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  • [Le feuilleton] Autobiographie d’un menteur

    [Le feuilleton] Autobiographie d’un menteur

    Pierre Dharréville est journaliste et écrivain, auteur d’essais mais aussi des fictions comme En l’absence de Monsieur J ou L’enlumineur. Il est également connu pour son engagement politique en tant qu’élu communiste sur notre territoire et notamment comme député de la 13e circonscription.

    Pour ces périodes de fêtes, La Marseillaise vous propose Autobiographie d’un menteur, un texte inédit situé dans le milieu journalistique. Une fable romanesque à retrouver chaque jour de la semaine jusqu’à la fin des vacances.

    Il y avait une forme de coquetterie jusque dans la prononciation du mot, une façon de sanctifier la chose. C’en était presque attendrissant. On imaginait le fragile équilibre nécessaire à l’acte de création, en même temps que la force jaillissante des mots, alignés avec une excitation enfantine. On réalisait soudain que les mots, lorsqu’ils étaient suivis de la signature du maître, prenaient un poids particulier. Celui d’une vérité, d’une révélation, d’une lumière crue jetée sur les charpentes du réel. Comme si le jour où Quiniond prenait la plume, un silence grave gagnait les lecteurs et l’ensemble des décideurs du pays : Quiniond parlait enfin, Quiniond gratifiait le monde de sa prose

    Il n’en allait pas de même pour tout le monde…

    Rentré chez lui, Grégoire Charvin se plongea dans le dictionnaire pour essayer d’en savoir plus sur Marcel Duchamp, sans parvenir complètement à s’y intéresser. Puis il se mit à relire Jules Vallès – il lui était agréable que son pseudonyme possédât une si franche consonance avec le nom de l’illustre écrivain, son « confrère ». Il se rengorgea de la liberté du journaliste de l’époque, relatant ce qu’il voit là où il est. Une époque malheureusement révolue. Le jeune homme savait néanmoins que le journalisme moderne, loin de cette préhistoire, avait aussi ses vertus. Vagabonder éloigne de l’actualité, alors qu’il faudrait la suivre, la devancer, peut-être… Il ne se prosternait pas devant cette œuvre romanesque mais goûtait sa fraîcheur, et s’amusait de sa naïveté. Le métier lui plaisait et son cœur se gonflait d’orgueil d’être à l’épicentre de tous les débats, là où le monde se fait et se défait. Il sortit prendre le pouls de Siège, de sa nuit débordante et de ses errances. Passant aux pieds des monuments qui témoignaient de sa gloire passée et auxquels se raccrochait sa volonté de puissance, il s’étonnait et se rengorgeait d’être là.

    Le lendemain matin, devant un inévitable café, Charvin-Jalès s’immergea dans le journal du jour. Certes, son œuvre était ratatinée dans un coin de page, mais il venait quand même de signer son premier texte dans L’Impertinent. Il se lut et se relut avec délectation. Au final, l’angoisse de la page blanche avait été de courte durée.

    Le café où Patrice Quiniond avait ses habitudes était situé au bout du boulevard des Deux Tours, où le journal avait trouvé refuge depuis quelques années. Les bureaux se trouvaient un peu plus bas, dans un bâtiment anonyme sans enseigne et sans cachet, de ceux que l’on avait reconstruit à la hâte après les bombardements, dans du béton granuleux qui s’encrassait plus vite que le temps de sécher. Sous ces larges fenêtres disgracieuses, bordées d’aluminium mat, qui décuplaient les rayons du soleil en été et laissaient passer le froid en hiver, la vie s’écoulait dans l’artère la plus animée de Siège. Un journal doit être soumis au bouillonnement : un journal est une marmite.

    Lorsque Patrice Quiniond approcha de son repaire, Grégoire Charvin était trop absorbé pour le voir venir. Faisant rebondir ses bajoues en pressant le pas, le grand ponte changea de trottoir et grimpa directement dans son bureau en grommelant, sans passer par la case café. L’autre s’était assis exactement à la même table que lui la veille, c’est-à-dire « sa » table ! Il ne manquait pas de toupet, le gnome. Cela pouvait être une qualité dans le métier, mais dans l’immédiat, le maître ne l’entendait pas de cette oreille. Il fallait savoir en user au bon moment et à bon escient.

    Le bureau de Quiniond était un insondable foutoir. Des piles de journaux débordant de toutes parts menaçaient de s’avachir à chaque instant. Des dépêches d’agences froissées s’éparpillaient çà et là. Un vieux bouquin portait la mention « service de presse » à même la couverture. L’ordinateur trônait au milieu de cet impénétrable fatras, couvert de la poussière que laisse dans son sillage le tourbillon des jours. Les touches de son clavier étaient à demi noires de cette sueur parcimonieuse qui perle au bout des doigts laborieux et le vernis du bois jaune de la table portait en écailles la marque de ses talons. Dans les armoires, quelques livres politiques, dont la plupart étaient dépourvus d’intérêt, occupaient les étagères. Les journaux de lendemains d’élections avaient une place à part, tout en bas. Sur la paroi en placoplâtre était punaisée une maxime du genre « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement », qui comptait parmi les poncifs du métier. Quelques photos en noir et blanc se gondolaient avec l’âge. On y voyait Quiniond jeune avec quelques célébrités, prenant la pose ou suivant une meute déchaînée avec un détachement feint, l’imperméable dans le vent.

    À lui seul, ce bureau résumait presque une vie. Une vie pour L’Impertinent.

    Quiniond jeta négligemment ses augustes pompes sur le bord du bureau selon un cérémonial visiblement bien rodé. Il se moquait bien de ce qu’on en penserait parce qu’il méprisait les hypocrites qui n’osaient pas assumer cette posture en public. C’était sa manière de prendre du recul, de se donner de l’air, de jouer à domicile. Il commença à faire le tour de la presse du jour et s’alluma une brune bien sèche et sans filtre, se défiant ostensiblement des consignes antitabac édictées par la direction du journal. Ce n’était pas à un vieux singe que l’on allait interdire de faire ses grimaces.

    L’édito de Jean-Michel Barnard était lisse comme une savonnette sortie du bain. Une sorte de méditation philosophique pour collégiens. Aujourd’hui, c’était « Guerre et paix » : il devait être dans sa période russe. Voyez vous-mêmes.

    « La paix, qu’est-ce, si ce n’est le moment qui s’écoule entre deux guerres ? On aimerait qu’il en soit autrement, mais force est de constater que la paix n’existe pas sans la guerre. Celle qui se prépare au-dessus de nos têtes, à nos portes ou presque, est pour quelques intellectuels une “folie inutile”, ainsi que l’a déclaré Léon Bouteloup. En ayant le courage de s’extirper du monde parfait des idées, on pourrait aussi penser qu’elle est un mal nécessaire. Et, de fait, le large consensus politique qui semble se dégager sur la nécessité d’agir face aux provocations et de préparer notre jeunesse laisse entrevoir la possibilité d’une union nationale derrière le drapeau de la patrie. Si cela devait se confirmer dans la durée, ce serait le signe d’un gain de maturité de notre démocratie. »

    — Gros sabots, grommela Quiniond.

    Il eut un haussement d’épaules : « grosses bottes », lui avait soufflé son mauvais génie. C’était plat, sans relief et sans profondeur, comme un désert sans dunes. À chacun sa traversée… Citer ce nain intellectuel de Bouteloup, même pour le contredire, c’était lui donner bien trop d’importance à ses yeux, mais après tout, Jean-Michel Barnard avait sans doute ses raisons que la raison vrombissante de Quiniond ignorait. Mais surtout, la mauvaise foi s’y voyait trop. Et l’irrévérence, qui comptait parmi les maîtres-mots de la charte éditoriale de L’Impertinent, même s’il s’agissait de jouer les fous du roi, se passerait de guide. Il faudrait bien, un jour, que quelqu’un l’affranchisse, afin qu’il ne finisse pas poste restante… Quiniond savait son humour trop acide pour être partagé, et à vrai dire il n’avait pas assez de talent en la matière pour rendre supportable sa férocité.

    Macha entra sans frapper, comme d’habitude, mais avec délicatesse. Elle dévisagea l’homme, sans se presser, puis le déshabilla du regard avec insistance. Il leva la tête, scotché par son rituel, et, de ses lèvres fines sur lesquelles se formaient quelques stries traîtresses, il esquissa un sourire sincère. C’était rare.

    — Comment ça va, ma belle ? lança-t-il de sa voix un peu rouillée.

    — Moins bien que toi, fit-elle en s’asseyant sur le coin de son bureau, mettant en péril le subtil équilibre qui était le sien.

    — Elle est flatteuse !

    — J’en ai marre, je vais me casser. Ils me font tous chier avec leurs théories à la con, leur mépris des arts et leur culture de supermarché.

    — Ils n’ont pas passé son papier ?

    — Mais si ! Lis le journal, le matin, et lis mes articles, au moins. Il n’y a pas que les articles de Paq qui méritent lecture ! Y’a pas que la politique dans la vie ! Rappelle-toi toujours que la culture est la condition du politique…

    — Je l’ai vexée.

    — Elle a l’habitude !

    — Mais tu le sais que tu es ma condition à moi…

    — Tout le monde n’en dit pas autant. Ils ont réduit mon papier pour le mettre dans un coin de page, et sans l’illustration, après m’avoir fait patienter deux semaines et demie. C’est mon nom, en bas du papier, pas le leur ! J’ai l’air de quoi, moi ?

    Patrice Quiniond était rompu à ce type de séances : Macha Fontana donnait sa démission tous les matins et la reprenait tous les soirs. Ou l’inverse. Enfin, peu importe. Il pensait qu’elle ne le ferait sans doute jamais pour de bon. Trop peur de ne plus être…

    Il l’écoutait d’une oreille débiter son couplet habituel sur l’incurie de la rédaction en chef en faisant de grands mouvements des bras. Elle avait raison mais, son petit cœur féministe dût-il en souffrir, il préférait se concentrer sur son décolleté insolent plutôt que sur ses propos fatigants. Elle était toujours aussi classe que vingt ans auparavant, dans ses oripeaux noirs, avec sa cigarette fine à la main. Mais il savait qu’il ne goûterait plus de ce pain-là, sauf accident.

    Il en eut la confirmation tragique lorsque Charvin poussa la porte de son bureau avec un brin de timidité, et qu’elle s’écria : « Alors, tu ne fais pas les présentations. »

    Il fit les présentations.

    Finalement, pour aujourd’hui, Macha restait au journal. Dans ce bureau où l’on s’affranchissait des lois, elle soufflait sa fumée avec distinction, et leurs effluves s’emmêlaient au milieu de ce badinage matinal.

    La conférence de rédaction était comme un moteur à explosion. Un journal n’avance que par à-coups, parce qu’il n’a d’autre choix s’il veut vivre que de renier le lendemain ce qu’il a été la veille. Oublier et faire oublier, comme une raison d’être.

    Quiniond mettait un point d’honneur à arriver à l’heure à ces réunions quotidiennes. Être au rendez-vous de l’actualité. À la pointe, même. Il patientait, pour ainsi dire, en tapotant sur la table du bout de son stylo. On n’attendait plus que Florence Dellofrio. Quand elle déboula, il paraissait évident qu’elle n’était pas de bonne humeur, nul ne savait pourquoi. Une sorte d’hygiène de vie, peut-être, pensa Quiniond, qui s’y connaissait en la matière. Les mettre tous les deux dans la même salle, c’était provoquer à coup sûr l’affrontement. Autant avec Macha le courant continuait de passer, autant avec Florence les relations étaient invariablement électriques. La journaliste ne supportait pas ce monument d’arrogance qu’était le chef de la rubrique politique quand il se laissait aller et affichait un rejet viscéral de tout comportement qui s’apparentait à du machisme…

    Ce matin-là, Florence proposa un sujet sur les conditions de sécurité dans les parcs d’attractions, puisqu’on avait recensé deux incidents sur les quinze derniers jours. On avait beau être en été, avec une actualité tournant au ralenti, Paq ne voyait pas comment on pouvait s’intéresser à ce sujet à la con au point d’en tartiner deux pages. Et il le fit savoir avec son tact légendaire.

    — …alors on va continuer à faire du fait divers à gogo, pour faire du sensationnel, pour effrayer la ménagère ? Je croyais qu’il ne fallait en parler dans nos colonnes que lorsqu’un événement faisait sens et disait quelque chose de l’état de la société ?

    Florence Dellofrio n’y tenait pas tant que cela, à ce sujet, mais la réaction de Patrice Quiniond acheva de la convaincre.

    — Tu m’emmerdes, Paq. Que des industriels qui éreintent la vieille tradition des forains et le gagne-pain de tant de gens du voyage, fassent le porte-monnaie des familles populaires et n’assurent même pas les conditions minimales de sécurité pour les enfants n’est peut-être pas un sujet suffisamment important pour t’arracher quelques lignes. De toutes façons, ce ne sont pas des lieux assez bien pour les gens comme toi, mais chaque année, c’est la moitié d’une classe d’âge qui… Je ne sais même pas pourquoi j’argumente, de toutes façons, nous avons déjà un journaliste sur le terrain.

    — Je vois que nos réunions servent à quelque chose. J’en doutais.

    — Venant de toi, la remarque vaut son pesant de cacahuètes.

    — Les cacahuètes, c’est pour les vieux singes qui croient encore qu’on fait un journal et pas un catalogue.

    — Paq, je t’en prie, s’ébroua enfin Jean-Michel Barnard. Arrêtez vos enfantillages. Le sujet sera sur trois col’.

    Sous les yeux intrigués de Charvin, entraîné par son mentor dans le temple du journal, Jean-Michel Barnard proposa d’ouvrir l’édition du lendemain sur « les vacances des politiques », l’un des marronniers favoris de la presse. Les bruits de couloir récoltés sur ce thème par un concurrent, et dont le lecteur de L’Impertinent n’avait pas eu la primeur, avaient agacé Jean-Michel Barnard. Il avait donc décidé de prendre l’offensive, puisque les grands journalistes de la grande rubrique politique du grand quotidien L’Impertinent ne la prenaient pas et de faire la même chose mais en grand. Et avec la touche maison : en livrer toute la signification cachée, avec les commentaires d’un sociologue et l’éclairage d’un psychologue.

    En douce, mais de façon à ce que tout le monde l’entende, Quiniond expliqua à son élève que « marronnier » était l’appellation par laquelle on désignait un sujet récurrent à la façon des saisons qui reviennent, que les feuilles de marronniers se ramassent sans surprise à la pelle chaque automne et que les fruits du marronnier ne sont pas comestibles. Charvin hocha la tête d’un air entendu. Quiniond n’aimait ni les ordres tombés d’en haut, ni être pris en défaut.

    — On pourrait, poursuivit-il à voix haute et d’un air pénétré, grouper les deux sujets en traitant des politiques qui vont dans les parcs d’attractions pendant leurs vacances, non ?

    Il était content de la provocation soufflée par son mauvais génie, qui n’occasionna que des haussements d’épaules. Il n’épilogua pas. Le grand journaliste devait se rendre au Parlement pour suivre un débat législatif d’importance, l’été étant propice aux coups en douce. Il quitta donc nonchalamment et bruyamment la réunion avant la fin, lorsqu’elle lui parut prendre un tour sans importance, plantant là son jeune protégé, entre le sport et la culture, avec une commande sur les bras.

    Ainsi, Charvin se retrouva seul avec son téléphone et ses dix doigts, sans carnet d’adresses, car ce sont des choses que l’on ne prête pas. Les numéros glanés ou arrachés de haute lutte sont le butin du journaliste, la marque d’une reconnaissance acquise et une part de sa valeur marchande.

    Surmontant son léger trac, Charvin se résolut à se fader tous les états-majors politiques en passant par leurs standards pour commencer ses investigations. Il n’obtint de ces messieurs-dames que des excuses polies et rappelez-plus-tard…

    2- Où le vieux loup de mer enseigne l’art
    de la tempête dans un verre d’eau

    Dans la salle de presse du Parlement, Patrice Quiniond retrouva Michel Chanaleilles et Jules Frimat, ainsi que Justine Paintendre, étoile montante de la première chaîne. Ils formaient ensemble un club très privé qu’ils nommaient modestement le Groupe des quatre. Et la première chose qu’ils faisaient était de s’échanger les potins. Leur crédibilité n’en souffrait pas, à condition que cela fut fait sous des dehors très savants.

    Cooptée récemment dans leur cénacle masculin, Justine Paintendre lui réserva un accueil chaleureux, comme quoi ses manières de vieux cabotin avaient encore quelque effet sur la gent féminine. Elle était titulaire d’une rubrique qui cartonnait sur la toile, consacrée aux coulisses, aux couloirs, au hors-cadre : elle plaçait toujours une caméra en contre-champ, là où en principe, il ne se passe rien (mais devant une caméra, il se passe toujours quelque chose…). Et elle s’était fait une spécialité de poser une question plus ou moins potache, supposée jouer un rôle de révélateur. Le détail, le lapsus, l’oubli, la maladresse, l’à-côté… C’est toujours l’anecdote qui révèle la vraie nature des choses, aucun d’eux n’en doutait une seconde.

    — Tu as vu pour François Chotard ?, glissa Justine dans un demi-murmure.

    — Très croustillant, fit Michel Chanaleilles devant le regard interrogateur de Patrice Quiniond.

    — Pas étonnant, les rabroua Jules Frimat, qui était sans doute déjà blasé à huit ans.

    — Il faut s’occuper de grande et de petite politique. La petite pour expliquer la grande…

    Michel Chanaleilles se fendit d’un clin d’œil. Sa chevelure teintée ne disait pas qu’il avait été un baroudeur, mais l’homme avait traîné sa plume dans de nombreuses rédactions. Il se faisait désormais de plus en plus rare sur le théâtre des opérations, préférant le bureau cossu où il mûrissait ses réflexions. Et si les échos du monde lui parvenaient parfois plus vite qu’à d’autres, c’était grâce aux personnalités qu’il mettait sur le grill tous les jours dans sa matinale.

    — Parce que tu crois qu’elle existe, la grande ?, rétorqua Jules Frimat.

  • [Comment préparez-vous les fêtes ?] Jouer du bon d’achat pour ses courses de Noël à Marseille

    [Comment préparez-vous les fêtes ?] Jouer du bon d’achat pour ses courses de Noël à Marseille

    « Rien que le mot budget fait mal », soupirent Marie et Noëline dans l’une des allées du centre Bourse. dès le mois de novembre dans l’hypercentre de Marseille, la course aux cadeaux se prépare lentement. « J’ai seulement commencé à trouver des idées, j’achète les cadeaux à partir de décembre », explique France gérante d’une chambre d’hôte, en sortant d’une boutique rue de la République. L’heure est donc davantage à la liste au papa Noël, mais aussi et surtout à l’achat des décorations, calendriers de l’Avent et du sapin.

    Le magasin Gifi dédie justement son entrée aux traditionnelles décorations vertes, rouges et dorées. Au milieu des boules de Noël, des conversations spontanées se nouent. « Il n’y a pas de petites économies », affirme Marie-line, retraitée. Souad, accompagnée de ses deux filles et tenant dans ses mains un panier étincelant de bleu et d’argenté, abonde : « Les temps sont durs. » « Notre niveau de vie baisse mais les salaires ne bougent pas », explique-t-elle. Si sa fille a pu choisir de nouvelles décorations, c’est grâce à un bon d’achat obtenu à Halloween dans le magasin.

    Quelques rayons plus loin Nesrine tient dans ses mains un petit sapin en plastique multicolore, « je me suis laissée tenter par la promotion, il est à 60 centimes ». Comme Souad, Nesrine bénéficie du même bon d’achat et peut ainsi s’offrir ce petit plaisir.

    « Les prix se sont envolés »

    « Mon budget pour les fêtes a augmenté. J’achète les mêmes choses pour faire plaisir à mes filles mais les prix se sont envolés », ajoute-t-elle. Parfois, elle s’adonne aux ventes privées à la recherche des jouets commandés en moins cher. « Je préfère acheter moins mais des choses qui durent plus longtemps, je réfléchis davantage avant de dépenser mon argent », résume enfin Souad.

    Marie, juriste, arpente, elle, les étals du Sostrene Green. Cette année, elle se laisse tenter par la tendance des calendriers de l’Avent à personnaliser. « Ça revient plus cher au final » reconnaît-elle, mais elle ne veut « pas que (ses) enfants soient impactés par les problématiques financières ». Et d’expliquer « compenser les gros achats dédiés aux enfants dans les cadeaux des adultes ».

    Isa, vendeuse au petit Souk, à deux pas du Vieux-Port, partage ce constat : « Chaque année, le plus gros budget est dédié aux enfants, ça ne change pas. » Isa, comme Olivier, vendeur à Maison du monde, constatent une tendance de paniers davantage composés « de petits accessoires déclinés pour chaque membre de la famille ». « On vend beaucoup de décorations roses cette année et autres couleurs peu communes, mais surtout des sapins artificiels », souligne encore Olivier, avant de préciser : « Pas pour l’écologie, mais les épines dérangent. » France et Nesrine aussi ont un sapin artificiel. « C’est bien plus rentable à long terme », précisent-elles.

  • [Le feuilleton] Autobiographie d’un menteur

    [Le feuilleton] Autobiographie d’un menteur

    Pierre Dharréville est journaliste et écrivain, auteur d’essais mais aussi des fictions comme En l’absence de Monsieur J ou L’enlumineur. Il est également connu pour son engagement politique en tant qu’élu communiste sur notre territoire et notamment comme député de la 13e circonscription.

    Pour ces périodes de fêtes, La Marseillaise vous propose Autobiographie d’un menteur, un texte inédit situé dans le milieu journalistique. Une fable romanesque à retrouver chaque jour de la semaine jusqu’à la fin des vacances.

    Il y a une jouissance certaine à voir son nom dans le journal. Aussi, la première chose que fit Patrice Quiniond en s’installant devant son café, comme tous les matins, fut d’ouvrir L’Impertinent pour vérifier que sa griffe figurait bien au bas de son article, en élégants caractères italiques, et de s’assurer que son patronyme n’avait pas été écorché au fil des transmissions jusqu’à l’imprimeur. Ses demi-lunes au bord du précipice, la truffe jetée en avant, après avoir aspiré une bouffée de tabac brûlé, il scruta. Réflexe narcissique, un peu puéril peut-être, mais irrépressible.

    Il ne suffit pas de venir au monde, il faut y exister. Ce qu’on cherche dans ses reflets, c’est la preuve de soi, puisse-t-elle s’imposer aux autres.

    L’homme se tenait voûté, comme s’il avait été habitué à faire le dos rond. Sa veste de lin froissé se tendait comme une voile au vent, manifestant une envie d’en découdre qui collait mal avec le personnage. Deux pièces de velours désuètes ornaient ses coudes endurcis : la bête avait quelques heures de vol au compteur.

    Quiniond avait tout vu.

    Et pour ce qui le concernait, il avait tout lu : « Quignon », évidemment, mais aussi « Quiniont », qui le mettait en joie en raison des élucubrations d’Hergé avec les Dupond et Dupont, sans parler de « Guignond », qui semblait faire de lui un envieux alors même qu’il se voyait plutôt dans le statut d’enviable, un malchanceux alors qu’il avait forcé le destin…

    Évidemment, après avoir scanné la feuille noircie, Quiniond fut de méchante humeur, ainsi que l’indiquaient ses sourcils déjà broussailleux d’ordinaire. Sa main un peu gonfle, avec ses accents de marbre brun, s’abattit sur le papier dans un clappement sourd, tandis qu’il rejetait la tête en arrière. Il jura.

    Il fallait quand même le faire, au bout de vingt-cinq ans de maison… On avait encore jugé bon de retoucher son papier. Pourquoi diable fallait-il que des individus se croyant plus perspicaces que les autres s’autorisent à modifier ce qui avait été mûrement réfléchi et relu ? Pourquoi fallait-il que l’on remette en cause sans cesse la lucidité du reporter, qui certes travaille dans l’urgence, mais finit, bon sang de bois, par s’y habituer ? Pourquoi fallait-il, en somme, que des incompétents viennent lui gâcher son bonheur matinal… Correcteurs malappris, gardiens d’une langue tristement rigide et invariable. Incorrigibles correcteurs.

    Patrice Quiniond respirait bruyamment en tournant désormais les pages du journal sans le lire. Il aurait une journée de ruminant. À tous les étages de L’Impertinent, on louait la prose de « Paq » avec fierté, et ce diminutif était prononcé avec respect dans toutes les rédactions et sur les principaux plateaux de télévision. Ces trois lettres signaient sa consécration. Alors dans son cerveau fumant, fulminant, fumerollant, il hurlait au sacrilège, au sabotage et à toutes autres sortes de choses du même acabit.

    Sa plume se trempait dans la boue comme la cartagène, dans le sang des victimes ou les yeux des bourreaux… La plume est une arme pour qui sait s’en servir. Elle peut détruire presque plus sûrement qu’une grenade et ses arabesques peuvent si bien maquiller les coups de bâton. Elle pénètre les têtes molles, pour retoucher les paysages intérieurs, elle applique le vernis des puissants. Qui n’a pas de mots, pas de parole, n’a pas de pensée, n’a pas de bannière, n’a pas d’empreinte… Qui n’a pas de mots n’existe pas.

    Se penchant à nouveau sur son objet fétiche, il jaugea la taille du titre, ainsi que la place occupée par son article et pesta, cette fois-ci, contre le maquettiste qui avait voulu faire rentrer trois papiers dans cette page, mésestimant sans doute la taille du bandeau de publicité qui en barrait le pied sur toute la longueur.

    À coté, l’édito était indigent. C’était un fait. Jean-Michel Barnard n’avait ni la plume ni les idées pour mieux faire. Et il ne s’était pas foulé, le petit père… En réunion de rédaction, Patrice Quiniond n’en dirait rien ou peut-être le contraire, et, comme tous les matins, s’épancherait en douce dans les couloirs dès que l’occasion lui en serait donnée, car c’est si bon. Pour lui, la place de Jean-Michel Barnard était à prendre. D’ailleurs, titrer « Crime et châtiment », révélait soit la prétention la plus crasse, soit le vide le plus sidérant.

    Patrice Quiniond grommelait, comme de triste habitude. Son journal en portait la marque : une tache rondâtre à l’endroit où avait résidé sa tasse d’élixir matinal. Le serveur le débarrassa et lui proposa « un autre café, monsieur Paq ? ». Il en prit un autre, comme tous les matins. Il faut se cramponner fermement à ses habitudes lorsque l’on travaille le matériau toujours en mouvement de l’actualité.

    « Si l’info ne vous fait pas bander, vous pouvez sortir d’ici tout de suite », s’était-il entendu dire élégamment lors de son premier cours de journalisme, qui commençait à dater. Il était resté… Il avait appris à « bander » pour l’info, à ne plus être obnubilé que par elle, à déprimer de ses accalmies, à ne jamais se détacher des événements quels qu’ils soient, à afficher une passion toujours renouvelée pour le moindre élément nouveau afin de lui faire dire souvent bien plus qu’il ne faudrait sur l’époque, à se parfumer de l’air du temps… L’info remplissait sa vie comme l’eau une carafe. Lui et l’info ne faisaient qu’un.

    Mieux : il était l’info.

    Comme pour réfréner sa colère, par de petits mouvements aériens, il se passa la main sur les cheveux pour s’assurer qu’ils étaient bien rangés en arrière au-dessus de son visage poupon, n’étaient-ce les cernes qui gonflaient le ressac de ses yeux. Une vieille odeur de tabac macéré lui tapissait la langue.

    L’Impertinent, comme son nom ne l’indiquait pas, avait toujours été le quotidien de référence, le temple du grand sérieux et, pour tout dire, plutôt une école de la retenue. C’est pourquoi le rêve de tout journaliste qui se respectait était de forcer le pont-levis qui lui servait d’entrée.

    Le jour où Patrice Quiniond avait accompli ce prodige, il avait rejoint le cercle restreint de l’excellence. Il était devenu une huile, il avait intégré le gratin. Il avait trouvé son Graal, gravi son Everest, atteint l’inaccessible étoile, comme on voudra. Le souvenir de ses premiers pas venait à cet instant de lui traverser l’esprit. Aujourd’hui, tout lui semblait naturel, mais cela n’empêcha pas un léger sourire d’orgueil de lui zébrer le visage. Il rejeta ses épaules en arrière et étendit les jambes, croisées juste par les chevilles. La contrariété de l’aube semblait s’être évaporée. Il imaginait les nouveaux défis qui s’offraient à lui et donneraient à son talent de nouvelles occasions de surgir et d’éclabousser le monde.

    ACTE PREMIER

    1- Où l’on se frotte à un vieux loup de mer

    — Holà, confrère ! Les nouvelles sont-elles bonnes ?

    L’homme était légèrement en avance, ce qui était pour Patrice Quiniond autant une tare que d’être en retard. Et comme l’entrée en matière du garçon lui avait semblé un peu trop familière, il n’avait pas jugé utile de répondre.

    L’importun venait de lui gâcher son plaisir matinal. Un plaisir qui faisait partie de son rituel de travail. Car, l’air de rien, tel qu’on pouvait le voir, avachi sur sa chaise, tout en se laissant aller à quelque rêverie, Quiniond travaillait déjà… il méditait, il écoutait les conversations, il observait la rue…

    Une bonne moitié d’emmerdeurs était en vacances, et il y avait de l’espace, dans les rédactions désertées, pour s’arrêter sur des sujets plus badins et se lancer, gaillard avant, dans de vaines polémiques. C’était l’époque où de jeunes pousses mal dégrossies pointaient le bout de leurs stylos, prêtes à toutes les envolées lyriques pour briller.

    Tous les héros naissent d’une imposture.

    Ainsi cheminait le monde, à la va-comme-je-te-pousse. Et c’est ainsi que Grégoire Charvin avait débarqué à L’Impertinent comme en terrain conquis, désireux disait-il d’être « utile à la manifestation de la vérité », volontaire pour une presse « moins coupée des réalités ».

    Quiniond avait levé les yeux au ciel, avant de tracer un signe de croix.

    — Hé bé ! On en reparlera de la vérité, avait-il marmonné.

    Pas de cravate, mais un costume sombre ajusté sur un tee-shirt blanc impeccable. Une fausse note bien étudiée pour éclairer l’ensemble : sa barbe de trois jours qui trahissait le contraire d’une négligence et qui semblait constituer la racine de cette chevelure noire savamment désordonnée dont il avait le crâne bien arboré. Ce mélange de fougue et de conventions en disait long sur le personnage, ou plutôt sur ce qu’il voulait laisser paraître.

    Comme il l’avait raconté incidemment pour meubler les silences, sur le ton d’une anecdote ingénue, sa première visite dans la capitale avait été le Cimetière des Illustres, ce qui donnait une petite idée du bonhomme. Il présentait ce geste comme une sorte de révérence, de marque de fascination, de culte des grands anciens. Et cette prétention contenue et retenue énervait d’autant plus Quiniond qu’elle lui rappelait le jeune homme qu’il n’était plus depuis longtemps. Il se souvenait avoir lui-même gravi jadis les buttes de Siège, et, là-haut, tel Rastignac, avoir pensé que la capitale, un jour, serait pour de bon à ses pieds, déraisonnablement éprise de lui. Lui, unique et génial, empli de son destin (et de sa vanité). Mais Siège, perle du Septentrion, ne se donnait à personne. Ville-phare, elle avait besoin de matière noire pour étendre son halocité.

    Donc. « Confrère », qu’il avait dit, le blanc-bec, en arrivant. Quiniond n’avait pas oublié, et il n’écoutait qu’à demi ses babillages, en se repassant régulièrement le film de son irruption, ce qui accentuait les traits de sa mine renfrognée. Non, le maître, quelle que fût sa supposée sagesse, n’avait pas encaissé l’innocente comparaison de l’élève. Le maître s’était retenu sur le moment, mais l’oisillon allait regretter cette expression joviale. Il allait déguster.

    Le premier jour, Quiniond le laissa silencieusement regarder les dépêches pour se familiariser avec l’outil. Grégoire Charvin vit les informations défiler sous ses yeux et ce fut tout. Et Quiniond pensa que cela était bon. Le deuxième jour, le novice fut chargé de rédiger une brève sur les déclarations d’un édile critiquant la présence du loup dans les alpages, sujet auquel il n’entravait pas grand-chose. Et Quiniond pensa de nouveau que cela était bon. Le troisième jour enfin, l’impétrant fût envoyé en reportage sur le terrain, pour couvrir un sujet qui méritait à peine le déplacement. Et cela fit un jour de repos à Quiniond.

    *

    Titre

    Une héroïne modeste

    Chapô

    Dans la petite bourgade de Tibourg-lès-Loinville, une enfant rend service à tous ses voisins. Elle vient d’être décorée par l’Académie du Mérite.

    De notre envoyé spécial.

    Texte

    Désignée super-voisine de l’année, Jeanne Chapiron, quatorze ans, ne triomphe pas. Elle se dit simplement « contente » et prend la récompense comme un « encouragement à continuer ». Un manteau rouge un peu élimé sur les épaules, deux tresses bien soignées, un petit regard noisette : elle est à croquer. Pas mutine pour un sou, elle va faire les courses pour la mémé Ghislaine, qui habite au bout d’un sentier ; elle apporte du pain rassis à l’âne de Monsieur Gerbier ; elle s’applique à dire bonjour d’un air enjoué à toute personne qu’elle croise sur son chemin ; elle aide les plus petits à gravir les escaliers, et les plus âgés à traverser. La liste de ses gentillesses serait trop longue à égrainer. C’est comme si le titre de super-voisine avait été créé pour elle.

    Jeanne est issue d’un milieu défavorisé ; elle a grandi dans une famille d’immigrés sans le sou ; elle a connu les coupures d’électricité, les repas que l’on saute, les huissiers matinaux. À sa place, d’aucuns auraient mal tourné. Comme quoi, ce n’est pas une raison…

    Abandonnée par son père, maltraitée par son beau-père, elle fut victime d’un grave accident de voiture, dont elle a pu réchapper sans séquelles. Sa mère en garde une jambe abîmée qui la fait boitiller. Alors, comme pour compenser, Jeanne sautille, parsemant l’allégresse sur ses pas. Dans la petite habitation à loyer modéré de Tibourg, elle est connue comme le loup blanc. Elle semble réussir à échapper à la fatalité qui est le lot de nombreux jeunes du quartier. Quand ils ne sombrent pas dans la drogue, ceux-là chahutent bêtement, se lancent des insultes plus ou moins créatives, pratiquent le feu de poubelles à l’occasion, et déambulent comme des âmes en peine en shootant dans des canettes de soda.

    Sans trop le savoir, Jeanne représente un modèle, et peut-être un espoir. « Elle est adorable, elle est notre petit rayon de soleil quotidien », déclare cette femme emblématique du quartier que les gens appellent plus ou moins affectueusement « la Paulette ». Les petits sont invités à prendre exemple, et une saine émulation semble devoir prospérer dans la bourgade. Cela n’est pourtant pas sans créer de jalousies : « Faut qu’elle arrête de faire la belle, cette connasse », tempêtait hier un jeune à casquette. Sur ces entrefaites, la lauréate pointait le bout de son nez, et lui offrait le dernier polo à la mode, compris dans son lot de gagnante et dont, disait-elle, elle ne ferait rien…

    Signature

    Léo Jalès

    *

    Charvin -qui, malgré le sourire narquois de Quiniond, avait choisi pour pseudonyme Léo Jalès en hommage à son grand-père d’une part et à un haut-lieu chargé d’histoire de sa région d’origine de l’autre-, avait réécrit cinq ou six fois son papier à la demande de son tuteur. Ce dernier lui avait fait observer tour à tour les défauts de son attaque (qui n’en venait pas au fait), ceux de ses explications savantes (mais confuses), ceux de ses phrases (à rallonge), ceux de ses ellipses (obscures), ceux de sa conclusion (pompeuse)… Au fond, ceux de son article tout entier (depuis son économie générale jusqu’à ses virgules mal placées). Charvin avait supporté sans broncher, mais il était tout estransiné. Tout ça pour un article de seconde zone, sur un sujet sans grand intérêt, avait-il pensé…

    — Il n’y a pas de petit sujet, l’avait sermonné le maître, qui lisait dans ses pensées comme dans un journal ouvert. Nous rendons compte du monde tel qu’il va dans toutes ses dimensions. Si la réalité ne t’intéresse pas toute entière, tu n’as rien à faire ici, tu comprends ?

    — C’est ça, ouais, s’était marmonné Charvin, ou quelque chose comme.

    Il hochait la tête comme on bêche. Il bêchait la tête, si l’on veut. Dans ces conditions, comment ne pas rendre une copie quelconque et truffée d’accents mièvres, puisque le sujet l’était déjà en soi. Tandis que l’autre le priait de ne pas faire le délicat, il s’était accroché à ses points-virgules, convaincu que l’inventivité de sa langue valait bien tous les académismes. Lassé, Quiniond l’avait gratifié d’un : « Allez, on a plus le temps, on envoie ! » Et hop, il avait balancé le papier dans les tuyaux qui conduisaient jusqu’au marbre et aux rotatives. Ça faisait vachement plaisir, tiens ! Son premier article pour cette grande institution de la République qu’était L’Impertinent envoyé à l’impression avec aussi peu de cérémonial…

    Au fond, Grégoire Charvin conservait de l’admiration pour le journaliste, mais il commençait à douter sévère des qualités de l’homme. Pourquoi avait-il instauré entre eux une distance intergalactique ? Le brio de son style ne collait pas avec ses égards ronchons et ses petites manœuvres entre les uns et les autres. Par la porte entrouverte, le jeune homme s’était complu à observer l’animal dans sa tanière, ses flatteries, ses veuleries, ses ragots. Celui-ci l’avait toutefois impressionné par sa culture et sa facilité éblouissante à développer des idées sur tout et n’importe quoi, sans paraître jamais tâtonner, frappant juste et fort. Avec lui, l’art de la conversation était un combat de boxe.

    Pendant un repas méridien, il fallait voir comment il avait défendu d’un ton péremptoire les récentes évolutions de l’art contemporain, qu’un des convives conspuait avec légèreté, s’appuyant sur Marcel Duchamp jusqu’à le citer abondamment dans le texte pour le discuter. Un peu plus tard, il avait expliqué le détail du débat picrocholin entre quelques spécialistes de la majorité parlementaire sur le projet de loi en cours d’examen et prédit avec assurance la façon dont la controverse se solderait au bout du compte. Il discutait la tactique mise en place par le nouvel entraîneur du club de la capitale et pouvait pérorer sur la nouvelle révolution numérique qui s’amorçait avec l’intelligence artificielle, sans en avoir rien pratiqué peut-être…

    Rien ne semblait lui échapper.

    Et puis il fallait voir comment il disait en se pinçant les lèvres : « demain, je vais écrire… »

    Ecriiiire. Avec trois ou quatre « i ».

  • [Comment préparez-vous les fêtes ?] À Fos-sur-Mer, le coup de pouce d’un chèque municipal

    [Comment préparez-vous les fêtes ?] À Fos-sur-Mer, le coup de pouce d’un chèque municipal

    La mairie n’est pas encore ouverte qu’une file se forme devant ses baies vitrées. À 8h20, le 1er décembre, une trentaine de Fosséennes et de Fosséens patientent déjà dans le vent glacial pour obtenir leurs bons d’achat d’une valeur de 100 euros.

    Lancée en 2014, l’opération « Je défends ma commune, je soutiens mes commerces » est devenue une tradition de fin d’année. Le principe est simple : « Juste avant les fêtes de Noël, on offre un chéquier à chaque foyer de la commune à dépenser en proximité », explique Pascale Brémond, conseillère municipale (SE) déléguée à la dynamisation du commerce et de l’artisanat, soit un budget de près de 650 000 euros pour la Ville. « À ce jour, on a 87 commerces partenaires, ça va de la grande surface à l’offre de service », précise Magali Laurent, cheffe de service en charge du dispositif.

    Bénéfique pour l’économie locale, ce dispositif est aussi, et avant tout, pensé comme un coup de pouce aux habitants, alors que le pouvoir d’achat des Français est en berne. « C’est une priorité pour nous, affirme Pascale Brémond. Tout le monde n’a pas de 13e mois ni de prime de fin d’année, or on sait que c’est une période où on dépense beaucoup. »

    Une aide pour la vie quotidienne

    Assise sur un siège en attendant son tour, une main sur la poussette de son enfant qu’elle est en train de bercer, Malvina, 26 ans, ne se servira pas de ces 100 euros pour acheter des cadeaux. Elle a anticipé tout au long de l’année pour ne pas avoir de trou dans la trésorerie. En revanche, « ces sous m’aident pour le repas de Noël, ça me permet d’aller en boucherie acheter des produits de bonne qualité pour faire plaisir à ma famille que je reçois. Ça fait vraiment la différence par les temps qui courent, où la viande est devenue chère ». Une tendance qui n’est pas isolée. En lien avec les commerces partenaires, Magali Laurent confirme : « Les bénéficiaires se servent de ces sous plus pour la vie quotidienne que pour acheter des cadeaux. »

    Stéphanie, arrivée à Fos-sur-Mer des Alpes-de-Haute-Provence en 2023, compte aussi utiliser ces bons d’achat « pour les courses de Noël » ce mois-ci, en sachant très bien qu’elle peut les dépenser dans les commerces jusqu’au 31 mai 2026. Décembre a beau être synonyme de chaleur humaine et de retrouvailles en famille, c’est bien souvent un mois compliqué. « Pour les personnes qui ont un budget serré, comme moi, c’est un bon coup de pouce », confie cette célibataire maman de trois enfants. « Toutes les villes ne mettent pas en place ce dispositif, loin de là, et franchement on a de la chance », salue-t-elle.

    Jusqu’en 2022, Joëlle n’allait pas chercher son chèque. « Je n’en avais pas forcément besoin, je n’y pensais pas », explique-t-elle sans rentrer dans les détails. Désormais, « les choses ont changé » et cette aide est « vraiment la bienvenue » pour limiter les dépenses.

  • À Marseille, le Secours populaire a offert des repas étoilés aux jeunes

    À Marseille, le Secours populaire a offert des repas étoilés aux jeunes

    Velouté de panais au miel en entrée, cuisse de poulet rôtie accompagnée de polenta, de courge et de crème à la châtaigne et banana bread. C’est le repas que les chefs étoilés Aurore Danthez et Ilane Tinchant, ancien participant de Topchef, ont concocté ce samedi pour 250 étudiants et jeunes marseillais. Organisé par le Secours populaire, le but de l’événement est simple : offrir un repas de fête et un peu de convivialité à ces jeunes qui sont souvent précaires et parfois seuls à ce moment-là de l’année.

    Pour cette 5e édition de distribution de repas de Noël, le Secours populaire a choisi de permettre aux participants de manger sur place, grâce au centre social de Malpassé, qui leur a prêté gratuitement une salle. Avant même que les repas arrivent, ils sont déjà une dizaine à être installés sur de grandes tables, décorées de guirlandes et de boule de Noël avec Mariah Carey en fond musical. Invités par mail, via leur école, le Secours populaire ou la mission locale, ils sont nombreux à avoir fait le déplacement, seuls ou à plusieurs.

    Kamelia, Ouassim, Walid et Abdelkrim, tous en master d’informatique sur le campus de Luminy, sont venus ensemble, pour partager ce moment. C’est Kamelia qui a amené la petite troupe jusqu’ici. « Moi et Abdelkrim, nous sommes inscrits au Secours populaire depuis un an pour avoir accès à l’aide alimentaire, explique la future informaticienne. On l’avait loupé l’année dernière. C’est bien ce qu’ils font, surtout que ce soit halal, ça nous permet d’en profiter aussi », précise-t-elle.

    « Un repas en plus »

    Contrairement au petit groupe, beaucoup ne resteront pas pour manger sur place, par timidité ou par manque de temps. Mais ce repas offert est d’une grande aide pour eux. « ça me fait un repas en plus à la maison, explique Emeline, 24 ans en recherche d’emploi. J’habite seule, et je n’ai que l’aide de la mission locale, donc c’est assez compliqué. Mais je ne reste pas, parce que je ne connais personne ». Amir et Mohammed prennent également le repas à emporter. « On va aller à la bibliothèque, parce qu’on a des examens la semaine prochaine », confient ces étudiants en BTS de conception des processus de réalisation de produits. Mais Amir, qui est également bénévole au Secours populaire tenait à venir. « L’association m’a beaucoup aidé quand je suis arrivé à Marseille, donc j’essaye d’aller à tout ce qu’elle organise, et quand j’ai du temps j’aide aussi. »

    Un moment de rencontre pour les usagers mais aussi pour les bénévoles. Dont Romuald, alternant en éco-énergétique et bénévole depuis 6 mois au sein de l’association. « Ce genre de moment c’est bien pour nous, ça nous permet de rencontrer d’autres jeunes comme nous, et on peut s’amuser ». Une sociabilité importante pour ce Béninois qui ne rentrera pas voir sa famille pendant les fêtes.

    Alors que l’isolement et la précarité augmentent partout, et en particulier chez les 18-30 ans, l’événement a attiré du monde. Jusqu’à 18h, plus de 200 personnes sont venues récupérer leur repas étoilé. À l’occasion des 80 ans du Secours populaire, ils ont tous pu partir avec une carte-cadeau Cultura d’un montant de 20 euros.

  • Un 14 décembre placé sous le signe de la magie de Noël

    Un 14 décembre placé sous le signe de la magie de Noël

    La commune du Rove s’apprête à vivre une journée particulièrement festive ce dimanche 14 décembre, avec le traditionnel Marché de Noël, organisé par la municipalité et le comité des fêtes. De 9h à 17h, le gymnase municipal Blaise Gouiran sera entièrement métamorphosé en un véritable village de Noël, mêlant convivialité, créations locales et animations pour toute la famille.

    Cette édition 2025 met une nouvelle fois à l’honneur la richesse artistique et artisanale du territoire. De nombreux exposants rovenains, artistes et artisans amateurs, présenteront leurs réalisations : décorations de Noël, bijoux faits main, peintures, romans, maroquinerie, douceurs et spécialités culinaires et autres idées cadeaux pour préparer les fêtes en soutenant la production locale. Le Marché de Noël du Rove est l’un des rendez-vous les plus attendus de l’année. Toute la journée, enfants et parents profiteront gratuitement d’un manège enfantin, de structures gonflables et d’un spectacle jeune public. Le Père Noël, attendu avec impatience, sera présent du matin au soir pour saluer les enfants et poser avec eux.

    Deux temps forts en fin

    de journée

    Un stand photo souvenir sera également animé par la photographe Aurélie Ungaro, permettant d’immortaliser cette journée festive. Une buvette et un espace de petite restauration compléteront l’événement, pour une pause gourmande dans une ambiance chaleureuse.

    La fête se poursuivra dans le village avec deux rendez-vous incontournables. À 16h30 tout d’abord, à l’Église Sainte-Anne avec un concert de chants de Noël interprétés par la chorale rovenaine Le Chant des Collines et Les Sonatines. Participation libre. À 18h ensuite avec une randonnée aux flambeaux. Le départ se fera place Georges Rosso avec un rassemblement programmé à 17h30. Cette balade nocturne, organisée par Odyssée Nature, est gratuite et ouverte à tous. Un moment familial et féerique pour clôturer cette journée de partage.

    Renseignements : mairie
    du Rove – 04.91.46.80.00.

    Et aussi

    Noël aux écoles. Les 16, 18 et 19 décembre au Groupe scolaire François Bessou, repas festif, spectacle et distribution de cadeaux aux enfants.

    Spectacle musical. Le mercredi 17 décembre à 15h au Gymnase Blaise Gouiran un spectacle jeune public, Lilo et Stitch, est offert par la municipalité aux enfants de la commune accompagnés de leurs parents. À 16h : arrivée du Père Noël suivie d’un goûter.

    Manège. Du 15 au 19 décembre, manèges et structures gonflables installés place Rosso de 14h, des tours sont offerts par la municipalité. ainsi que des barbes à papa avec présence du Père Noël.

  • Des Noëls insolites et populaires à Carpentras

    Des Noëls insolites et populaires à Carpentras

    Ce n’est plus un événement à présenter, l’édition 2025 des Noëls Insolites est de retour à partir de ce samedi en centre-ville de Carpentras pour des moments de fête et de magie accessibles au plus grand nombre. Et pour lancer les festivités, c’est le cirque Indigo qui vous donne rendez-vous en centre-ville à partir de 17h pour découvrir la Parade lumineuse de Lune.

    Cette année encore, Léon le dragon, mascotte des traditionnelles festivités de fin d’année sera votre hôte et promet aux petits comme aux grands des moment inoubliables tout au long du festival. Il vous attendra d’ailleurs à la chapelle du Collège. « La majorités des événements restent gratuits comme à l’accoutumée. Nous voulons une fête populaire, féerique et accessible à tous », confient les services de la ville. « Seuls quelques spectacles au chaud, la patinoire et d’autres activités proposées par l’Office de tourisme peuvent êtres payantes. »

    Une recette qui reste quasiment inchangée car le succès est au rendez-vous, l’an dernier plus de 130 000 spectateurs se sont succédés dans la ville du Vaucluse. Quelques nouveautés qui viennent tout de même étoffer un riche programme. « Le manège sapin que nous avons installé pour la foire de la St-Siffrein sur la place de La Poste joue les prolongations et il sera aussi possible de profiter d’une activité en réalité virtuelle pour faire du scooter des neiges par exemple », poursuivent-ils. « Sans oublier que tous les soirs, une parade lumineuse en déambulation sera proposée. »

    Le grand spectacle

    Au total une quarantaine de compagnies et des artistes venus de toute l’Europe vous feront profiter de leurs créations avec, en point d’orgue, le grand spectacle, temps fort qui se veut toujours spectaculaire attirant une foule qui se masse sur la place Aristide Briand. « Il est important de noter un petit changement cette année puisque le spectacle ne sera pas le samedi comme nous l’avons toujours fait mais le dimanche 21 décembre », souligne la mairie. « Au programme, le grand spectacle Mouaré Experience offrira au public un concert rock en live accompagné de professionnels se hisseront à plus de 30 mètres de haut. »

    Retrouvez le programme quotidien et détaillé sur le site noelsinsolites.fr

  • Le marché de Noël ouvre ses portes à Martigues

    Le marché de Noël ouvre ses portes à Martigues

    « Chauds les marrons ! », le marché de Noël de Martigues est de retour, de la place des Martyrs à l’autre bout de l’esplanade des Belges, depuis ce jeudi matin. Un début « calme » pour le vendeur de marrons, mais qui s’attend à ce que « ça dégomme de vendredi à dimanche ».

    Il y a de quoi trouver des idées cadeaux. Bracelets, colliers et autres bijoux, posters et portefeuilles et bien sûr les traditionnels santons. Mais, aussi, les vêtements de l’association de la Venise Martégale, certains parodiant les logos d’autres marques plus célèbres. Malik Bounneche fait part d’une nouveauté : un maillot noir avec rédigées en bleu et blanc des expressions bien martégales, selon l’auteur. « On s’est installé au café et dans la rue et on a écouté ce que les gens disent », raconte-t-il. Comme par exemple « tié un muge », « oh gari » ou « ça va mon bèou ». Il ne manque que le « à m’en donné » pour parfaire le tableau.

    Spécialités locales

    De nombreuses idées pour garnir sa table ou pour un en-cas sont aussi proposées. Chichis, raclette, tarte flambée ou encore des spécialités corses « de l’apéritif au dessert » chez Jean Costa, au stand garni de lonzo, tomme de brebis et canistrellis. « Le marché de Noël est un bon apport de clients, estime le marchand, les clients manquent de budget. C’est le milieu du mois, mais on dirait déjà la fin », regrette-t-il.

    Mais, comme le fait remarquer cette passante, « on a le temps de revenir d’ici Noël ». Des touristes comme ce couple de Bordelais sont aussi là pour venir « trouver des spécialités qu’on trouve pas chez nous et qui font toujours plaisir ».

  • À Marseille, le marché de producteurs du Département prend les couleurs de Noël

    À Marseille, le marché de producteurs du Département prend les couleurs de Noël

    Les habituels stands d’agriculteurs bucco-rhodaniens côtoyaient des producteurs de mets festifs. Huîtres de l’étang de Thau, noix ou nougats sont en vente pour préparer les banquets des fêtes de fin d’année. Les badauds ont pu également tester un simulateur de descente de ski ou de bobsleigh. Enfin, sur le stand de la Fabrique de Provence, des sacs, portefeuilles, pochettes pour ordinateur et même des sapins réalisés à partir de bâches publicitaires recyclées étaient en vente, pour un Noël écoresponsable.

  • Nîmes se pare de vert et d’or pour Noël

    Nîmes se pare de vert et d’or pour Noël

    Moment phare de ce début de saison, les projections monumentales seront visibles du 4 au 7 décembre, chaque soir de 18h à 21h. Tour de l’Horloge, musée du Vieux Nîmes, église Saint-Paul et horloge du lycée Daudet se transformeront grâce aux créations d’ID Scènes.

    Le samedi 13 décembre, la ville accueillera Verne, un spectacle aérien gratuit où un ballon géant embarquera Jules Verne et cinq scientifiques dans un voyage poétique. Le 24 décembre, la traditionnelle parade réunira sept chars illuminés et plus de 150 figurants. Dès le 19 décembre, le village polaire prendra place sur le parvis des Arènes, avec patinoire écologique et chalets gourmands. Manèges, grande roue, marché, petit train, déambulations d’art de rue et boîtes aux lettres du Père Noël compléteront le programme. Une édition 2025 riche et festive, fidèle à la tradition nîmoise.