Tag: résistance

  • [Le coin BD] Une histoire noire des luttes contre le racisme

    [Le coin BD] Une histoire noire des luttes contre le racisme

    S’opposer à la domination d’un Etat et d’une société essentiellement raciste classant les individus et leurs droits selon leur couleur de peau a un prix souvent cher payé. Partant du énième assassinat d’un afro-américain par la police, celui de Philando Castile abattu sans raison dans sa voiture sous les yeux de sa famille, l’auteur engagé contre l’oppression raciale Ben Passmore va retracer un siècle de résistances diverses et toujours réprimées des descendants d’esclaves. Alors que des émeutes suivent la mort de Castile, Ben, un métis, va suivre son père Ronnie dans un voyage dans le temps à la découverte d’un récit et de personnages qu’il ignorait : une histoire longue, faite de sang, de rage et de résistance, à réapprendre aujourd’hui à l’heure de l’Amérique raciste de Trump qui ne vient pas de nulle part. De Marcus Garvey à Malcom X en passant par Martin Luther King, Black Lives Matter ou les Black Panters, Ben Passmore raconte cette quête de libération toujours inachevée dans un album parfaitement maitrisé, fruit d’une recherche approfondie. Et ouvre une réflexion ainsi qu’une introspection sur la suite à donner à ses décennies de luttes, armées ou pacifiques, face à la violence étatique. Aux confluences des luttes sociales et raciales, cette BD rappelle à quel point le cas des USA issus de la ségrégation est spécifique avec des luttes difficilement transposables telles quelles dans une Europe héritière elle de la violence coloniale.

    ET AUSSI…

    La Fayette

    Encore un voyage aux États-Unis dans cette biographie de Thomas Marlier et Romane Faure sous-titrée « Le marquis et la Révolution américaine ». À l’occasion des 250 ans de l’indépendance des USA, les auteurs dressent le portait d’un jeune noble français et de son engagement pour la liberté sous les ordres de George Washington. Un combat qui conduira à la création du pays mais laissera en plan la question de l’esclavage dont la non-abolition, malgré l’engagement d’un homme comme Benjamin Franklin, pèse de tout son poids encore aujourd’hui.

    Chez Dunod Graphic, 22,90 euros

    In Waves

    À l’occasion de la sortie du film d’animation de Phuong Mai Nguyen tiré du livre, Casterman publie une édition augmentée du bouleversant roman graphique du californien Aj Dungo. Mêlant l’histoire du surf à sa tragique romance adolescente avec Kristen, atteinte par un cancer qui finira par l’emporter en pleine jeunesse, Dungo oscille entre poésie, tendresse et pudeur, émouvant aux larmes tout en évitant le pathos. Saluée par la critique lors de sortie, cette œuvre majeure vaut la (re)découverte avant d’aller se plonger dans ce drame en salle.

    Chez Casterman, 26 euros

    L’île des riches

    Ultime œuvre du maître du scénario disparu en 2024 Pierre Christin, assisté de Stella Lory avec au dessin Titwane, cette BD se situe dans une île privée réservée aux ultras-riches décidés à se couper du reste du monde pour y vivre dans un luxe démentiel.

    Mais la nature et ses catastrophes n’ont rien à faire de la fortune et c’est ce qu’apprendront à leurs dépens dans cette satire sociale ces insulaires, renvoyés à leur statut d’humain ballotté par les éléments. Une dernière réussite pour le créateur notamment de Valérian et des albums politiques d’Enki Bilal.

    Chez Dargaud, 22,95 euros

    Mussolini

    Titré « Avanti popolo », ce premier tome d’un diptyque signé Patrice Perna et Malo Kerfriden raconte les dernières heures du créateur du fascisme traqué dans le nord de l’Italie par les alliés et les partisans, pas forcément pour les mêmes raisons. Folco, jeune fils d’immigrés italiens en France, a rejoint la botte et la Résistance pour se venger du dictateur. Malgré la protection de ses alliés allemands et les médiations de l’Église, le Duce n’échappera pas à son destin : une exécution avant d’être pendu par les pieds à un croc de boucher sur la piazzale Loreto de Milan.

    Chez Glénat, 15,50 euros

    Attends-moi

    Quels sont les liens et que valent les promesses entre un humain et un animal ? C’est sur cette question que se penchent les Espagnols David Muñoz et Tirso Cons dans cette belle histoire où une veuve qui a recueilli le chien de son fils tout juste décédé doit l’abandonner pour évacuer après un accident dans la centrale nucléaire voisine.

    Avec une promesse : « Attends-moi ». Mais elle ne pourra pas revenir. Chacun devra aller vers sa survie et sa résilience alors que la cruauté des Hommes les emmènera à éliminer tous les animaux de la zone contaminée.

    Chez Le Lombard, 24,95 euros

    L’invisible

    Encore un auteur espagnol avec Rubén del Rincón qui plonge son lecteur au cœur de la révolution sandiniste au Nicaragua en 1978. L’histoire débute à Kiev en 2019 quand après une fusillade qui a fait de nombreux morts, on retrouve une Française de 60 ans qui a survécu. Personne ne la soupçonne, pourtant elle est à l’origine de tout. Mais comment en est-elle arrivée là ? Et quel est le lien avec ce qui s’est passé en Amérique centrale 40 ans auparavant ? La fusillade va en tout cas faire ressurgir une tornade de souvenirs profondément enfouis.

    Chez Ankama, 19,95 euros

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Dockers, traminots, métallos… à l’arrêt

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Dockers, traminots, métallos… à l’arrêt

    Le préfet intervint mais il fut renvoyé sur les roses. Il essaya vainement de faire intervenir les militaires mais il ne put déloger les piquets de grève des dockers.

    Le samedi 15 novembre, nous apprenions que le Conseil des ministres avait décidé un « nouveau train de hausse sous pression » qui augmentait de 45% le prix de l’électricité et du gaz, de 25% les tarifs SNCF. Ces décisions confortèrent nos positions en faveur de l’augmentation des salaires. Les syndicats redoublèrent d’efforts, la grève s’étendit : métallurgie, produits chimiques… Le bâtiment fut la première branche professionnelle à développer la grève sur le plan départemental après consultation des travailleurs. À Marseille, le syndicat du livre et typo fait connaître leur solidarité. Mais ayant obtenu des augmentations, ils ne s’engagent pas dans la grève. Cette prise locale de position de camarades socialistes comme Dumonceau reflétait l’ampleur prise par le mouvement. En effet, au soir de cette journée, nous estimions au bureau de l’Union départementale que 85% de l’activité économique de Marseille était paralysée.

    Face à l’inflation

    Je décidais alors d’envoyer les secrétaires de l’UD et du bureau dans les grandes villes du département pour demander aux syndicats ou sections syndicales de réunir les travailleurs afin qu’ils se déterminent après le vote sur les revendications et les 25% d’augmentation demandés au CCN. Les arrêts de travail s’étendirent rapidement dans le département.

    À l’assemblée générale du syndicat des traminots à Marseille, salle Ferrer, à la vieille Bourse du travail, à 21 heures, 3 500 traminots étaient présents. Prirent la parole Isoard, secrétaire du syndicat, et Exbrayat du secrétariat de l’UD. Après un vote unanime, la grève totale et illimitée avec occupation des ateliers et dépôts fut décidée en dépit de l’opposition de l’administrateur séquestré de la compagnie du préfet.

    Cette grève priva Marseille de tout transport en commun à partir du dimanche matin. Le 16 novembre (chiffre contrôle), on comptait 90 000 grévistes. Ce qui est certain, c’est que cette grève a quintuplé en trois jours. Notre rôle était d’aider, d’organiser et de coordonner le mouvement. Le Méridional et Le Provençal nous accusaient d’être le chef d’orchestre de ces mouvements, arguments que nous dénoncions dans Rouge Midi et La Marseillaise du lundi 17 novembre en faisant connaître la composition du Comité central de grève : celui-ci regroupait les secrétaires de l’UD avec les représentants des syndicats les plus importants, métaux, bâtiments, produits chimiques, dockers, traminots et marins, habillement, corporations en grève illimitée. Il avait une double fonction : intervenir auprès des unions locales des Bouches-du-Rhône et gérer la grève.

    à suivre la semaine prochaine…

  • Les visages oubliés de la Libération de la région

    Les visages oubliés de la Libération de la région

    Alors qu’Hitler est lourdement déstabilisé par le débarquement des alliés en Provence dans la nuit du 14 au 15 août 1944, il ordonne le 18 août à ses armées de défendre Marseille et Toulon « jusqu’à la dernière cartouche ». D’après Robert Mencherini, historien regretté, cette décision est tout sauf un hasard : « Ces deux ports en eau profonde constituent des enjeux stratégiques pour l’approvisionnement des armées alliées en marche vers l’Allemagne », expliquait-il. Après Toulon, le port de Marseille est finalement libéré le 28 août 1944, par l’armée B. « Commandée par le général de Lattre de Tassigny mais placée, pour le débarquement, sous direction américaine, elle regroupe environ 260 000 hommes », précisait Robert Mencherini. « Elle compte, aux côtés des “Français libres“, une majorité de soldats africains », précisait l’historien, notamment des tirailleurs sénégalais, algériens ou encore marocains, alors appelés les soldats « indigènes ».

    « Tout l’empire colonial s’est massivement engagé dans l’armée, notamment les Européens d’Afrique du Nord », souligne Grégoire Georges-Picot, historien du Groupe Marat. Fondée en 1998 par d’anciens résistants et historiens, l’association s’est donné pour mission de mettre en lumière l’histoire des soldats de l’empire colonial, venus au secours des insurgés marseillais en août 1944. « Lors du défilé de la victoire, sur les photos de l’époque, les soldats coloniaux sont au premier rang », rappelle l’historien. Mais cette « mémoire immédiate en sortie de guerre » s’efface peu à peu à mesure que les anciennes colonies accèdent à l’indépendance, une « phase d’occultation » qui dure près de quarante ans, selon lui. « C’est à la fin des années 1980 que le sujet revient. Les jeunes issus de l’immigration se mettent en quête de leurs racines, et les historiens commencent à documenter cette histoire qui ressurgit », révèle Grégoire Georges-Picot.

    Une mémoire longtemps occultée

    Pour l’historien du Groupe Marat, la reconnaissance du combat de ces soldats est « aujourd’hui fondamentale ». Il insiste cependant sur le rôle décisif joué par la résistance marseillaise dans la Libération. « On célèbre la libération de Marseille comme une opération purement militaire. Mais on a tendance à oublier que, dès le lendemain du débarquement du 15 août, à 100 kilomètres de Marseille, la ville se soulève déjà. Pendant une semaine, les résistants tiennent tête à une armée allemande, seuls », précise-t-il. « La bataille de Marseille a été terriblement meurtrière : 577 personnes sont tuées en dix jours. Le point d’orgue des morts sont les 21 et 22 août, avant même l’arrivée de l’armée française. C’est une insurrection ! Aussi bien à l’Estaque qu’au boulevard Michelet, du côté de la Valbarelle, dans les quartiers Saint-Barnabé, Saint-Julien … Partout », dépeint l’historien.

    Après six ans de travail, le Groupe Marat a identifié ces 577 personnes tombées au combat dans une liste aujourd’hui affichée devant le char Jeanne-d’Arc devant Notre-Dame de la Garde. Fier de ce travail, Grégoire Georges-Picot se souvient encore avoir assisté à la découverte, par un jeune homme, du prénom de son oncle sur cette liste. Pour l’association, « l’idée est de réunir la mémoire résistante et la mémoire militaire ». « Deux mémoires qui s’excluent l’une de l’autre, alors que la libération de Marseille est précisément la conjonction des deux. Si la population marseillaise ne s’était pas insurgée aux côtés des résistants pour rendre la vie infernale aux Allemands, la libération de Marseille n’aurait pas été aussi simple », conclut l’historien.

    Andréa Goyard-de Castro

  • En Provence, un débarquement décisif

    En Provence, un débarquement décisif

    Le 15 août 1944, à 8h, l’assaut des plages varoises est déclenché. Près de 350 000 soldats participent alors à cette offensive de grande ampleur et débarquent à découvert sous le feu ennemi. Parmi eux 230 000 combattent sous les couleurs françaises, la moitié, il est important de le rappeler, est d’origine africaine. Des Algériens, Marocains, Tunisiens qu’on appelait encore les indigènes, avec à leurs côtés aussi des tirailleurs sénégalais. Une chair à canon mobilisée pour défendre la liberté d’une nation alors pas très regardante sur la religion ou la couleur de peau de ses libérateurs.

    Les troupes d’assaut investissent les plages entre Cavalaire et Agay. Le 16 août, le premier échelon de l’armée B du général de Lattre de Tassigny débarque entre Cavalaire et Sainte-Maxime.

    La nuit précédant le jour J le terrain a été préparé pour tenter de créer des brèches dans la solide défense Allemande par de lourds bombardements aériens puis navals avec 5 000 avions et 631 navires engagés pour la mission, majoritairement américains et anglais. Ainsi on dénombrera près de 20 tonnes de bombes déversées par kilomètre de plage.

    Mais tout n’a pas commencé avec le débarquement. Avant l’arrivée de l’armada alliée de plus de 2 200 navires, des hommes et des femmes luttent déjà depuis longtemps avec courage et abnégation contre l’occupant nazi. Dans le Var, la lutte s’organise dans des maquis très actifs. Le premier se constitue dans le massif des Maures sur l’initiative de militants communistes.

    Autant dire que le jour J approchant, la Résistance intensifie ses opérations et va jouer un rôle militaire crucial dans la réussite de l’opération Dragoon en affaiblissant l’occupant. Que ce soit par le sabotage, le guidage des troupes débarquées et en prenant part directement à la libération des grandes villes du Sud comme Toulon et Marseille. C’est ainsi que dès le 17 août elle prend le contrôle de la préfecture de Draguignan.

    Informée depuis le 6 juin 1944 de l’imminence d’un autre débarquement, en Méditerranée celui-là, la Résistance s’est mobilisée très tôt, un peu trop peut-être puisqu’elle va payer un lourd tribut en essuyant de nombreux massacres sur les lieux où elle a concentré ses forces pour passer de la clandestinité aux actions ouvertes. Dès le débarquement de Normandie, les chefs toulonnais rassemblent en effet 400 hommes autour du plateau de Siou-Blanc et les répartissent en quatre groupes, chacun chargé d’assurer renseignement, sabotages ferroviaires, destructions de lignes téléphoniques et attaques contre les infrastructures afin de ralentir l’arrivée des renforts allemands.

    La Résistance

    multiplie les coups de force contre l’occupant nazi

    Juste avant 15 août, les maquisards multiplient donc les embuscades et les opérations de guérilla contre les unités allemandes. À Toulon où la ville est défendue par une importante garnison et par de puissantes positions fortifiées notamment sur les hauteurs, au Faron, les combats vont être particulièrement difficiles et nécessiter des actions coordonnées. Ainsi pendant que les unités de l’armée B attaquent les positions allemandes, les FFI combattent à l’intérieur de la ville, fournissent leur connaissance du terrain et guident les soldats français dans leurs offensives. Le 23 août, ils font jonction au centre du Port du Levant, place de la Liberté. Mais les combats vont se poursuivre encore pendant plusieurs jours, jusqu’à la défaite allemande définitive du 28 août.

    De la même façon à Marseille, le 19 août, la CGT appelle à une grève insurrectionnelle et la Résistance bloque les transports et attaque les troupes allemandes. Deux jours après la préfecture est libérée. Ici aussi les combats unissant résistants et soldats vont durer jusqu’au 28 août. Avec ces deux ports de la Méditerranée repris et la libération de la Provence en deux semaines seulement, l’opération Dragoon va être un succès dépassant même les attentes de l’état-major.

    « Ce qu’il est important de se rappeler en ces jours de commémoration, c’est qui nous a libérés. L’armée française c’était principalement des tirailleurs algériens et sénégalais. C’étaient eux, la chair à canon, qui étaient devant », insiste le réalisateur varois Philippe Maurel de La Draille de la liberté. Et de poursuivre : « C’est primordial de mettre l’accent sur ce point dans la période que nous vivons aujourd’hui. Je crois que je n’ai pas besoin de développer sur ce sujet ; vous avez compris ».

    Une piqûre de rappel de salubrité publique. D’autant que l’engagement massif des forces françaises en Provence – dont la moitié des combattants est donc d’origine africaine – alors que l’engagement n’était que symbolique en Normandie le 6 juin 1944, va permettre à la France, humiliée en 1940, de s’asseoir à la table des vainqueurs. C’est le général Jean de Lattre de Tassigny qui représentera la France et signera à Berlin l’acte de capitulation de l’Allemagne nazie. Aucun patriote digne de ce nom ne devrait l’oublier.

    À Toulon, un show aérien, pour les 82 ans de la Libération

    Samedi 15 août, un show aérien est organisé au-dessus des plages du Mourillon. Vous pourrez assister a l’évènement militaire dès 16h30. Au programme : démonstrations d’hélicoptères et d’avions de la Marine nationale. Le clou du spectacle se déroulera à 17h35 avec la venue de la Patrouille de France. À 22h, un spectacle pyrotechnique conclura la journée au fort Saint-Louis.

  • [Memoire ouvrière] Lucien Molino. Le mouvement de grève s’élargit

    [Memoire ouvrière] Lucien Molino. Le mouvement de grève s’élargit

    Le moment était venu de passer à une action d’envergure et demandait que tous les travailleurs soient consultés sur cette action. Cette question souleva une déclaration solennelle de Léon Jouhaux : « Ce n’est pas sur le débat lui-même que je veux parler, déclara-t-il, je veux simplement souligner une déclaration consécutive à la décision que vous avez prise hier. » Il ajouta, soucieux de ne pas diviser le CCN : « Je refuse de souscrire à une décision qui en faisant dépendre l’activité syndicale d’autres assemblées que les assemblées régulières risque de briser l’unité ouvrière. »

    Benoît Frachon lui répondit que : « Dans la résolution et le manifeste votés, il a été indiqué que les ouvriers seraient appelés à connaître les propositions que nous faisons pour eux, qu’ils seraient appelés à donner leur avis sur ces propositions et que le prochain comité confédéral du 19 décembre, organisme régulier des organisations syndicales, prendraient des décisions ; par conséquent, je préférerais que Jouhaux me dise au lieu de parler de décision anti-statutaire : nous ne voulons pas que l’on occulte les ouvriers, cela serait plus clair et plus net. »

    Défendre l’unité

    Tout au long de ces débats, on sentait les efforts des scissionnistes pour préparer la scission en se servant du plan Marshall dans un objectif anticommuniste et anti-soviétique. À Marseille, Le Provençal n’était pas en reste. Dans son numéro du 14 novembre, un placard non signé proclamait « Travailleurs, prenez garde ! Attention aux grèves politiques ; avant toute décision, exigez : 1° le vote à bulletin secret / 2° le dépouillement et l’affichage du résultat. » Les socialistes marseillais affirmaient ainsi leur opposition au développement des grèves et aux revendications ouvrières. Pourtant, le 14 novembre, la grève s’élargissait après consultation des travailleurs.

    Ainsi, l’assemblée générale des marins qui avait décidé la reprise du travail reconsidérait sa décision et se joignait à la grève.

    Il est vrai que le syndicat des officiers observait à l’égard des marins en grève une neutralité bienveillante afin de ne pas porter préjudice à leurs actions. Cette prise de position leur valut une violente « Lettre ouverte » de Jean Fraissinet dans Le Méridional qui déclara : « En décidant d’adopter à l’égard d’un tel mouvement une “attitude bienveillante” les dirigeants des syndicats d’officiers, qu’il nous soit permis de l’observer, ne peut faire preuve que d’hypocrisie, de lâcheté et de candeur. » La continuation de la grève des marins paralysa totalement le trafic du port. Le conseil syndical des dockers élargi au comité de grève décida à bulletin secret, 64 voix contre une : qu’aucun débarquement de marchandises n’aurait lieu. La fédération algérienne des commerçants, alarmée par la prise de position des dockers, demanda par télégramme au préfet d’intervenir.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Entretien] Guillaume Roubaud-Quashie : « La Fondation Gabriel-Péri, encore plus que les autres, est menacée »

    [Entretien] Guillaume Roubaud-Quashie : « La Fondation Gabriel-Péri, encore plus que les autres, est menacée »

    La Marseillaise : Vous avez alerté sur la situation financière de la Fondation Gabriel-Péri, son existence est-elle aujourd’hui menacée ?

    Guillaume Roubaud-Quashie : Depuis le début de son financement public, la trajectoire est simple, on est autour d’une division par quatre des budgets de la Fondation depuis 2007. Depuis l’accession d’Emmanuel Macron au pouvoir, donc sur seulement 10 ans, on a plus que divisé par deux. Ce sont des baisses bien plus radicales que dans d’autres secteurs, il y a des responsabilités politiques claires de ce côté-là. Si on continue comme ça, dans peu de temps, ça sera fini, tout simplement. C’est une mise en danger mortelle des fondations à vocation politique, à commencer par la Fondation Gabriel-Péri qui, encore plus que les autres, est menacée aujourd’hui.

    Cet affaiblissement
    des fondations politiques représente-t-il un danger pour
    le débat démocratique
     ?

    G.R.-Q. : Oui, on vit un moment de crise démocratique considérable, et on a besoin de débats argumentés pour l’affronter. Il faut savoir qu’en France, ce qui a compté dans le développement des fondations, c’est l’accession pour la première fois de l’extrême droite au pouvoir le 21 avril 2002, et l’idée que la République française était peut-être menacée. Il fallait réfléchir à des structures contribuant à renforcer l’ampleur, la vitalité et la qualité du débat démocratique. C’est dans cet esprit que la Fondation Gabriel-Péri a été créée, en 2004, à l’initiative du Parti communiste français. Les raisons qui ont mené à la création de ces fondations sont aujourd’hui encore plus fortes qu’elles ne l’étaient à l’époque. Je pense que, par leur capacité à produire des travaux qui vont au-delà des tweets, des expressions courtes ou des polémiques superficielles, les fondations ont aujourd’hui un rôle très précieux.

    Vous vous êtes rendus mardi dernier à Matignon, avez-vous eu les réponses que vous espériez ?

    G.R.-Q. : Avec d’autres fondations, nous avons alerté le Premier ministre quant à la situation d’extinction des fondations. Nous sommes actuellement en discussion pour envisager la suite.

    Concrètement, comment soutenir la Fondation ?

    G.R.-Q. : On a l’objectif de récolter plusieurs dizaines de milliers d’euros pour affronter les coupes de l’année. Il y a deux choses à faire. D’abord, souscrire est une aide concrète et immédiate. Sur le site de la Fondation, on peut faire des dons défiscalisés. Le deuxième aspect, c’est de participer aux activités qu’organise la Fondation. Elle a une revue qui s’appelle La Pensée et propose aussi des expositions gratuites. Il faut faire vivre et connaître la Fondation Gabriel-Péri, nous solliciter pour l’organisation de débats… Ce travail, il est à la disposition de toutes et tous, et pour que ça puisse continuer, on a besoin d’un soutien plus large. On a commencé à recevoir un certain nombre de dons, c’est encourageant, mais il faut que cette dynamique se poursuive. J’espère que la période de difficulté financière lourde que nous affrontons sera l’occasion pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore la Fondation de découvrir ce qu’elle fait et par la même occasion, de multiplier les partenaires et les initiatives à l’échelle nationale. La période que l’on vit mène à beaucoup d’interrogations, beaucoup de gens cherchent des réponses, des éléments de réflexion, et s’il y a une demande, nous on est là pour ça. Je suis confiant, même s’il y a des batailles à mener, on a l’habitude.

    Entretien réalisé par Andréa Goyard-de Castro

  • [Entretien] Christine Hernandez, PCF : « Chaque olivier plantéest un acte de résistance »

    [Entretien] Christine Hernandez, PCF : « Chaque olivier plantéest un acte de résistance »

    La Marseillaise : Comment est née la campagne du PCF « Un million d’oliviers pour la paix en Palestine », dont vous êtes la coordinatrice ?

    Christine Hernandez : La campagne est née au mois d’avril 2025, à l’initiative du Parti communiste (PC) du Val-de-Marne, à l’occasion de la Journée internationale de la Terre. La fédération souhaitait s’engager pour la Palestine, mais dans le cadre d’un projet concret de solidarité politique et financière, tout en menant une bataille politique pour l’existence d’un État libre et souverain en Palestine. Le PC du Val-de-Marne avait déjà fait une campagne de solidarité, appelée « Urgence Gaza, Urgence Palestine », qui avait récolté plus de 25 000 euros.

    Cette fois, l’idée était de créer une nouvelle campagne pour la Cisjordanie occupée, où existe une grave problématique de spoliation de la terre, de colonisation et d’annexion. Est donc venue l’idée d’une campagne de plantation, pour défendre une réappropriation des terres, devenue nationale en mai 2025.

    Le choix des oliviers est très symbolique…

    C.H. : L’olivier, en plus d’être un symbole culturel de l’identité palestinienne [pour son lien avec la terre, son ancienneté et sa longévité, Ndlr], représente aussi la paix, comme l’a défendu Yasser Arafat [leader de l’Organisation de libération de la Palestine entre 1969 et 2004 et président de l’Autorité nationale palestinienne de 1996 à 2004], dans son discours devant l’ONU en 1974.

    L’olivier est par ailleurs la cible de la colonisation israélienne depuis toujours. Depuis 1948 [année de création de l’État d’Israël, qui débouche sur la première guerre Israélo-Arabe, Ndlr], avec les expulsions et les accaparations de terres, mais surtout depuis la guerre des Six jours de 1967 [depuis laquelle une grande partie de la Cisjordanie est occupée par Israël, illégalement au regard du droit international, Ndlr]. Au total, un million d’oliviers ont été arrachés depuis le début de l’occupation militaire israélienne en 1967, dont 50 000 après le 7 octobre 2023.

    Les colons les brûlent, les détruisent ou les arrachent pour que les Palestiniens ne puissent plus vivre de leur production agricole.

    La campagne permet donc à la fois de soutenir les agriculteurs, de contribuer au maintien d’une souveraineté alimentaire, puisqu’on fait tout avec l’huile d’olive, mais participe aussi du maintien de l’existence d’un État de Palestine. En effet, planter permet de protéger les terres de la spoliation et de l’occupation militaire. Chaque olivier planté est donc un acte de résistance.

    Quel est pour l’instant le bilan
    de la campagne, lancée il y a plus d’un an
     ?

    C.H. : Depuis le début de l’opération, des communiqués de presse ont été diffusés partout en France, les fédérations se sont investies, des ventes militantes se sont également organisées dans les marchés ou lors d’événements politiques du parti. Cette mobilisation nous a permis d’obtenir, à ce jour, 54 000 euros et de planter plus de 11 000 oliviers en Palestine. 366 familles ont pu en bénéficier. Nous avons désormais un nouvel objectif de 100 000 euros pour poursuivre notre action.

    Une délégation du parti, rassemblant de nombreuses fédérations, s’est rendue en Cisjordanie du 10 au 22 juillet, dans le cadre de la campagne. Avez-vous pu constater ses impacts sur le terrain ?

    C.H. : Nous avons visité plusieurs villages de Cisjordanie occupée, notamment Sebastia, un village agricole situé au nord de Naplouse et qui a vu ses terres complètement confisquées. Grâce à cette campagne, des oliviers ont pu être réimplantés là où d’autres avaient été arrachés. Nous sommes donc directement allés voir les plantations. Certains oliviers ont été plantés dans des endroits très protégés, en dehors de la colonisation, d’autres plus près des zones occupées. Nous tentons en fait de répondre à deux problématiques. D’abord, celle des attaques faites aux agriculteurs, qui voient leurs arbres arrachés et qu’il faut donc remplacer. Ensuite, celle induite par la loi israélienne sur la propriété des absents, qui permet aux colons de s’approprier les terres non-exploitées, d’où l’importance de replanter partout.

    L’idée était aussi de contribuer à l’émergence de jumelages entre communes françaises
    et palestiniennes…

    C.H : Développer les coopérations entre villes françaises et palestiniennes était en effet un axe important que devait porter la délégation. L’objectif est de pérenniser ces coopérations sur la base, par exemple, de l’agriculture, de la jeunesse ou d’autres formes d’échanges. L’idée est de légitimer notre solidarité internationale et de l’inscrire dans la durabilité. La reconnaissance de l’État de Palestine par Emmanuel Macron n’a été suivie d’aucun acte politique fort. Pourtant, elle est insuffisante. Les jumelages permettent de légitimer institutionnellement toutes les relations avec les villes palestiniennes et c’est en ce sens qu’ils sont importants. Un jumelage pourrait d’ailleurs se concrétiser avec Sebastia.

    Vous avez aussi rencontré des acteurs locaux de la résistance…

    C.H. : Nous avons rencontré l’Organisation de la libération de la Palestine (OLP), au sein de laquelle figure le Parti du peuple palestinien, qui correspond au Parti communiste palestinien. La campagne a été saluée comme étant un espoir pour le peuple palestinien. Les Palestiniens sont unanimes. Aujourd’hui, le constat est très aggravé. Mais cette campagne suscite un espoir. Elle permet de protéger la terre. Une chose est sûre, les Palestiniens cultivent l’espoir de rester sur leur terre. Et ils ont besoin, pour ça, d’une réelle solidarité internationale. La campagne permet d’y contribuer. L’olivier, c’est la paix, c’est l’espoir.

    Lien pour la cagnotte sur Hello asso ou
    sur le site du PCF.

    Une délégation du Parti communiste français (PCF), rassemblant plusieurs fédérations, s’est rendue en Cisjordanie, du 10 au 22 juillet, dans le cadre d’une campagne intitulée « Un million d’oliviers pour la paix en Palestine ». L’initiative, lancée en 2025 par les communistes du Val-de-Marne, avant d’être reprise au niveau national, est menée en collaboration avec l’Association des agronomes arabes (AAA), basée à Ramallah. Son objectif : apporter un soutien concret au peuple palestinien face à l’occupation et la colonisation israélienne. Pour l’heure, 54 000 euros ont été récoltés et plus de 11 000 oliviers, symboles de l’identité palestinienne, ont été plantés.

  • Marseille 1943, la justice s’achemine vers la reconnaissance des crimes

    Marseille 1943, la justice s’achemine vers la reconnaissance des crimes

    Bientôt huit ans après le dépôt de plainte du 17 janvier 2019 sur la rafle du Vieux-Port, la justice se dirige vers la reconnaissance des crimes perpétrés à Marseille en 1943. C’est l’aboutissement du long combat « pour la mémoire des disparus et la conscience des vivants » mené par le Collectif Saint-Jean 24 janvier 1943, son président Antoine Mignemi, 88 ans, rescapé des rafles, et l’avocat Pascal Luongo.

    Ce drame de la Seconde Guerre mondiale a longtemps été occulté. L’opération Sultan a été ordonnée par Hitler et exécutée avec le concours du régime de Vichy et de la police française, du 22 janvier au 17 février 1943. Cette collaboration s’incarne dans un cliché mettant en présence Bernhard Griese, le chef des SS, et René Bousquet, le secrétaire général de la police de Vichy.

    « Je suis extrêmement heureux, confirme Me Luongo, dont le grand-père et les siens furent raflés. C’est une formidable nouvelle que nous avons annoncée aux victimes, aux membres du collectif, car en plus du crime contre l’humanité des rafles du Vieux-Port, les crimes de guerre de la destruction des Vieux-Quartiers sont reconnus aussi. »

    Selon le Collectif Saint-Jean 24 janvier 1943, des magistrats du Parquet national anti-terroriste (PNAT) viendront, fin septembre, présenter aux plaignants cette décision historique à l’occasion d’une réunion publique exceptionnelle au Palais Monthyon. Des magistrats expliqueront aux parties civiles les conclusions du long travail d’enquête mené par le pôle crimes contre l’humanité, crimes et délits de guerre. Depuis mai 2019, les investigations ont été confiées aux enquêteurs spécialisés de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH), rattaché à la Gendarmerie nationale. Cette réunion doit être suivie d’une commémoration organisée par la Ville de Marseille.

    Interrogé, le Parquet national anti-terroriste en charge de l’enquête, au tribunal de Paris, s’est refusé à confirmer l’information. « Nous sommes en fin d’investigation. Nous travaillons sur une décision qui n’est pas encore prise. Cette décision ne sera matérialisée qu’à partir du moment où les victimes seront informées. »

    « 12 000 Marseillais ont été chassés des quartiers Saint-Jean et de l’Opéra et transférés à Fréjus. 1 500 d’entre eux furent déportés vers les camps de la mort, et parmi eux plus de 804 déportés parce que juifs », avait déclaré le ministre de l’Intérieur, à l’occasion du premier hommage national rendu le 29 janvier 2023 pour les 80 ans des rafles des 22, 23 et 24 janvier 1943. Gérald Darmanin était venu, au nom du président de la République, « réparer cette injustice et signifier sa portée nationale ». L’État reconnaissait que cet épisode sombre de la Seconde Guerre mondiale était « bien trop peu relaté dans les livres d’histoire », un épisode dont il avait reconnu qu’il était « à la croisée de la grande histoire et des destins individuels, à la croisée de la honte de la collaboration et de la fierté de la Résistance ».

    Une mémoire occultée

    En mai 2019, le Pnat avait jugé « recevable » la plainte de 24 pages déposée au nom de huit Marseillais survivants et descendants (deux sont décédés en cours d’instruction) de la rafle du 24 janvier 1943 pour crime contre l’humanité. La plainte visait « toute personne ayant commis le crime contre l’humanité à Marseille, Fréjus et Oranienbourg (Allemagne), à l’encontre de la population civile du Quartier Nord du Vieux-Port, à Marseille, entre le 24 janvier 1943 [et] le 19 février 1943 et courant années 1944 et 1945, et en tout cas pour un temps non prescrit, en raison d’une atteinte volontaire à la vie, du transfert forcé de population, de la privation grave de liberté physique et des actes inhumains causant intentionnellement de grandes souffrances et des atteintes graves physiques et psychiques ».

    La plainte détaillait combien la population civile, ces familles pauvres issues pour la plupart de l’immigration italienne et en particulier napolitaine, « a été ciblée pour son lieu d’habitation et ses origines, a vécu des arrestations arbitraires, des persécutions, des transferts forcés, des déportations et des atteintes volontaires à la vie, autant d’actes inhumains dans un plan concerté pour le compte d’un État, l’Allemagne nazie, mais aussi de l’État français de Vichy ».

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Défendre l’indépendance et l’unité

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Défendre l’indépendance et l’unité

    La première question à l’ordre du jour était celle des salaires et de la préparation d’un mouvement revendicatif national. La résolution sur les salaires et les prix entraîna un premier incident.

    Une motion présentée par Cochinard s’opposa à la hausse générale des salaires réclamée par Pierre Lebrun.

    Le débat fut ouvert sur les manœuvres de scission que je dénonçai. Indigné, m’adressant aux diviseurs, je leur dis : « Camarades, après les interventions de nombreux camarades, celles de Benoît Frachon, Hernio de la fédération des cheminots que j’approuve entièrement, vous me permettrez de donner mon point de vue sur un aspect que je considère très sérieux dans la situation actuelle. Les trusts américains ne doivent plus intervenir ouvertement dans la vie politique et syndicale. L’indépendance économique et politique est menacée, l’obstacle majeur à l’intervention directe des trusts américains reste la Confédération générale du travail. C’est pour cela que nous assistons à une attaque concertée contre la CGT avec des complices de Truman qui, sous prétexte de défendre les syndicats contre une imaginaire emprise politique, développent leur campagne. »

    La résolution soulève le débat

    Je condamnai certaines interventions et en particulier celle de Bouzanquet, secrétaire confédéral : « J’ai en ma possession tes écrits où tu nous reproches de ne pas avoir condamné le pacte germano-soviétique et avec ce prétexte, tu portes de l’eau au moulin de la réaction qui se sert de ton autorité pour écrire dans ses journaux que la CGT est dirigée par des communistes. L’anticommunisme, voilà le véritable fléau, nous savons où cela nous a menés, de Munich à 1940. Bothereau a présenté une résolution qui approuve le plan Marshall et elle a été repoussée. Je demande au président de séance de présenter une résolution. »

    Il est intéressant de rappeler le débat que souleva ma résolution. Pour la défense de l’indépendance et de l’unité, la réaction la plus virulente fut celle de Capocci, secrétaire de la fédération des employés de commerce.

    Il essaya de justifier les actions qu’ils avaient menées pendant l’Occupation et déclara : « J’ai entendu Molino ressasser les vieilles histoires, j’en ai assez, nous en avons assez… On parle aussi de dollars que nous aurions touchés, je vous assure, camarades, que les dollars que nous avons pu toucher ne nous ont pas fait mal au ventre et qu’ils ne vous feraient pas mal au ventre si vous en mangiez autant que nous. »

    Et s’adressant à moi : « Tu as cité ma fédération ; permets-moi de te dire que s’il est une fédération qui peut parler d’indépendance, c’est bien la nôtre. »

    à suivre la semaine prochaine…

  • Faire revivre le souvenir du maquis de Brigadel

    Faire revivre le souvenir du maquis de Brigadel

    En 1943 et 1944, sur le plateau de Brigadel, sur les hauteurs de Puimichel, des agriculteurs acceptent d’arracher leurs amandiers pour créer une piste d’atterrissage pour pouvoir approvisionner en armes et en matériel les résistants qui se préparaient au débarquement de Provence. à proximité, une ferme sert de lieu d’asile et de refuge aux jeunes qui voulaient échapper au Service de travail obligatoire (STO) et au transfert en Allemagne.

    Vendredi, une dizaine d’élus, de femmes et d’enfants de ces combattants bas-alpins se sont réunis sur place, où une stèle a été érigée en 2018, pour leur rendre hommage et éviter qu’ils ne tombent dans l’oubli. « Il faut faire circuler le devoir de mémoire. N’oublions jamais le courage, l’abnégation de ces jeunes gens qui n’ont pas hésité à offrir leur vie afin de s’opposer à l’occupation nazie », a souligné Gérard Lazaud, ancien adjoint aux anciens combattants d’Oraison, à l’initiative de cette stèle.

    Le maire de Puimichel, également présent, a tenu à insister sur « les résistants de l’ombre, tous ceux qui ont donné à manger, hébergé. Lors des parachutages, à l’aube, ils sortaient tous pour voir s’il n’y avait pas un parachute coincé dans un amandier. La résistance n’aurait rien été sans leur aide », a-t-il avancé.

    Jean Banner, à l’initiative de ce rassemblement, a tenu à « remercier ces jeunes qui ont décidé de dire non à la loi du plus fort et à la barbarie nazie ». Il a évoqué André Laurent, ancien résistant et auteur du livre La Résistance sur les plaines entre Asse, Bléone et Durance, décédé en 2022 : « Il a laissé aux générations futures un héritage que nous devons transmettre ». « Cela a scindé une jeunesse en deux, entre ceux qui sont partis travailler en Allemagne et ceux qui ont rejoint la résistance », a témoigné sa femme, Gilberte Laurent, également présente vendredi.

    « Il ne faut pas oublier qu’il y a toujours les familles de ceux qui ont combattu », a insisté Jeanine Telme, la fille du résistant Gaston Telme, né en 1907 et décédé en 1992. « Il parlait très peu de la Résistance en famille. Tout ce que je sais, je l’ai retrouvé dans des documents », a-t-elle raconté.

    Bientôt une cérémonie annuelle ?

    Didier Derupty, vice-président de la Maison du combattant et des familles, récemment créée dans le département, a proposé son aide aux élus et aux citoyens présents pour organiser une cérémonie annuelle sur le lieu de la stèle. « Il faut arriver à fédérer les endroits, les stèles oubliées. La conservation du devoir de mémoire est importante », a-t-il martelé, alors que la stèle de Brigadel est très peu visitée et méconnue des habitants. « Il n’y a plus de résistants, mais il y a des descendants passionnés pour faire vivre le devoir de mémoire. »

    élus et familles de résistants présents ont également évoqué l’idée de proposer aux instituteurs et aux écoliers de participer à une cérémonie annuelle en hommage aux maquisards.

    Pendant le débarquement de Provence, le 15 août 1944, quelque 100 000 soldats, essentiellement américains, canadiens et britanniques, ont débarqué sur les plages du Var, ouvrant la voie à plus de 250 000 Français qui allaient reprendre Toulon puis Marseille en moins de deux semaines. Cette armée comptait 84 000 Français d’Afrique du Nord, 12 000 soldats des Forces françaises libres fidèles au général de Gaulle et 12 000 Corses, mais aussi 130 000 soldats d’Algérie et du Maroc et 12 000 soldats de l’armée coloniale.