Tag: réchauffement climatique

  • Adapter les conditions de travail au climat

    Adapter les conditions de travail au climat

    « Quand on parle de fortes chaleurs, on parle d’un enjeu de vie ou de mort pour de nombreux travailleurs et travailleuses », martèle d’emblée Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. La centrale syndicale a présenté jeudi lors d’une conférence de presse, un plan de lutte pour l’adaptation des conditions de travail au changement climatique. Hasard du calendrier (ou pas), dans son 8e rapport annuel publié quelques heures plus tôt, le Haut Conseil pour le climat (HCC) pointe « les impacts du changement climatique [qui] deviennent de plus en plus dangereux ». La France « n’est pas prête », estime l’organisme indépendant créé en 2018, jugeant « impératif » qu’elle « change d’échelle dans l’ampleur, la portée et la vitesse de mise en œuvre des actions d’adaptation ». Parmi les 82 recommandations formulées – auxquelles le gouvernement a six mois pour répondre – le HCC réclame le renforcement du « cadre réglementaire en santé au travail ».

    La CGT a pris les devants et tiré la sonnette d’alarme. À l’issue d’une réunion avec les différentes fédérations, au moins dix morts au travail sur ces trois épisodes caniculaires, ont été recensés. Sophie Binet intime le ministre du Travail de publier « immédiatement » les chiffres officiels des accidents mortels liés à la chaleur. À ces drames s’ajoutent des « centaines de malaises » et « d’accidents » : « des travailleurs et des travailleuses qui poursuivent leurs journées malgré les vertiges, la déshydratation, les nausées ou l’épuisement, parce que les objectifs de production fixés par les patrons, eux, ne connaissent pas la canicule », pousse la numéro 1 de la CGT.

    La centrale a mis en ligne le 4 juillet dernier sur son site internet un « calculateur de chaleur »*. Cette grande enquête nationale élaborée par les statisticiennes de la CGT, la Dares et la Drees vise à recueillir des témoignages de salariés et recenser leurs revendications. Les premiers résultats sont édifiants. Sur les 5 000 personnes ayant répondu en cinq jours seulement, 9 salariés sur 10 jugent les dernières canicules « pénible », « très pénible » ou « insupportable ».

    Au moins 10 morts

    au travail

    Dans ce plan, l’une des mesures principales est l’interdiction systématique du travail en extérieur au soleil, ou entre midi et 18h à partir des alertes orange et rouge, y compris pour les travailleurs micro-entrepreneurs ou abusivement considérés comme tels (livreurs à vélo liés aux plateformes numériques), en prévoyant le maintien des rémunérations, sans report des heures de travail, écrit le syndicat. Météo France a placé en vigilance rouge neuf départements de l’Ouest et 76 départements en orange pour la journée de vendredi. Dans le BTP, « on en est à une bonne grosse douzaine d’hyperthermies sévères, ce qui veut dire qu’il y aura potentiellement des séquelles permanentes », gronde Frédéric Mau, de la Fédération nationale des salariés de la construction, bois et ameublement CGT.

    Le syndicat réclame par ailleurs la création d’un système de congé intempéries avec maintien du salaire à 100 %, qui peut être activé en cas d’alerte orange ou rouge, sur validation du CSE et financé par une cotisation des plus grosses entreprises. « Il y a besoin (de) mesures pour l’ensemble des travailleurs et des travailleuses et que ces mesures soient prévues par le Code du travail pour garantir l’égalité des droits », poursuit Sophie Binet, refusant que le sujet soit renvoyé « au bon vouloir des employeurs ».

    Le Premier ministre présidera ce vendredi une cellule interministérielle de crise consacrée à la canicule. Face à cela, le système de santé est, une nouvelle fois, en première ligne. « Il y a des morts à l’hôpital, dans les Ehpad et à domicile (…) On sait que bilan va être terrible », s’alarme Barbara Filhol, secrétaire générale de la CGT Santé et Action sociale. La fédération prévoit une minute de silence le 8 septembre « pour celles et ceux qu’on n’aura pas pu sauver » et une journée de mobilisation le 15 septembre. Toutes les professions sont en tension. « L’hôpital n’a pas de climatiseurs donc il en demande aux pompiers », souffle Sébastien Delavoux, animateur réseau CGT Sdis. Déshabiller Pierre pour habiller Paul. Pendant ce temps, la saison des feux est déclarée, plus violente que jamais. « D’année en année les interventions augmentent et les moyens diminuent », grince le sapeur-pompier, « l’été ne fait que commencer ».

  • Question de classe

    Question de classe

    N’en déplaise à un présentateur de télévision à succès, non tout le monde n’a pas chaud de la même manière. Non on n’est pas « tous logés à la même enseigne ». Selon que l’on travaille avec un marteau-piqueur sur une autoroute surchauffée ou en pianotant sur un clavier dans un bureau climatisé, on n’est pas tous logés à la même enseigne.

    Selon qu’on habite un logement social mal isolé ou une villa climatisée avec piscine, on n’est pas logé à la même enseigne.

    Les questions soulevées par le dérèglement climatique sont des questions de classe.

    Rapport
    de forces

    Quels droits pour les travailleurs qui sont en première ligne dans la fournaise ? Quelles améliorations des conditions de travail ? Quelles nouvelles protections des salariés face à ces nouveaux défis ?

    Des organisations syndicales, singulièrement la CGT, posent des revendications en la matière. C’est une bouffée d’oxygène là où, trop souvent, le sujet est réduit à des déplorations verbales et à des bavardages météorologiques.

    Le dérèglement climatique est un fait.
    Il est nécessaire de mettre en place des mesures à l’échelle planétaire pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et freiner le phénomène mais aussi urgent de conquérir des droits collectifs.

    Cela ne se fera pas sans établir un rapport de force avec le patronat qui minimise les effets des fortes chaleurs et dont certains secteurs sombrent dans le déni du dérèglement du climat.

    Cette confrontation qui s’annonce, a le mérite de poser en grand, et au-delà des fortes chaleurs, la question des conditions de travail trop souvent effacée du débat public.

    N’en déplaise à un présentateur de télévision à succès, non tout le monde n’a pas chaud de la même manière. Non on n’est pas « tous logés à la même enseigne ». Selon que l’on travaille avec un marteau-piqueur sur une autoroute surchauffée ou en pianotant sur un clavier dans un bureau climatisé, on n’est pas tous logés à la même enseigne.

    Selon qu’on habite un logement social mal isolé ou une villa climatisée avec piscine, on n’est pas logé à la même enseigne.

    Les questions soulevées par le dérèglement climatique sont des questions de classe.

    Rapport de forces

    Quels droits pour les travailleurs qui sont en première ligne dans la fournaise ? Quelles améliorations des conditions de travail ? Quelles nouvelles protections des salariés face à ces nouveaux défis ?

    Des organisations syndicales, singulièrement la CGT, posent des revendications en la matière. C’est une bouffée d’oxygène là où, trop souvent, le sujet est réduit à des déplorations verbales et à des bavardages météorologiques.

    Le dérèglement climatique est un fait. Il est nécessaire de mettre en place des mesures à l’échelle planétaire pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et freiner le phénomène mais aussi urgent de conquérir des droits collectifs.

    Cela ne se fera pas sans établir un rapport de force avec le patronat qui minimise les effets des fortes chaleurs et dont certains secteurs sombrent dans le déni du dérèglement du climat.

    Cette confrontation qui s’annonce, a le mérite de poser en grand, et au-delà des fortes chaleurs, la question des conditions de travail trop souvent effacée du débat public.

  • Les collectivités au chevet des plus fragiles

    Les collectivités au chevet des plus fragiles

    Quand le thermomètre grimpe, la solidarité ne peut pas rester un slogan. Depuis le 1er juin, CCAS, écoles, crèches, piscines et médiathèques sont redevenus les avant-postes d’un service public de proximité que la canicule met à l’épreuve. Dans le Gard comme dans l’Hérault, les collectivités activent leurs plans de protection des plus vulnérables : personnes âgées isolées, enfants, habitants précaires, agents exposés. Héritiers de la loi de 2004, née après le drame sanitaire de 2003, les maires ont aussi une responsabilité concrète : repérer, prévenir, appeler, ouvrir des lieux de répit.

    À Nîmes, le CCAS s’appuie sur le dispositif Allô Seniors pour appeler les personnes inscrites au registre canicule, organiser des visites si nécessaire et distribuer près de 1 100 colis alimentaires en juillet-août. La Ville recense aussi ses îlots de fraîcheur sur son application : fontaines, jardins publics, lieux climatisés. En vigilance rouge, musées et piscines municipales peuvent devenir gratuits, tandis que les centres sociaux élargissent leurs horaires. Dans les écoles, 2 200 ventilateurs et 1 100 brumisateurs ont été déployés, faute d’un bâti partout adapté. Les crèches, elles, bénéficient d’une climatisation intégrale, quand certains groupes scolaires disposent déjà d’espaces rafraîchis.

    L’urgence faute d’anticipation

    Montpellier pousse plus loin la logique des lieux refuges : appels de courtoisie du CCAS, clubs seniors, médiathèques, piscines, musées, fontaines publiques, mais aussi 83 écoles déjà équipées d’une salle rafraîchie à 25°C. Les crèches disposent chacune d’une pièce refuge. À Béziers, le plan canicule cible les bénéficiaires de l’aide à domicile et du portage de repas, avec un espace senior climatisé. À Alès, le CCAS adapte ses horaires d’été et s’appuie sur le plan communal de sauvegarde. Même les préfectures ajustent les règles, comme dans l’Hérault, où les chantiers peuvent démarrer dès 6h en vigilance orange ou rouge pour épargner les ouvriers des heures les plus brûlantes.

    Reste le fond du problème : ces dispositifs reposent souvent sur l’inscription volontaire, laissant parfois hors radar les plus isolés. Et les collectivités bricolent avec des budgets contraints face à des bâtiments conçus pour l’hiver, pas pour l’été. « On a travaillé sur l’économie d’énergie l’hiver mais pas du tout l’été », résume Philippe Ribot, président des maires du Gard. Ventiler, appeler, ouvrir des salles : nécessaire. Mais sans rénovation thermique massive, débitumisation et végétalisation, la protection restera trop souvent une réponse d’urgence à une crise devenue permanente.

  • À Marseille, la veille sociale crée des liens entre jeunes et personnes âgées

    À Marseille, la veille sociale crée des liens entre jeunes et personnes âgées

    « Allô bonjour ! », salue au téléphone Méline, 18 ans, opératrice de veille sociale estivale au Centre communal d’action sociale de Marseille. Cet été, vingt jeunes, dix en juillet et dix en août, passeront des milliers d’appels téléphoniques auprès des seniors marseillais pour les protéger des fortes chaleurs et de la canicule, dans le cadre du renforcement de la veille sociale du Centre. « Quand on appelle la personne, on essaye de créer un lien avec elle. On lui demande si tout se passe bien chez elle, si elle pense bien à s’hydrater », explique l’un d’entre eux. Sans oublier de leur rappeler aussi les bons gestes à adopter en cas de fortes chaleurs. « Ils ont conscience que la canicule dure de plus en plus longtemps et qu’elle est plus fréquente. Ils nous disent souvent qu’ils en souffrent », confie Méline, étudiante en prépa commerciale. Mais les appels ne s’arrêtent pas aux conseils pour faire face à la chaleur. Les opérateurs veillent aussi à ce que les personnes âgées ne soient pas isolées. « Vous avez de la famille qui vient vous rendre visite ? », demande, en ligne, l’un des jeunes à une personne âgée. « Oui, mes enfants et petits-enfants n’habitent pas loin. Je suis bien accompagnée. Pour l’instant, je touche du bois, tout va très bien », se réjouit cette senior.

    Des visites de convivialité

    Dans le cas où une personne âgée est isolée, une visite de convivialité est organisée à son domicile. Les opérateurs se rendent en binôme chez elle. L’occasion de lui donner un kit pour lutter contre la chaleur et, c’est la nouveauté cette année, de la sensibiliser aux écogestes. Mais aussi de lui tenir compagnie le temps d’une heure ou deux. « On essaye de partager un bon moment avec elle, de lui faire plaisir, pour qu’elle ne se sente pas seule », explique l’un des opérateurs. La visite est rythmée de discussions et d’anecdotes. « Ils racontent souvent leur enfance. Ce sont des personnes qui ont eu des vies remplies et extrêmement différentes. Pour les plus joueurs, on leur propose de faire un jeu de cartes », s’enthousiasme Méline. Et parfois, ce sont les personnes âgées elles-mêmes qui proposent une partie de Scrabble. « Derrière chaque appel, derrière chaque visite, il y a une attention portée à une personne. Un échange, un sourire, une présence. Souvent même une intervention qui permet d’éviter que les situations ne se dégradent. C’est cela l’esprit de la veille sociale, être présent avant qu’il ne soit trop tard. Être à l’écoute, aller vers celles et ceux qui en ont le plus besoin. Au CCAS de Marseille, nous sommes convaincus qu’une politique sociale efficace est avant tout une politique de proximité. Une politique qui protège, une politique qui innove, une politique qui ne laisse personne de côté », exprime Karim Touche, président du Centre communal d’action sociale et adjoint au maire de Marseille. À ce jour, 8 000 personnes sont inscrites dans le registre du Centre. Il est aussi possible d’inscrire quelqu’un d’autre que soit. Une initiative qui ne laisse pas indifférents les opérateurs. « Ça fait du bien. On tire des leçons de ces échanges. C’est constructif, pour les personnes âgées, mais aussi pour nous », constate Rafaël, 20 ans, opérateur et étudiant en troisième année en BUT réseau et télécommunication à Luminy. Un sentiment partagé par Méline. « J’aime le côté intergénérationnel. Je l’ai déjà fait l’été dernier. J’ai noué des liens avec certaines personnes. Revenir me permet de reprendre des nouvelles. »

  • Dans le Var, les collectivités face à l’adaptation au changement climatique à court et moyen terme

    Dans le Var, les collectivités face à l’adaptation au changement climatique à court et moyen terme

    La chaleur estivale n’est pas un phénomène nouveau pour les départements méditerranéens. Ce qu’il est en revanche, comme sur l’ensemble du territoire, c’est l’intensité et la multiplication des épisodes caniculaires. Une donnée avec laquelle il faut composer, en veillant à ne pas l’aggraver à coups de pansements vénéneux, comme le plan massif de climatisation promis par Marine Le Pen et le RN s’ils arrivaient au pouvoir. Depuis 2023, le Fonds Vert a ainsi vocation à soutenir la transition écologique des collectivités locales dans cette entreprise. « On dit que les dotations sont en diminution, mais la partie rénovation énergétique et lutte contre les îlots de chaleur est constante », défend Simon Babre, préfet du Var, qui a réuni les représentants de différentes collectivités pour aborder le sujet mercredi.

    Priorité aux scolaires

    et aux personnes fragiles

    Cela, bien que le Fonds Vert, devenu une variable d’ajustement du budget de l’État, ait été divisé par 2,5 depuis sa création (de 2 milliards à 837 millions, après avoir atteint 2,5 milliards d’euros en 2024). Dans le Var, 19,5 millions d’euros ont été octroyés à plus de 100 projets d’adaptation (dont 46 établissements scolaires) du bâti au réchauffement climatique, notamment à travers la désimperméabilisation, la végétalisation et l’isolation des bâtiments publics. D’autres projets sont en cours pour 2026, avec encore un million à distribuer.

    Les collectivités bénéficient également de deux dispositifs de financement d’EDF : à court terme, le dispositif été 2026, à l’intention des bâtiments dédiés au jeune public (établissements scolaires, centres de loisir, crèches), qui permet de rembourser 400 euros sur l’achat de 10 équipements (ventilateurs, brasseurs d’air…) maximum par établissement. À moyen terme, le dispositif solution durable, doté de 80 millions, octroie aux collectivités une prime de 10 000 euros pour financer des projets de rafraîchissement au sein d’établissements scolaires et publics. Dans la même optique, le programme « Édurénov », piloté par la Banque des Territoires, depuis 2023, accompagne les collectivités dans la rénovation des bâtis éducatifs et sportifs, via des conseils et des financements. Enfin, les collectivités peuvent aussi récupérer jusqu’à 15% de leurs factures de travaux auprès de leurs fournisseurs d’énergies, grâce aux certificats d’économie d’énergie (CEE). La protection des publics vulnérables fait également partie des priorités, suite à une circulaire du Premier ministre demandant la création de centres d’accueil. À ce titre, si les problèmes de fraîcheur dans les Ehpad « ne sont plus qu’anecdotiques désormais » selon le préfet, il convient de recenser les personnes vulnérables, ce qu’a demandé ce dernier aux maires varois, avec l’objectif d’une couverture exhaustive d’ici l’été prochain.

    REPÈRES

    Vigilance

    Météo France a placé 72 départements en vigilance orange canicule pour la journée de jeudi. Parmi lesquels : les Bouches-du-Rhône, les Alpes-de-Haute-Provence et le Vaucluse, avec des températures pouvant aller jusqu’à 37°C dans l’après-midi à Carpentras, par exemple. La vigilance jaune reste de mise dans les Hautes-Alpes et le Var.

    Piscines

    La Ville de Marseille annonce la gratuité de ses piscines municipales à partir du 8 juillet en raison d’une vigilance orange canicule dans le département des Bouches-du-Rhône. Une solution de rafraîchissement qui sera maintenue jusqu’à la fin de l’épisode caniculaire. Autre réponse : la mairie propose l’ouverture 24 h/24 de la plage des Catalans.

    Réquisition

    Ian Brossat a déposé mercredi une proposition de loi visant à réquisitionner les lieux climatisés en cas de canicule. « Quand certains disposent de lieux climatisés et que d’autres étouffent dans leur appartement, l’accès à la fraîcheur devient une question de justice sociale. La fraîcheur est un droit, pas un privilège », estime le sénateur communiste de Paris.

    Incendies

    Environ 7 800 hectares ont brûlé en France au cours des huit premiers jours de juillet, contre un peu plus de 4 400 sur la totalité du même mois en 2025, selon les données du Système européen d’information sur les incendies de forêt (Effis) analysées par l’AFP. L’année 2026 est déjà la 4e année avec le plus d’hectares brûlés depuis le début des statistiques en 2006.

    « Il n’a jamais fait aussi chaud tous mois confondus à la station historique de Marignane, atteignant pour la première fois le seuil des 40°c, tout comme à Cassis avec 39.7°c. » Le bulletin de vigilance canicule de Météo France, publié ce mercredi, est sans appel. Les départements des Bouches-du-Rhône, des Alpes-de-Haute-Provence et du Vaucluse restent en vigilance Orange, le Var et les Hautes-Alpes sont en vigilance jaune… Et les températures devraient encore augmenter sous l’effet d’un anticyclone associé à des masses d’air très chaudes, et cela pourrait se prolonger jusqu’au week-end. Pour faire face à cette troisième vague de chaleur les municipalités redoublent d’efforts à court et moyen terme.

  • Chaud devant !

    Chaud devant !

    Il y a une réelle mise en danger à vouloir remettre sur le marché les bouilloires thermiques (classées F et G) tel que le présentait fin juin le ministre du Logement, en plein épisode caniculaire. D’après les chiffres publiés par Santé publique France, la surmortalité survenue lors de ce même épisode est avérée, plus de 2 000 morts, dont « 40% à domicile ». Isolement, logement peu ou pas adapté… Les plus de 65 ans ont d’ores et déjà payé un lourd tribut aux conséquences du dérèglement climatique. Certes, des améliorations ont été apportées, notamment dans les Ehpad, suite au traumatisme collectif causé par la canicule d’août 2003 et son sinistre bilan de 15 000 décès. Et à l’évidence, dans l’immédiat, la clim’ sauve des vies.

    L’urgence des financements

    À moyen et long termes, l’équipement apparaît cependant dérisoire à constater que ledit « dérèglement » n’induira pas seulement une hausse des températures, mais des épisodes climatiques de plus en plus violents et fréquents : vagues de chaleur, intempéries, épisodes cévenols, inondations, etc. Si les pouvoirs publics et les collectivités tentent aujourd’hui de prendre le problème à bras-le-corps en multipliant îlots de fraîcheur, désimperméabilisation, ou en améliorant la gestion de l’eau, il reste encore à financer les mesures d’atténuation et d’adaptation à la hauteur des enjeux, notamment dans le secteur immobilier. Les plans d’austérité et d’économies annoncés à répétition par le gouvernement sont de bien mauvais augure pour répondre à un tel défi qui nous concerne tous.

  • La clim, une solution pour les Ehpad ?

    La clim, une solution pour les Ehpad ?

    Fini les ventilateurs et brumisateurs, place à la climatisation ! C’est le choix que vient de réaliser l’Établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) Via Domitia, à Castelnau-le-Lez, près de Montpellier. Une aubaine tant pour les 48 résidents que pour le personnel, alors que périodes de canicule et pics de chaleurs apparaissent précocement cette année.

    Conséquence du dérèglement climatique, ces périodes vont être plus fréquentes et plus intenses, d’où la nécessité d’adaptation pour le personnel et les résidents. « C’est un peu la cerise sur le gâteau. Grâce à des excédents budgétaires réalisés ces dernières années, nous avons pu financer la climatisation sur nos fonds propres. Cela a représenté un investissement de 280 000 euros, mais cette climatisation peut aussi faire chauffage. Nous l’utiliserons donc aussi une partie de l’hiver », détaille Aurélie Colletto, directrice de l’établissement, qui reconnaît que « tous les établissements ne peuvent pas se le permettre ».

    Construit en 2010, l’Ehpad n’avait qu’un système climatisé au rez-de-chaussée ainsi qu’au deuxième étage, où logent 12 personnes handicapées vieillissantes. Conséquence : les patients étaient amenés en bas lors des journées chaudes pour être mis au frais, le mercure dépassant régulièrement les 30°C dans les chambres. « Nous avons ensuite équipé les couloirs, la partie de l’étage où il faisait le plus chaud », indique la directrice. Les 48 chambres ont ensuite été équipées d’une climatisation individuelle. Le thermostat est réglé sur 26°C et la climatisation fonctionne 24h / 24. Les chambres peuvent être réglées séparément, en fonction de l’envie du patient.

    Du sirop pour inciter

    à boire

    Les résidents sont ravis, à l’instar de Valérie, 59 ans. « Avant je n’avais pas le ventilateur, ce qui m’empêchait de dormir. Je sens la différence avec la clim et je dors mieux », livre la benjamine de l’établissement, arrivée il y a 5 ans. De meilleures nuits, et des effets secondaires liés aux fortes chaleurs atténués. « Cela permet d’éviter les malaises, les vomissements, les migraines. Certains n’avaient plus d’appétit du fait de la chaleur. Ils souffrent moins de déshydratation », énumère une infirmière. Pour les professionnels également, le travail se fait dans de meilleures conditions. « On subit moins, c’est plus supportable. Mais il fait toujours chaud », sourit une blouse blanche.

    L’installation de la climatisation n’est pas la seule mesure mise en place par l’établissement pour lutter contre les fortes chaleurs. « On fait boire les résidents plus souvent. Comme certains n’aiment pas trop boire de l’eau, on leur a mis à disposition du sirop, car ils sont attirés par le goût sucré », reprend Aurélie Colletto. Et si le sirop ne convainc toujours pas, la même opération est réalisée avec de l’eau gazeuse. « On leur donne beaucoup de glaces aussi », explique la directrice. Côté hygiène, les résidents prennent des douches tièdes.

    Des dispositifs à généraliser, à en croire l’ARS. « Chacun doit être conscient de ces chaleurs et les intégrer dans son budget. C’est du cas par cas, tout dépend de la situation budgétaire des établissements. Mais même avec la meilleure volonté, il est compliqué de tout prendre en charge dans un contexte budgétaire dégradé », observe Cédric Laperteau, directeur départemental de l’ARS de l’Hérault. La santé a-t-elle un prix ?

  • À Martigues, les habitants co construisent un projet de transition

    À Martigues, les habitants co construisent un projet de transition

    Un chemin serpente derrière les immeubles de Boudème. Là, un QR code attend d’être scanné par les promeneurs. Un clic amène sur une page qui recense la biodiversité communale, entre pins d’Alep, coquelicots et écureuils. C’est l’une des nombreuses actions initiées par Neede, une structure de médiation scientifique qui se donne pour mission d’accompagner les populations méditerranéennes dans leur compréhension des enjeux de la transition environnementale.

    Pourquoi méditerranéennes ? « C’est la zone la plus peuplée au monde qui se réchauffe le plus vite et qui vit, avant toutes les autres, les impacts du dérèglement climatique », explique Cyprien Fonvielle, directeur général de Neede.

    C’est à Martigues que l’organisation s’est lancée dans le tout nouveau dispositif financé par la Métropole Aix-Marseille, « Quartier en transition », qui vise à renforcer le pouvoir d’agir des citoyens et à accélérer les transitions locales grâce à un réseau d’acteurs et une méthode participative.

    Cyprien Fonvielle développe : « L’un des axes d’intervention pour nous est à destination des publics les plus fragiles, notamment les populations des quartiers prioritaires, parce que ce sont ceux qui génèrent le moins d’impact sur l’environnement et ceux qui souffrent le plus des effets induits du réchauffement climatique et de la chute de la biodiversité. (…) On considère que la transition pour être efficace doit être faite territoire par territoire. (…) Il faut arriver à comprendre les actions qu’il faut porter pour que les politiques publiques soient pleinement ancrées dans le réel de ces populations-là. »

    Une feuille de route

    Emma Chatelon et Loren Porée, chargées de projet chez Neede, ont encadré six mois d’ateliers dans les quartiers de Canto-Perdrix/Quatre Vents et de Boudème. Au total, 350 habitants ont participé à 31 rendez-vous. « On a travaillé sur trois axes : la reconnection à la nature, l’ouverture des quartiers et le lien social, puis l’orientation et l’insertion professionnelles », expliquent-elles.

    À Canto, « des habitants nous ont dit qu’il y avait une problématique de moustiques et de chenilles processionnaires, on a donc construit des nichoirs à oiseaux avec eux, qu’on a installés près du centre social », illustre Loren Porée. Neede a aussi proposé un temps sur la gestion des ravageurs et des espèces envahissantes pour les riverains qui ont une parcelle dans les jardins partagés. D’autres sujets n’ont pas pu être traités, à l’instar de la gestion des déchets et des dépôts sauvages. « Dans ce cas, on l’inscrit dans les préconisations qu’on envoie aux pouvoirs publics », précise Emma Chatelon.

    « On travaille avec les services de la Ville et de la Métropole pour définir le pas d’après, souligne Cyprien Fonvielle. L’enjeu, c’est d’essayer de faire un effet boule de neige. (…) On sait aujourd’hui que sur les questions climatiques, un euro investi, c’est cinq euros économisés demain. »

  • Plus de 10 000 évacués dans les Pyrénées-Orientales face à l’avancée de l’incendie

    Plus de 10 000 évacués dans les Pyrénées-Orientales face à l’avancée de l’incendie

    Les résidents du massif des Aspres, très difficile d’accès et auquel le brasier s’est désormais étendu, et ceux de la ville voisine d’Ille-sur-Têt, sur laquelle s’élèvent des panaches de fumée et que survolent avions et hélicoptères bombardiers d’eau, devaient évacuer, soit un total d’environ 10 500 personnes.

    Ce « feu gigantesque », attisé par le vent, les fortes chaleurs, mais surtout une sécheresse de l’air « exceptionnellement élevée », a également sérieusement blessé un habitant et un sapeur-pompier, a indiqué le préfet, Pierre Regnault de la Mothe.

    Le camion d’un équipage venu en renfort depuis Couiza, dans le département voisin de l’Aude, s’est trouvé « pris par les flammes », a indiqué le Sdis 11, les pompiers du département. Ils ont pu quitter le véhicule, mais l’un d’eux a été « légèrement blessé aux membres supérieurs ». Un autre soldat du feu a été touché dans le Gard, a annoncé dimanche soir le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez.

    « Nous avions fixé un objectif, que le feu ne devait pas franchir au sud la route départementale 66, nous voulions éviter qu’il se propage dans le massif des Aspres, et ce que nous redoutions a fini par se produire », a déploré le préfet lors d’une conférence de presse, en fin de journée. Ce massif de moyenne montagne, à l’ouest de Perpignan, est « très aride et très difficile d’accès pour les moyens terrestres des sapeurs-pompiers », a-t-il ajouté.

    « Lutte acharnée »

    Hélicoptères, avions dash et canadairs se succèdent au-dessus des flammes qui dévorent la végétation entre Trévillach et Ille-sur-Têt, à quelque 35 km à l’ouest de Perpignan. Quelque 700 sapeurs-pompiers, appuyés par 200 véhicules et neuf moyens aériens, « mènent une lutte acharnée » contre ce feu qui s’est déclaré samedi soir sur la commune de Trévillach, a souligné le préfet. Il a appelé les entreprises ayant des sapeurs-pompiers volontaires parmi leurs salariés à « faire le nécessaire » pour leur permettre de se libérer et venir aider. Pierre Regnault de la Mothe a comparé ce feu à celui de 1976, année d’une grande canicule, qui avait ravagé quelque 7 000 hectares.

    Face à cette « situation très difficile », il a annoncé que la troisième étape du Tour de France, reliant Granollers en Espagne aux Angles dans les Pyrénées-Orientales, aura bien lieu lundi, mais devra se dérouler « sans public » dans sa partie française, notamment à l’arrivée, en raison de la mobilisation des secours.

    Sur place, les habitants évacués sont sous le choc. À l’Ille-sur-Têt, ils ont été invités à se rendre dans une salle municipale, d’où ils seront évacués vers un gymnase de la commune de Perpignan. « Le feu est passé à 300 m des maisons. On a été surpris par la vitesse de propagation, c’était impressionnant, limite la panique », confie Patrice, 53 ans, habitant de Trévillach qui n’a pas souhaité donner son patronyme.

    Ce brusque départ de feu est intervenu alors que le département, comme 15 autres dans l’Hexagone, sera lundi en vigilance orange canicule avec des températures qui pourraient monter à certains endroits jusqu’à 40°C et ce, quelques jours après un premier épisode caniculaire historique.

    Ailleurs en France, les pompiers luttent depuis la mi-journée de dimanche, dans le Gard, contre un feu de forêt qui s’est déclenché près d’un circuit de karting à Lédenon. L’incendie a déjà parcouru 540 hectares et l’autoroute A9 a été coupée dans les deux sens dans les directions de Lyon et de Barcelone.

  • [Entretien] Luc Cervellin, Shift Project : « On vit l’été le plus frais du reste de notre vie »

    [Entretien] Luc Cervellin, Shift Project : « On vit l’été le plus frais du reste de notre vie »

    La Marseillaise : En quoi cette vague de chaleur révèle-t-elle l’impréparation des gouvernements successifs alors que nous avions déjà connu une canicule dévastatrice en 2003 ?

    Luc Cervellin : On constate que le rythme de l’adaptation ne suit clairement pas le rythme de l’accélération du dérèglement climatique. Les deux tiers des vagues de chaleur qu’on a connues depuis 1947 se sont déroulées après les années 2000. Si on suit les prévisions des scientifiques, qui ont été assez fiables jusqu’ici, leur nombre va être multiplié par cinq d’ici 2050. On vit donc l’été le plus frais du reste de notre vie. Ensuite, on remarque qu’en comparaison à 2003, on a structuré la réponse d’urgence, donc la vigilance, les points d’eau, les EHPAD climatisés, etc. Mais les causes structurelles, comme le bâtiment ou l’organisation du fonctionnement de la société, ne sont pas traitées. La climatologue Valérie Masson-Delmotte explique que notre société a été conçue pour un climat qui n’existe plus.

    La semaine dernière, le président de la République Emmanuel Macron a fait une sortie pour expliquer qu’on ne pouvait pas s’adapter à un pic aussi inédit. Pour nous, Shifters, c’est incompréhensible du point de vue même du principe de l’adaptation, parce que l’adaptation consiste justement à se préparer à des scénarios qui ont de fortes chances de se produire et on sait que des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et de plus en plus importantes ont de plus en plus de chances de se produire.

    Pourquoi faut-il toujours lancer des mesures d’atténuation du réchauffement climatique ?

    L.C. : Il faut bien comprendre que réduire les émissions reste la seule façon de limiter l’ampleur du problème. Et chaque dixième de degré compte. Pour moi, pour mes enfants et pour tout le monde, il vaut mieux vivre dans un monde à plus de 2 degrés par rapport à l’ère préindustrielle qu’un monde à plus de 4 ou 5 degrés, qui est la tendance actuelle. L’atténuation et l’adaptation fonctionnent ensemble parce qu’on aura beaucoup plus de mal à s’adapter à un monde à plus 4 ou 5 degrés. Et au Shift Project, on réaffirme qu’une trajectoire de neutralité carbone reste possible d’ici 2050 si on la planifie dès maintenant dans tous les secteurs.

    Le débat a beaucoup tourné autour de la climatisation ces derniers jours, quelle est la position du Shift Project sur le sujet ?

    L.C. : La climatisation est une toute petite partie de la réponse parce que beaucoup d’infrastructures, comme les rails, les ponts, les chantiers, les forêts ou les champs de blé par exemple ne se climatisent pas. Évidemment, généraliser la climatisation créerait un effet rebond c’est-à-dire que ça aggrave la cause du problème qu’elle prétend résoudre. Pour nous la bonne question c’est « comment le bâtiment est-il capable d’évacuer la chaleur qu’il accueille ? » Pour cela, il faut prioriser les solutions passives qui sont très efficaces, comme la ventilation nocturne, les protections solaires ou la végétalisation. La climatisation est vraiment le dernier maillon de cette réflexion. Dans certains cas particuliers, climatiser reste nécessaire dans les lieux publics, les EHPAD, les hôpitaux ou les écoles, et avec sobriété. Mais présenter la généralisation de la clim dans les logements individuels comme la solution d’adaptation à la canicule revient à repousser et accentuer le problème, parce que cela entraînera une hausse de la consommation électrique, un réchauffement de l’air extérieur des villes et des impacts sur la facture d’électricité des ménages.

    Quelles sont les autres propositions du Shift Project pour s’adapter à ces températures ?

    L.C. : Pour nous, il faut avant tout planifier plutôt que réagir. L’anticipation via des diagnostics de vulnérabilité est beaucoup plus efficace à long terme que de gérer chaque épisode dans l’urgence. Dans cette planification, il y a la nécessité de rénover massivement le bâti en intégrant le confort d’été comme une priorité avec des protections solaires, des brasseurs d’air, la végétalisation. Donc pas seulement l’isolation hivernale comme on le fait en ce moment. Il y a aussi des transformations de l’emploi à gérer, parce que certains métiers vont disparaître, d’autres vont émerger et ça appelle des discussions par branche, par territoire, pour s’adapter.

    L’Espagne a mis en place un congé climatique pour ces travailleurs, est-ce une bonne idée ?

    L.C. : C’est un signal politique utile, parce qu’il reconnaît que travailler dehors par 40 degrés n’est pas faisable. Mais ce n’est pas une solution structurelle. Cela traite la conséquence plutôt que la cause. Au Shift, on met vraiment l’accent sur l’adaptation organisationnelle en amont. Pour nous, il faut travailler sur les horaires décalés, le télétravail quand c’est possible et la réduction de l’activité physique aux heures les plus chaudes. Toute mesure politique doit cibler en priorité ces métiers qui ne peuvent pas télétravailler comme l’agriculture ou les métiers du soin par exemple, sous peine de voir se créer une nouvelle inégalité entre les emplois protégés et non protégés, comme on a pu le voir pendant le Covid. Aujourd’hui la loi qui impose des dispositions de rafraîchissement pour les travailleurs est appliquée de manière plus ou moins juste, plus ou moins forte suivant les entreprises, suivant les endroits, mais elle garantit pourtant aux salariés des conditions d’hydratation, d’accès à l’eau et éventuellement des douches.

    En quoi ces vagues de chaleur touchent-elles en priorité les plus précaires ?

    L.C. : Le logement est vraiment le premier facteur d’inégalité. Près de 48% des logements ont un confort d’été insuffisant. Ceux qui sont les plus vulnérables, ce sont les quartiers populaires, parce que les logements sont plus petits, suroccupés, mal isolés, avec peu d’îlots de fraîcheur à proximité, peu de parcs, etc. Pour eux, il y a le double effet ciseaux, c’est-à-dire que ceux qui souffrent de la chaleur ont aussi le moins de moyens pour s’en protéger. Quand vous vivez dans des barres d’immeubles, vous n’avez pas forcément les moyens de faire installer la clim quand ça devient vraiment insupportable. Et ce sont aussi souvent les personnes qui ont les emplois les plus exposés. C’est pourquoi nous pensons que les moyens doivent être ciblés en priorité sur les publics et les lieux les plus vulnérables plutôt que dispersés dans une généralisation de la clim individuelle.