Tag: réchauffement climatique

  • Grosses chaleurs : comment se prémunir ?

    Grosses chaleurs : comment se prémunir ?

    Au vu du manque de réaction au niveau mondial pour freiner le réchauffement climatique, il va falloir s’y faire. Dans les années à venir, les étés seront de plus en plus chauds. Responsable chez Shift Project, Luc Cervellin, prévient même qu’aussi étouffant qu’il puisse être, ce début d’été 2026 sera probablement l’un des moins suffocants qu’il nous reste à affronter (lire p.5).

    La raison est simple. Si la prise de conscience de la réalité du changement climatique a bien eu lieu, excepté chez certains complotistes ou climatosceptiques d’extrême droite, elle n’a pas été suivie de suffisamment de réalisations concrètes. Certes l’été 2003 et ses 15 000 morts ont agi comme un détonateur. Au fil des ans, des Ehpads ont été climatisés pour protéger la santé fragile de nos aînés. Des hôpitaux aussi, même si plusieurs services de CHU à l’instar de celui de Montpellier restent en surchauffe. Plus récemment, nombre de Villes (Montpellier, Grabels, désormais Nîmes…)
    – les majorités municipales de gauche donnant le ton – ont lancé de vastes opérations de désimperméabilisation des cours d’école, peu à peu végétalisées.

    Mais l’ampleur de la tâche est telle que bien souvent, ce genre initiatives, qui porteront leurs fruits à moyen terme, ne suffisent pas à parer l’urgence des canicules. De plus en plus fréquentes et de plus en plus difficiles à supporter pour les organismes. C’est le cas depuis deux étés consécutifs de beaucoup d’enfants, qui vivent un véritable enfer lors du dernier mois d’école. Dans de vieux bâtiments pensés pour une époque révolue, dans des salles rarement climatisées et pas assez rafraîchies, élèves et enseignants suffoquent de Béziers à Alès en passant par Sète ou Nîmes.

    Quid du droit du travail ?

    S’il est évident qu’à terme la généralisation de la climatisation ne fait qu’aggraver le problème du climat, son recours a minima dans les lieux des services publics ne pourra peut-être pas rester tabou longtemps… Plutôt que de s’entêter à prétendre, comme Emmanuel Macron, « qu’on ne pouvait pas savoir », l’État doit prendre urgemment ses responsabilités. Car pour l’heure trop peu d’investissements de grande ampleur ont été réalisés pour adapter nos constructions à la nouvelle réalité climatique. Si bien que plus de 20 ans après l’alerte de 2003, un logement français sur deux, le plus souvent occupé par une personne à faibles revenus, est inadapté. Et que dire des sans-abri ? Mardi 30 juin à Montpellier, un collectif a alerté la préfecture sur la vulnérabilité des SDF et réclamé la mise en place de mesures de protection (lire p 7).

    Il est grand temps aussi que les parlementaires se saisissent des questions relatives au droit du travail. Comme nous le rappelle une avocate spécialisée, il n’existe pas en France de seuil de température maximal au-delà duquel un travailleur peut stopper son activité (extérieure ou intérieure) en toute légalité. Certes le droit de retrait existe, l’employeur se doit de protéger ses salariés (eau à disposition voire douches, ventilation…) et les syndicats peuvent toujours mettre un coup de pression, mais trop souvent des personnes se mettent elles-mêmes en danger par forte chaleur. Soit par volonté de mener à bien leur travail, soit par obligation de ne pas tronquer leur revenu, comme le rappelle la CGT lunelloise (lire p 6), soit par méconnaissance de leurs droits.

    Pour l’heure, les autorités attendent d’être au pied du mur pour agir au cas par cas. La semaine passée (23 au 29 juin), la préfecture du Gard avait déjà pris un arrêté pour permettre à certains travailleurs d’exercer leur activité sur une plage horaire étendue. Pour travailler davantage à la fraîche, les chantiers peuvent se dérouler de 6h à 21h30. Le 30 juin et jusqu’au 15 septembre, la préfecture de l’Hérault lui a emboîté le pas pour les entreprises du paysage, du bâtiment et travaux publics en cas de vigilance rouge (du lundi au vendredi, travaux autorisés de 6h à 12h et interdits de 12h à 21h) ou orange (travaux autorisés de 6h à 21h).

    Dès le 26 juin, la préfecture de l’Hérault rappelait aussi aux propriétaires d’animaux domestiques, d’élevage ou de compagnie les bons comportements à adopter pour ne pas mettre leur animal en situation de souffrance. Notamment en ne les laissant jamais quelques minutes dans un véhicule en journée. Enfin, dans les prochaines semaines, les organisateurs de manifestations taurines sont invités à déplacer leurs festivités (abrivado, encierro, bandido…) au-delà de 20h.

  • L’Ifremer inquiète des effets des canicules marines sur la biodiversité

    L’Ifremer inquiète des effets des canicules marines sur la biodiversité

    Ils ont beau connaître et s’attendre aux effets néfastes du réchauffement climatique, des chercheurs réunis hier à Sète par l’Ifremer*, se disent « étonnés » par l’ampleur des phénomènes qu’ils observent déjà sur le terrain.

    Si la façade atlantique n’est pas épargnée, la Méditerranée constitue bel et bien un « hotspot du changement climatique et de biodiversité », pose d’emblée Nathaniel Bensoussan. Ce chercheur au Laboratoire d’océanographie physique et spatiale (LOPS) à l’Ifremer, rappelle que la Grande Bleue a gagné 1,5 degré depuis 1982 et qu’elle se réchauffe deux fois et demie plus vite que la moyenne des eaux.

    Ce phénomène dû à l’activité humaine qui produit des gaz à effets de serre, génère des « vagues de chaleur marines ». Lesquelles altèrent durablement le fonctionnement des écosystèmes côtiers et la biodiversité. Ainsi les tissus vivants des gorgones rouges, ces coraux mous qui « jouent le rôle des arbres dans les forêts », sont-ils nécrosés (calcaire blanc). Déjà les scientifiques s’inquiètent d’une « mortalité récurrente » notamment dans les calanques. Dès 2022, une floraison massive de posidonies a été observée. Loin d’être une bonne nouvelle, c’est le signe d’un « risque d’épuisement » de ces plantes aquatiques qui oxygènent l’eau et participent à la stabilité des fonds marins. « C’est un sujet majeur. Si des plantes comme les posidonies sont affectées, la séquestration du carbone est impactée », éclaire Nathaniel Bensoussan.

    Étang de thau en surchauffe

    Les écosystèmes fermés tels que les lagunes ou les lagons ne sont pas épargnés par le réchauffement des eaux. Sur l’étang de Thau, Vincent Ouisse, chercheur en écologie benthique à l’Ifremer, parle même d’un « effet loupe ».

    En raison des faibles profondeurs, les eaux sont déjà à 30-32 degrés et peuvent monter jusqu’à 36°. Les herbiers, plantes marines à fleurs, souffrent elles aussi. De même que les bénitiers et coraux jusque dans les lagons de Polynésie, ajoute Guillaume Mitta, chercheur en biologie des interactions. Du côté de la Bretagne et de la Manche, ce sont les laminaires (algues brunes) qui sont en « forte baisse d’abondance et de densité », constate Martial Laurans, spécialiste en écologie halieutique à l’Ifremer. Dans la baie de Grandville en Normandie, où les eaux se sont réchauffées de 1,5 degré en 40 ans, « les captures de bulots ont chuté de 80% », illustre Hubert du Pontavice, chercheur à l’Ifremer.

    Les moules en péril l’été

    À l’instar de la grande nacre ou des sardines, des poissons et coquillages sont aussi touchés. C’est notamment le cas des huîtres. L’an passé, « la canicule de juin a engendré des pontes précoces d’huîtres de 2 à 4 semaines partout en France », se souvient Franck Lagarde. Ce chercheur en biologie et écologie marines à l’Ifremer précise que les périodes de pontes sont désormais étendues de mi-mai à mi-septembre au lieu de mi-juillet à mi-août auparavant. Avec pour conséquence « des huîtres de meilleure qualité au printemps qu’à l’automne ». Si la Bretagne a vu ses taux de croissance des naissains chuter de 14 à 62% c’est tout l’inverse en Méditerranée avec des taux de croissance culminant à 143% « en raison d’eaux plus chaudes et de pluies plus abondantes qui amènent des sédiments ».

    La dynamique est tout autre pour les moules dont l’avenir est clairement menacé l’été en Méditerranée. « On observe un décrochage quand les eaux atteignent 27-28 degrés. Et à part aller plus au large, je ne vois pas ce qu’on peut y faire », confie Franck Lagarde. Le coordinateur du réseau Ecoscopa à Sète, révèle qu’en Corse la production de moules est déjà abandonnée à partir de juillet en raison d’eaux trop chaudes.

    Or, Nathaniel Bensoussan est catégorique. « On va vers la tropicalisation de la Méditerranée. » Face aux tergiversations des responsables politiques, Hubert du Pontavice presse. « En tant que scientifique, je suis dans une intranquillité. Il y a une urgence à agir face à un empilement d’événements. »

    * Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer.

  • Risque très sévère d’incendie sur tout l’arc méditerranéen

    Risque très sévère d’incendie sur tout l’arc méditerranéen

    Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, est attendu à 15h à Marseille, où il sera informé de la situation de la saison des feux en cours. Il présidera, à partir de 16h15, une cellule interministérielle de crise sur la canicule.

    Au sein de l’état-major des sapeurs-pompiers des Bouches-du-Rhône, l’heure est à la mise en garde. La phase est « inédite » si tôt dans l’été, assure le lieutenant-colonel Pascal Bergé, officier supérieur départemental au Sdis 13. En cause, des « conditions météorologiques assez complexes avec le Mistral qui va se lever en continu pendant 72 heures », signale-t-il, mercredi. Canicule, vent chaud, végétation asséchée, « on est en alerte maximale (…), tout l’arc méditerranéen est en vigilance, en risque très sévère », confirme le lieutenant-colonel, avec une attention particulière portée sur l’Étang de Berre.

    Dès lors, en plus des 500 pompiers de garde dans la caserne, 396 personnes supplémentaires ont été déployées, dans les 59 centres de secours du département des Bouches-du-Rhône. Un maillage qui sera maintenu tout l’été.

    À Bouc-Bel-Air, un dispositif préventif est mis en place dans le cadre « de la stratégie nationale et départementale d’attaque massive des feux naissants pour les éteindre dès les premières minutes », explique le commandant Arnaud Cambe. Le groupe de 18 pompiers dispose de cinq véhicules, dont quatre camions spécialisés dans la lutte contre les feux de forêt. Il est posté dans une zone « proche de l’interface habitat-forêt » et d’« un axe routier ». Ici, cours du Ferrage, le chef de groupe David Marin briefe l’équipe. Il s’assure que chacun dispose de suffisamment de ravitaillement. « Il va faire chaud, on prend soin les uns des autres, c’est le plus important », intime-t-il à la rangée qui se tient devant lui. « Pensez à vous hydrater et à vous préserver au maximum », renchérit Arnaud Cambe, la nuit s’annonçant longue.

    Le terrible incendie qui a ravagé Les Pennes-Mirabeau et l’Estaque, il y a un an, presque jour pour jour, a marqué les esprits. « La crainte n’est pas forcément d’avoir un grand feu, mais d’en avoir plusieurs. C’est la simultanéité des chantiers qui peut rendre compliquée la gestion d’une opération, on ne pourra pas mettre un camion derrière chaque maison », alertait dans la matinée le lieutenant-colonel Pascal Bergé. Face à cela, il appelle les habitants « au bon sens » : pas de feu, ni de barbecue et encore moins de mégots jetés par les fenêtres ; l’une des principales causes de départs de feux. Et surtout, « on écoute les consignes qui sont données par les autorités ».

  • Quel cap dans un monde déboussolé ?

    Quel cap dans un monde déboussolé ?

    Comme chaque année, Aix-en-Provence devient pour quelques jours le centre du monde économique en accueillant les puissants de la planète.

    Mais le thème de cette édition a comme un goût d’aveu : « Naviguer dans un monde sans repères ». Le consensus libéral a en effet volé en éclats et ses promoteurs sont pour le moins désorientés. La multiplication des conflits, l’imprévisibilité états-unienne ébranle la mondialisation construite autour du libre échange. De plus, le gouffre des inégalités qui ne cesse de croître a mis à bas, la théorie fumeuse du « ruissellement » des richesses du haut vers le bas de la société. Enfin, il apparaît de manière de plus en plus évidente que la lutte contre le dérèglement climatique exige des mesures que la « main invisible du marché » est incapable de prendre.

    Quel est votre plan pour la France ?

    Le constat est brutal, même dans les rangs macronistes, où un ex-ministre désormais Haut commissaire au Plan plaide pour réhabiliter la planification globale telle qu’elle se pratiquait pendant les Trentes glorieuses avant d’être détruite par le camp libéral.

    Quel est votre Plan pour la France ? Cette question mérite d’être posée à chaque candidat à la prochaine élection présidentielle et plus largement à chaque formation politique.

    Pour relever les défis de l’industrie décarbonés, de la souveraineté alimentaire, du plein emploi, la planification est indispensable. L’idée fait son chemin dans le débat public. Pour être efficace, elle devra être démocratique, ne pas se cantonner à des lignes de chiffres et prendre la forme d’un vrai projet de société pour notre pays.

  • La région Occitanie enregistre un bilan touristique contrasté à l’aube de l’été

    La région Occitanie enregistre un bilan touristique contrasté à l’aube de l’été

    Le calendrier des jours fériés était favorable aux échappées touristiques ce mois de mai. Alors que la saison des ponts s’achève pour laisser place à l’arrivée de l’été, l’Occitanie y a enregistré 20 millions de nuitées touristiques, soit 31% de sa fréquentation depuis le début de l’année.

    Mais le pont de l’Ascension et le week-end de la Pentecôte ont affiché une fréquentation en retrait par rapport à l’année précédente. L’agence Ad’Occ privilégie la piste météorologique pour justifier le recul des réservations.

    Préparer l’été

    Désigné comme le plus chaud jamais enregistré en France, le printemps 2026 a été singulier. Marqué aussi bien par cette anomalie de +1,7°C en moyenne par rapport à la période 1991-2020, que par l’environnement géopolitique instable, ce climat global a impacté les professionnels du secteur.

    Fin avril, 60% d’entre eux redoutaient un impact négatif des tensions internationales sur leur activité. Une inquiétude qui coïncide avec le ralentissement des arrivées aériennes internationales en France : le pays s’efface légèrement derrière d’autres Européens comme l’Espagne et l’Italie. Il est cependant à noter que les clientèles françaises demeurent majoritaires sur l’ensemble de la région et génèrent une fréquentation
    similaire à 2025. Plus d’un acteur du tourisme sur deux tire un bilan positif de ce mois de mai, un niveau de satisfaction en retrait de 5 points par rapport à mai 2025. Mais l’agence Ad’Occ reste optimiste : Airbnb, qui représente 81% de l’offre d’hébergement en Occitanie, annonce des réservations pour juillet et août qui dépassent les scores de l’an passé. Parmi les destinations choisies, les espaces urbains sont donnés favoris et Toulouse se distingue avec une nette avance.

    Pour Vincent Garel, administrateur de l’agence, « le tourisme est l’un des moteurs de l’attractivité de l’Occitanie. Dans un contexte marqué par des décisions de voyage de plus en plus tardives, les perspectives estivales restent encourageantes et témoignent de la confiance accordée à notre destination ». Les prochaines semaines seront décisives.

    Oriane Castan

  • La misère encore plus pénible au soleil

    La misère encore plus pénible au soleil

    Sabrina s’approche timidement des tables dressées par le Secours catholique place Félix-Baret à Marseille. « Est-ce que vous aidez à l’hébergement ? », s’enquiert la jeune femme au visage émacié. « Il n’y a pas de place au 115. Je dors dans ma voiture, ce n’est pas très tranquille pour une femme seule. En plus, avec la chaleur… Mais je ne peux pas la déplacer, je n’ai plus d’essence », justifie-t-elle. Sabrina accepte l’invitation d’une bénévole à rejoindre les autres convives. D’autant plus volontiers qu’elle est « à jeun depuis deux jours », privée « depuis le début du mois, sans savoir pourquoi » de l’allocation adulte handicapé.

    Ce 17 juin, l’association avait organisé une soupe fraternelle devant la préfecture pour interpeller les pouvoirs publics. « Nous avons franchi en 2025 le cap des 30 000 rencontres en une année, 15% de plus que l’année précédente, 50% de plus qu’il y a dix ans », explique Julien Moisan, chargé de plaidoyer de la délégation marseillaise. Les 2,7 millions d’euros par an dédiés par la préfecture des Bouches-du-Rhône aux 2 000 repas par jour pour les personnes mises à l’abri à l’hôtel ou dans la rue et les 400 000 euros alloués aux acteurs de la veille sociale ne suffisent pas à répondre aux besoins qui explosent.

    Au lendemain de son action coup de poing sur la table, le Secours catholique a repris ses maraudes. Mercredi 24 juin, le département est placé en vigilance orange. Françoise, Marc et Rémy ont fait le plein du camion : une centaine de bouteilles d’eau, presque autant de lait, 16 litres de soupe, une glacière de pâtes, des portions de fromage et des dizaines de baguettes de pain, café, thé et cacao. Après un appel au 115, la camionnette part sillonner les rues de Sainte-Anne à la préfecture, en passant par les hôpitaux Saint-Joseph et la Timone. Rémy ajoute la rue d’Aubagne. Où l’équipe de la veille, qui a rencontré 90 personnes, « en a signalé de nouvelles », précise le conducteur.

    Un premier arrêt pour s’enquérir de la santé d’une quinquagénaire qui s’est aménagé un abri discret derrière les lauriers au bout d’un parking, qu’elle tient propre. Elle ne réclame que de l’eau. Un homme, également habitué de la maraude, s’approche pour un café et un bol de soupe et demande un rasoir. Autre halte au pied de l’église de Saint-Giniez où quatre hommes sont assis sur les marches et deux adolescents sur un muret. Tous ont les traits tirés. Aucun d’eux n’a mangé depuis la veille. L’un d’eux loue « une chambre de 8m2, pour 400 euros, sans eau potable », précise-t-il. Épuisé par la chaleur, il a « dormi toute la journée ».

    Après 21h, c’est le rush

    Face à l’hôpital, une femme est assoupie dans une voiture. « Elle y attend la sortie de son mari hospitalisé, prévue pour le lendemain. L’hôtel c’est pas dans leurs moyens », rapporte Rémy qui lui a apporté une soupe. Plus on s’enfonce dans la nuit, plus les moments de rush s’enchaînent autour de la camionnette. Devant un garage du Prado, le véhicule est repéré avant même qu’il se gare. Une vingtaine de personnes afflue. Entre deux cafés et un chocolat distribués, Rémy informe et donne le plan des points d’accueil pour SDF. L’équipe est chaleureuse et la soupe réputée excellente. Mais « on aimerait qu’ils aient plus de temps pour taper un brin de causette », lâche Éliane, retraitée toute pomponnée qui s’est résignée à la rue du fait de sa « maigre pension » et parcourt « des km par jour » avec ses deux amis, « pour la lessive, la douche, la clim… » Près de la préfecture, une quinzaine de personnes attend autour de la fontaine. « J’ai un studio et l’APL, mais au milieu du mois il ne me reste plus rien pour manger », explique un jeune au RSA. Pas mieux pour Armelle et son fils : « Ça fait cinq ans que le Secours catholique nous nourrit, nous habille. Je paye le loyer en priorité pour ne pas me retrouver dehors. Parfois je trouve un ménage à faire, ça aide. » Tandis que Marc remplit les bols de soupe ou de pâtes à tour de bras, elle s’enquiert : « C’est vendredi votre fête de l’été ? » Françoise lui tend une invitation.

    Il est minuit passé et la camionnette s’est vidée, provoquant quelques déceptions. « C’est parfois compliqué à gérer, car il y a de plus en plus de monde et on n’a pas toujours assez à distribuer », regrette Françoise en faisant, un peu épuisée, le décompte des prénoms qu’elle a consignés toute la soirée sur la feuille de route, avec les besoins spécifiques exprimés au passage : « 96 personnes » au bas mot. C’est « beaucoup plus » que lorsqu’elle a démarré les tournées il y a une quinzaine d’années, « et ça ne laisse plus le temps du dialogue ». Cette surfréquentation met en tension les capacités logistiques et humaines des associatifs. « Elle nous écarte de notre mission première : créer du lien social », déplore Baptiste Jeansoulin, animateur des tournées de nuit, suspendues le 9 juin pour répondre à l’urgence et demander plus de moyens. Comme la création d’un restaurant social ouvert le soir, pour « permettre aux gens de la rue de dîner dignement ». La belle proposition du chef étoilé Sébastien Richard avec Le République en 2021, s’est éteinte fin 2025. Et le Noga, qui dresse depuis 2007 près de 500 couverts par semaine le midi sur le cours Julien, est en difficulté.

    « Malgré un contexte budgétaire contraint, l’objectif de l’État est de garantir une reconduction des crédits alloués », indique la préfecture des Bouches-du-Rhône. Une « notification des crédits tardive » fait que les demandes des associations « sont en cours d’instruction », précise-t-elle en annonçant la tenue d’un nouveau comité départemental de lutte contre la précarité alimentaire « dans les prochaines semaines ».

  • Un été de plomb

    Un été de plomb

    L’été est aussi cruel que l’hiver pour les sans-abri. 960 d’entre eux sont décédés l’an passé, selon le décompte -non exhaustif- réalisé par l’association Morts dans la rue, auprès des associations, collectivités et structures d’entraide. Il y en a déjà 260 depuis le début de l’année.
    Deux autres à Argenteuil, mercredi, un autre encore, jeudi, retrouvé mort dans un square à Angers, et encore un autre à Nantes… Une hécatombe silencieuse pendant les longues journées d’été étouffantes. Et ils ne sont pas les seuls à tomber, il y a aussi les mal-logés, plus de 4 millions de personnes, qui « donnent la priorité au loyer » quitte à se priver de repas… Ceux à qui le ministre du Logement voudrait refourguer les bouilloires thermiques, comme il l’a très sérieusement annoncé cette semaine, en pleine canicule.

    Lorsque le cynisme le dispute à l’indécence, il semble difficile
    d’en appeler à l’État, au gouvernement et à ses représentants, pour répondre à l’urgence vitale que constituent les vagues de chaleur pour les plus démunis. Et pourtant.

    Des villes pas ou peu adaptées

    Ce danger permanent tient d’un bilan d’étape : malgré les efforts de villes comme Marseille, qui a fait de l’accès à l’eau dans l’espace public et de la création d’îlots de fraîcheur des priorités, les communes restent encore pas ou peu adaptées aux crises climatiques après des décennies de bétonisation intensive.

    C’est aussi le constat d’une société qui laisse sur le bord de la route des millions de citoyens, et dont la survie dépend souvent de l’action de bénévoles dont les structures sont elles-mêmes menacées par
    les plans d’austérité successifs. Et les étés de plomb se succèdent.

  • Face à la canicule, Aubagne renforce son dispositif

    Face à la canicule, Aubagne renforce son dispositif

    Face à l’épisode de fortes chaleurs qui touche les Bouches-du-Rhône depuis lundi, la ville d’Aubagne a activé le niveau 2 du Plan canicule, correspondant à la vigilance jaune de Météo France. L’alerte départementale doit se poursuivre jusqu’à ce samedi 27 juin.

    Pour accompagner les personnes les plus fragiles, la municipalité a renforcé son dispositif : des tournées d’hydratation sont organisées auprès des publics vulnérables, tandis que des maraudes sont menées auprès des personnes sans domicile. Le Centre communal d’action sociale (CCAS) et ses partenaires s’appuient par ailleurs sur un registre nominatif des personnes âgées ou handicapées isolées, qui peuvent s’y inscrire sur demande. En cas d’activation du plan, elles sont directement contactées pour vérifier que tout va bien et rappeler les gestes essentiels : bien s’hydrater et se rafraîchir le corps régulièrement.

    Côté lieux de fraîcheur, la maison du partage ouvre désormais ses portes tous les après-midi, et le parc Jean Moulin reste accessible jusqu’à 23h, afin d’offrir un espace rafraîchissant sur une plus large partie de la journée.

    Dans les écoles, où certaines salles dépassent les 30°C, le maire (DVG) Jean-Pierre Squillari, élu depuis six mois, a demandé aux familles de garder, « si possible », leurs enfants à la maison. Il a reconnu l’héritage de bâtiments vétustes et a promis qu’elles seraient toutes climatisées d’ici 2027. Conséquence de la chaleur, la fête de quartier de La Tourtelle, prévue samedi à 15h, a été décalée à 18h.

    Le niveau de veille saisonnière du Plan national canicule est activé chaque année du 1er juin au 31 août, afin de prévenir et de limiter les conséquences sanitaires des épisodes de chaleur intense sur la population, en particulier chez les personnes âgées, les nourrissons et les personnes souffrant de pathologies chroniques. Le passage au niveau 2, lui, correspond à la carte de vigilance jaune de Météo France, afin de protéger aussi les personnes isolées et les écoles.

  • Toulon s’adapte avec des solutions durables et répond à l’urgence

    Toulon s’adapte avec des solutions durables et répond à l’urgence

    « Nous n’avons pas attendu ce nouvel épisode de canicule pour agir », a rappelé mercredi matin la maire de Toulon Josée Massi, aux côtés du Directeur académique des services de l’Éducation nationale (Dasen) Jean-Roger Ribaud, en mairie d’honneur. L’occasion de remettre en mémoire la stratégie établie sur le long terme, combinant à la fois les solutions immédiates et l’investissement durable. Et de poursuivre : « On a commencé comme ça en 2022 avec un programme d’équipement en faveur du confort d’été et avec une augmentation croissante au fil des années. »

    Sur les 100 établissements que compte la ville (84 écoles et 16 crèches), à ce jour, en effet, la totalité des crèches sont climatisées, comme d’ailleurs les dortoirs des 41 écoles maternelles qui redeviennent des salles d’activité après la sieste. Et les 43 écoles élémentaires font elles aussi l’objet d’une stratégie structurée et progressive. Mais toutes les 676 classes disposent déjà toutes de ventilateurs, 130 classes réparties sur 18 écoles sont équipées de brasseurs d’air, et d’ici fin 2026, 150 classes auront en moyenne de 4 brasseurs d’air par classe d’ici fin 2026.

    « Nous avons aussi 12 écoles qui sont équipées de salles fraîcheurs », reprend la première magistrate. C’est-à-dire des salles climatisées. On en comptera quatre de plus d’ici fin 2026. Un déploiement qui va se poursuivre jusqu’à ce que tous les établissements en soient dotés.

    « Mais il faut des solutions durables pour adapter les écoles aux fortes chaleurs », insiste Josée Massi. Et sur ce point la Ville a entrepris un grand plan de végétalisation des cours d’école qui a abouti à faire baisser en moyenne de 3 à 5 degrés la température. Commencé en 2023, 11 écoles déjà en bénéficient ou vont en bénéficier fin 2026.

    Les écoles restent ouvertes

    Des solutions innovantes ont également été mises en place, sur la maternelle de la Cité de l’Épargne avec une ombrière photovoltaïque installée sur la cour.

    Sans compter la rénovation thermique des bâtiments et la construction de groupes scolaires, comme celui de Saint-Roch qui va se terminer l’année prochaine.

    Pour répondre aujourd’hui aux conditions exceptionnelles, la Ville travaille depuis le début de cet épisode caniculaire en étroite collaboration avec l’inspection d’académie afin de définir conjointement les mesures les plus adaptées à la protection des enfants pour les six derniers jours d’école. « Toutes les écoles vont rester ouvertes, néanmoins, les familles seront invitées à garder les enfants à domicile lorsqu’elles en ont la possibilité, et si c’est leur choix », déclare Josée Massi.

    Mais, poursuit-elle, il sera demandé aux équipes de l’Éducation nationale d’adapter les activités de l’après-midi pour les rendre compatibles avec l’épisode caniculaire. Des activités calmes qui seront organisées dans les espaces les plus tempérés des établissements. Et afin d’accompagner les équipes éducatives, la Ville va mettre à disposition un animateur dans chaque école élémentaire. Il interviendra en complément des enseignants afin lui aussi de proposer des activités adaptées aux fortes chaleurs. « Nous sommes parfaitement mobilisés pour protéger les enfants dans cet épisode exceptionnel », assure la maire de Toulon.

    Le Dasen, Jean-Roger Ribaud, a remercié la Ville « pour l’engagement et le travail qui est réalisé pour améliorer les conditions de vie des élèves et des personnels enseignants et non enseignants, à la fois sur du long terme, du moyen terme et puis là, sur l’urgence ».

    Et de conclure : « Le renforcement d’un animateur va permettre d’adapter les enseignements et l’organisation en fonction de chaque école, et d’accueillir les élèves dans les meilleures conditions. »

    Loin des discours démagos de l’extrême droite, Toulon s’emploie donc à la fois à répondre à l’urgence et construire l’avenir.

  • Coopérer, fédérer, pour mieux protéger les espaces forestiers

    Coopérer, fédérer, pour mieux protéger les espaces forestiers

    Hauts floqués du nom des organisations qu’ils représentent, carnet en main pour certains, parlant français ou espagnol, ils sont une dizaine à s’être retrouvés sur le site de la pépinière expérimentale de Cadarache, tenue par l’Office national des forêts (ONF). Tous, sont issus des 18 partenaires qui composent le projet Interreg Sudoe Cooptree, lancé « dans une démarche d’adaptation au changement climatique des forêts sur le sud ouest européen, précise Raphaël Delpi, représentant de Forespir, chef de file du projet. Si la région Paca n’est pas incluse dans le territoire d’intervention, elle reste intéressante en tant que région méditerranéenne. On est hors zone aujourd’hui, pour un apprentissage technique. » Le projet Cooptree, lancé en janvier 2024, mené jusqu’en décembre 2026, permets aux partenaires du projet de partager des connaissances sur différentes espèces d’arbres, leurs résistances aux conditions climatiques… Notamment dans un contexte de climats plus secs, plus chauds, chaque année. « Par cette coopération, chacun montre ce qu’il connaît mais de l’autre côté, chacun cherche de l’information chez les autres. Quand nous (ONF) projetons le projet à 2100, on sait qu’on va voir de plus en plus de problèmes pour un certain nombre d’espèces autochtones, pour qu’elles puissent vivre, pour qu’on puisse avoir un couvert forestier même si on ne pense pas à la production. C’est encore pire dans le sud de la France : demain, le climat ici sera celui de Séville (…) actuellement, tous les pays européens sont en recherche de ressources génétiques pour leurs forêts », précise Erwin Ulrich, pilote de la mission adaptation des forêts au changement climatique, au niveau national. D’où, les rencontres régulières, en France, dans les pays ibériques, au Portugal… Après Cadarache, le groupe s’est dirigé vers le Mont Ventoux.

    Expériences à Cadarache

    Avant de se rendre dans le Vaucluse, ce sont sous les serres de la pépinière de Cadarache, ou des milliers de plants forestiers sont soumis à diverses expérimentations, que le groupe s’est attardé. Plus précisément, sur le dispositif expérimental travaillé autour du pin de Salzmann, soumis, dans l’une des nefs de la serre, à plusieurs niveaux de stress hydrique. « Le stress a démarré fin février, on va le poursuivre jusqu’à fin août. On le fait sur une saison », précise Jérôme Reilhan, responsable ONF de la pépinière, en charge de détailler le projet, sans pouvoir, à ce stade, fournir de conclusions. Au gré des rangées sous serre, des panneaux enfoncés dans les plans indiquent le pourcentage des modalités de capacité de rétention en eau des substrats. Entre les plants, un robot sur une rampe mobile qui se déplace dans la nef, gère l’arrosage. Si l’expérimentation arrivera à expiration, « on espère que la coopération va continuer à fonctionner, conclut Brigitte Musch, cheffe du département ressource génétiques à l’ONF. Il faut de la coopération sur la conservation de ressources génétiques. Elles sont, dans certaines zones, en danger dû au réchauffement climatique au sens large du terme (…) L’idée est d’avoir cette coopération pour mettre en sécurité ces ressources génétiques. Ce, de manière transfrontalière. On y travaille avec nos collègues andalous. »

    Eva Bonnet-Gonnet