Tag: réchauffement climatique

  • Courage et dévouement

    Courage et dévouement

    Deux sapeurs-pompiers ne sont pas rentrés chez eux mardi soir. Ils sont morts en Gironde en combattant un violent incendie ; un parmi tant d’autres. De ceux qui embrasent nos territoires sous l’effet des fortes chaleurs et de la sécheresse, deux marqueurs d’un changement climatique structurel. Le 8 juillet, un jeune soldat du feu avait déjà péri en Savoie. Or, les feux vont se multiplier. Météo France le documente : « Dans une France à +4 °C d’ici à 2100, le risque de feu se généralisera à l’ensemble du pays avec une forte aggravation dans la région méditerranéenne. La saison des feux pourrait durer un à deux mois supplémentaires dans certaines régions. » Nous ne sommes qu’au début de l’enfer climatique.

    9 feux sur 10 sont d’origine humaine

    Or, neuf feux sur dix sont d’origine humaine, provoqués pour l’essentiel par des imprudences et des comportements dangereux. La responsabilité de tous est donc engagée, mais celle des pouvoirs publics doit être enfin assumée. Car la lutte contre les feux repose majoritairement sur les pompiers volontaires. Ils sont en manque de reconnaissance et de protection sociale. Ce combat pour leurs droits, les « soldats du feu » le mènent en s’engageant pleinement dans leur mission avec leur devise en bandoulière, « courage et dévouement ». Mais mourir, non, c’est insupportable, ce n’est pas fatal.

    Pour affronter les conséquences du réchauffement, les moyens humains et matériels doivent être décuplés et une bifurcation radicale pour des territoires vivables doit être amorcée d’urgence. Ce n’est pas le chemin choisi ces dernières années.

  • [Entretien] Pierre Thomas, éleveur bovin : « Le texte ne répond à aucun des problèmes du secteur agricole »

    [Entretien] Pierre Thomas, éleveur bovin : « Le texte ne répond à aucun des problèmes du secteur agricole »

    La Marseillaise : La loi d’urgence agricole est passée ce lundi à l’Assemblée nationale et cristallise les débats. Quel est votre regard ?

    Pierre Thomas : L’attitude du gouvernement et du ministère de l’Agriculture ne correspond absolument pas aux besoins du monde agricole, mais aux besoins de la finance de l’industrie agroalimentaire. À partir de là, il n’y a rien qui puisse aller. Sur la question agricole, les problèmes s’accumulent : un problème de revenus extrêmement important qui va avec un problème de reconnaissance du métier d’agriculteur, un problème de préservation de la biodiversité, un problème d’accès à l’eau, un problème de réchauffement climatique, un problème de souveraineté alimentaire. Cette loi ne répond à rien de tout ça.

    La gestion de l’eau, avec l’ambition de doubler les capacités de stockage à usage agricole, fait partie des aspects les plus contestés de la loi. Qu’en pensez-vous ?

    P.T. : C’est une mauvaise réponse aux problématiques agricoles, toujours sous le prisme du dogmatisme financier. On présente la création de réserves d’eau comme une solution à la sécheresse. Le problème est que cette solution ne va pas le rester très longtemps, peut-être durant 2, 3 ou 5 ans. Que va-t-il se passer quand les nappes [phréatiques] seront vides après avoir été pompées pendant des années ? Les agriculteurs n’auront plus de quoi produire et tout le monde aura été pénalisé par une gestion de l’eau déplorable. D’autant que ce ne seront que quelques agriculteurs qui auront accès à l’eau. Les bassines ne sont pas pour tout le monde. Il faut réfléchir à un autre type d’agriculture, qui prend en compte l’ensemble des aléas auxquels nous sommes confrontés, pas exclusivement les aléas financiers.

    Après une première tentative avec la loi Duplomb, ce texte propose la réintroduction de l’acétamipride et du flupyradifurone, deux pesticides interdits en France. Quels dangers représentent-ils ?

    P.T. : Remettre l’acétamipride est d’une stupidité phénoménale. Si la molécule est interdite, c’est parce qu’elle représente un danger pour la biodiversité, mais aussi pour la santé humaine. Ce pesticide peut provoquer des cancers.

    Y a-t-il une incompatibilité entre la compétitivité agricole recherchée et le respect de l’environnement ?

    P.T. : Il est illusoire de croire que l’agriculture française peut être compétitive au niveau international. Si on veut que les agriculteurs aient des conditions sociales décentes, et c’est absolument indispensable si l’on veut maintenir la biodiversité et travailler pour réduire notre empreinte carbone, on sera toujours plus cher. Par ailleurs, nous travaillons avec du vivant et il faut en tenir compte. Il ne faut pas chercher à maîtriser totalement la nature, nous n’y arriverons pas. Il faut utiliser ses atouts et complètement modifier notre logique agricole, vieille de 60 ans.

  • Agriculture : les impacts en cascade des canicules dans les Hautes-Alpes

    Agriculture : les impacts en cascade des canicules dans les Hautes-Alpes

    Quand je suis arrivé et que j’ai vu ça, j’ai pleuré. » Fin juin, Mattéo Delabre, arboriculteur et éleveur de poules à Barcillonnette, a vu huit lignes de pommiers partir en fumée suite à des étincelles provoquées par un dysfonctionnement d’une moissonneuse-batteuse. « Les pompiers sont arrivés pile à ce moment-là, ils ont sauvé en priorité les habitations, c’est normal, mais pendant ce temps les vergers ont cramé », raconte-t-il. Pour lui, il est évident que la sécheresse actuelle a permis aux flammes de rapidement s’étendre. « La même chose est arrivée la semaine d’après à Lardiers. Il n’y a pas eu de gros dégâts mais on a jamais vu la végétation aussi sèche à ce moment de l’année », affirme-t-il. Le dommage n’est pas seulement matériel. « Le problème, c’est déjà la perte affective, ces vergers ont été plantés quand mes parents se sont installés, et ces haies, ça me fait mal au cœur, elles ont mis des décennies à se former, déplore-t-il. Ensuite c’est tout le travail, il faut qu’on coupe, qu’on dé-souche, on pourra pas replanter du pommier à cet endroit. C’est un gros chantier dont on n’avait pas forcément besoin. »

    Si la sécheresse apparaît comme la conséquence évidente des épisodes de chaleur, les impacts sont multiples. Le 21 juin, Chantal Bonetti, maraîchère à Embrun, a, elle, perdu une quinzaine d’animaux noyés et des dizaines de m² de cultures endommagées par des inondations soudaines. Pour elle, le problème n’est pas la sécheresse, mais l’apparition d’orages, favorisés par les canicules, qui entraînent des intempéries intenses. « On ne peut pas imaginer le stress que c’est, il y a des orages tous les huit ou dix jours et chaque fois on se demande si ça va déborder, rapporte Chantal. Quand tout déborde, alors il faut vite nettoyer, laver toute la gadoue. Pendant ce temps, je n’ai pas fait le désherbage de mes cultures. On prend du retard, ça nous rajoute un travail de fou. »

    Des infrastructures inadaptées

    Pour elle, ces inondations viennent aussi d’une buse d’évacuation des eaux, trop étroite, qui déborde systématiquement lorsque les pluies font gonfler le torrent de Charance, à quelques centaines de mètres de sa ferme. Ces épisodes, au-delà des dégâts immédiats, posent la question de l’adaptation des pratiques et des infrastructures.

    « La gestion collective de l’eau, c’estun énorme sujet, questionne Mattéo Delabre. Les dernières sécheresses qu’on a vécues ne sont pas dues qu’au réchauffement climatique en lui-même mais à l’assèchement systématique de toutes les zones humides, de toutes les terres agricoles. Pendant des siècles, on a drainé tous les sols, asséchées toutes les mares pour que l’eau coule le plus vite et le plus directement possible vers la mer. Aujourd’hui, on se rend compte des répercussions, l’eau s’infiltre et elle file, elle ne reste pas. » En dépit d’actions politiques qu’il juge insuffisantes, à son échelle, il a installé des mares autour de son exploitation et reforesté les berges de la rivière voisine. « J’aime dire qu’on améliore la “robustesse”de nos cultures, souligne-t-il. Aujourd’hui on parle beaucoup de résilience, c’est le mot à mettre pour avoir des subventions, mais la résilience ça veut dire revenir au même stade après avoir encaissé un choc. La robustesse ça veut dire évoluer pour rester solide. »

    Orages et intempéries, l’autre conséquence de la canicule

    La succession d’orages depuis plusieurs jours est aussi liée aux fortes chaleurs, explique Nicolas Roux, responsable du Centre météorologique des Alpes du Sud : « Lorsqu’on a une masse d’air très chaud en basse couche, qui se réchauffe à mesure que la canicule se poursuit, des changements de masse d’air conduisent généralement à des situations orageuses, qui requièrent de l’air chaud et humide. En fin de canicule, les orages font aussi diminuer les températures. Quelque part, ils annoncent la fin de la canicule tout en y mettant fin. »

  • [Entretien] « À l’échelle des Alpes, nous ignorons les effectifs de lièvres variables »

    [Entretien] « À l’échelle des Alpes, nous ignorons les effectifs de lièvres variables »

    La Marseillaise : Y a-t-il beaucoup de lièvres variables dans les Alpes françaises ?

    Jérôme Letty : Nous n’avons pas une vision claire des effectifs à l’échelle des Alpes, ni de données permettant de dire s’il y a une baisse. Nous avons une idée à des échelles plus petites, sur certains massifs ou dans certaines vallées. Mais les données manquent à d’autres endroits, notamment dans les massifs plus à l’écart. Or, c’est probablement dans ces massifs où les sommets sont moins hauts qu’il est le plus exposé à l’évolution de l’environnement. Pour la gestion de l’espèce, ces données seraient précieuses et intéresseraient nos partenaires – parcs naturels nationaux, régionaux et fédérations de chasse.

    Y a-t-il d’autres espèces exposées aux « sky islands », c’est-à-dire qui voient leur aire de répartition se restreindre à des zones isolées en altitude avec le réchauffement climatique ?

    J.L. : Oui, le lagopède alpin est encore plus contraint car il est spécifiquement adapté à la vie en milieu arctique. Le lièvre variable peut vivre à des altitudes où il y a encore de la forêt, mais pas le lagopède. Il vit au-dessus, entre 1 800 et 3 000 mètres, dans les pelouses rases, les éboulis et les combes à neige. Par contre, il vole, ce qui peut être un avantage pour passer d’un massif à l’autre. Mais cela fonctionne jusqu’à un certain point…

    Lequel ?

    J.L. : C’est toute la question que nous voudrions explorer. Il ne peut pas voler sur de très longues distances, donc il n’arrive pas à traverser les vallées trop larges, au-delà de quelques kilomètres.

  • [Biodiversité] L’étau se resserre sur le lièvre variable alpin

    [Biodiversité] L’étau se resserre sur le lièvre variable alpin

    Difficile d’apercevoir le lièvre variable dans les Alpes : il vit plutôt la nuit et c’est un roi du camouflage avec un pelage qui blanchit en hiver. Cela pourrait être encore plus difficile demain tant le réchauffement climatique le pousse vers les sommets, le cantonnant à des « îlots dans le ciel » (« sky islands », en anglais) desquels il peine à s’échapper. Sans compter qu’il entre en compétition avec le lièvre d’Europe, qui peuple d’ordinaire les plaines mais tend à monter en altitude. C’est ce que révèle une étude publiée dans Global Change Biology. « C’était attendu mais notre modèle offre une vision à grande échelle de la connectivité génétique des deux espèces sur les Alpes françaises », résume Jérémy Larroque, ancien chercheur au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier, aujourd’hui à l’Université de Lyon, et premier auteur de l’étude.

    Des analyses ADN sur des échantillons prélevés sur des individus chassés et des crottes ramassées sur le terrain permettent de dire où se trouvent les lièvres variables et les lièvres d’Europe et où ils sont capables de passer ou pas. Il montre aussi la compétition entre les deux qui ne peuvent parfois pas coexister. « Nous savions que cela existait car en Scandinavie, quand le lièvre d’Europe a été introduit au XIXe siècle, il a repoussé le lièvre variable vers le nord », souligne Jérôme Letty, chargé de recherche à l’Office français de la biodiversité, à Pérols, et coauteur de l’étude. La même chose se produit dans les Alpes, mais vers les sommets.

    Corridors

    Le lièvre variable pourrait-il disparaître de nos montagnes ? « Si le réchauffement climatique se poursuit, c’est une possibilité, estime Jérôme Letty. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est sans doute passé dans les Pyrénées. » Le lièvre variable y était présent lors de la dernière glaciation, au Paléolithique, avant de disparaître. « Les Alpes sont aujourd’hui la limite la plus au sud de son aire de répartition. C’est là qu’il est le plus exposé », ajoute le chercheur. De plus, l’isolement des populations en altitude renforce le risque de consanguinité et menace la pérennité de l’espèce.

    Pour l’heure, le modèle identifie des corridors à protéger à moyenne altitude afin que le lièvre variable puisse continuer à se disperser. « Nous pourrions imaginer y limiter le développement humain, glisse Jérémy Larroque. Mais la montagne reste un lieu avec des contraintes liées à l’urbanisation et au tourisme. » Les chercheurs mentionnent aussi les lâchers de lièvres d’Europe pour la chasse récréative qui pourraient favoriser l’expansion de l’espèce, au détriment du lièvre variable. « Il n’y a aucune réglementation à ce sujet en France », écrivent les auteurs. Quant à la hausse des températures qui pousse le lièvre variable en altitude, la solution pour y remédier est bien connue : limiter les émissions de gaz à effet de serre.

  • Dans les Hautes-Alpes, plusieurs bassins-versants en vigilance sécheresse

    Dans les Hautes-Alpes, plusieurs bassins-versants en vigilance sécheresse

    Les bassins-versants du Drac, du Buëch et de la Haute-Durance ont été placés en vigilance sécheresse. C’est la décision prise ce mardi par le comité départemental de gestion de l’eau des Hautes-Alpes. Trois bassins auxquels s’ajoute celui de la Méouge, en vigilance depuis le 25 juin. Le comité explique que les débits des cours d’eau présentent des « niveaux bas pour un début de saison estivale », en raison « des fortes chaleurs et les précipitations plutôt localisées de fin juin ont entraîné une dégradation progressive de l’humidité des sols et des débits ». Or, la situation ne devrait pas s’améliorer dans les prochains jours prévient l’organisme : « Les prévisions météorologiques pour les jours à venir annoncent un temps plutôt chaud et sec, avec possibilité d’averses orageuses ce week-end, ne permettant pas d’envisager une amélioration de la situation. »

    À ce stade, le niveau de vigilance « n’impose pas de restrictions temporaires des usages de l’eau ». Le comité invite néanmoins les usagers (particuliers, entreprises, collectivités, agriculteurs, etc.) à « limiter volontairement leurs prélèvements », et encourage « l’adoption de comportements de gestion économe de la ressource en eau » afin de « ralentir ou de réduire autant que possible la dégradation de la situation hydrologique ».

    Au bord des cours d’eau, les fédérations de pêche sont en vigilance, et scrutent le débit. « Pour l’heure, on est encore à 2m³/s de débit du Buëch à Serres, donc seulement en vigilance, rapporte Pierre Choffel, président de l’association agréée de pêche du Buëch. Le seuil d’alerte est à 1m³/s, mais je pense que cet été on va y avoir droit s’il n’y a pas de gros épisodes d’orages qui viennent arroser les prairies. » L’autre risque, explique Pierre Choffel, c’est que la température des cours d’eau se réchauffe, ce qui menace la biodiversité qui peuple les rivières. « Un cours d’eau qui dépasse les 25°C, pour la truite fario, c’est létal », prévient-il.

    De nouvelles vagues

    de chaleurs attendues

    À échelle nationale, le mois de juin a été le plus chaud jamais enregistré par Météo-France, la vague de chaleur, de deux jours plus courte a été plus intense que celle de l’été 2003, les 40°C ont été dépassés au moins une fois sur plus de 40% du territoire. Le déficit de précipitations atteint près de 50% sur l’ensemble du mois. En juin 2026, 16% des cours d’eau de l’Hexagone étaient à sec, contre 6% en juin 2025. La situation des cours d’eau, déjà très fragilisés, ne devrait pas s’améliorer, avec le dérèglement climatique ces épisodes sont appelés à se multiplier. Les prévisions Météo-France anticipent un été marqué par de nouvelles vagues de chaleur.

  • Adapter les conditions de travail au climat

    Adapter les conditions de travail au climat

    « Quand on parle de fortes chaleurs, on parle d’un enjeu de vie ou de mort pour de nombreux travailleurs et travailleuses », martèle d’emblée Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. La centrale syndicale a présenté jeudi lors d’une conférence de presse, un plan de lutte pour l’adaptation des conditions de travail au changement climatique. Hasard du calendrier (ou pas), dans son 8e rapport annuel publié quelques heures plus tôt, le Haut Conseil pour le climat (HCC) pointe « les impacts du changement climatique [qui] deviennent de plus en plus dangereux ». La France « n’est pas prête », estime l’organisme indépendant créé en 2018, jugeant « impératif » qu’elle « change d’échelle dans l’ampleur, la portée et la vitesse de mise en œuvre des actions d’adaptation ». Parmi les 82 recommandations formulées – auxquelles le gouvernement a six mois pour répondre – le HCC réclame le renforcement du « cadre réglementaire en santé au travail ».

    La CGT a pris les devants et tiré la sonnette d’alarme. À l’issue d’une réunion avec les différentes fédérations, au moins dix morts au travail sur ces trois épisodes caniculaires, ont été recensés. Sophie Binet intime le ministre du Travail de publier « immédiatement » les chiffres officiels des accidents mortels liés à la chaleur. À ces drames s’ajoutent des « centaines de malaises » et « d’accidents » : « des travailleurs et des travailleuses qui poursuivent leurs journées malgré les vertiges, la déshydratation, les nausées ou l’épuisement, parce que les objectifs de production fixés par les patrons, eux, ne connaissent pas la canicule », pousse la numéro 1 de la CGT.

    La centrale a mis en ligne le 4 juillet dernier sur son site internet un « calculateur de chaleur »*. Cette grande enquête nationale élaborée par les statisticiennes de la CGT, la Dares et la Drees vise à recueillir des témoignages de salariés et recenser leurs revendications. Les premiers résultats sont édifiants. Sur les 5 000 personnes ayant répondu en cinq jours seulement, 9 salariés sur 10 jugent les dernières canicules « pénible », « très pénible » ou « insupportable ».

    Au moins 10 morts

    au travail

    Dans ce plan, l’une des mesures principales est l’interdiction systématique du travail en extérieur au soleil, ou entre midi et 18h à partir des alertes orange et rouge, y compris pour les travailleurs micro-entrepreneurs ou abusivement considérés comme tels (livreurs à vélo liés aux plateformes numériques), en prévoyant le maintien des rémunérations, sans report des heures de travail, écrit le syndicat. Météo France a placé en vigilance rouge neuf départements de l’Ouest et 76 départements en orange pour la journée de vendredi. Dans le BTP, « on en est à une bonne grosse douzaine d’hyperthermies sévères, ce qui veut dire qu’il y aura potentiellement des séquelles permanentes », gronde Frédéric Mau, de la Fédération nationale des salariés de la construction, bois et ameublement CGT.

    Le syndicat réclame par ailleurs la création d’un système de congé intempéries avec maintien du salaire à 100 %, qui peut être activé en cas d’alerte orange ou rouge, sur validation du CSE et financé par une cotisation des plus grosses entreprises. « Il y a besoin (de) mesures pour l’ensemble des travailleurs et des travailleuses et que ces mesures soient prévues par le Code du travail pour garantir l’égalité des droits », poursuit Sophie Binet, refusant que le sujet soit renvoyé « au bon vouloir des employeurs ».

    Le Premier ministre présidera ce vendredi une cellule interministérielle de crise consacrée à la canicule. Face à cela, le système de santé est, une nouvelle fois, en première ligne. « Il y a des morts à l’hôpital, dans les Ehpad et à domicile (…) On sait que bilan va être terrible », s’alarme Barbara Filhol, secrétaire générale de la CGT Santé et Action sociale. La fédération prévoit une minute de silence le 8 septembre « pour celles et ceux qu’on n’aura pas pu sauver » et une journée de mobilisation le 15 septembre. Toutes les professions sont en tension. « L’hôpital n’a pas de climatiseurs donc il en demande aux pompiers », souffle Sébastien Delavoux, animateur réseau CGT Sdis. Déshabiller Pierre pour habiller Paul. Pendant ce temps, la saison des feux est déclarée, plus violente que jamais. « D’année en année les interventions augmentent et les moyens diminuent », grince le sapeur-pompier, « l’été ne fait que commencer ».

  • Question de classe

    Question de classe

    N’en déplaise à un présentateur de télévision à succès, non tout le monde n’a pas chaud de la même manière. Non on n’est pas « tous logés à la même enseigne ». Selon que l’on travaille avec un marteau-piqueur sur une autoroute surchauffée ou en pianotant sur un clavier dans un bureau climatisé, on n’est pas tous logés à la même enseigne.

    Selon qu’on habite un logement social mal isolé ou une villa climatisée avec piscine, on n’est pas logé à la même enseigne.

    Les questions soulevées par le dérèglement climatique sont des questions de classe.

    Rapport
    de forces

    Quels droits pour les travailleurs qui sont en première ligne dans la fournaise ? Quelles améliorations des conditions de travail ? Quelles nouvelles protections des salariés face à ces nouveaux défis ?

    Des organisations syndicales, singulièrement la CGT, posent des revendications en la matière. C’est une bouffée d’oxygène là où, trop souvent, le sujet est réduit à des déplorations verbales et à des bavardages météorologiques.

    Le dérèglement climatique est un fait.
    Il est nécessaire de mettre en place des mesures à l’échelle planétaire pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et freiner le phénomène mais aussi urgent de conquérir des droits collectifs.

    Cela ne se fera pas sans établir un rapport de force avec le patronat qui minimise les effets des fortes chaleurs et dont certains secteurs sombrent dans le déni du dérèglement du climat.

    Cette confrontation qui s’annonce, a le mérite de poser en grand, et au-delà des fortes chaleurs, la question des conditions de travail trop souvent effacée du débat public.

    N’en déplaise à un présentateur de télévision à succès, non tout le monde n’a pas chaud de la même manière. Non on n’est pas « tous logés à la même enseigne ». Selon que l’on travaille avec un marteau-piqueur sur une autoroute surchauffée ou en pianotant sur un clavier dans un bureau climatisé, on n’est pas tous logés à la même enseigne.

    Selon qu’on habite un logement social mal isolé ou une villa climatisée avec piscine, on n’est pas logé à la même enseigne.

    Les questions soulevées par le dérèglement climatique sont des questions de classe.

    Rapport de forces

    Quels droits pour les travailleurs qui sont en première ligne dans la fournaise ? Quelles améliorations des conditions de travail ? Quelles nouvelles protections des salariés face à ces nouveaux défis ?

    Des organisations syndicales, singulièrement la CGT, posent des revendications en la matière. C’est une bouffée d’oxygène là où, trop souvent, le sujet est réduit à des déplorations verbales et à des bavardages météorologiques.

    Le dérèglement climatique est un fait. Il est nécessaire de mettre en place des mesures à l’échelle planétaire pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et freiner le phénomène mais aussi urgent de conquérir des droits collectifs.

    Cela ne se fera pas sans établir un rapport de force avec le patronat qui minimise les effets des fortes chaleurs et dont certains secteurs sombrent dans le déni du dérèglement du climat.

    Cette confrontation qui s’annonce, a le mérite de poser en grand, et au-delà des fortes chaleurs, la question des conditions de travail trop souvent effacée du débat public.

  • Les collectivités au chevet des plus fragiles

    Les collectivités au chevet des plus fragiles

    Quand le thermomètre grimpe, la solidarité ne peut pas rester un slogan. Depuis le 1er juin, CCAS, écoles, crèches, piscines et médiathèques sont redevenus les avant-postes d’un service public de proximité que la canicule met à l’épreuve. Dans le Gard comme dans l’Hérault, les collectivités activent leurs plans de protection des plus vulnérables : personnes âgées isolées, enfants, habitants précaires, agents exposés. Héritiers de la loi de 2004, née après le drame sanitaire de 2003, les maires ont aussi une responsabilité concrète : repérer, prévenir, appeler, ouvrir des lieux de répit.

    À Nîmes, le CCAS s’appuie sur le dispositif Allô Seniors pour appeler les personnes inscrites au registre canicule, organiser des visites si nécessaire et distribuer près de 1 100 colis alimentaires en juillet-août. La Ville recense aussi ses îlots de fraîcheur sur son application : fontaines, jardins publics, lieux climatisés. En vigilance rouge, musées et piscines municipales peuvent devenir gratuits, tandis que les centres sociaux élargissent leurs horaires. Dans les écoles, 2 200 ventilateurs et 1 100 brumisateurs ont été déployés, faute d’un bâti partout adapté. Les crèches, elles, bénéficient d’une climatisation intégrale, quand certains groupes scolaires disposent déjà d’espaces rafraîchis.

    L’urgence faute d’anticipation

    Montpellier pousse plus loin la logique des lieux refuges : appels de courtoisie du CCAS, clubs seniors, médiathèques, piscines, musées, fontaines publiques, mais aussi 83 écoles déjà équipées d’une salle rafraîchie à 25°C. Les crèches disposent chacune d’une pièce refuge. À Béziers, le plan canicule cible les bénéficiaires de l’aide à domicile et du portage de repas, avec un espace senior climatisé. À Alès, le CCAS adapte ses horaires d’été et s’appuie sur le plan communal de sauvegarde. Même les préfectures ajustent les règles, comme dans l’Hérault, où les chantiers peuvent démarrer dès 6h en vigilance orange ou rouge pour épargner les ouvriers des heures les plus brûlantes.

    Reste le fond du problème : ces dispositifs reposent souvent sur l’inscription volontaire, laissant parfois hors radar les plus isolés. Et les collectivités bricolent avec des budgets contraints face à des bâtiments conçus pour l’hiver, pas pour l’été. « On a travaillé sur l’économie d’énergie l’hiver mais pas du tout l’été », résume Philippe Ribot, président des maires du Gard. Ventiler, appeler, ouvrir des salles : nécessaire. Mais sans rénovation thermique massive, débitumisation et végétalisation, la protection restera trop souvent une réponse d’urgence à une crise devenue permanente.

  • À Marseille, la veille sociale crée des liens entre jeunes et personnes âgées

    À Marseille, la veille sociale crée des liens entre jeunes et personnes âgées

    « Allô bonjour ! », salue au téléphone Méline, 18 ans, opératrice de veille sociale estivale au Centre communal d’action sociale de Marseille. Cet été, vingt jeunes, dix en juillet et dix en août, passeront des milliers d’appels téléphoniques auprès des seniors marseillais pour les protéger des fortes chaleurs et de la canicule, dans le cadre du renforcement de la veille sociale du Centre. « Quand on appelle la personne, on essaye de créer un lien avec elle. On lui demande si tout se passe bien chez elle, si elle pense bien à s’hydrater », explique l’un d’entre eux. Sans oublier de leur rappeler aussi les bons gestes à adopter en cas de fortes chaleurs. « Ils ont conscience que la canicule dure de plus en plus longtemps et qu’elle est plus fréquente. Ils nous disent souvent qu’ils en souffrent », confie Méline, étudiante en prépa commerciale. Mais les appels ne s’arrêtent pas aux conseils pour faire face à la chaleur. Les opérateurs veillent aussi à ce que les personnes âgées ne soient pas isolées. « Vous avez de la famille qui vient vous rendre visite ? », demande, en ligne, l’un des jeunes à une personne âgée. « Oui, mes enfants et petits-enfants n’habitent pas loin. Je suis bien accompagnée. Pour l’instant, je touche du bois, tout va très bien », se réjouit cette senior.

    Des visites de convivialité

    Dans le cas où une personne âgée est isolée, une visite de convivialité est organisée à son domicile. Les opérateurs se rendent en binôme chez elle. L’occasion de lui donner un kit pour lutter contre la chaleur et, c’est la nouveauté cette année, de la sensibiliser aux écogestes. Mais aussi de lui tenir compagnie le temps d’une heure ou deux. « On essaye de partager un bon moment avec elle, de lui faire plaisir, pour qu’elle ne se sente pas seule », explique l’un des opérateurs. La visite est rythmée de discussions et d’anecdotes. « Ils racontent souvent leur enfance. Ce sont des personnes qui ont eu des vies remplies et extrêmement différentes. Pour les plus joueurs, on leur propose de faire un jeu de cartes », s’enthousiasme Méline. Et parfois, ce sont les personnes âgées elles-mêmes qui proposent une partie de Scrabble. « Derrière chaque appel, derrière chaque visite, il y a une attention portée à une personne. Un échange, un sourire, une présence. Souvent même une intervention qui permet d’éviter que les situations ne se dégradent. C’est cela l’esprit de la veille sociale, être présent avant qu’il ne soit trop tard. Être à l’écoute, aller vers celles et ceux qui en ont le plus besoin. Au CCAS de Marseille, nous sommes convaincus qu’une politique sociale efficace est avant tout une politique de proximité. Une politique qui protège, une politique qui innove, une politique qui ne laisse personne de côté », exprime Karim Touche, président du Centre communal d’action sociale et adjoint au maire de Marseille. À ce jour, 8 000 personnes sont inscrites dans le registre du Centre. Il est aussi possible d’inscrire quelqu’un d’autre que soit. Une initiative qui ne laisse pas indifférents les opérateurs. « Ça fait du bien. On tire des leçons de ces échanges. C’est constructif, pour les personnes âgées, mais aussi pour nous », constate Rafaël, 20 ans, opérateur et étudiant en troisième année en BUT réseau et télécommunication à Luminy. Un sentiment partagé par Méline. « J’aime le côté intergénérationnel. Je l’ai déjà fait l’été dernier. J’ai noué des liens avec certaines personnes. Revenir me permet de reprendre des nouvelles. »