Tag: réchauffement climatique

  • COP30 : l’urgence à agir rappelée par les associations d’Occitanie

    COP30 : l’urgence à agir rappelée par les associations d’Occitanie

    « La survie de l’humanité est en jeu ». Dans un monde pourri par l’argent, où les intérêts particuliers priment sur l’intérêt général, Simon Popy n’y va pas par quatre chemins. « On a besoin d’un changement radical. Sinon c’est la fin du monde tel qu’on le connaît », alerte le président de France nature environnement (FNE) Occitanie Méditerranée.

    La COP30 marquera-t-elle le début d’un tournant mondial salvateur ? Rien n’est moins sûr. Mais le militant espère a minima une « piqûre de rappel » sur l’inquiétante réalité d’un climat qui se réchauffe plus vite que prévu et l’urgence à réagir à l’échelle internationale. « Face au fake news, le minimum c’est qu’on nous rappelle au monde réel. On doit mettre de côté la logocratie, la voix de celui qui parle le plus fort ».

    En disant cela, Simon Popy pense notamment au retrait des USA sous la pression de Trump. Une absence de taille qu’il envisage comme une « opportunité » pour les Brics, les pays du Sud étant les premiers touchés par le réchauffement climatique. « Le Brésil est confronté à beaucoup d’enjeux environnementaux autour de l’Amazonie. Après Bolsonaro, ils ont une carte à jouer ». Quant à la Chine, qui a déjà pris le virage des énergies renouvelables au contraire des USA arc-boutés sur leurs énergies fossiles, « elle peut avoir le champ libre pour être moteur elle aussi », positive-t-il sans s’attendre à des miracles. Il s’interroge aussi sur les positions de l’Union européenne. Sera-t-elle plus « exemplaire » ? Là encore difficile d’être optimiste tandis « qu’elle détricote les droits sociaux, environnementaux et qu’elle contribue à accroître l’accaparement des richesses par une minorité prédatrice ».

    Pour le président de FNE Occitanie Méditerranée, il existe deux sujets majeurs dans cette COP30. D’abord la question du financement de la transition écologique. « 65% des financements passés étaient des prêts aux pays émergents ! On est quasiment sur du néocolonialisme. Il faut un financement réel. Sans quoi la suite logique sera l’aggravation de la dette ». Second axe majeur, celui de la justice environnementale. Entre « le nord et le sud » mais aussi entre « les populations les plus pauvres et l’oligarchie dominante ». Or, il estime qu’en France, on est loin du compte. « On voit bien avec la politique de la droite sur les carburants, les ZFE, que c’est toujours la faute des pauvres ». Selon Simon Popy, il faut « avoir le courage d’interroger la responsabilité des grandes entreprises qui poursuivent leur fuite en avant comme Total ou Bouygues ».

    Taxer le kérosène

    et les billets d’avion

    Du côté dAternatiba Montpellier, Cathy Valat « n’attend pas grand-chose et à la fois beaucoup » de cette 30e conférence sur les enjeux climatiques. Sans Bolsonaro, « Le Brésil n’est pas une dictature », observe-t-elle. De plus, le pays fait face à une « grosse mobilisation des peuples autochtones sur la déforestation ». Elle rappelle que le 28 septembre, une journée solidaire à leur appel avait mobilisé plus d’un millier de personnes à Montpellier. « Un sommet des peuples est prévu », positive la militante.

    Jugeant « dramatique » le retrait des USA, elle craint toutefois une montée des discours climato-sceptiques. « Les intérêts financiers prennent toujours le pas. Avec le greenwashing, le capitalisme a plus d’une arme dans sa besace ». Sans la mettre au même niveau que celle de Trump, elle juge la politique d’Emmanuel Macron « erratique » en matière écologique. « Il n’y a aucune stratégie du gouvernement français. Macron se fait mousser mais Total continue de forer en Afrique. »

    Fidèle au slogan d’Alternatiba – Changeons le système, pas le climat ! – Cathy Valat refuse pourtant de baisser les bras. Membre du collectif Atterrissons d’urgence, elle persiste à dire qu’il existe des solutions raisonnables contre le réchauffement. « Taxons le kérosène des avions et augmentons les taxes sur les billets d’avion. ». Tandis que l’aviation reste « le seul secteur à qui on ne demande jamais d’efforts », elle déplore le fleurissement de publicités en faveur de vols européens à des prix attractifs juste pour un week-end. « Cela provoque des demandes qui n’existaient pas. »

  • La gestion de l’eau, nouveau pontentre l’Afrique et l’Europe

    La gestion de l’eau, nouveau pontentre l’Afrique et l’Europe

    La gestion de l’eau est l’un des angles morts des COP car elle n’est que très peu abordée au sein des COP climat ou des COP biodiversité alors que c’est probablement l’un des tous premiers marqueurs du changement climatique », regrette Eric Servat. Depuis 2021, le chercheur et hydrologue dirige le Centre international français Unesco sur l’eau (Icireward) basé à Montpellier qui multiplie les partenariats de recherche avec les laboratoires africains.

    « Quasiment tous les projets que nous finançons sont des programmes qui se déroulent avec des partenariats du Maroc, de Tunisie, du Sénégal, de Côte d’Ivoire etc. Nous tentons d’avoir une réflexion partagée sur les questions liées à l’eau parce qu’on voit par exemple que dans certaines parties du Maroc, les précipitations sont extrêmement faibles et nous avons, nous aussi en France, un cycle de l’eau perturbé », précise l’auteur du « Grand défi de l’eau » sorti début septembre.

    Aujourd’hui, la plupart des projets sont menés en Afrique permettant ainsi d’acquérir un grand nombre de données qui permettent aux pays du nord de la Méditerranée de s’adapter plus rapidement au dérèglement climatique. « Nous cofinançons par exemple un projet au Maroc sur les mécanismes de recharge des aquifères qui nous permet d’étudier la vulnérabilité et le renouvellement des eaux souterraines dans les milieux karstiques. Or ces milieux, ce sont ceux que nous connaissons dans l’Hérault », détaille Eric Servat.

    Le centre, qui finance aussi des projets sur le bassin de Thau et plus largement sur le Languedoc, participe aussi au programme « Défi water Occitanie » financé par la Région dont l’ambition est de travailler sur la réutilisation de l’eau. « Plusieurs laboratoires travaillent sur ce projet avec des « living labs » qui sont des expérimentations à grande échelle sur un temps long », explique Eric Servat.

  • L’agriculture occitane va devoir anticiper et vite s’adapter

    L’agriculture occitane va devoir anticiper et vite s’adapter

    Il va falloir entièrement réorganiser les filières agricoles. » Régulièrement pris à partie sur les réseaux sociaux par les climatosceptiques, Serge Zaka défend un discours alarmiste mais étayé scientifiquement quant à l’avenir incertain de l’agriculture en Occitanie.

    L’agroclimatologue héraultais aime à rappeler que le Sud de la France, en raison des influences de la Méditerranée, compte parmi les régions les plus exposées aux effets du changement climatique. Des influences déjà perceptibles eu égard aux gels hivernaux, aux pluies torrentielles ou aux canicules estivales appelées à devenir la norme d’ici 2050. « Ce n’est plus seulement l’agriculture mais l’écosystème lui-même qui est touché », nous expliquait-il encore au début de l’été, au moment de donner une conférence lors des Univershiftés.

    Connue pour sa résistance à la sécheresse, la vigne, qui souffre déjà du « stress hydrique », sera à terme sous la menace du « stress thermique ». La transition vers les cépages résistants est déjà enclenchée. Et les collectivités (Région, Départements) lancent les premiers projets de retenues hivernales pour l’irrigation. Mais avec un climat d’ici 30 ans comparable à celui de l’Andalousie, cela risque de ne pas être suffisant si rien n’est fait pour enrayer le phénomène à l’échelle mondiale. Quand on s’approche des 50 degrés au soleil c’est un fait : aucun humain, animal, ni végétal ne résiste à quelques exceptions près (plantes grasses type cactus, scorpions, serpents…).

    Les experts en sont convaincus : si on peut imaginer que de la vigne puisse être plantée plus au nord de la région, des productions agricoles devront être abandonnées. « Au lieu de planter des abricotiers on va plutôt planter des oliviers, au lieu de planter de la vigne, on va planter des pistachiers ». Tout porte à penser que la filière agricole va devoir se réorienter vers des variétés moins gourmandes en eau comme le sorgho, le figuier, l’amandier, la grenade, le pois chiche, la patate douce…

    Des changements drastiques qui doivent s’anticiper au plus vite car ils nécessitent d’énormes investissements. Au-delà de la France, l’Europe devra mettre la main au porte-monnaie pour accompagner l’interprofession. Sans quoi les régions méditerranéennes risquent de devenir importatrices.

  • Montpellier végétalise pour « rafraîchir » la ville

    Montpellier végétalise pour « rafraîchir » la ville

    Le 27 juin 2019, sur la place de la Comédie, il a fait 49 degrés. Les gens fuyaient  », se souvient Michaël Delafosse. « Et à l’horizon 2050, on nous annonce potentiellement le climat d’Alger ». Nous sommes le 21 mai dernier. Le maire de Montpellier vient de signer, avec Sylvain Waserman, président directeur général de l’Agence de la transition écologique Ademe, la charte « Plus fraîche ma ville », qui vise à structurer et renforcer les politiques locales d’adaptation au changement climatique, avec un accent particulier mis sur la lutte contre les îlots de chaleur urbains.

    Cette signature s’est déroulée symboliquement sur l’Esplanade Charles de Gaulle, où la Ville a réalisé d’importants travaux de végétalisation, désimperméabilisation et rafraîchissement. « Ces travaux nous permettront de réduire les températures de 2 à 7°C », explique Michaël Delafosse.

    Une démarche qui s’inscrit dans la continuité des actions menées depuis 2020 par la municipalité afin d’adapter l’espace urbain au changement climatique. Au premier rang desquelles la désimperméabilisation (de l’ordre de 20 ha sur la ville sur la durée du mandat, sachant qu’un sol de végétation ou de terre absorbe beaucoup plus la chaleur qu’un sol d’un autre type) et la plantation de 50 000 arbres – but qui devrait être atteint en début d’année prochaine – « pour créer de l’ombre et avoir une ville plus fraîche en période de canicule  », explique l’écologiste Stéphane Jouault. « L’adaptation consiste à planter des arbres mais aussi à diversifier les essences, car on ne sait pas exactement quelles sont celles qui résisteront au climat », poursuit l’adjoint en charge de la nature en ville et de la biodiversité.

    « On ne peut plus faire autrement »

    « Dès que cela a été possible en centre-ville, on a donc planté des arbres. Il y a en aura 7, par exemple, sur la place des Martyrs de la Résistance, devant la préfecture, dont les travaux sont en train de se terminer. L’objectif étant clairement de rafraîchir ce point dur de chaleur », illustre l’élu. Idem pour la place Max Rouquette, entièrement rénovée, où l’ancien parking des Arceaux a été remplacé par une « place-jardin » plantée de 130 nouveaux arbres, dont un tiers de la surface a été désimperméabilisée.

    La Ville encadre et encourage également le microfleurissement des rues. Objectif  : accompagner le citoyen dans son projet de végétalisation de l’espace public. Ces dispositifs de plantes grimpantes de long des façades « permettent de rafraîchir beaucoup l’intérieur des logements », assure Stéphane Jouault. Dans le quartier de la Méditerranée, où le microfleurissement est assez répandu, « un habitant nous disait dernièrement qu’entre son immeuble et celui d’à côté, il pouvait y avoir 5 degrés de différence en été ». Les habitants volontaires peuvent faire la demande d’un bon de végétalisation à la Ville. Les services municipaux s’occupent ensuite de la percée du trottoir en pied de façade, où la plante offerte par la collectivité pourra être mise en terre. À charge ensuite, pour les habitants, de l’arroser et l’entretenir.

    « C’est un dispositif très efficace, qui permet de rafraîchir là où on ne peut pas mettre d’arbres. Et ça prend bien : on a distribué 2 000 bons de végétalisation sur les microfleurissements en 5 ans », souligne Stéphane Jouault. « Aujourd’hui on fait une proposition et on attend que les gens viennent vers nous. Pour la suite, l’idée serait d’aller davantage à la rencontre des habitants pour les motiver, en sélectionnant des rues qui nous semblent propices et doivent être rafraîchies.  » Dans le même ordre d’idée, la Ville propose également un bon de végétalisation pour un don d’arbres fruitiers. « La majorité de l’espace est privée. C’est donc très bien de végétaliser l’espace public, mais c’est important aussi d’encourager la végétalisation de l’espace privé, car ça participe au rafraîchissement de la ville. »

    La municipalité s’attelle par ailleurs, depuis plusieurs années, à un problème de taille : adapter ses écoles aux températures estivales qui les transforment en chaudron, au point que tous les ans des parents se mobilisent pour alerter sur les températures relevées dans les classes (jusqu’à 36 – 38 degrés). « Un programme de rénovation thermique de certaines écoles est en cours. L’idée, ensuite, est d’avoir une salle climatisée dans chaque école – je crois qu’on y arrive bientôt – et d’installer des plafonniers dans les classes. Sans oublier la végétalisation des cours. On désimperméabilise et on plante le plus possible dans les écoles. » Une adaptation au long cours qui demande de gros investissements, mais « on ne peut plus faire autrement, il faut penser la ville dans ce sens-là. »

  • « Cette COP va acter l’échec de l’accord de Paris »

    « Cette COP va acter l’échec de l’accord de Paris »

    La Marseillaise : Cette COP s’ouvre dix ans après les accords de Paris, prévoyant de limiter le réchauffement climatique sous la barre de +1,5°C d’ici 2100. Dix ans plus tard, ces objectifs ne sont pas atteints et le dérèglement climatique s’accélère…

    Alix Roumagnac : Effectivement, le dérèglement s’est mis en place, il ne faut plus parler au futur. On a eu le tort, peut-être il y a 10 ans, de parler de 2050, 2100, sans se rendre compte que les conséquences étaient déjà là. Les récents événements climatiques, que ce soit l’ouragan Melissa en Jamaïque ou le super typhon aux Philippines, en attestent. Ça va être un des aspects de la discussion de cette COP. Aujourd’hui ce sont les pays qui ne sont pas les principaux émetteurs de gaz à effet de serre, comme la Jamaïque, les Philippines, qui en subissent les conséquences.

    Les objectifs de Paris sont-ils toujours atteignables ?

    A. R. : Je pense que cette COP va acter l’échec de ces objectifs et tenter d’en établir de nouveaux. On s’est déjà rapproché des +1,5°C, donc on sait qu’on ne va pas pouvoir les obtenir. Malgré l’échec, la trajectoire, qui se situait, il y a 10 ans, aux alentours de +4 °C à la fin du siècle, a été un peu modifiée. Un certain nombre de pays ont mis en place des actions et désormais, on est à +2,8°C ou +3°C à la fin du siècle. Ce n’est pas suffisant, mais on voit que ces COP, malgré toutes les difficultés que l’on connaît, ont quand même un effet. Toute la difficulté de cette nouvelle conférence va être comment bâtir quelque chose avec l’absence des États-Unis, un des principaux pollueurs et principaux émetteurs.

    Justement, l’absence des États-Unis ne risque pas de compromettre le moindre accord ?

    A. R. : Les États-Unis entraînent derrière eux un certain nombre d’États, soit des états de connivence doctrinale comme l’Argentine, qui suivent cette position et profitent de l’occasion pour ne plus avoir à faire d’efforts, soit certains qui ne veulent plus faire d’efforts car le principal pollueur n’en fait pas. C’est toute la difficulté de cette COP, que ce soit en termes d’atténuation comme en termes de compensation. Quand on parle des fonds à mettre en place pour compenser les pays qui subissent les conséquences du réchauffement, il est clair que les États-Unis ne voudront pas participer à cette compensation, et ça rend les choses compliquées. Que peut faire la communauté internationale dans cette situation ? Les pays européens ont dévoilé leur nouvelle feuille de route cinq jours avant le démarrage de la COP. Ce qu’on peut espérer, c’est la reprise du leadership européen pour essayer de donner une dynamique dans cette période un peu particulière.

    Un autre enjeu de cette COP est de sortir des énergies fossiles, mais ne faudrait-il pas envisager une baisse de la consommation ?

    A. R. : Ça va être une complexité supplémentaire. La baisse des énergies fossiles, paradoxalement, c’est la COP28 à Dubaï qui avait réussi à faire un petit pas en avant sur ce sujet. Là, le Brésil est quand même un pays producteur de pétrole. Il a encore récemment donné des nouvelles autorisations de licence pour du forage pétrolier. Donc on sent que cette COP ne fera certainement pas d’avancée supplémentaire sur la sortie des énergies fossiles. Ce sera plus certainement un sujet sur la préservation des forêts. La sortie des énergies fossiles est une chose mais on sait que le seul élément qui va permettre d’inverser la tendance, c’est une modification forte dans nos modes de consommation, quel type de croissance on peut avoir pour justement diminuer nos consommations. Et on voit malheureusement qu’aujourd’hui les intérêts particuliers de chaque pays et le développement économique prennent le pas de manière très forte sur l’intérêt général de la planète. C’est vrai aux États-Unis, mais c’est vrai partout dans le monde. En France, ces dernières années, les débats portent sur la limitation de la dette, l’augmentation du pouvoir d’achat mais la transition écologique est passée très en retrait de toutes les préoccupations que ce soit des politiques ou des citoyens. Pourtant, il y a trois, quatre ans, après le Covid, on observait une conscience écologique chez les citoyens avec des petites avancées. Là, on observe plutôt un recul de cette problématique.

    Ce recul sur l’environnement ne risque-t-il pas d’engendrer un sentiment de démobilisation, de résignation chez les citoyens ?

    A. R. : C’est complexe. Il y a une grande volonté aux COP – j’étais présent à la COP27, à la COP28. Le sujet, c’est plus d’arriver à convaincre l’opinion publique de l’intérêt de faire des petits pas. Ce combat doit être le résultat de petits efforts de chacun tous les jours. Le problème c’est qu’on a parfois des positions trop extrémistes. Selon le palmarès international des efforts des États en matière climatique de 250NOW, les premiers classés sont les pays scandinaves, la Suisse, le Luxembourg, et la France arrive septième. Sans aucune surprise, les derniers pays de l’OCDE sont les États-Unis, le Canada, l’Australie. Pourtant, en France, on a plutôt un sentiment général qu’on ne fait pas assez d’efforts. Et certaines associations mettent la France au tribunal alors qu’elle fait partie des leaders mondiaux à montrer l’exemple. Cette mise en cause peut affaiblir la voix de la France. Je pense que c’est un sujet qui devrait rassembler au-delà des oppositions. C’est un sujet prioritaire mondialement, la dette écologique est beaucoup plus grave que la dette financière. Aujourd’hui, on n’a pas de partis, de gens qui arrivent à se positionner sur ce sujet de manière suffisamment forte pour créer cette dynamique.

    Cette politique de petits efforts est menée par certaines associations et municipalités. Mais cette légende du colibri, popularisée par Pierre Rabhi, est-elle efficace ?

    A. R. : Oui, je crois beaucoup justement à l’effet colibri sur plusieurs sujets. C’est vraiment un marathon qu’on a à faire pour arriver à gagner cette bataille pour le climat. Et on n’a jamais gagné un marathon en partant en sprint. C’est une course de fond, un enchaînement. Un premier petit geste va donner envie le lendemain d’en faire un deuxième ou d’en faire plus. Et c’est vrai au niveau du citoyen, au niveau de la collectivité, de l’entreprise, de l’État. C’est cette dynamique générale qu’il faut générer.

    Propos recueillis par Louis Dupin

    « Les intérêts particuliers des pays prennent le pas sur l’intérêt général
    de la planète »

    « Nous avons besoin de solutions (…). Nous devons aller beaucoup plus vite »

  • La COP30 est-elle celle de la dernière chance ?

    La COP30 est-elle celle de la dernière chance ?

    La COP30 sera la « meilleure de toutes » et marquera la « mise en œuvre » des engagements de l’Accord de Paris conclu en 2015. Prise de conscience de l’urgence climatique ou vœu pieu qui se heurtera au mur des lobbies  ? Pour l’heure, il ne s’agit que des mots du président Lula.

    Le 10 novembre, dès l’ouverture de la 30e Conférence de Belém sur le climat qui se clôturera le 21 novembre, le président brésilien a appelé les participants à « infliger une nouvelle défaite aux négationnistes » du changement climatique. C’est-à-dire aux climatosceptiques qui, par ignorance ou plus souvent par intérêt financier, nient toujours l’évidence scientifique. À savoir que la planète court à sa perte en raison de la montée des gaz à effets de serre dus à l’activité humaine, exacerbée par le capitalisme sauvage, sa quête de profits qui passe par une croissance infinie.

    Il y a 10 ans, les pays s’étaient engagés à Paris à réduire drastiquement leurs émissions de CO2 de sorte de limiter le réchauffement à 1,5 degré. On sait déjà que le compte n’y sera pas. Les derniers rapports laissent craindre un réchauffement de l’ordre de 3 à 4 degrés à l’horizon 2100. En raison des renoncements ou des mesures de greenwashing, le seuil des Accords de Paris sera « presque inévitablement dépassé », concède Jim Skea, le président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).

    L’Occitanie dubitative

    La COP30, qui semble être l’une des dernières à pouvoir encore infléchir la fuite en avant, réussira-t-elle à gravir la montagne quand les éditions précédentes (Bakou, Dubaï, Charm el-Cheikh) ont accouché d’une souris ? Difficile d’y croire. Il faut dire que les USA sont pour la première fois un absent de marque, fustigés par le président Lula. « Si les hommes qui font la guerre étaient ici, ils se rendraient compte qu’il est beaucoup moins cher » d’investir dans la lutte contre le réchauffement de la planète. Au lieu de cela, Trump n’a envoyé aucune délégation officielle. Pire, il pourrait tirer en coulisses les ficelles pour faire capoter un accord responsable qui empiéterait sur les intérêts fossiles américains (pétrole, gaz, charbon). Toutefois, des dirigeants d’États américains sont bien présents. Notamment les gouverneurs du Nouveau-Mexique (Michelle Lujan Grisham) et de Californie, (Gavin Newsom). Probable candidat démocrate à la Présidentielle 2028, ce dernier a déclaré que « Donald Trump redouble d’imbécillité », qualifiant son recul « d’abomination ».

    Depuis l’Occitanie, où l’agroclimatologue Serge Zaka fait partie de ceux qui alertent sur l’avenir de l’agriculture en raison du passage d’un « stress hydrique à un stress thermique », les associations environnementalistes ne se font guère d’illusions. « Macron se fait mousser mais la politique du gouvernement est erratique. Total continue de forer en Afrique », déplore Cathy Valat. Membre d’Alternatiba Montpellier, la militante déplore encore plus la position négationniste du président américain. « Grâce au greenwashing, le capitalisme a plus d’une arme dans sa besace ». Côté France nature environnement (FNE), Simon Popy est un peu moins pessimiste. Il voit dans l’absence des USA une « opportunité » pour le Brésil et la Chine d’être moteur du changement. « Après Bolsonaro, le Brésil a une carte à jouer. La Chine a déjà fixé un cap ambitieux sur les énergies renouvelables ».

    Quoi qu’il en soit, « se lamenter n’est pas une stratégie », estime le chef de l’ONU climat, Simon Stiell. « Nous avons besoin de solutions (…) Nous devons aller beaucoup, beaucoup plus vite », a-t-il martelé en ouverture. Les plus optimistes parient sur le fait que le Brésil, où les populations indigènes d’Amazonie sont les premières exposées, aura à cœur de faire adopter des mesures contre la déforestation. Les choix énergétiques, les politiques de transport ou la justice environnementale seront également au cœur des discussions.

    Reste à savoir si les moyens financiers seront au rendez-vous, notamment en faveur des pays émergents. L’an passé, l’enveloppe de 300 milliards de dollars par an à l’horizon 2035 avait été jugée « ridicule » et l’accord qualifié de « néocolonialiste ».

  • COP30 : un sommet sous le signe de l’urgence

    COP30 : un sommet sous le signe de l’urgence

    Alors que deux semaines de négociations s’ouvrent ce lundi 10 novembre à l’occasion de la COP30, à Belém, au Brésil, le « sommet des leaders » organisé en amont, où ont défilé des dizaines de ministres et quelques chefs d’État et de gouvernement, laisse déjà entrevoir des points d’achoppement. Le tout sur fond de climatoscepticisme assumé par certaines puissances parmi les plus gros pollueurs, comme les États-Unis de Trump qui a ouvertement boycotté le rendez-vous. Mais les chiffres sont têtus…

    Les décideurs ont été forcés de réconcilier leurs discours avec le fait que les onze dernières années sont les onze plus chaudes jamais mesurées, selon un rapport de l’ONU publié le 29 octobre. Et pour l’année 2025, de janvier à août, la moyenne était déjà de 1,42 degré au-dessus de la température pré-industrielle, ce qui devrait en faire la 2e ou 3e année la plus chaude de notre histoire, derrière 2024. Une chaleur dont on meurt.

    Selon The Lancet Coutdown 2025, publié également le 29 octobre par la revue médicale britannique éponyme, depuis les années 1990, le nombre de décès liés à la température a grimpé de 63%, atteignant en moyenne 546 000 morts par an entre 2012 et 2021, cite le Réseau action climat France. Soit une hausse de 23% si l’on tient compte de la croissance démographique mondiale. Les événements météorologiques extrêmes, canicules, inondations, tempêtes, et surtout le manque d’adaptation à ces derniers, ont causé au moins 16 000 morts et déplacé plus de 800 000 personnes en 2024.

    L’année 2025 marque aussi les dix ans de l’Accord de Paris, signé par 195 pays, qui posait des objectifs clairs et visiblement partagés, comme le maintien du réchauffement sous la barre des 1,5 degré. Tout le monde s’étant engagé à mettre en œuvre des plans climat plus ambitieux, au plus tard cette année, pour y parvenir.

    Une France pas

    très exemplaire

    Si les dirigeants ont aujourd’hui admis que le monde n’y parviendrait pas, sans pour autant se résigner à 2 degrés, l’autre limite négociée alors, selon les scénarios les plus pessimistes, le réchauffement serait contenu entre 2,6 et 2,8 degrés, contre 4 annoncés avant l’adoption de l’Accord, note néanmoins le réseau action climat France. L’accord « ne suffit pas encore mais il fonctionne », estime l’association Oxfam qui liste également des avancées juridiques comme la reconnaissance du principe de justice climatique ou une certaine prise de conscience ou pour le moins une réorientation du monde de la finance. Avec « des marchés désormais contraints d’intégrer les risques climatiques », qui « réorientent progressivement les investissements vers les énergies renouvelables et les solutions bas carbone ».

    Mais pour le reste, rien n’a vraiment été respecté, relevant d’autant les enjeux de cette COP30. Notamment en termes de financement. Les pays du Nord avaient accepté de mettre au pot 1 300 milliards supplémentaires lors de la COP29 à Bakou, pour convaincre les pays du Sud de mettre aussi la main à la poche. De quoi dégager 300 milliards de dollars par an, en théorie. La France, dont le président Emmanuel Macron s’est plu à positionner en véritable leader climatique, appelant encore ce 6 novembre à « l’action face au fatalisme », a vu stagner ses émissions depuis 2024. « Ses budgets verts sont en baisse et son gouvernement a reculé sur 43 mesures climatiques », pointe Oxfam. Alors que l’examen parlementaire du projet de loi de finances (PLF) 2026 a démarré, le budget du ministère de l’Écologie, de 24 milliards d’euros, s’affiche comme un parent pauvre quand les magistrats de la Cour des comptes ont estimé dans un rapport rendu public en septembre qu’« atteindre la neutralité carbone en 2050 suppose de doubler les investissements actuels d’ici 2030 », soit 110 milliards d’euros supplémentaires.

    Bien qu’emmenée par un Lula volontariste, le président brésilien se pose comme un pont entre Nord et Sud, cette COP30 s’inscrit aussi dans un contexte de fortes tensions entre guerre en Ukraine, éradication du peuple palestinien ou conflits sur les tarifs douaniers. Une atmosphère de crise que les nations vont devoir dépasser…

    Les objectifs de la COP régionale

    Un an après son lancement, les principaux acteurs s’étaient donné rendez-vous à l’hôtel de Région, fin octobre, pour un premier point d’avancement afin de bâtir « un plan régional de transformation énergétique et écologique ambitieux » et « atteignable ». Outre le diagnostic, les protagonistes ont fixé plusieurs enjeux visant à s’adapter au changement climatique : la baisse de la consommation énergétique pour atteindre la neutralité carbone en 2050, une baisse de 10% de la consommation d’eau, le développement d’une économie circulaire ou encore la protection forte d’espaces naturels.

    REPÈRES

    540000

    morts par an entre 2012
    et 2021, victimes d’effets du réchauffement climatique ont été recensés par la revue médicale « The Lancet ».

    2,3%

    d’augmentation des émissions de gaz à effet de serre… Le monde continue à brûler avec toujours plus de pétrole, de gaz et de charbon en 2024, selon l’ONU.

  • Au pied du mur

    Au pied du mur

    « Nous avons échoué » à limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, objectif le plus ambitieux de l’Accord
    de Paris, a lancé jeudi
    le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres avant le début de cette COP30. Un constat implacable et factuel,
    qui ne l’empêche pas
    de faire preuve de détermination, considérant que « nous n’avons jamais été mieux équipés pour contre-attaquer », au regard des énergies alternatives et des politiques pouvant être menées d’un bout
    à l’autre de la planète. Pour autant, l’augmentation en nombre et en intensité des catastrophes naturelles directement liées au dérèglement climatique est une réalité. Au-delà de l’aspect dramatique et du nombre de morts qui ne cesse d’augmenter.

    Une décennie d’atermoiements

    C’est une réalité d’ores et déjà chiffrée aussi par les assurances. Des vagues de chaleur qui ont quadruplé en quarante ans, des épisodes de sécheresse qui endommagent récoltes et bâti, tempêtes à répétition, inondations… Premier impact visible, la hausse des tarifs et des surprimes pour faire face aux dépenses… Avec un risque majeur à plus ou moins long terme, très redouté par l’État et les collectivités, celui de se retrouver avec des « déserts assurantiels », des territoires où les risques sont tellement importants et récurrents qu’ils ne seront plus couverts. Après
    une décennie d’atermoiements, de renoncement et de dénis, il reste à espérer, comme le fait le secrétaire général de l’ONU que les pays réunis au Brésil s’emparent de ce défi qui impactera chacun d’entre nous.

  • Beaumont-du-Ventoux : les élus de montagne demandent à être pris en compte

    Beaumont-du-Ventoux : les élus de montagne demandent à être pris en compte

    « Les territoires de montagne sont en première ligne du réchauffement climatique. S’agissant du Vaucluse, on pense bien évidemment aux nombreuses crises que traverse notre agriculture, notamment la lavande, la cerise, la viticulture », détaillent-ils.

  • Le vivant, réponse aux enjeux futurs

    Le vivant, réponse aux enjeux futurs

    « Les solutions sont indiquées par la nature, elle est notre porte de sortie. » Devant l’amphithéâtre presque plein du Pharo, Patricia Ricard, présidente de l’institut d’océanographie Paul Ricard, insiste sur la source d’inspiration que représente la biodiversité. La 9e édition de Biomim’expo en est bien la preuve. Ce mardi, ingénieurs, entreprises, inventeurs et badauds se sont retrouvés dans l’enceinte historique du Pharo, à Marseille, pour échanger sur les réponses que la nature peut apporter aux problématiques futures.

    Organisé depuis 2018 à Paris, c’est la première fois que l’évènement pose ses valises dans la cité phocéenne. Avec 160 exposants et environ 1 200 visiteurs, cette réunion de professionnels et de curieux permet de mettre à l’honneur le biomimétisme. « Cela veut dire que l’on s’inspire de structures ou de conceptions qui existent dans la nature pour nos innovations », explique Aurore Torrigiani, exposante. Et les applications sont multiples pour lutter contre le réchauffement climatique, réduire les besoins énergétiques ou limiter les déchets.

    Revitaliser les ports

    Pour remettre de la biodiversité dans les ports, rien de mieux que de s’en inspirer. C’est en tout cas la certitude d’Aurore Torrigiani et Olivier Meynard qui ont fondé, à Marseille, Sea Blocks. En s’inspirant de la forme naturelle des récifs, les deux marseillais ont imaginés des blocks de bétons, renforcés par de la fibre de moule et des coquilles saint-jacques pour installer des récifs artificiels dans les ports et y faire revenir faune et flore.

    « On a voulu se servir de la force de la nature, explique la co-fondatrice. Ces blocs, fabriqués lors d’ateliers RSE d’entreprises qui financent donc leur fabrication, devront être mis au sein de ports pour les revitaliser. On ne peut pas se passer ces ports, donc on veut les rendre de nouveau vivant. » Les deux co-fondateurs espèrent installer leurs premiers blocs début 2026 à l’Estaque.

    Des textiles innovants

    La nature offre aussi des réponses aux nouveaux défis que connaît la mode, qui tente d’être plus éco responsable, en utilisant de nouvelles fibres ou de nouvelles structures. C’est ce qu’a voulu montrer Audrey Prat, présidente de Biom’inspi, dans un défilé de mode bio inspirée, présentée ce mardi lors de l’exposition. « Que la nature soit notre directrice artistique », s’enthousiasme-t-elle.

    Les spectateurs ont pu découvrir des vêtements réalisés avec des fils de papiers, des fibres d’algues ou un textile inspiré de la structure des poils de fourmis argentées du désert qui lui permet de résister aux grosses chaleurs. De nouveaux matériaux encore au stade de prototype. Ce défilé « permet de montrer que l’on peut dresser de nouvelles routes », félicite Alain Renaudin, fondateur de la Biomim’expo.

    Mieux naviguer

    grâce à l’os de seiche

    Les solutions que la nature offre peuvent également s’appliquer dans des domaines plus insoupçonnés, à l’image du sport nautique. Pour le Marseillais Marc Amerigo, co-fondateur de Zephir project, la nature peut offrir des moyens pour conjuguer décarbonation du matériel et performance. L’ambition est de rendre le monde de la voile le plus efficace possible, « en termes de décarbonation du matériel, mais aussi de vitesse », explique le co-fondateur.

    Pour cela, la nature semble regorger de solutions. « L’os de seiche, par exemple, a une architecture particulière qui permet une bonne flottaison. On va donc intégrer certains calculs de sa structure pour nos planches. Et puis on utilise aussi les innovations qui sont présentées ici. C’est pour cela que ces rencontres sont importantes », développe Marc Amerigo.

    Et les applications sont encore infinies. « Car la planète, c’est 3,5 milliards d’années de développement, donc on a de quoi s’inspirer », sourit Thibaut Fournel, exposant.