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  • Fabien Roussel : « J’appelle à avoir un Parti communiste le plus uni possible »

    Fabien Roussel : « J’appelle à avoir un Parti communiste le plus uni possible »

    La Marseillaise : Vous venez participer à la Feria de Nîmes, ce week-end. Pourquoi ce déplacement ?

    Fabien Roussel : La Feria de Nîmes est une des plus grandes fêtes populaires de notre pays, avec une ville de 150 000 habitants qui va accueillir, pendant quelques jours, un million de visiteurs ! C’est une si belle fête, j’ai envie tout simplement de la partager avec beaucoup de monde. Surtout, je vais avoir le plaisir de pouvoir le faire avec le nouveau maire de Nîmes, Vincent Bouget, et les militants qui ont participé à cette victoire. C’est une fierté !

    Nîmes est la plus grande ville remportée par le PCF, lors de ces municipales, et face à l’extrême droite. Quelles leçons en tirer au moment où s’ouvre une nouvelle séquence politique ?

    F. R. : J’ai retenu une chose du choix qu’ils ont fait à Nîmes : de construire un programme avec les habitants, quartier par quartier, rue par rue, pendant plus d’un an, et ensuite de mener campagne sur ce programme en ne parlant que de leur programme, sans jamais parler des adversaires. J’ai fait la même chose dans ma commune de Saint-Amand-les-Eaux. C’est une leçon de ces élections municipales que nous devrions reproduire plus souvent.

    Face à la flambée du prix des carburants, vous appelez à nationaliser Total. Cela suffit-il face aux grandes crises internationales ?

    F. R. : La nationalisation de Total n’est pas une fin en soi, ce n’est pas ça qui va régler tous les problèmes, nous en avons bien conscience. Ce que nous demandons d’abord, c’est de bloquer les prix à 1,50 euro et de baisser les factures d’électricité, parce que nous sommes dans une situation où nous produisons beaucoup d’électricité, à tel point que nous ne savons pas quoi en faire ! Et, enfin, il faut augmenter les salaires et les pensions de retraite de 5% immédiatement pour protéger le pouvoir d’achat des Français, la consommation et relancer l’économie par la consommation. Ces trois mesures sont indispensables. Nationaliser Total, c’est reprendre la main sur une entreprise qui a vocation à être une entreprise d’État : c’est une entreprise stratégique, c’est incompréhensible pour nos concitoyens que ce grand groupe profite de la guerre pour accumuler près de 6 milliards d’euros de bénéfices en un trimestre, alors que cet argent devrait servir à baisser le prix à la pompe.

    Le tissu industriel est frappé par les pénuries de matières premières après la guerre des États-Unis contre l’Iran. Comment réaliser la réindustrialisation défendue par les communistes ?

    F. R. : Puisque le gouvernement apporte des mesures qui sont loin de faire le compte et que nous craignons une récession dans les mois qui viennent, nous appelons à une semaine d’action devant les préfectures, entre le 28 mai et le 4 juin, pour interpeller partout l’État sur la vie chère et l’emploi. Les défaillances d’entreprises n’ont jamais été aussi nombreuses, notre économie est hyper fragilisée, il y a besoin de la protéger et de créer, dans chaque région, une cellule de crise rassemblant les représentants des salariés, les services de l’État et les banques, pour trouver des solutions face à chaque menace qui pèse sur une activité industrielle. Il faut stopper cette hémorragie d’emplois industriels immédiatement, sinon, nous allons continuer à nous affaiblir.

    Dans les Bouches-du-Rhône, nous avons eu l’exemple de l’abandon du projet de la plus grande fabrique de panneaux solaires d’Europe, face à la concurrence internationale. Comment reconquérir une souveraineté industrielle ?

    F. R. : La France a plein de richesses, d’énergie, de compétences, permettant d’être un pays beaucoup plus attractif, nous pourrions être leader dans plein de domaines. Nous produisons l’électricité la plus décarbonée et la moins chère de toute l’Union européenne, nous avons demandé la baisse de son prix de l’électricité de 30%, pour que les entreprises puissent investir chez nous. Et nous appelons à la mise en place d’un plan de relance, un pacte de confiance et d’avenir que nous avons estimé à 500 milliards d’euros, sur cinq ans, afin de prêter à taux zéro voire négatif pour relocaliser l’industrie en étant vigilants sur les critères écologiques et d’emploi, pour que cet argent soit socialement utile.

    Ces milliards, le gouvernement les consacre au réarmement en abondant de 36 milliards d’euros la loi de programmation militaire…

    F. R. : Avec Cécile Cukierman et Stéphane Peu, nous avons interpellé Sébastien Lecornu pour lui demander solennellement de changer de politique, pour éviter à tout prix une récession. Au lieu d’investir dans l’armée, dans les bombes, dans les guerres à l’étranger, nous lui demandons d’investir dans les services publics que les Français réclament : la santé, l’école, la lutte contre les narcotrafics. Et puis, il y a ces 211 milliards d’euros d’aides publiques versées à l’aveugle, sans contrepartie, y compris à de grands groupes qui n’en ont pas besoin. Nous demandons à les flécher vers les industries sur la base de critères sociaux et écologiques, pour que l’on relocalise des filières entières dans notre pays.

    Le PCF a engagé son 40e congrès, avec trois textes alternatifs face au projet de base commune du conseil national. Comment les accueillez-vous ?

    F. R. : Les communistes ont la culture du débat ! Nous aimons prendre le temps d’analyser la situation en France comme à l’internationale, pour avoir les meilleures réponses à apporter. Je regrette qu’il y ait autant de textes, car cela risque de fracturer et de diviser notre parti à un moment où, au contraire, nous avons besoin d’un parti solide pour défendre la classe ouvrière, tout comme nous avons besoin de syndicats solides. Il ne faut pas avoir peur du débat, débattre en toute sérénité et se rassembler pour mener ce combat contre l’extrême droite, pour la paix en Europe et dans le monde. La base commune que la direction sortante propose, que je défends et qui a été adoptée à 77% par le conseil national, est largement amendable. Elle doit être enrichie. J’ai entendu à travers les textes alternatifs les remarques, les manques, les doutes. Nous allons avoir tout le temps du congrès pour les intégrer, sur la base de cette base commune que nous proposons. J’invite les communistes à l’adopter pour avoir un parti le plus uni possible dans la préparation de ce congrès.

    Le coordinateur national de la

    France insoumise Manuel Bompard assurait, ce vendredi, que les communistes sont des alliés naturels et demandait de ne pas instrumentaliser LFI dans les débats internes du PCF. Que lui répondez-vous ?

    F. R. : Je regrette tous ces messages qui circulent sur les réseaux sociaux partagés par des militants et des dirigeants de la France insoumise pour appeler les communistes à me battre et à battre la base commune du CN. C’est de l’ingérence et c’est insupportable. Quant à Manuel Bompard, qui dit que nous sommes un allié naturel, il expliquera cela aux maires communistes devant lesquels il a mis des candidatures de la France insoumise pour les faire battre lors des dernières municipales. On ne fait pas ça à un allié. Ce qui s’est passé aux élections municipales restera une expérience vécue douloureusement.

  • Alexandre Basquin : « Nous sommes à l’ère d’un totalitarisme numérique »

    Alexandre Basquin : « Nous sommes à l’ère d’un totalitarisme numérique »

    Aux côtés du sénateur écologiste Thomas Dossus, du député LFI Pierre-Yves Cadalen et du secrétaire fédéral du PS 84 Patrick Blanès, Alexandre Basquin participera dimanche à l’un des temps forts de la Fête de La Marseillaise à Avignon : un débat sur le numérique et son impact sur la démocratie.

    La Marseillaise : Quel sera le sens de votre propos dimanche ?

    Alexandre Basquin : Tout d’abord, comme sénateur je fais partie du groupe d’études numériques et suis membre d’une mission d’information sur l’empreinte environnementale de l’intelligence artificielle. Mais au-delà du Sénat, j’essaye de rendre la question du numérique citoyenne et politique. J’ai publié, en mars, un essai « Numérique, stop à l’exploitation ». Je dois être l’un des seuls parlementaires de France à ne pas avoir de réseaux sociaux. J’ai toujours eu une petite méfiance face à ces outils. Depuis que je les étudie, c’est devenu une défiance : ce qu’on nous faisait croire comme étant une liberté nouvelle est avant tout une forme d’aliénation. Le modèle économique des géants du numérique fait qu’il faut que vous soyez de plus en plus longtemps sur les écrans, à polariser les contenus, de manière à monétiser votre attention et à piller vos données personnelles. Nous sommes les pantins de grands marionnettistes que sont les gens du numérique. Une forme d’ère de totalitarisme numérique. Très loin de la création d’Internet, porte publique ouverte sur le monde, qui avec l’arrivée des fournisseurs d’accès privés est devenu un monstre numérique, qui nous exploite à des fins économiques, commerciales et politiques.

    Dans cette jungle, la régulation est-elle illusoire ?

    A.B. : Chacun est libre d’utiliser les outils qu’il souhaite. J’ai porté l’idée d’une COP du numérique comme ce qui existe sur la COP environnementale. J’essaie d’éveiller un peu les consciences en disant « Ne croyez pas que vous êtes libres sur ce type d’outils, parce que derrière, il y a des enjeux algorithmiques qui font qu’on vous oriente de manière à ce que vous consommiez toujours plus ». Les études montrent que sur le réseau social X, un mensonge se répand 6 fois plus vite qu’une vérité. Je ne crois pas à une forme de régulation pour la simple raison que ces géants du numérique sont extrêmement puissants et pratiquent un lobbying fort auprès des instances européennes. Ces GAFAM pèsent plus que le PIB de certains États. Face à cela, notre force, c’est le collectif. Ces géants sont au pied d’argile et ne vivent qu’à travers nos usages. Si demain les 3,4 milliards d’utilisateurs de Facebook s’en vont, tout s’écroule. Alors c’est peut-être utopiste et idéaliste. Il y a quand même des prises de conscience. En France, le fait qu’on avance sur l’interdiction des réseaux sociaux au moins de 15 ans, quand on voit tous les effets néfastes sur notre jeunesse en termes d’isolement et de santé mentale, est un bon premier signe bien qu’insuffisant.

    En quoi est-ce un danger pour la démocratie ?

    A.B. : Les enjeux démocratiques sont importants et de deux ordres. Le premier, c’est l’utilisation des outils numériques à des fins d’ingérence étrangère, de manipulation électorale, de cybercriminalité. En 2024, 80% des élections qui ont eu lieu dans le monde ont été impactées par l’intelligence artificielle avec des manipulations à grande échelle dans le cadre des réseaux sociaux. Le second enjeu, c’est par rapport à la philosophie des géants du numérique eux-mêmes, qui ne veulent qu’une chose : que nous soyons isolés devant nos écrans. Ils honnissent toute forme de solidarité, de collectif. Si vous êtes plusieurs en train de discuter sur une terrasse de café, vous n’êtes pas devant votre écran d’ordinateur. Tout est fait à travers l’économie de l’attention pour que vous soyez toujours plus devant vos écrans pour alimenter leur caisse à profit. Mais au-delà de ça, ils portent aussi une philosophie politique. Par exemple, Mark Zuckerberg [fondateur de Facebook] ou Elon Musk [propriétaire d’X], sont des libertariens. Ils portent en étendard la liberté individuelle avant toute autre considération, y compris avant la démocratie. Ils sont contre toute forme d’État-nation et luttent contre toutes les régulations qu’on peut leur imposer. Donc, c’est vertigineux, extrêmement effrayant. Cela participe d’un mouvement antidémocratique. Parce que demain, des vidéos seront montées de toutes pièces et vous n’allez plus distinguer le vrai du faux. Et dans une démocratie, en période électorale, ça peut amener à des comportements extrêmement violents.

  • Après l’incendie de 2020, un sentier pour arpenter Castillon

    Après l’incendie de 2020, un sentier pour arpenter Castillon

    Les versants de l’étang du Pourra portent encore les stigmates de l’incendie du 24 août 2020. « Avant, c’était aussi arboré que sur le plateau au-dessus », confie le directeur de l’agence des Bouches-du-Rhône de l’Office national des forêts (ONF), Julien Panchout, en pointant la différence de végétation d’une strate à l’autre. Le mégot d’un automobiliste a eu raison de 120 ha de la forêt domaniale du Castillon. Dans sa course effrénée, « aussi rapide qu’un cheval au galop », se rappelle le maire de Port-de-Bouc Laurent Belsola (PCF), le feu a également ravagé 40 ha de végétation du Conservatoire du littoral et 170 ha de forêts privées.

    Un peu moins de six ans plus tard, grâce à une démarche partenariale public-privé, un sentier de découverte renaît. Le chemin serpente au-dessus de l’étang du Pourra sur 1,2 km, en contrebas de la cabane des chasseurs. « C’est la dernière pierre d’un projet qui aura duré cinq ans, révèle Alice Triquenaud, adjointe au directeur territorial de l’ONF. (…) Après la gestion d’incendie, il a rapidement fallu planifier les opérations, identifier les enjeux prioritaires. On est sur un site classé remarquable en termes de biodiversité, avec des étangs qui sont des relais pour les oiseaux migrateurs. On a une diversité faunistique et floristique considérable, mais aussi des enjeux d’accueil du public et donc une priorité donnée par nos équipes sur la sécurisation du site. »

    400 000 visiteurs par an

    Au lendemain de l’incendie, les équipes de l’ONF ont donc réalisé un inventaire des dégâts et commercialisé une partie du bois brûlé pour en faire de la plaquette forestière. « Les engins n’ont pas pu passer sur une quarantaine d’hectares, donc on n’a pas pu tout exploiter, il a fallu y aller à la main, et il y a une partie qu’on laisse pour accompagner la régénération naturelle parce que notre stratégie à l’Office », explique Alice Triquenaud. Les bois morts, eux, ont été évacués le plus rapidement possible pour éviter une prolifération de scolytes dans les années à venir.

    Une fois ces premiers travaux réalisés, l’ONF s’est penché sur la réhabilitation du sentier de découverte. « On est partis sur des pierres sèches, on n’est pas repartis sur du bois, avec les impacts budgétaires que ça peut avoir », souligne l’adjointe, fière de l’ingénierie et de l’inventivité déployées pour l’intégration paysagère de ce parcours de randonnée ponctué de panneaux pédagogiques.

    Chaque année, près de 400 000 personnes arpentent les 250 ha du domaine de Castillon. « C’est le poumon vert du territoire, affirme le maire de Saint-Mitre-les-Remparts, Vincent Goyet (DVD). L’industrie est une richesse, on y est attachés, mais on cherche l’équilibre entre son développement sans pour autant renoncer à défendre et valoriser cette nature. »

  • [Maj] Les scrutins de 2027 déjà dans les têtes à gauche

    [Maj] Les scrutins de 2027 déjà dans les têtes à gauche

    Désormais Emmanuel Macron est un président « canard boiteux », c’est-à-dire sans aucune influence dans le débat politique et pour l’avenir du pays. Après près d’une décennie de politique antisociale et alors qu’il fut élu en 2017 et 2022, non sur son projet néolibéral mais contre la candidate d’extrême droite Marine Le Pen, le RN n’a jamais été aussi menaçant et se dit prêt à gouverner en 2027.

    Cette situation politique inquiétante n’est pas propre à la France. Sur tous les continents, les extrémistes de droite progressent et pour certains dirigent comme aux États-Unis, en Russie, en Italie, en Argentine ou encore en Inde. Mais des exemples montrent que cette ascension est résistible : l’Espagne en est un et, à une autre échelle, New York en est un autre. Toutes proportions gardées, la bascule de Nîmes dans le camp progressiste avec l’élection du communiste Vincent Bouget, témoigne que la dynamique et la victoire sur un projet rassembleur de justice sociale sont possibles. Pour la socialiste gardoise Chloé Ridel « face à une droite installée et une extrême droite forte, nous avons gagné parce que nous avons mené une campagne unie, heureuse, concrète, avec les citoyens et la société civile. Nous n’avons pas passé notre temps à parler des autres partis de gauche » (lire ci-contre). Une méthode qu’elle estime applicable au niveau national. Mais le piège de l’hyper présidentialisme menace toujours la gauche. Ainsi, le fondateur de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon s’est lancé officiellement, en solitaire, dans sa quatrième candidature à l’Élysée. Pour ses soutiens, il est le seul « capable ». « Tourner la page de la Macronie, mais battre l’extrême-droite, en réalité aujourd’hui il n’y a qu’un candidat à gauche qui est prêt et qui est capable de mener cette bataille, c’est Jean-Luc Mélenchon. » résume la députée FI de l’Hérault, Nathalie Oziol (lire page 6). « Une impasse » pour Chloé Ridel : qui déplore que « la scène soit occupée par Jean-Luc Mélenchon d’un côté et François Hollande de l’autre. Deux impasses, deux figures irréconciliables, qui empêchent la gauche de s’unir sur un logiciel clair. Or, la seule manière de l’emporter face à l’extrême droite en 2027, c’est l’union ». Les communistes travaillent pour l’heure sur leur congrès et le projet qui sera porté par le parti (lire aussi nos informations page 23). « Fabien Roussel a indiqué sa capacité à mettre toute son énergie dans la présidentielle de 2027. Personnellement, c’est l’option que j’aimerais que nous retenions mais ce sera tranché par le débat. Si on veut se présenter, c’est qu’on veut reconquérir un électorat et qu’on veut faire vivre des idées », avance Clara Gimenez, membre de l’exécutif national du PCF et élue de Montpellier (lire ci-contre). Sa camarade Saliha Boussedra, co-secrétaire de la fédération du PCF du Gard, a une autre position. : « Nous sommes trois sur les quatre secrétaires de la fédération du Gard à avoir signé le texte [alternatif],”Communistes à l’offensive”. C’est donc difficile de parler au nom de la fédé et au nom du parti puisque les choix sont en cours de délibération. Si je dois donner un avis personnel, il est simple et clair : il y a une priorité qui est le mur qu’on a en face, qui est celui de l’extrême droite. Donc, il faut travailler, imposer l’union de la gauche en partant de la base. »

    Pour l’heure divisée sur la stratégie pour 2027, les gauches n’en ont pas moins un ADN commun concentré sur la question sociale à laquelle ni la droite ni l’extrême droite ne peuvent répondre. Un atout car les attentes du mouvement social sont fortes après plus d’une décennie de casse sociale.

    Clara Gimenez , membre du comité exécutif national du PCF, vice-présidente de la Métropole de Montpellier

    « Le débat avance dans les cellules, les sections et les fédérations en vue du congrès qui aura lieu en juillet prochain à Lille. Ce congrès n’est pas en conclave, il est ouvert sur la société. Les communistes discutent du projet, du fond, des idées et de la stratégie à adopter pour les mettre en application et donc de la présentation ou pas d’un candidat à l’élection présidentielle. Cette question sera tranchée par les communistes tout début septembre. Tout est aujourd’hui ouvert et ce sont aux communistes de décider. Fabien Roussel a indiqué sa capacité à mettre toute son énergie dans la présidentielle de 2027. Personnellement, c’est l’option que j’aimerais que nous retenions mais ce sera tranché par le débat. Si on veut se présenter, c’est qu’on veut reconquérir un électorat et qu’on veut faire vivre des idées parce qu’au-delà de l’échéance électorale, la question c’est : qu’est-ce qu’on fait bouger dans les têtes ? C’est un moment important pour porter sa vision de la société et de ce qu’il faudrait faire. On a besoin d’un Parti communiste fort pour avoir des politiques transformatrices. On a besoin d’avancer sur des idées et pas sur des personnes. Nous voulons porter une volonté transformatrice de la société et pas s’accommoder d’une société capitaliste. C’est là que nous avons une vraie différence et que nous voulons porter cette idée de rupture que ne portent pas les autres. Dans la période actuelle, il y aura deux grands enjeux que l’on porte depuis longtemps. Il y a déjà la paix parce que sans elle, il n’y aura pas de progrès sociaux. Ensuite, il y a la défense des intérêts du monde du travail, que ce soit son organisation, sa rémunération, le droit à l’emploi pour tous ou le droit à la formation. Ces enjeux, nous sommes les seuls à les porter en les couplant à un projet de société transformateur où chacun trouve sa place et peut s’émanciper. »

    Recueilli par Tristan Arnaud

    Chloé Ridel, députée européenne, secrétaire nationale du PS, conseillère municipale de Nîmes

    « Pour moi, le principal danger à gauche aujourd’hui, c’est que le devant de la scène soit occupé par Jean-Luc Mélenchon d’un côté et François Hollande de l’autre. Deux impasses, deux figures irréconciliables, qui empêchent la gauche de s’unir sur un logiciel clair. Or, la seule manière de l’emporter face à l’extrême droite en 2027, c’est l’union. Je plaide donc pour une primaire de la gauche. Ce que nous avons fait à Nîmes peut servir de leçon nationale. Face à une droite installée et une extrême droite forte, nous avons gagné parce que nous avons mené une campagne unie, heureuse, concrète, avec les citoyens et la société civile. Nous n’avons pas passé notre temps à parler des autres partis de gauche. Nous avons parlé des Nîmois, de leurs besoins, de leurs quartiers, avec l’idée de réunir la ville. Cette méthode peut être portée à l’échelle du pays. La France est profondément fracturée socialement, territorialement, identitairement. Il faut reconstruire l’unité du peuple français par des politiques de justice : justice fiscale, justice territoriale, mixité sociale et scolaire, lutte contre les discriminations. Sur le fond, la gauche doit répondre au pouvoir d’achat. Revaloriser le Smic et les salaires, oui, mais aussi s’attaquer aux dépenses contraintes : logement, énergie, alimentation, transports. Il faut reprendre la main sur le marché du logement, encadrer les loyers, appliquer la loi SRU. Il faut aussi un nouveau contrat social des transports, avec des véhicules électriques accessibles aux ménages modestes, davantage de trains, de RER métropolitains, et la nationalisation des autoroutes. Les lignes rouges sont claires : l’Europe, le respect du droit international partout, en Ukraine comme en Palestine, et la défense d’une souveraineté européenne. La gauche doit promettre la liberté, mais pas la liberté de quelques-uns. La liberté pour toutes et tous : vivre dignement, se loger, se nourrir, se déplacer, choisir sa vie. »

    Recueilli par Axel Jolidon

    Julien Pradel, premier secrétaire de la fédération du PS de l’Hérault

    « Nous sommes à un an de la présidentielle mais nous avons le temps encore pour choisir la personne. Par contre, ce qui devient urgent, c’est de construire une plateforme programmatique. Il me semble qu’il vaut mieux partir du projet plutôt que de la personne. Au PS, on travaille sur un projet qui a une vision plus longue, pour le XXIe siècle, donc pas forcément pour des échéances très courtes, même s’il faudra s’en inspirer. Mais il me semble que là où nous attendent les Français, c’est sur le social, sur le travail, sur le logement, des choses du quotidien : des propositions très concrètes sur le plafonnement des loyers par exemple, la sécurité dans les quartiers populaires et ailleurs, la revalorisation des salaires. Comme sur les retraites, il faut être concret, comment on va les financer. Il ne suffit pas de faire de la démagogie en annonçant la retraite à 60 ans, mais il me semble que c’est comme ça qu’on peut arriver à une retraite équitable. Si on est d’accord sur un projet commun, les divisions personnelles ne peuvent plus exister, les questions d’ego doivent disparaître. Il faudra garder la tête froide face à une extrême droite en passe de gouverner. Il faudra prendre la personne qui sera le mieux armée et la plus plébiscitée pour pouvoir gagner. La primaire proposée par une partie de la gauche n’arrive pas à rassembler les appareils, donc c’est un problème. Il faut d’abord passer par le projet pour entraîner une population plus large que deux partis morcelés et un micro-parti. Si on parle du PS, il me semble que c’est à ses adhérents de déterminer qui est la personne la plus capée pour représenter le parti. À la présidentielle, c’est encore une autre histoire, je suis prêt à faire confiance à la personne que je désignerai au PS – ce que je souhaite – mais si ça ne doit pas être un socialiste qui représente une vision de la gauche qui est nécessaire, je fais confiance à cette personne pour trouver les contreparties et les compromis là-dessus. »

    Recueilli par Louis Dupin

    Lise Florès, co-secrétaire régionale des Écologistes

    Face aux échecs répétés de la gauche à l’élection reine et à la menace de l’extrême droite, Lise Florès n’envisage qu’une option. « Je suis pour l’union de la gauche, unioniste à 100%. Il faut tenir ce cap au maximum », martèle la co-secrétaire régionale des Écologistes en Occitanie. Elle voit deux raisons majeures. La première c’est « le risque d’un RN au pouvoir », la seconde c’est que si Jean-Luc Mélenchon peut être un bon candidat de premier tour, « il a peu de chances de l’emporter au second. J’ai peur que LFI ait raté le coche. On doit être pragmatique ». Ainsi Lise Florès défend-elle l’idée de la primaire du 11 octobre à laquelle Marine Tondelier a l’intention de participer. Si l’écologiste lunelloise concède que l’exercice, parfois considéré comme une « machine à diviser », n’est pas parfait, il aura le mérite « d’éliminer plusieurs candidats potentiels ». Par la suite, elle espère que « guerres d’ego et autres querelles à la noix » s’effaceront pour laisser place à l’essentiel. « La gauche doit se recentrer sur ses points communs : permettre aux gens de vivre dignement, la santé au quotidien, les services publics et l’écologie ». Pour ne pas que l’écologie soit coercitive, elle aimerait que les élus effrayés par les normes soient accompagnés . « Une ZFE sans transports en commun, c’est ridicule. L’écologie punitive c’est celle de Macron et de la droite ». S’il a déjà été réussi deux fois dans l’urgence aux législatives avec la Nupes (2022) puis le Nouveau front populaire (2024), le périlleux exercice de l’union des gauches se heurte souvent au système du présidentialisme. La raison pour laquelle, elle aussi défend l’idée d’une VIe République avec « un système plus parlementaire avec des alliances programmatiques ». « On peut régler nos différends de cette manière. On ne peut pas gouverner par la force ad vitam æternam ». Le 10 juin, les Écologistes, pour l’heure divisés sur le sujet, tiendront leur conseil fédéral qui tranchera la ligne du parti sur la primaire et entre ceux qui penchent vers les socialistes ou vers les insoumis.

    Recueilli par Rémy Cougnenc

    Nathalie Oziol, députée LFI de l’Hérault

    « La candidature de Jean-Luc Mélenchon a été choisie collectivement lors d’une réunion d’intergroupe [réunissant les élus insoumis et les membres de la coordination de LFI, Ndlr]. Il y a eu unanimité pour soutenir sa candidature. Alors qu’on assiste au désastre de la division dans tous les camps politiques, que ce soit dans les autres partis de gauche, que ce soit dans le camp macroniste, la concurrence entre la droite et l’extrême droite, nous, nous sommes prêts. La situation catastrophique d’un point de vue politique, économique, social exige qu’il y ait une candidature sérieuse et à la hauteur du moment et celle de Jean-Luc Mélenchon l’est. Nous avons un candidat, mais on a aussi un programme qui est très identifié avec une équipe. Ce n’est pas juste l’aventure personnelle de Jean-Luc Mélenchon. Il est entouré de personnes qui sont extrêmement capables et compétentes comme Manuel Bompard, Clémence Guetté, etc.

    Tous les tenants de la primaire de la gauche ont fait la démonstration de l’absurdité de cette proposition puisque maintenant chacun y va de sa candidature personnelle en sautant par-dessus la primaire qui est en train de s’enliser. Tout le monde comprend que ça n’aboutira à rien du tout. Heureusement qu’on n’attend pas après ces personnes qui en fait passent leur temps à se disputer entre eux. Rien qu’au PS, c’est un désastre. Chaque individu en soi porte une position ou une candidature presque. Il est hors de question qu’on se laisse traîner dans cette espèce d’arène de disputes personnelles. Lors des deux dernières présidentielles, où on lui faisait déjà exactement les mêmes reproches, qu’il était clivant, qu’il ne pourrait jamais dépasser un plafond de verre, il a fait la démonstration non seulement qu’il était qu’il était en capacité de se qualifier au second tour et qu’il était en progression. La bataille qui est devant nous est si importante que pour non seulement tourner la page de la Macronie, mais battre l’extrême droite, en réalité aujourd’hui il n’y a qu’un candidat à gauche qui est prêt et qui est capable de mener cette bataille, c’est Jean-Luc Mélenchon. »

    Recueilli par Louis Dupin

    Boris Chenaud, coopérateur de La Carmagnole, à Montpellier et membre de l’Après

    « Le gros danger démocratique, social, écologique, c’est qu’en 2027 l’extrême droite accède au pouvoir. Face à cela, il faut trouver un chemin pour l’union des gauches et des écologistes. C’est ce qu’ont fait les anciens il y a 90 ans, lorsqu’ils ont constitué le Front populaire le 6 février 1934 et qu’ils ont réussi à l’emporter en 1936, alors qu’une vague brune gagnait toute l’Europe. Comme il n’y a pas de personnalité qui ait une légitimité naturelle ou qui s’impose à toute la diversité de la gauche, ce chemin commun passe, pour nous, par une primaire, avec un programme qui soit partagé par l’ensemble des candidatures. On ne part pas de rien, puisqu’il y a eu la Nupes en 2022 et le NFP en 2024. On a donc déjà une base programmatique. Par ailleurs il ne faut pas reproduire le schéma d’une primaire à deux tours avec des camps qui s’affrontent dans le but de montrer qu’on est le meilleur. On souhaite un scrutin à un tour, où la personne la plus fédératrice l’emportera. Cette dynamique autour d’une union à gauche doit à la fois être impulsée par en haut, c’est-à-dire par les partis, pour travailler un Front populaire 2027, mais aussi par en bas, à la base, avec des comités locaux ouverts à toutes les forces de gauche qui organiseront des réunions publiques d’information pour expliquer cette démarche de la primaire. C’est ce qu’on va faire dans l’Hérault. En matière programmatique, nos priorités sont les salaires, la retraite, le logement, l’écologie populaire… Le partage des richesses constitue également un gros enjeu, avec une indispensable remise à plat du système fiscal qui nous donnerait les moyens des politiques sociales et écologiques que nous souhaitons mettre en place. Il faut également miser sur les services publics et les sortir au maximum de la logique marchande. Sans oublier la nécessité d’une révolution démocratique : aller vers une VIe République avec une perspective de Constituante et redonner la voix aux citoyennes et citoyens comme l’avaient demandé les Gilets jaunes, avec l’instauration du référendum d’initiative citoyenne. »

    Recueillis par Amélie Goursaud

    Emmanuel Grieu, maire de Mandagout, membre de Debout! et soutien de François Ruffin

    « La primaire est la moins mauvaise façon de trancher. On sait que la primaire peut être un piège, que c’est imparfait mais quand on voit le grand écart qu’il existe à gauche, que peut-on faire ? Il est indispensable de se réunir parce que si on continue comme on fait aujourd’hui, on va droit dans le mur. En ce moment, on est la gauche la plus bête du monde. Il va bien falloir se mettre autour de la table et se confronter. Puis il faut qu’on consulte notre base électorale pour voir ce qui serait le plus pertinent. Il y a une pétition sur le site du Nouveau Front Populaire 2027 et j’appelle toutes les personnes qui souhaitent l’union de la gauche à aller la signer. Il faut que ce soit un large appel pour créer l’espoir et créer une vraie dynamique. On a les moyens de le faire. La petite fenêtre de tir qui existait quand la France insoumise était majoritaire car elle avait réussi à nous remettre dans la direction de la gauche et avait une richesse incroyable de profils, s’est refermée. Au lieu de vouloir rassembler, ils ont préféré se retrancher derrière un sac de sable et tirer à vue sur tout ce qui est différent d’eux. Mais je reste profondément insoumis au fond de moi parce que la FI garde la direction qu’il faut suivre. On a vu ce qu’ont donné les Bernard Cazeneuve et Carole Delga : un extrême centre avec Emmanuel Macron. Il faut donc garder la direction insoumise mais selon moi, Jean-Luc Mélenchon est le dernier homme qui peut faire consensus à gauche. C’est aberrant de ne pas le voir. Il est inaudible aujourd’hui alors que la France insoumise et la gauche de manière générale, font un travail incroyable à l’Assemblée nationale avec des positions géniales mais elles sont totalement inaudibles. C’est aussi dû au bashing anti-LFI mais ils ne font rien pour être plus malins. On ne peut pas tenter la roulette de la FI toute seule et en même temps, on ne peut rien faire sans la FI. Avec François Ruffin, on fait le pari de travailler avec les gens. Avoir des idéaux c’est bien, mais il faut les confronter au réel pour faire avec les gens, avec tous les gens. Il faut orienter cette colère pour qu’elle ne soit pas une colère aveugle. Il faut que la gauche revienne vers le salariat et le travail. »

    Recueillis par Tristan Arnaud.

    Évelyne Coulouma, place publique, membre de la coordination de l’Hérault, responsable du territoire de Béziers.

    « En ce moment nous sommes en train de finir de construire un programme social-démocrate, nous essayons de construire le programme le plus rassembleur à gauche en vue de la présidentielle. Pour le moment la priorité ce n’est pas le candidat mais bien le programme. La priorité est d’essayer de mettre autour d’une même table les forces de la gauche en présence. Nous ne sommes pas que dans la recherche d’un seul candidat, nous recherchons surtout un consensus sur un programme de gauche.

    Ce ne sera pas évident sur Béziers même de faire passer des idées sociales démocratiques, nous le savons. Pour ce qui est des grands axes du programme, il y a d’abord la défense et la sauvegarde de la démocratie, nous souhaitons rétablir la confiance dans les politiques : que les personnes se rappellent de la confiance que cela apporte, nous constatons que les gens sont prêts à confier les rênes au Rassemblement National, sans prendre conscience de ce que cela peut engendrer. Nous souhaitons aussi lutter contre les inégalités sociales, on est en train de les prendre en pleine figure, c’est une catastrophe et il faut rétablir l’égalité dans la population. Nous ne voulons pas qu’une certaine partie de la population soit désignée bouc émissaire, comme on peut le voir avec les immigrés par exemple. Nous pensons donc qu’il faut développer la conscience des individus, rappeler l’importance du « ensemble ». Nous souhaitons protéger les personnes en situation de vulnérabilité, il est important de ne laisser personne de côté.

    Nous accordons aussi beaucoup d’importance à la question écologique : lutter contre les problèmes climatiques, intervenir dans la vie quotidienne, avec le logement, le transport, l’alimentation. Nous mettons ces trois domaines : démocratie, lutte contre les inégalités et l’écologie presque au même niveau de priorité. On sait que ce sont des programmes partagés par d’autres forces de gauche et nous souhaitons donc les mettre autour d’une même table pour décider d’un consensus. Ce n’est pas une quête d’ego mais un souhait de vraiment défendre ce programme. »

    Recueilli par Zoé Loritano

  • [Entretien] Yannick Monnet : « Une triple peine pour les femmes victimes d’un cancer du sein »

    [Entretien] Yannick Monnet : « Une triple peine pour les femmes victimes d’un cancer du sein »

    La Marseillaise : Qu’est-ce qui vous a motivé à porter cette proposition de loi sur le remboursement des soins
    de support pour les patientes atteintes d’un cancer du sein ?

    Yannick Monnet : Une femme victime de cette maladie avait sollicité Fabien Roussel [secrétaire national du PCF, Ndlr] et moi-même, à deux moments différents. Elle nous avait expliqué qu’en plus de ses traitements contre le cancer, elle devait acheter des pommades et du vernis à ongles spécifiques. Ces dépenses, considérées comme soins de support, s’élèvent en moyenne 2 000 euros et ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale. Tout comme les dépassements d’honoraires, les prothèses capillaires et les implants mammaires. Pourtant, ces soins ont été reconnus comme essentiels à la guérison physique, mais aussi psychologique des patientes. Nous avons rencontré des acteurs qui suivent ces femmes, comme chez moi l’association Accanthe, qui financent des espaces d’accompagnements thérapeutiques pour les victimes de cancer du sein. Elles peuvent y consulter des kinésithérapeutes, des diététiciennes, des sophrologues… Notre objectif était donc d’obtenir la prise en charge intégrale des soins liés au cancer du sein, avant la chimiothérapie, pendant et après la rémission. Malheureusement, on n’a pas obtenu tout ce qu’on voulait. Nous avons dû retirer en commission la question du dépassement d’honoraires. On a eu, en contrepartie, l’engagement de l’ancien Premier ministre, François Bayrou, qu’un rapport sera fait sur le dépassement d’honoraires. Mais il y a, tout de même, un certain nombre de progrès qui sont permis par la loi. Faut-il encore que les décrets soient écrits et appliqués.

    Justement, avez-vous connaissance d’un calendrier gouvernemental pour la publication de ces décrets ?

    Y.M. : Aucun. Aujourd’hui, on n’a toujours pas de calendrier. On est encore dans des logiques financières, ce qui n’a aucun sens. Pour les femmes qui sont victimes d’un cancer du sein, c’est la double, voire la triple peine : l’angoisse de la maladie, une vie personnelle complètement bouleversée et, parfois, une vie professionnelle mise entre parenthèses. Beaucoup de femmes divorcent ou quittent leur emploi. Et, en plus, elles doivent assumer des dépenses pour se soigner correctement. Je pense que c’est un problème de volonté politique pour ne pas dépenser trop d’argent. C’est pourquoi nous lançons une pétition. Mais c’est terrible qu’on soit obligés d’en arriver à un rapport de force. Aujourd’hui, le législatif a fait son boulot, de façon assez rapide, puisqu’on a mis peu de temps pour aboutir à cette loi, moins de deux ans. Maintenant, c’est à l’exécutif de faire le sien. Et il ne le fait pas, pour l’instant… Les réponses administratives et technocratiques que je reçois ne m’intéressent pas. C’est du prétexte. Et ça crée de faux espoirs pour ces femmes. J’ai vu des procédures accélérées. On est capable de voter des budgets pour des dispositions militaires. On n’a pas mis trois ans.

    Pensez-vous qu’il existe un déséquilibre dans la volonté d’agir en fonction des sujets ?

    Y.M. : Clairement, aujourd’hui, on cherche à faire des économies en matière de dépenses de santé. On passe son temps à vouloir réduire les dépenses. Donc il y a une volonté politique. En tout cas, il y a un risque de voir la Sécurité sociale disparaître si l’on continue à en assécher les financements. Dans le cas de cette proposition de loi, il est invraisemblable que les décrets n’aient toujours pas été publiés. Ils finiront bien par l’être, mais cela traîne des pieds. Le problème, c’est que les ministres ont une durée de vie qui était assez courte, donc, « après moi, le déluge ». Pourtant, ce n’est pas compliqué de rembourser des produits qui bénéficient aux femmes victimes d’un cancer du sein. Je me dis qu’avec cette pétition, le gouvernement ne pourra plus ignorer la nécessité de publier ces décrets.

  • À Martigues, une histoire populaire qui redonne des repères

    À Martigues, une histoire populaire qui redonne des repères

    « L’histoire est à nous », dans le sens populaire du terme. C’est en tout cas ce que l’adjoint Pierre Dharréville (PCF) défend à l’heure d’annoncer la troisième édition du festival d’histoire populaire de Martigues, baptisé Pop’Histoire, lors d’une conférence de presse, lundi, au cinéma La Cascade.

    Un festival qui « manifeste une volonté d’appropriation collective de l’histoire, cette science qui permet de comprendre les mouvements du monde et de la société », poursuit l’élu, en la mettant à disposition sur l’espace public. C’est sur cet aspect public qu’insiste l’adjoint (PCF) Florian Salazar-Martin : « On a la chance, à Martigues, que les espaces soient ouverts, lorsqu’ailleurs, beaucoup d’espaces libres se rétrécissent. » « Pop’Histoire est imaginé comme un printemps populaire de l’histoire, un moment de fête pour réfléchir et s’amuser », complète Jean-François Szymanski, de la librairie l’Alinéa, également co-organisateur de la manifestation.

    Cette troisième édition passe un cap partenarial, notamment avec Aix-Marseille université (AMU), dont le président, Éric Berton, signe l’édito du programme avec le maire (PCF) de Martigues Gaby Charroux et dont plusieurs chercheurs participent à l’initiative. Mais aussi avec l’Éducation nationale, à travers plusieurs rendez-vous dédiés aux collégiens et lycéens martégaux.

    De 1936 à 2026,

    une histoire de luttes

    « Le va-et-vient entre le présent et l’histoire est essentiel quand les repères se perdent avec le déroulement permanent de l’actualité », présente Florian Salazar-Martin. C’est ce qui caractérise cette troisième édition qui, d’un côté, consacre l’essentiel de sa programmation à l’étude du Front populaire et des conquêtes sociales de 1936, avec parfois un angle féministe et, de l’autre côté, répond – indirectement – à l’actualité brûlante du contrôle des médias et de la culture par des personnalités d’extrême droite.

    Particulièrement à l’heure de la censure annoncée par Canal+, piloté par Vincent Bolloré, à l’encontre des artistes signataires d’une tribune dénonçant l’influence du milliardaire dans le cinéma. « On ne peut pas accepter de mainmise sur les artistes et les idées pour faire triompher un agenda antiféministe, raciste », tranche Florian Salazar-Martin. Pierre Dharréville souligne à cet effet le rôle de Jean Renoir, « figure du Front populaire à sa manière ». « Ce qui se passe avec le cinéma s’est passé récemment avec le livre, avec Bolloré et les éditions Grasset », rappelle Jean-François Szymanski, renvoyant à l’historien « Yohann Chapoutot, qui a pointé cette volonté des oligarques de disposer des outils qui façonnent l’opinion publique ».

    Pop’Histoire promet une riposte à sa manière. « Une réponse en actes, une résistance avec ses contradictions, une alerte importante », conclut le libraire. « Le Front populaire s’est construit dans l’adversité face au fascisme depuis les émeutes de 1934 jusqu’aux grandes conquêtes sociales », développe Pierre Dharréville, qui n’oublie pas de souligner la place des femmes dans cette histoire, également au cœur du programme. Comme pour rappeler la nécessaire convergence de ces luttes.

    La conférence d’ouverture de Pop’Histoire, dédiée à la lutte des femmes pour leur liberté, aura lieu jeudi 28 mai à 18h, au cinéma La Cascade.

  • Soirée de solidarité avec Cuba à Marseille

    Soirée de solidarité avec Cuba à Marseille

    Organisée par France Cuba Marseille 13 et la section PCF du 8e, l’initiative s’inscrivait dans les journées internationales de solidarité avec Cuba initiées il y a quelques semaines par le Parti communiste français, dans la continuité du convoi de solidarité, destiné à soutenir le peuple cubain face au blocus imposé par les États-Unis, renforcé sous Donald Trump et imposé à l’île depuis plus de 60 ans avec ses conséquences économiques et sociales désastreuses. Les participants ont permis de collecter 1 130 euros pour soutenir le peuple cubain et ses actions de résistance face aux sanctions.

  • Le procès de l’attaque du Prolé aura bien lieu

    Le procès de l’attaque du Prolé aura bien lieu

    Après les propos du procureur d’Alès le mois dernier, ouvrant la porte à un classement sans suite s’il manquait d’éléments, le pessimisme avait gagné les victimes de l’attaque du Prolé. Elles s’étaient d’ailleurs donné un an avant d’envisager de poursuivre directement les suspects identifiés par la justice et reconnus par les victimes lors d’une confrontation qui s’était déroulée fin février. Mais finalement, la nouvelle est intervenue par un message envoyé par le procureur aux trois avocats des victimes : les trois suspects passeront bien devant le tribunal correctionnel au cours d’une audience prévue le 6 octobre.

    « C’est une bonne nouvelle parce qu’on pouvait craindre un classement sans suite au regard de ce qu’annonçait le procureur de la République », explique Sophie Mazas, l’une des trois avocates qui souhaite désormais obtenir des condamnations à la hauteur de la gravité des faits : « Nous sommes sur une procédure à juge unique, ce qui est étonnant lorsqu’on a deux circonstances aggravantes que sont la préméditation et le motif politique. Cela veut dire que la victime a moins de 8 jours d’ITT. Nous, nous demandons une audience collégiale qui est plus solennelle, où il y a un temps d’évaluation des préjudices des victimes qui est plus long. Nous ferons tout pour obtenir une réponse pénale à la hauteur de la gravité des faits. »

    L’annonce du procès a également rassuré les représentants du Parti communiste français. « C’est une excellente nouvelle. Il a fallu du temps mais on se réjouit que le procureur poursuive les suspects car il y a un faisceau d’indices important. Cela aurait été incompréhensible que ce soit classé sans suite, d’autant plus que le Bloc montpelliérain a été interdit et dans l’arrêté ministériel qui le dissout, il y avait aussi comme justification l’attaque du Prolé. Cette dissolution était une première victoire, cette audience en est une seconde mais maintenant on attend la condamnation », explique Giovanni Di Francesco, secrétaire de la section communiste d’Alès, qui a porté plainte au nom du PCF.

    Sécurité renforcée pendant la feria

    Cette information est tombée quelques jours avant le début des festivités de la feria, qui a débuté le 13 mai. Pour éviter d’éventuelles représailles et surtout pour rassurer la population invitée à venir festoyer au Prolé pendant la feria, le bar alésien a prévu de renforcer sa sécurité. « La feria sera une victoire sur les violences de l’extrême droite. On est en pleine date anniversaire. Nous avons pris des mesures renforcées pour tranquilliser les gens. Ce sera donc un lieu de fête encore plus important que les années précédentes, où la fraternité et la solidarité vont s’exprimer encore plus fort », affirme Giovanni Di Francesco.

    En effet, des membres des sections communistes de tous les départements voisins ont prévu de venir au Prolé marquer leur soutien. « C’est important qu’il y ait une ambiance de fête au Prolé pour montrer que l’extrême droite ne peut pas nous empêcher de faire la fête ou de mener nos autres actions habituelles. Pour cela, nous pouvons compter sur le soutien de militants communistes qui ont l’habitude de sécuriser des événements comme la Fête de l’Huma par exemple », explique Cécile Alphon-Laire.

    Après la feria, le PCF a prévu d’organiser une conférence-débat début juin au Prolé sur l’extrême droite et à la rentrée, en septembre, un forum sur le même sujet devrait aussi se tenir. Un rassemblement est également déjà prévu le matin de l’audience, le 6 octobre, devant le tribunal d’Alès.

  • À Miramas, les lycéens sont en mal de transports pour aller étudier

    À Miramas, les lycéens sont en mal de transports pour aller étudier

    « Tout le monde devrait avoir le droit de se déplacer et d’étudier », assène Lilyrose élève de 1ère au lycée Jean Cocteau, avant de franchir les grilles mercredi matin. L’établissement est traversé par un vent d’inquiétude depuis la fin de semaine dernière. En cause, l’absence de transports praticables pour se rendre à Aix-en-Provence depuis Miramas.

    « Ça prend deux heures de train en passant par Salon alors qu’on met que 40 minutes en voiture », illustre Kawtar Kassioui, autre élève de terminale concernée par la poursuite d’études à Aix. Sans compter le retour d’autant plus difficile. « Beaucoup d’autres autour de moi galèrent aussi », souligne-t-elle.

    Les élèves rencontrés à l’entrée du lycée ne donnent pas tord à leur camarade. « J’aimerais bien étudier à Aix mais j’ai pas les moyens de payer un appartement sur place », souligne Lilyrose, actuellement en 1ère. La voiture n’est pas une alternative selon sa camarade de classe Carla : « J’ai l’âge de passer le permis, mais tout le monde n’a pas l’âge ni les moyens », fait-elle remarquer. « L’essence devient chère, les voitures aussi. Il faudra une alternative », renchérit Lilyrose.

    Trois cents élèves concernés

    C’est en abordant le sujet en réunion avec les parents, au lycée, que Kawtar Kassioui a fait la rencontre de Natacha Mallet. « Le sujet me préoccupe aussi en tant que mère d’élève, j’ai mené le même combat quand j’étais lycéenne », explique la communiste et cheminote.

    C’est pour cela qu’avec l’aide des communistes miramasséens, Kawtar Kassioui a pu formuler une proposition politique au problème. À partir d’un sondage réalisé sur les 843 élèves du lycée, 305 ont répondu être intéressés par la création d’une ligne de bus reliant Miramas à Aix-en-Provence, sur 396 répondants.

    « On ne parle que de Cocteau, mais il y a déjà des étudiants de Miramas à Aix. Il faut aussi penser aux travailleurs et aux musées d’Aix qu’on n’a pas », considère la nouvelle militante. « C’est aussi un enjeu écologique, les voitures c’est pas top, un bus dans l’immédiat c’est bien, mais le train c’est mieux ! Il y en avait un jusqu’en 2008, il faut le remettre en route », affirme Kawtar Kassioui. Le conseiller municipal (PS) Christophe Caillault, présent devant le lycée, se dit « épaté » par la mobilisation lycéenne, promettant que le sujet sera soumis au maire Frédéric Vigouroux (DVG), par ailleurs vice-président de la Métropole aux transports. « Il faut d’abord créer une ligne de bus pour répondre à l’urgence, mais il faudra remettre en service la ligne ferroviaire passant par Rognac », considère Natacha Mallet. Le communiqué du PCF miramasséen diffusé au même moment parle d’interconnexion avec le bassin ouest du département, proposant de l’inclure dans le projet de service express régional métropolitain.

  • Le centre de maintenance des TER à l’étude à Béziers

    Le centre de maintenance des TER à l’étude à Béziers

    On a gagné la première manche », se félicite Nicolas Midague, de la CGT Cheminots à Béziers. Cela fait en effet 33 ans que la fermeture du dépôt de Béziers plane et les cheminots attendaient désespérément une bonne nouvelle. Car si le dépôt n’est toujours pas fermé, grâce à une mobilisation tenace, les effectifs sont passés de 400 à 40 salariés et le site doit bien s’arrêter de fonctionner dans un an et demi. Alors l’implantation d’un centre de maintenance sur le site de l’ancienne gare de triage du fret à Capiscole pourrait permettre de sauver ces emplois et même de recruter, puisque le nouveau site pourrait compter entre 50 et 80 salariés selon l’option retenue.

    Ce centre de maintenance régional (CMR) pourrait en effet avoir trois fonctions si elles sont toutes retenues par la Région et la SNCF : « Il y aurait déjà un centre d’entretien du matériel au quotidien, comme le fait Nîmes », explique le conseiller régional communiste Jean-Marc Biau. « Ensuite, il y a la question de l’implantation d’un tour en fosse qui permet de reprendre les essieux des engins moteurs. Il n’en existe qu’un dans le sud de la France, à Avignon. C’est un dossier ancien puisque la SNCF s’était engagée à en faire un à Béziers en 2016. Enfin, il pourrait y avoir un entretien pour les rames accidentées parce qu’aujourd’hui les trois régions, Paca, Aquitaine et Languedoc-Roussillon dépendent d’un centre à Varennes-Vauzelles dans le sud de la France avec des délais d’immobilisation qui sont parfois de plus d’un an. »

    Soutenue par les syndicats, la création de ce centre dépend désormais d’une étude de faisabilité qui sera lancée dans les tout prochains jours. En effet, il n’existe que deux centres (Nîmes et Toulouse) dans la région et le passage à de nouvelles rames nécessite la création d’une nouvelle structure dans les mois à venir. Elle devait initialement voir le jour à Narbonne, mais les élus locaux l’ont refusée et un nouveau site doit rapidement être désigné.

    Accélération

    du calendrier

    Deux sites ont ainsi été retenus : soit Béziers, donc, soit un deuxième site à Nîmes, dont l’étude de faisabilité vient d’être terminée. « Béziers a une position centrale. C’était à l’époque pour cette raison que Narbonne avait été retenue. Les deux sites ont des contraintes mais je pense que Béziers, c’est la solution la plus avantageuse pour tout le monde parce que si on concentre tous les moyens à Nîmes et qu’il y a des incidents sur la ligne, tout sera bloqué là-bas », explique l’élu régional qui sait tout de même que la direction de la SNCF pencherait plutôt pour une implantation dans la capitale du Gard.

    Désormais tout va s’accélérer. Le bureau d’études a en effet trois mois pour rendre ses conclusions et la décision de la Région, en concertation avec la SNCF, sera connue durant l’été, promet Jean-Marc Biau.