Tag: résistance

  • Les Kurdes appellent l’Europe à stopper les massacres en Syrie

    Les Kurdes appellent l’Europe à stopper les massacres en Syrie

    Pancarte « Defend Rojava » dans une main et smartphone dans l’autre, celle qui se fait appeler Suzanne scrolle sur WhatsApp et fait défiler les images partagées par ses proches. On y voit les visages ensanglantés, les corps inertes, de personnes présentées comme victimes des massacres perpétrés au Rojava (Kurdistan syrien). « C’est insupportable pour nous de voir ça. C’est pour défendre les Kurdes de Syrie qu’on est là aujourd’hui », martèle la jeune femme. Des centaines de membres de la communauté kurde se sont ainsi rassemblés ce mardi à 13 heures devant les grilles de la représentation de la commission européenne à Marseille, au sein du World Trade Center local. « Je parle avec mes cousins, mes oncles et tantes, ils ont peur. Je n’ai pas l’habitude de venir manifester mais je me sens obligée de le faire pour eux », insiste Suzanne.

    Au micro, Mehmet répète : « Partout résistance. Charaa terroriste, Europe complice, à bas le régime fasciste en Turquie. » Des drapeaux aux couleurs des YPG et YPJ, unités de protection du peuple et de la femme réunis au sein des Forces démocratiques syriennes (FDS), flottent dans les airs. Des pancartes à l’effigie du président syrien intérimaire Ahmed al-Charaa sont brandies, le représentant d’un côté en uniforme militaire, turban sur la tête et de l’autre en costume cravate, barbe bien taillée et cheveux courts gominés. Avec ces mots écrits en rouge « stop terroriste ! ». « Nous sommes extrêmement préoccupés, inquiets par le silence de l’Union européenne qui n’a pas si longtemps que ça a décidé de lâcher au régime syrien près d’un milliard d’euros. C’est ce même régime qui, aujourd’hui, massacre la population kurde », tempête Salih Azad, responsable du Centre démocratique kurde de Marseille (CDK-M). « Al-Charaa est un ancien cadre d’Al Qaïda, il a été membre de Daesh, à ce titre il est coupable d’avoir ordonné l’assassinat de dizaines de milliers de civils kurdes », accuse-t-il, rappelant que le régime syrien actuel est notamment soutenu par la Turquie de Recep Tayyip Erdogan. « C’est un appel à la communauté internationale : arrêtez de vous rendre complice du régime de Daesh, ne restez pas silencieux ! », pousse Salih Azad.

    «Je viens du Rojava »

    Barine, qui prend part à la protestation, est directement concernée. « Je viens du Rojava, de la ville de Kobané, vous devez connaître », glisse-t-elle. La capitale de la résistance kurde face à l’État islamique est actuellement encerclée par des groupes armés islamistes, proches du pouvoir. « On n’a pas d’armée forte, les combattants kurdes tentent de résister eux-mêmes. On a peur des massacres », alerte l’étudiante en médecine. Elle en appelle, elle aussi, aux États-Unis et à l’Union européenne. « On veut juste la paix », jure-t-elle.

  • Marine Le Pen vise Marseille pour se refaire

    Marine Le Pen vise Marseille pour se refaire

    Marseille comme une prise de guerre… En faisant « l’amitié » à Franck Allisio, député RN de Marignane et candidat à la mairie, d’assister ce vendredi 17 janvier à ses vœux, transformés du coup en « meeting populaire », c’est un message clair qu’envoie Marine Le Pen pour son premier déplacement dans la campagne des municipales : pour la cheffe de file du Rassemblement national, la ville est gagnable.

    Le sondage La Marseillaise/ Experts et territoires/Ipsos-BVA, publié ce lundi 12 janvier dans nos colonnes, qui donne à égalité son poulain et le maire (DVG) sortant, Benoît Payan, avec 30% des intentions de vote au premier tour, ouvre le champ des possibles. Entre opération de dédiabolisation réussie, indifférence et transposition de la politique nationale au local, l’extrême droite fait désormais moins peur aux électeurs marseillais que La France insoumise (LFI), apprend-on dans le second volet de notre enquête exclusive. à propos des personnalités en lice, à la question « diriez-vous que si elle devenait maire, ce serait une très bonne, plutôt bonne, plutôt mauvaise, très mauvaise chose ou ni une bonne chose, ni une mauvaise chose pour l’avenir de Marseille ? », 32% des sondés estiment que ce serait « une bonne chose » concernant Franck Allisio, avec une part importante qui estiment que ce serait « ni une bonne, ni une mauvaise chose ». L’élection du candidat LFI, Sébastien Delogu, serait jugée comme « une mauvaise chose » par 54%des personnes interrogées. Au sujet du RN, cela « fait une majorité potentielle, analysait Stéphane Zumsteeg, directeur du département Politique et opinion d’Ipsos-BVA, mardi. Clairement, le repoussoir, c’est LFI au plan national, c’est Delogu à Marseille. »

    S’emparer des villes fait aussi partie de la stratégie du parti d’extrême droite pour s’enraciner durablement dans une région Paca où il sévit depuis longtemps. « Le seul mandat qui permet d’ancrer solidement un territoire, c’est celui de maire », confiait ce jeudi 15 janvier au Figaro, un des cadres locaux du RN.

    À surfer sur l’insécurité, la candidate de la droite et du centre, Martine Vassal, a bien compris qu’elle risquait de nouveau de boire la tasse. Au lendemain du sondage, son porte-parole, Romain Simmarano (Ren), a tenté de renverser la vapeur : « Nous, c’est le gaullisme, la République, l’amour du drapeau, la volonté d’avoir une ville sécure qui offre des perspectives à tous ces enfants. Que M. Allisio arrête de se faire passer pour ce qu’il n’est pas. »

    Unis pour résister

    À gauche, conscients que la bataille sera rude, le maire sortant et ses soutiens se posent en rempart. « On est dans une situation tellement inédite que Marseille doit montrer une forme de résistance à l’inclinaison que le pays est en train de prendre », déclarait Benoît Payan dans La Marseillaise du 14 janvier. « On a joué un rôle historique pour libérer cette ville de la menace fasciste, on ne les laissera pas venir », assène Anthony Gonçalvez, chef de file PCF aux municipales.

    En mettant la pression sur la deuxième ville de France, Marine Le Pen, si prompte à dénoncer « les magouilles » chez ses adversaires, voit là une occasion de faire oublier ses propres casseroles. Condamnée en première instance, le 31 mars, par le tribunal correctionnel de Paris à une peine d’inéligibilité, 4 ans d’emprisonnement dont deux ferme et 100 000 euros d’amende dans le cadre de l’affaire des assistants parlementaires du Front national, elle joue son avenir politique avec un procès en appel démarré ce mardi. Pour mémoire, son candidat est lui aussi visé par une enquête pour détournement de biens publics…

    Des élus d’extrême droite inquiétés par la justice

    Franck Allisio inquiété pour détournement de biens publics

    Le député fait l’objet d’une enquête du parquet suite à un signalement de la Région Sud, où il préside le groupe RN. Le travail de deux collaborateurs employés par la collectivité n’a pas été déclaré auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Des véhicules de service auraient par ailleurs servi à du tractage et des réunions de la campagne des européennes de juin 2024, puis des élections législatives anticipées.

    Marc-Etienne Lansade condamné

    Après les affaires de gestion du port de plaisance, d’un restaurant de plage et de marchés publics, l’ex-élu d’extrême droite a perdu la mairie de Cogolin, le 1er juillet. Il a été condamné par la cour d’appel d’Aix à 18 mois de prison avec sursis, 30 000 euros d’amende et une peine d’inéligibilité immédiate de 3 ans pour abus de confiance après avoir fait signer une procuration à un « ami » sur son lit d’hôpital, permettant la vente d’un bien immobilier au profit de son ex-maîtresse.

    Yann Bompard et Marie-France Lorho jugés pour emploi fictif

    Le tribunal correctionnel de Marseille rendra sa décision, le 26 janvier, sur l’affaire d’emploi fictif et détournement de fonds concernant Yann Bompard, maire Ligue du Sud d’Orange, et Marie-France Lorho, députée RN. Deux ans de prison et cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire ont été requis par le parquet pour le premier, 18 mois de prison avec autant d’inéligibilité pour la seconde.

    David Rachline poursuivi pour favoritisme

    Poussé à la démission de son poste de vice-président du parti par Marine Le Pen, début décembre, car mis en cause pour « prise illégale d’intérêt » et « corruption », le maire de Fréjus, David Rachline, poursuivi pour favoritisme, sera jugé le 22 septembre pour avoir favorisé la société de sécurité d’un de ses proches dans l’attribution de marchés publics pour la sécurité de la mairie.

  • La folie du carnaval infuse à Martigues

    La folie du carnaval infuse à Martigues

    C’est une drôle de scène qui s’est déroulée sur le parvis du rond-point de l’hôtel de ville, jeudi 18 décembre. Debout sur une estrade montée devant l’espace Simone-Veil, trois honorables membres du jury carnavalesque jugent, chronomètre à la main, le record de lancer de ligne de pêche d’un champignon. Muni d’un panneau, un dinosaure passe sporadiquement, intimant au public tantôt d’applaudir, tantôt de se taire. Le moteur d’une moto retentit. Un homme débarque pour devenir à son tour officiellement le meilleur de son domaine : le plus long regard dans le vide, « sans penser à rien ».

    Si rien de tout ça n’est réel, une chose l’est bel et bien : l’inauguration du QG du carnaval de Martigues, qui se tiendra le 7 février 2026. L’événement a beau être festif et fantaisiste, la Ville prend son organisation très au sérieux. « C’est une tradition ancrée, un outil fort de la politique culturelle, explique Santillane Sabouret, en charge de son organisation. Le carnaval résulte chaque année d’un travail de concertation entre des compagnies d’art de rue et les habitants, c’est un temps de création collective et de transmission de savoir-faire. »

    Faire ensemble

    Cette année, c’est la compagnie Camélopard qui s’occupe de la direction artistique de la fête. L’association culturelle arlésienne avait déjà pris part à l’organisation en 2025 en menant des interventions dans les maisons de quartier et les centres sociaux « avec des ateliers sur le recyclage pour montrer comment on peut construire des triporteurs, des mini-chars ou des costumes à partir de matériaux déjà utilisés, dans une volonté de favoriser l’économie circulaire », explique Laura Pazzola, metteuse en scène et comédienne.

    « On va continuer avec cette philosophie mais cette fois, on a un lieu qui sera ouvert, tout le temps, pour que les habitants aient un endroit où se retrouver pour fabriquer leurs accessoires, échanger des idées ou juste boire un café », poursuit-elle.

    L’espace Simone-Veil sera tenu par la direction culturelle de la Ville du lundi au mercredi. Le vendredi, la couturière, le constructeur scénographe et la metteuse en scène de la compagnie Camélopard animeront l’espace de 11h à 20h. « On a du matériel de base pour le défilé, chacun pourra venir demander conseil et prendre part à l’écriture du carnaval en imaginant des tableaux tout le long du parcours », dont on sait déjà qu’il démarrera de la place des Martyrs, à Jonquières.

    Laura Pazzola est enthousiaste : « Le fait d’avoir un QG qui appartient à tout le monde va permettre d’embarquer les gens dans une aventure qui devient une expérience collective. (…) Pour nous, ce qui est important c’est certes la journée même, donc la déambulation, cet événement festif, mais le carnaval c’est aussi tout ce qui se passe avant, le fait de se retrouver, de tisser des liens, de rêver, de s’amuser ensemble. »

    Marceline Zéphir, conseillère municipale déléguée au carnaval (PCF), affirme : « C’est d’abord une fête populaire. » « Pour arriver à ça, la Ville met à disposition les moyens qu’il faut, avec un lieu dédié mais aussi une plus-value artistique. Non seulement ça fait travailler des compagnies et le milieu de la culture, mais ça donne une dynamique extraordinaire à cet événement qui se fera avec des gens ordinaires. »

    Pour l’élue, « vouloir faire la fête, vouloir le vivre-ensemble, vouloir préparer des choses collectivement, c’est encore plus important maintenant qu’avant ». « Dans le monde délétère qui se profile, le carnaval devient un acte de résistance », assure-t-elle. De résistance, mais aussi de liberté. « Juste un mot : le ridicule ne tue pas », lance Patrick Eleonore, un grand expert des carnavals selon Laura Pazzola, à l’assemblée. « On est là pour s’amuser, on souffre déjà assez le reste de l’année. »

  • Femmes solidaires, 80 ans de combats

    Femmes solidaires, 80 ans de combats

    Une vieille dame, toujours bien alerte. Femmes solidaires, digne héritière de l’Union des femmes françaises (UFF), a fêté cette année ses 80 ans, l’occasion de revenir sur une histoire de luttes et de conquis pour les droits des femmes ce samedi 6 décembre à l’Afriki Djigui Theatri (1er). Notamment avec une exposition proposée par le comité nîmois et un film revenant sur des dates importantes. Comme le premier congrès fondateur de l’UFF, le 17 juin 1945 à Paris, au Palais de la Mutualité, avec 2 377 déléguées venues de toute la France, tout juste sorties de la Résistance ou rentrant de déportation. Elles défendront leur droit au travail « à salaire égal » avec les hommes, rappelle Annick Karsenty, présidente de Femmes solidaires Marseille, se battront pour obtenir des crèches et des garderies pour que les enfants ne soient pas dans la rue.

    Mobilisées pour la paix

    Elles se mobiliseront aussi pour la paix, contre la guerre en Indochine et contre la colonisation défendant le droit des Algériens à l’indépendance. Jusqu’à en perdre la vie pour deux d’entre elles, le 8 février 1962, lorsque des partis et des syndicats appellent à manifester contre l’OAS et que les manifestants sont durement réprimés à l’entrée du métro Charonne.

    Puis « nous sommes passés des combats féminins aux combats féministes », explique Annick Karsenty pour qui rien n’est gagné. Prochaine date cruciale, le 6 février, journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines. Depuis plus de 10 ans, Femmes solidaires travaillent avec les femmes Afars en Éthiopie pour éradiquer l’excision, et les mariages forcés au sein du projet Kimbidalé.

    Pour en savoir plus : « 80 ans
    de la vie des femmes, de l’UFF
    à Femmes solidaires
     », ouvrage collectif, 45 euros.

  • [Entretien] Claude Mas : « La retraite est un socle intergénérationnel »

    [Entretien] Claude Mas : « La retraite est un socle intergénérationnel »

    La Marseillaise : Pour quelle raison avez-vous décidé d’organiser une journée complète de mobilisation départementale avec votre organisation, ce jeudi
    à Arles
     ?

    Claude Mas : L’année 2025 est marquée par l’anniversaire des 80 ans de la création de la Sécurité sociale. La retraite, qui en fait partie, est notre socle collectif et intergénérationnel. Elle nous permet à tous de bénéficier de la solidarité par la cotisation sociale et d’échapper à la pauvreté. C’est important pour nous, car le gouvernement et le Medef veulent nous la prendre avec une violence jamais égalée, dans le cadre du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. On marque l’événement parce que ce modèle est une grande conquête sociale fragile et menacée. C’est pourquoi l’Union syndicale organise une journée complète en coopération avec notre union départementale. On y trouvera une exposition de l’institut d’histoire sociale de la CGT à la Bourse du travail. On va revenir sur la création de la Sécurité sociale, ses objectifs et comment on se projette pour conquérir le 100% Sécu. Il y a également un journaliste qui va y animer un échange. C’est une initiative de réflexion nécessaire, car tout le monde ne connaît pas forcément ni la Sécu, ni ce projet. Cela permet aussi de signifier la lutte qu’on mène à travers nos revendications de retraités, car sans les travailleurs, les précaires et les chômeurs à nos côtés, on n’arrivera pas à reconquérir cet outil.

    Reconquérir, c’est-à-dire ?

    C.M. : Il y a de l’argent pour financer la Sécu et nous permettre de nous soigner dans une logique de répartition nécessaire au monde du travail. Car il y a beaucoup plus de richesses aujourd’hui qu’en 1945. On continue cette lutte de génération en génération pour garder la Sécu et l’adapter au XXIe siècle. Reconquérir, car il y avait des élections au Conseil d’administration de la Sécurité sociale qui ont été supprimées depuis longtemps. Nous voulons leur retour et à parité. Nous voulons aussi la participation des entreprises aux cotisations, de la même manière que les salariés. Il faut également mettre fin aux exonérations de cotisations des employeurs qui permettraient de faramineux investissements, dans les hôpitaux par exemple.

    Pourquoi à Arles et précisément
    à la Bourse du travail ?

    C.M. : Car ce sont les locaux de l’union locale CGT d’Arles, Un lieu de résistance qui a toujours été attaqué et qui continue de l’être par un maire de droite qui veut nous en chasser.

  • Denise Toros-Marter transmet le flambeau de la mémoire

    Denise Toros-Marter transmet le flambeau de la mémoire

    Le calme règne, dans le CDI du collège Albert-Camus. Assis sur des chaises disposées en demi-cercle, les 26 élèves de la 3e B ne font aucun bruit. Seul un son du froissement de papier persiste, alors que Denise Toros-Marter farfouille dans ses affaires pour trouver ses fiches. Les adolescents, qui participent au Concours national de la Résistance et de la Déportation, savent la gravité du récit qui va leur être fait. Ils se préparent.

    Après avoir mis la main sur ce qu’elle cherchait, la survivante du camp de concentration d’Auschwitz témoigne. Elle raconte comment, dès 1940, la population juive a dû se soumettre aux premières mesures raciales. « On doit se déclarer à la préfecture. Commencèrent alors les arrestations et les déportations. »

    Raconter coûte que coûte

    Elle raconte comment, alors qu’elle n’a que 16 ans, sa famille est dénoncée par son voisin « qui perçoit 50 francs ». Elle raconte l’internement, au siège de la Gestapo, 425, rue Paradis, le transfert aux Baumettes puis à Drancy avant de rejoindre Auschwitz.

    Elle évoque aussi la prise de conscience, le choc, quand la réalité de l’horreur saute aux yeux. « Au bout de quelques jours, on comprend qu’il y a des chambres à gaz. » Elle raconte l’enfer, « la faim, la soif, les coups », les « hurlements des enfants ». « J’ai la varicelle, on me transfère dans un hôpital, se remémore-t-elle. Je suis gangrenée par le froid. De mon pied, je n’ai plus qu’un demi-orteil. » Elle raconte aussi la peur, chaque jour, d’être sélectionnée par les nazis. « J’avais une amie qui se passait de la betterave sur les joues pour paraître en meilleure forme et échapper aux chambres à gaz. »

    Et puis la Libération, le 27 janvier 1945. Le rapatriement en France, en juin. L’annonce de la mort de ses parents et de sa grand-mère. La nécessité absolue de raconter, de « transmettre ce qu’a été cette guerre, cette horreur qu’a été la solution finale, pour que plus jamais le racisme ne mène à ça » et la création de l’Amicale des déportés d’Auschwitz.

    À la sortie de la rencontre, les élèves sont prêts à prendre la relève de cette mémoire. « J’espère que ça ne se reproduira plus jamais », s’émeut Norchine, pour qui lutter contre la montée du fascisme et de la haine passe par « raconter à notre tour ces années sombres, à nos proches, à nos enfants plus tard ».

    C’est tout l’objet du travail mené dans le cadre du Concours national de la Résistance et de la Déportation. « On a filmé la venue de Denise Toros-Marter pour diffuser son témoignage dans d’autres classes », explique Marie. Sa professeure principale, Virginie Peugnet-Wysocki, détaille : « Ce sont désormais eux qui partagent, c’était important de vraiment leur passer ce flambeau. Si on leur dit que c’est à leur tour, il faut leur donner la main, et c’est ce qu’on fait. »

  • Hommages aux Poilus à Marseille

    Hommages aux Poilus à Marseille

    « Garantir la sécurité, la liberté et la dignité de chacun, ce projet porte un nom : la République » a réaffirmé ce mardi 11 novembre Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens combattants par la voix d’Isabelle Epaillard, préfète des Bouches-du-Rhône par intérim, qui a lu son message lors de la cérémonie d’hommage aux combattants de la Première guerre mondiale. Députés, sénateurs, le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG), la présidente de la Métropole, Martine Vassale (DVD) et les autorités militaires se sont réunis devant la porte d’Aix en fin de matinée. Cadets de Marseille et élèves de 3e du collège Mallarmé étaient également présents, assurant la lecture des poèmes « Mon enfant »,, « 1914 », « Les tranchées » de Fabienne Berthomier ou de « La dernière lettre écrite à ses élèves par l’Adjudant Henri Boulle. »

    Dans l’après-midi, c’est au carré militaire du cimetière Saint-Pierre que se sont retrouvés des élus de la majorité départementale, sous l’égide de la présidente Martine Vassal qu’une cérémonie a eu lieu avec un hommage à Gaston Castel, architecte de la Ville de Marseille et des Bouches-du-Rhône, qui a réalisé plus de 270 bâtiments dont la crypte du cimetière, l’opéra de Marseille ou encore les Baumettes… Mais dont on sait moins qu’il fut mobilisé dès septembre 1914, combattit à quelques encablures de Verdun avant d’y laisser un oeil. Une gueule cassée qui plus tard n’hésitera pas à s’engager dans la Résistance…

    La crypte est d’ailleurs ouverte au public gratuitement tous les jours jusqu’au dimanche 16 novembre, avec une exposition, organisée par les Amis du Vieux Saint-Marcel, le comité de Marseille du Souvenir français et l’association républicaine des anciens combattants de Saint-Marcel.

  • [Le coin idée] Naissance de l’engagement

    [Le coin idée] Naissance de l’engagement

    Une grâce empoisonnée, assortie d’une mission suicidaire dont on ne lui disait rien. Il devrait suivre les consignes et, sous surveillance, paierait toute tentative d’échapper à son destin.

    Ainsi, Bernard Fauconnier repêche cet homme qui emprunte au Meursault de Camus pour lui imaginer la possibilité d’une rédemption. Le texte, pourtant, ne cite jamais son nom, préférant la puissance de l’évocation. Nous sommes en 1942, au plus noir de l’occupation nazie et les forces obscures qui exploitent sa situation, escomptant recruter un tueur à sang-froid et sans principes, lui demandent d’infiltrer un réseau de résistance pour organiser un vaste coup de filet. Dès lors, il comprend qu’il n’a obtenu qu’un sursis et que sa fin demeure inscrite au programme d’une manière ou d’une autre. L’homme se laisse faire, au début. Cet homme-là est-il encore capable d’aimer, de s’interroger, de s’engager ? Nous est-il si étranger ? On aimerait qu’il balaye ses hésitations et qu’il se révèle avec éclat, mais son chemin est laborieux. Les rencontres vont réveiller sa sensibilité.

    Bernard Fauconnier livre ici un roman de l’engagement aux résonances inscrites dans l’époque où se déroule l’action comme dans celle qui le voit écrire. Il n’entend pas présenter un héros mais un homme ordinaire aux prises avec les grands monstres de l’histoire, « pas différent des autres hommes », comme « un pion oublié dans le coin de l’échiquier ». Et cet homme ordinaire n’est pas voué à la médiocrité : de choix en choix, il devient peu à peu un autre, ou peut-être celui qu’il pouvait devenir. Le récit est énigmatique, et l’indolence du narrateur face à la gravité de la situation vient alimenter la tension qui le traverse. À son tour, Bernard Fauconnier s’en tient à une écriture économe, parlant à la première personne pour mieux faire épouser au lecteur et à la lectrice l’humanité fragile de ce personnage qui hante le contemporain. C’est ainsi que l’engagement apparaît, non pas comme une évidence mais comme un choix : « J’ai pensé furtivement au courage qu’il fallait pour accepter une telle vie. À quoi fallait-il croire ? Quelle révolte fallait-il éprouver ? »

    Le roman s’appuie sur l’un des grands textes du siècle passé comme un hommage et une manière de continuer à le faire résonner, avec ses interrogations salutaires.

    Le Sursis

    par Bernard Fauconnier

    Héliopoles, 138 p.
    17,90 euros

  • Un hommage a été rendu à l’historien militant Robert Mencherini

    Un hommage a été rendu à l’historien militant Robert Mencherini

    « L’art de construire son discours pour être compris par tous », « le croisement entre la culture savante et la culture populaire » : telles sont les qualités attribuées à l’historien Robert Mencherini, vendredi, dans les rangs de l’auditorium de la mairie des 1-7. Historien de la Seconde Guerre mondiale et auteur de nombreux travaux sur sa Provence natale, le chercheur aubagnais, décédé en avril, a été mis à l’honneur par l’association Provence mémoire monde ouvrier (Promemo), dont il est le fondateur.

    Militant de la Ligue communiste révolutionnaire dans sa jeunesse, Robert Mencherini a prolongé son engagement en construisant une connaissance approfondie de l’histoire sociale locale. Parmi ses sujets de prédilection : la Résistance.

    « Robert a voulu démontrer, dans son œuvre, à quel point l’historiographie nationale, c’est-à-dire parisienne, a omis une partie de l’histoire du Sud-Est. Ces ouvrages ont permis de montrer l’importance des mouvements résistants à Marseille, et plus globalement dans les Bouches-du-Rhône », explique Sylvie Orsoni, historienne invitée à l’occasion de cette journée d’hommage.

    Cette histoire résistante est notamment racontée dans la quadrilogie Midi rouge, ombres et lumières, en particulier dans le 2e tome Résistance et occupation. Longtemps animateur de l’équipe du Musée de la résistance en ligne, il publiera aussi, en 2022, un livre consacré à Berty Albrecht, figure marseillaise du féminisme, de l’antifascisme et de la Résistance.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : les prémices de la rupture

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : les prémices de la rupture

    Ma conclusion déclarait que la classe ouvrière de France s’était prononcée pour une Fédération syndicale mondiale destinée à rassembler, dans son sein, tous les pays et toutes les tendances. Je fus ovationné par le congrès debout. Étonné d’une telle ovation, je ne m’attendais pas à ce que Jouhaux voulait m’imposer : présenter des excuses à Citrine. Il demanda à Benoît Frachon d’intervenir auprès de moi dans ce sens. Benoît lui répondit : « Demande-lui toi-même. »

    C’est ce qu’il fit en quittant la tribune. Il exigea que je fasse des excuses à Lord Citrine. J’étais ennuyé et regardais Benoît Frachon, qui était sur la tribune et faisait passer sa pipe de gauche à droite : c’était un message. Je refusais toute excuse, applaudi par la délégation française, sauf les minoritaires.

    Cette intervention faite en 1945 à la création de la Fédération syndicale mondiale permet de mieux comprendre la suite, les événements et la scission de 1947. Trois mois après le Comité confédéral de la CGT, Saillant, secrétaire de la Fédération syndicale mondiale, dénonça l’Américan Fédération of Labor qui travaillait contre la FSM. Ce n’est pas une nouveauté pour nous, mais les attaques contre la FSM avaient pris d’autres caractères. Elles étaient menées et conduites par les gouvernements américains et de Grande-Bretagne sur le conseil de Citrine, ouvertement hostiles au développement et le rayonnement de la FSM. Il fallait donc constater que ces gouvernements, y compris celui de la France, ont tout fait pour nuire aux initiatives et au travail de la FSM refusant par exemple les visas pour les responsables de celle-ci. L’Américan Fédération of Labor refusa d’adhérer à la FSM nouvellement créée et, parallèlement, elle délégua en Europe Irving Brown pour mener l’action contre les forces hostiles à la stratégie américaine.

    Sur le plan international, l’année 1947 fut marquée par la division du monde en deux camps qui se concrétisa par la création du plan Marshall et du Kominform. En France, chacun prit place dans son camp. Les communistes dénoncèrent la trahison des chefs socialistes qui les avaient exclus du gouvernement sur l’ordre des USA. Quant aux socialistes, ils dénoncèrent la rupture par les communistes de la solidarité gouvernementale à propos des revendications des travailleurs.

    à suivre la semaine prochaine…