pour sortir de la crise, comme rétablir l’impôt sur la fortune, taxer les revenus du capital » ou encore « rétablir la taxe professionnelle et la taxe d’habitation, pour la démocratie locale, et rendre leur liberté aux communes », propose Daniel Bretonès.

    Un bus pour jeudi

    L’adjoint Gérard Frau (PCF) a salué, au nom du maire Gaby Charroux retenu en préfecture, « le travail constant et offensif de l’UL CGT » et témoigné son « soutien à la mobilisation, juste et nécessaire », quand « les Français voient leurs salaires stagner face à l’inflation, les hôpitaux saturés, la précarité et l’injustice fiscale ». L’élu local déplore un Premier ministre « sourd face à l’intersyndicale, la rue et la colère populaire », et promet de « marcher le 2 octobre avec la CGT et l’intersyndicale ».

    Le bus affrété par l’UL CGT part à 9h, jeudi, de la Halle de Martigues pour rejoindre la manifestation marseillaise.

  • « Le patronat essaie d’enfermer la gauche dans le prélèvement »

    « Le patronat essaie d’enfermer la gauche dans le prélèvement »

    La Marseillaise : La taxe Zucman suscite de vifs débats autour du budget. Quelle est votre analyse sur cette mesure très populaire dans l’opinion ?

    Frédéric Boccara : Il y a un vrai problème de justice fiscale. Mais le problème du budget c’est d’abord que son financement est dans les mains des marchés financiers : ils prélèvent 66 milliards d’intérêts, soit l’équivalent de la dépense pour l’enseignement primaire et secondaire. C’est ensuite un problème de dépenses malsaines, qui minent l’économie, la société et son développement, donc la capacité « d’avaler la dette » par une croissance saine… Enfin, il y a les impôts. La taxe Zucman doit être regardée relativement à deux enjeux. La justice fiscale, une contribution juste des personnes et des entreprises, et une inégalité extraordinaire s’est creusée en faveur des ultra-riches que des grandes entreprises. Et l’enjeu d’efficacité. Si on prélève et que le pays s’appauvrit, ça ne va pas. Développer la France, c’est développer l’efficacité pour vivre mieux. Et la taxe Zucman ne s’inscrit pas forcément dans cette logique.

    Quels leviers envisagez-vous alors ?

    F. B. : Les économistes du PCF, avons d’autres propositions. Nous parlons d’une sorte de taxe Zucman améliorée, un impôt sur la fortune amélioré. Ce problème de l’efficacité, les uns prétendent le résoudre en disant, on va taxer les biens professionnels, les autres, on va les exclure. La question est : quelle est la contribution des biens professionnels au développement sain et efficace du pays ? C’est l’enjeu d’une partie de la richesse. Nous proposons donc une taxation minimale de toutes les fortunes, à partir d’un certain seuil, y compris biens professionnels, modulée à la hausse s’ils ne développent pas l’emploi, la valeur ajoutée, l’écologie. Il faut ainsi taxer « l’outil de non-travail ». De même pour les bénéfices. Côté ménages, il faut baisser fortement la TVA, si douloureuse pour les plus modestes, et rétablir plus de progressivité de l’impôt sur le revenu.

    Le patronat s’agite avec ce meeting du Medef le 13 octobre. Comment interprétez-vous cette réaction ?

    F. B. : Ça veut dire deux choses : le patronat est inquiet de la mobilisation sociale, et il veut serrer les boulons parce qu’il redoute aussi des défections dans son camp. Car nous voulons et pouvons emmener l’ensemble des forces de la création et du développement avec nous pour aller de la justice fiscale vers une nouvelle efficacité fiscale du prélèvement et de la dépense. Un certain nombre de couches moyennes et supérieures sont intéressées par cette vision. L’U2P, les vraies petites entreprises, a réagi très durement face au Medef, en disant : « Nous payons plus, nous voulons contribuer mais il ne faut pas nous écraser ». C’est précisément cet élément que nous reprenons. Il y a quelque chose de juste dans leur argument. Les grandes entreprises ont vu leur taux effectif d’impôt baisser de cinq points entre 2016 et 2022, quand celui des très petites a augmenté de 0,4 (étude Insee). Les grandes entreprises paient 14% de leur bénéfice, contre 21% pour les PME. Le patronat essaie d’enfermer la gauche dans le prélèvement. Nous devons prendre au sérieux l’argument de l’efficacité. Dénonçons le double égoïsme du grand capital sur les entreprises. Il fait tout, jusqu’à tricher, pour payer le moins possible d’impôts. Mais son pire égoïsme, ce sont les délocalisations. Que fait-il avec les richesses ? L’argent qu’on lui laisse (dont les aides), il l’utilise à démolir l’activité et l’économie. Entrons dans une autre relation avec les entreprises pour aller vers une efficacité qui recèle des ressorts nouveaux : l’enjeu écologique, l’enjeu des capacités et des dépenses humaines.

    La dette, souvent brandie comme un frein à l’investissement social ou écologique. C’est une contrainte réelle ou construite politiquement ?

    F. B. : Elle est à la fois réelle et utilisée politiquement, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut dire que c’est bidon. Elle est réelle car elle est dans les mains des marchés financiers, avec deux conséquences : cette dîme de 66 milliards et cette exigence que les dépenses soient faites pour le capital, les bas salaires, moins pour les services publics… c’est leur vision de la compétitivité. Mais une dette n’est pas forcément mauvaise. Je préfère parler d’avances, c’est moins moral. Or des avances pour se développer, c’est nécessaire. Nous proposons un fonds d’avances pour le développer des services publics et de l’économie, appuyé par le pôle public bancaire et financé à 0%. Et une bataille convergente sur la Banque centrale européenne. 

  • « Nous proposons une taxation minimale de toutes les fortunes »

    « Nous proposons une taxation minimale de toutes les fortunes »

    La Marseillaise : La taxe Zucman suscite de vifs débats autour du budget. Quelle est votre analyse sur cette mesure très populaire dans l’opinion ?

    Frédéric Boccara : Il y a un vrai problème de justice fiscale. Mais le problème du budget c’est d’abord que son financement est dans les mains des marchés financiers : ils prélèvent 66 milliards d’intérêts, soit l’équivalent de la dépense pour l’enseignement primaire et secondaire. C’est ensuite un problème de dépenses malsaines, qui minent l’économie, la société et son développement, donc la capacité « d’avaler la dette » par une croissance saine… Enfin, il y a les impôts. La taxe Zucman doit être regardée relativement à deux enjeux. La justice fiscale, une contribution juste des personnes et des entreprises, et une inégalité extraordinaire s’est creusée en faveur des ultra-riches que des grandes entreprises. Et l’enjeu d’efficacité. Si on prélève et que le pays s’appauvrit, ça ne va pas. Développer la France, c’est développer l’efficacité pour vivre mieux. Et la taxe Zucman ne s’inscrit pas forcément dans cette logique.

    Quels leviers envisagez-vous alors ?

    F. B. : Les économistes du PCF, avons d’autres propositions. Nous parlons d’une sorte de taxe Zucman améliorée, un impôt sur la fortune amélioré. Ce problème de l’efficacité, les uns prétendent le résoudre en disant, on va taxer les biens professionnels, les autres, on va les exclure. La question est : quelle est la contribution des biens professionnels au développement sain et efficace du pays ? C’est l’enjeu d’une partie de la richesse. Nous proposons donc une taxation minimale de toutes les fortunes, à partir d’un certain seuil, y compris biens professionnels, modulée à la hausse s’ils ne développent pas l’emploi, la valeur ajoutée, l’écologie. Il faut ainsi taxer « l’outil de non-travail ». De même pour les bénéfices. Côté ménages, il faut baisser fortement la TVA, si douloureuse pour les plus modestes, et rétablir plus de progressivité de l’impôt sur le revenu.

    Le patronat s’agite avec ce meeting du Medef le 13 octobre. Comment interprétez-vous cette réaction ?

    F. B. : Ça veut dire deux choses : le patronat est inquiet de la mobilisation sociale, et il veut serrer les boulons parce qu’il redoute aussi des défections dans son camp. Car nous voulons et pouvons emmener l’ensemble des forces de la création et du développement avec nous pour aller de la justice fiscale vers une nouvelle efficacité fiscale du prélèvement et de la dépense. Un certain nombre de couches moyennes et supérieures sont intéressées par cette vision. L’U2P, les vraies petites entreprises, a réagi très durement face au Medef, en disant : « Nous payons plus, nous voulons contribuer mais il ne faut pas nous écraser ». C’est précisément cet élément que nous reprenons. Il y a quelque chose de juste dans leur argument. Les grandes entreprises ont vu leur taux effectif d’impôt baisser de cinq points entre 2016 et 2022, quand celui des très petites a augmenté de 0,4 (étude Insee). Les grandes entreprises paient 14% de leur bénéfice, contre 21% pour les PME. Le patronat essaie d’enfermer la gauche dans le prélèvement. Nous devons prendre au sérieux l’argument de l’efficacité. Dénonçons le double égoïsme du grand capital sur les entreprises. Il fait tout, jusqu’à tricher, pour payer le moins possible d’impôts. Mais son pire égoïsme, ce sont les délocalisations. Que fait-il avec les richesses ? L’argent qu’on lui laisse (dont les aides), il l’utilise à démolir l’activité et l’économie. Entrons dans une autre relation avec les entreprises pour aller vers une efficacité qui recèle des ressorts nouveaux : l’enjeu écologique, l’enjeu des capacités et des dépenses humaines.

    La dette, souvent brandie comme un frein à l’investissement social ou écologique. C’est une contrainte réelle ou construite politiquement ?

    F. B. : Elle est à la fois réelle et utilisée politiquement, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut dire que c’est bidon. Elle est réelle car elle est dans les mains des marchés financiers, avec deux conséquences : cette dîme de 66 milliards et cette exigence que les dépenses soient faites pour le capital, les bas salaires, moins pour les services publics… c’est leur vision de la compétitivité. Mais une dette n’est pas forcément mauvaise. Je préfère parler d’avances, c’est moins moral. Or des avances pour se développer, c’est nécessaire. Nous proposons un fonds d’avances pour le développer des services publics et de l’économie, appuyé par le pôle public bancaire et financé à 0%. Et une bataille convergente sur la Banque centrale européenne. 

  • La nébuleuse « Nour d’Égypte » décryptée en correctionnelle

    La nébuleuse « Nour d’Égypte » décryptée en correctionnelle

    Procès lundi à Marseille d’un système patronal d’exploitation de la main-d’œuvre étrangère sans papier, accompagnée de fraudes sociales et fiscales, d’abus de biens sociaux et de blanchiment. Le dirigeant du groupe « Nour d’Égypte », Tamer Shabana, 48 ans, et son beau-père, Jean Claude Amar, 89 ans, ont comparu toute la journée de lundi et jusqu’en soirée devant la 6e chambre correctionnelle pour un florilège d’infractions qu’ils nient dans la gestion de sociétés et établissements culinaires marseillais entre 2016 et le 17 mai 2022, date des interpellations.

    Il est reproché à ce ressortissant égyptien arrivé en France en 2009 et naturalisé français depuis, et à son beau-père d’avoir exploité, sans les déclarer ni parfois même les payer complètement, de nombreux travailleurs étrangers en situation irrégulière dont ils assuraient parfois l’hébergement, aidé en cela par un conseiller bancaire. L’ordonnance de renvoi dénombre 21 personnes non déclarées dans les 4 établissements. 12 se sont constitués partie civile. Aucun d’eux n’était présent à l’audience.

    Les avocats de la défense ont plaidé des nullités de procédure, dénonçant « la surdité totale des juges d’instruction ». « Les droits de la défense ont été piétinés », a déclaré Me Laurent Bartoloméi, avocat de Tamer Shabana, et qui n’a pas mâché ses mots sur l’absence de travail du dernier juge d’instruction à la section financière, Fabrice Karcenty, un magistrat condamné en juin dernier pour des faits d’escroquerie.

    Sitôt la présentation des faits par le président Fauchier-Delavigne, Tamer Shabana a protesté : « Ce n’est pas un résumé qui montre la vérité. Je conteste 99,9% des poursuites. Mon beau-père n’était pas gérant mais secrétaire. Il n’y a aucune mauvaise foi, ni mauvaise intention de ma part. J’ai toujours fait les choses dans les règles », assure-t-il.

    Opération Pharaons

    Au départ fin 2020, le dépôt de plainte d’un employé agressé qui décrivait les recrutements de sans papiers, les hérésies comptables, les recettes en espèces servant à dégager du black pour payer des salaires. Une enquête préliminaire était ouverte dans ce dossier baptisé « opération Pharaons » à la section d’investigation de la Police de l’air et des frontières (PAF) assisté du Groupe interministériel de recherches de Marseille (GIR). Elle creusait les flux financiers entre les entités contrôlées par Shabana : la SCI Tamer et Agnès, « La cantine de Nour d’Égypte » créée en 2013 au 10 rue Bernex dans le 1er, siège initial d’un centre culturel égyptien qu’il avait fondé, le snack « Le Petit Nour d’Égypte » créé en 2018 au 44, La Canebière, la boulangerie Balady créée en 2019 à l’angle des rues Bernex et Consolat puis « Le Souk de Nour d’Égypte » ouvert au 2 rue de Rome dans l’ancien magasin Tati et enfin une société de travaux « L’art de la rénovation ».

    Le 19 janvier 2022, un contrôle de l’Urssaf trouvait 11 personnes en action de travail au « Souk de Nour » dont 4 en situation irrégulière : un Sierraléonais, un Palestinien demandeur d’asile, un Algérien et un Égyptien. Le soir même, Shabana sur écoute donnait instruction de « dégager rapidement toutes les personnes qui n’ont pas de contrat ». En tout, sur les 4 établissements concernés sur la période des poursuites, ce sont 21 personnes selon l’Urssaf qui n’ont pas été déclarées, représentant un préjudice de 145 765 euros. Le motif de l’aide humanitaire ou de la solidarité familiale est exclu.

    La perquisition au domicile, avenue du Prado (8e), de Jean-Claude Amar, le beau-père et grand argentier, permettait la saisie de 227 520 euros en espèces et 4 lingots d’or dans des coffres en banques. « Qu’est ce qui permet à la Justice de me considérer comme gérant de fait ?! », a dénoncé l’octogénaire, un ancien dentiste qui nie être « le grand patron ». « Cet argent vient de mes 44 ans de travail. Rien ne vient des restaurants », lance-t-il contredisant ses déclarations en garde à vue. « Je faisais la comptabilité et faisais les paies car personne d’autre ne le faisait. » Le réquisitoire et les plaidoiries étaient attendus dans la soirée. La décision devait être mise en délibéré.

  • « Avec Lecornu, on est sur de la cosmétique sur le plan économique »

    « Avec Lecornu, on est sur de la cosmétique sur le plan économique »

    ENTRETIEN

    La Marseillaise : Depuis 2023, c’est la première fois que l’intersyndicale est réunie. Faut-il y voir le signe d’un mouvement social qui va durer ?

    Serge Ragazzacci : En tout cas on le souhaite. Pour cette première journée, on a eu 55 appels à la grève public/privé. Ce qui est sûr, c’est que les annonces de Bayrou le 15 juillet, qui faisaient suite au naufrage du Conclave sur les retraites, ont tout de suite créé les conditions de l’unité syndicale qui manquait depuis deux ans. Ça a été un détonateur. De la même manière qu’il n’avait pas appelé les partis politiques, Bayrou n’a pas consulté les syndicats de salariés. Tout le monde a parlé de la suppression des deux jours fériés mais il y a aussi la énième réforme de l’Assurance chômage, la question du déremboursement des médicaments avec les retraités – les « boomers » – pointés du doigt. Sans oublier la remise en cause de la monétisation de la 5e semaine de congés payés, des 35 heures… Sur ce budget, on est sur tout ce qui peut remettre en cause les conquêtes sociales des 50 dernières années.

    Cela signifie qu’après avoir accusé le coup en 2024, le moral des troupes syndicales est regonflé à bloc ?

    S.R. : Il y a eu un moment de flottement avec le passage de Bayrou. Mais tout le monde a compris que c’était pour maintenir le même cap, notamment la réforme des retraites qui est le catalyseur de toutes les colères depuis 2023. C’est cette réforme qui a conduit à la chute des différents gouvernements et a conduit aux échecs électoraux de la macronie et de ses soutiens. En tête de la plateforme revendicative figure toujours l’abandon de la réforme des retraites à 64 ans.

    La chute de Bayrou change-t-elle la donne ?

    S.R. : Son plan d’austérité n’est pas caduc. Pour l’instant la seule assurance que l’on a, c’est le renoncement à la suppression des deux jours fériés. Tout en réclamant de demander aux syndicats de trouver des rentrées d’argent. Pour le reste, il n’y a pas d’abandon global, c’est pour cela qu’on appelle à la mobilisation. On reste dans la même veine. Ils ont sorti les boucliers et les défenses anti-aériennes pour défendre les intérêts des plus riches via les 211 milliards d’euros annuels d’aides aux entreprises sans aucun contrôle ni contrepartie. Depuis quelques semaines, c’est haro sur la taxe Zucman [2% d’imposition sur les patrimoines de plus de 100 millions d’euros, Ndlr], dont on nous dit qu’elle générerait le départ des plus grandes fortunes qui se sont gavées comme jamais. Ils oublient qu’on est champions d’Europe de réversion des dividendes. La taxe Zucman, ce serait vraiment le minimum. Les pauvres, eux, sont toujours suspects. Comme s’ils allaient s’acheter des voitures de luxe et des Rolex avec leur allocation de rentrée scolaire. Contrôler ces 211 milliards aux entreprises par contre ce serait une atteinte à la liberté. Je constate qu’à ce jour, à part nous, personne au gouvernement ne parle des fermetures de boîtes et des licenciements alors même que 300 000 emplois sont sur la sellette. Bayrou s’en foutait et pour l’instant, Lecornu n’en parle pas.

    Sébastien Lecornu tente d’envoyer des signaux (jours fériés maintenus, fin des « privilèges à vie » des ministres). Cela va-t-il dans le bon sens ou est-ce de la poudre aux yeux ?

    S.R. : J’ai l’impression qu’on est sur de la cosmétique sur le plan économique. On parle d’un côté de ponctionner 40 milliards sur le dos du monde du travail et de l’autre de quelques millions d’euros… Il n’y a pas de commune mesure. Si c’est pour retirer des privilèges à 15 personnes pour justifier d’aller en massacrer des millions d’autres à coups de déremboursements médicaux et de remise en cause de l’emploi, on se rendra vite compte de la limite de l’effet d’annonce. Le sujet principal de notre pays, c’est que les salaires et les pensions n’ont pas été revalorisés, on n’a pas retrouvé le niveau de 2020. Le pouvoir d’achat reste une revendication essentielle. Si on veut remplir les caisses de la Sécu, la question des salaires et de l’égalité entre les femmes et les hommes, qui rapporteraient 6 milliards d’euros, fait partie de la solution. Des gens peinent à finir le mois. Si on veut relancer l’économie, il faut relancer la consommation, en recul avec l’inflation, la hausse des coûts de l’énergie avec par exemple la hausse de la TVA sur le gaz. Les gens continuent à perdre du pouvoir d’achat alors que les plus riches continuent de voir leur fortune augmenter. En 30 ans, le PIB de la France a été multiplié par deux mais pas le Smic. Les 500 plus grandes fortunes possédaient 9% de la richesse nationale, elles en contrôlent aujourd’hui 42%. Je pense qu’on peut leur en prendre un peu.

    L’autre enjeu, c’est celui des services publics. La CGT donnera d’ailleurs des suites le 9 octobre avec une mobilisation nationale et dans l’Hérault sur les questions de santé et de Sécurité sociale. Du côté de l’intersyndicale, il y aura bien sûr des suites au 18 septembre…

    Si le mouvement citoyen « Bloquons tout » rebondit, l’intersyndicale envisage-t-elle des actions communes ?

    S.R. : Le 10 septembre, il n’y a pas eu que « Bloquons tout ». Ce mouvement ne souhaitait pas d’élargissement syndical mais à Béziers, Bédarieux ou Lodève, comme il ne se passait rien, la CGT avait déclaré un rassemblement. Ici ou là, on a déjà eu des contacts. On est sur un mouvement hybride. On n’est pas dans la situation des Gilets jaunes.