Tag: Nîmes

  • À Nîmes, l’eau irrigue toute une saison culturelle

    À Nîmes, l’eau irrigue toute une saison culturelle

    À Nîmes, l’eau ne coule pas seulement dans les canalisations : elle irrigue désormais toute une saison culturelle. Après La Contemporaine puis Textiles, la Ville tient son fil rouge annuel avec « L’Eau, source d’inspirations », un cycle d’expositions, d’ateliers, de visites et de conférences déployé jusqu’au 22 novembre dans les musées municipaux. Objectif : faire dialoguer sciences, histoire et arts autour d’une ressource à la fois familière, vitale… et de plus en plus fragile.

    Le lancement a eu lieu au Muséum d’histoire naturelle, première étape d’un parcours pensé comme une traversée. Colin Gril, adjoint à la Transition écologique, insiste sur la méthode : croiser les regards pour sensibiliser « aux enjeux existentiels » de la raréfaction de la ressource, et faire de l’art un outil d’implication citoyenne.

    L’eau, du savoir au sensible

    Au cœur du dispositif, « Eau, l’expo » (galerie Jules-Salles, jusqu’au 22 novembre), conçue par le Muséum de Toulouse, propose un voyage immersif et pédagogique. Trois chapitres structurent la visite pour relier origines du vivant, usages humains et défis contemporains. Scénographie dynamique, dispositifs numériques et jeux interactifs côtoient maquettes, spécimens et même un moulage de tortue luth, pour rendre la complexité accessible sans l’édulcorer. En parallèle, le Muséum met en valeur ses collections avec « Aquamuséum  » (galerie Courbet) : poissons naturalisés, focus Méditerranée et une proposition plus ludique encore, avec casques de réalité virtuelle pour « nager » avec requins et dauphins.

    La saison, elle, s’étend bien au-delà du boulevard Amiral-Courbet. Au musée des Beaux-Arts, Lumières et ténèbres, la fascination de l’eau (17 avril-17 novembre) explore mythes, peurs et émerveillements, avec un parcours sonore. Au musée du Vieux Nîmes, Résurgence, l’eau à Nîmes (14 mai-22 novembre) raconte comment la ville s’est bâtie, protégée, au rythme de l’approvisionnement comme des excès. Au musée des Cultures taurines, Camargue, terre d’eaux (21 mai-31 octobre) rappelle qu’un territoire réputé « sauvage » est aussi une construction humaine, faite de digues, d’arbitrages et de tensions. Enfin, au Carré d’art, le photographe Sébastien Arrighi investit le Mur Foster avec Fall Off (4 juillet-4 octobre) : une réflexion en images sur la présence, l’absence et les conflits d’usages autour de l’eau. Point d’orgue annoncé : la Nuit de l’eau, le 27 juin, de 20h à minuit, avec animations, médiations et visites dans plusieurs lieux. Une invitation à s’immerger dans cette évidence : l’eau n’est pas inépuisable.

  • Vincent Bouget s’oppose aux 18 fermetures de classes à Nîmes

    Vincent Bouget s’oppose aux 18 fermetures de classes à Nîmes

    Mardi 14 avril, ils étaient encore nombreux, parents, enfants, enseignants, à se mobiliser devant l’école Prosper-Mérimée à Nîmes pour s’opposer à la nouvelle carte scolaire qui prévoit une fermeture de classe dans cette école du quartier de la Croix de Fer. Un cortège s’est ensuite rendu devant les locaux de la Direction des services départementaux de l’Éducation nationale (Dsden) pour faire entendre le mécontentement.

    Comme partout dans le département ces dernières semaines, de nombreuses mobilisations se sont déroulées à Nîmes pour s’opposer aux 18 fermetures de classe prévues pour la rentrée 2026. S’il a déjà fait part de son opposition à ces fermetures lors d’une réunion le 2 avril avec Christophe Mauny, le directeur académique, Vincent Bouget a cette fois pris la plume pour réaffirmer son « désaccord profond » dans une lettre envoyée au Dasen. Pour le maire communiste, professeur d’histoire-géographie de formation, la baisse des effectifs doit permettre au contraire de baisser le nombre d’élèves par classe plutôt que de faire des économies.

    Lutter contre les inégalités

    « L’éducation, par l’apprentissage des savoirs, est le levier majeur de l’émancipation de notre jeunesse. L’école est également l’écrin d’une sociabilisation apaisée, de l’ouverture à l’autre, et de la confiance en soi. Or, les études, y compris celles de la Chambre régionale des Comptes dont l’objectif principal est la rationalisation des coûts et dépenses au regard des politiques publiques, démontrent que le nombre réduit d’élèves par classe amoindrit considérablement les inégalités et favorise la réussite scolaire de tous les enfants. », écrit-il.

    Une autre mobilisation a été particulièrement suivie à Nîmes : celle de l’école Georges-Bruguier, dans le quartier du Chemin-Bas d’Avignon où une classe de CP sur les cinq que compte l’établissement doit fermer en septembre. Jeudi 9 avril, 100% des enseignants étaient en grève. Avec cette fermeture, les effectifs par classe pourraient passer de 12 aujourd’hui à 15 en septembre. Or cette école possède l’indice de position sociale (IPS) le plus bas de l’académie et a donc des besoins spécifiques.

    C’est d’ailleurs sur ce point qu’insiste aussi Vincent Bouget dans son courrier soulignant que « le département du Gard est l’un des plus pauvres de France, et la ville de Nîmes compte plus de 40 000 personnes vivant sous le seuil de pauvreté ce qui représente près de la moitié des enfants scolarisés ». « L’ambition que nous portons à l’enfance et aux questions d’éducation implique de considérer la réussite comme un projet d’avenir. Et nous ne pouvons imaginer l’appréhender par le seul biais d’une gestion comptable qui s’appuie sur des ratios. Le dédoublement des classes étendu à l’ensemble des niveaux dans l’élémentaire est une des solutions qui répond à cette ambition », conclut le maire de Nîmes qui demande « le maintien de l’ensemble des classes existantes ».

  • André Chamson, le Cévenol universel

    André Chamson, le Cévenol universel

    Il y a des noms que les plaques de rue sauvent, mais que le temps finit par endormir. André Chamson (1900-1983) fait partie de ces figures immenses que l’on connaît de nom, sans toujours mesurer l’épaisseur d’une vie, ni la vigueur d’une œuvre. Du 14 avril au 11 juillet, la bibliothèque du Carré d’Art remet l’écrivain nîmois au centre du jeu avec une exposition au titre frontal : « Quels hommes sommes-nous devenus ? André Chamson, itinéraire d’un humaniste au XXe siècle ». Une question qui claque aujourd’hui comme un rappel à l’ordre, à l’heure des replis, des haines et des renoncements.

    Le parcours s’appuie sur une matière rare : le fonds Chamson, enrichi par un don majeur de sa fille Frédérique Hébrard en 2021, puis complété en 2024 par ses petits-enfants. Des dizaines de cartons, des milliers de documents, près de 150 boîtes cataloguées : manuscrits annotés, correspondances, photographies, dessins… Un trésor de première main, patiemment classé (Chamson et son épouse, Lucie Mazauric, étaient archivistes) et désormais conservé dans la réserve précieuse de l’une des bibliothèques municipales classées. Le soir du vernissage, la transmission avait aussi des visages : ses petits-enfants, Catherine et Nicolas Velle, étaient présents pour l’inauguration. Le petit-fils, très ému, a salué ce retour de Chamson « à la maison », au milieu de ses archives et de ceux qui continuent de le faire vivre.

    Un trésor d’archives

    De l’enfance cévenole, nourrie d’héritage protestant et de mémoire camisarde, aux responsabilités parisiennes (Archives, Petit Palais, Académie française), l’exposition suit un fil double, chronologique et thématique, sans perdre l’essentiel : la cohérence d’une pensée. Chamson n’écrit pas hors-sol. Il écrit contre l’abdication. Contre le fascisme. Avec le Front populaire et le journal Vendredi. Et quand vient l’Occupation, il choisit le refus du mensonge et l’obstination du travail. Dans un cahier de 1941, une phrase bouleverse encore : « J’écris pour le jour de la liberté. » Toute l’exposition est là, dans cette foi têtue : tenir, transmettre, résister. Le volet guerre frappe particulièrement : sauvegarde des œuvres, engagement, brigade Alsace-Lorraine aux côtés d’André Malraux. Puis le retour à la littérature comme acte moral avec Le Puits des miracles, La Superbe et, en creux, une même boussole : la dignité humaine.

    Autour de l’exposition, deux grandes journées (24 et 25 avril) prolongent le dialogue avec conférences, projections et spécialistes : une manière de faire de cette redécouverte un moment vivant, pas un mausolée. Car Chamson ne se lit pas comme une gloire locale rangée sur une étagère : il se reçoit comme une exigence. Dans ses notes de guerre, il laisse ces mots, bouleversants et d’une actualité brutale, comme un viatique pour temps incertains : « J’écris pour le jour de la liberté. J’écris pour conjurer les maléfices de la défaite. (…) Qui n’y retrouvera pas le ton d’une voix déjà entendue en lui-même n’y retrouvera rien. (…) Car il existe une espérance au-delà de tous les désespoirs. » Au Carré d’Art, cette voix revient, intacte.

  • Dans le Gard, 59 classes fermées en septembre ?

    Dans le Gard, 59 classes fermées en septembre ?

    « Une gifle. » Voici comment le syndicat Unsa a qualifié l’annonce jeudi 9 avril du Dasen qui prévoit de fermer 59 classes sur tout le département. Nîmes, Alès, la ruralité, les maternelles, les primaires, l’éducation prioritaire, aucun secteur n’est épargné. Face à cette présentation, les syndicats ont évidemment voté contre cette carte scolaire alors qu’une manifestation réunissant enseignants, parents et syndicats se tenait devant le siège du Dasen.

    Dans le détail, le Dasen prévoit 14 ouvertures de classes dont dix à Nîmes (neuf en éducation prioritaire) mais aussi à Saint-Ambroix, Beaucaire (éducation prioritaire), Milhaud et Redessan. Le Dasen a aussi consenti à revenir sur trois fermetures prévues à Nîmes (à Georges-Bruguier, Mont-Duplan et Rangueuil). Mais il reste tout de même 59 classes menacées de fermeture dont 17 à Nîmes, six à Alès ou encore deux à Saint-Gilles.

    « La baisse démographique est réelle mais on n’améliore pas les conditions d’enseignement. Il y a des points comme Bessèges par exemple où on avait sauvé la classe l’an dernier mais il prévoit à nouveau de la fermer sauf que ça va faire des classes en maternelle à 25 ou 26 avec des cas pas possibles et une misère sociale importante… C’est une catastrophe. On fait tout peser sur la maternelle alors que c’est le début de la scolarité », fustige Myriam Vermale, co-secrétaire du Snuipp-FSU du Gard.

    Mais ces arguments n’ont pas influencé le Dasen. « Le Dasen, il est honnête, il nous l’a dit, s’il ouvre une classe, il doit en fermer une. S’il ne ferme pas une classe, il en fermera une autre ailleurs. Aujourd’hui, aucune école n’est tranquille parce que la carte scolaire n’est pas arrêtée », avertit Myriam Vermale. D’ailleurs, dix classes sont « sous surveillance » des syndicats dont des classes à Barjac, Vénéjean ou Lassalle qui pourraient avoir de mauvaises surprises.

    Sur ces 59 fermetures, toutes ne sont pas non plus à défendre. Les syndicats ont contacté les écoles concernées et tentent d’influer sur celles qui affirment avoir des effectifs suffisants pour s’opposer aux fermetures.

    Nouvelles négociations

    le 17 avril

    La FSU du Gard regrette également les suppressions de postes d’enseignants : « Le Dasen appuie les directives ministérielles donc il crée des postes mais hors de la classe avec les pôles d’appui à la scolarité pour la gestion des élèves en difficulté. Il dit que ça va tout révolutionner mais il pompe neuf postes d’enseignants sur le premier degré. On part avec une dotation de moins 27 postes. »

    Le Dasen a aussi prévu de créer à nouveau trois classes Ulis, poursuivant la dynamique de déploiement de ces Unités localisées pour l’inclusion scolaire dans le département. Mais ces ouvertures pèsent aussi sur le nombre d’enseignants puisque ces postes sont ponctionnés dans les effectifs des enseignants. « Puisqu’il crée des Ulis dont on a besoin, il crée aussi un poste de coordonnateur Ulis ce qui nous fait encore perdre un poste d’enseignant », s’agace Myriam Vermale.

    Une nouvelle réunion s’est tenue jeudi 16 avril mais la nouvelle véritable négociation se déroulera vendredi 17 avril en conseil départemental de l’Éducation nationale (CDEN). L’occasion de voir si les nombreuses mobilisations à Aimargues, Nîmes, Bagnols-sur-Cèze, Bessèges, Moulézan, Tornac, les Salles-du-Gardon, Cavillargues, Saint-Julien-de-Peyrolas ou encore Vers-Pont-du-Gard influeront sur les choix du Dasen.

  • À Nîmes, le cordonnier qui fait marcher la profession

    À Nîmes, le cordonnier qui fait marcher la profession

    Tablier noué, regard attentif et gestes précis, Olivier Sébastien incarne une certaine idée de l’artisanat. Dans sa boutique L’Émile Pompe, nichée rue Émile-Jamais à Nîmes, le cuir reprend vie sous ses mains. Mais derrière l’établi, le cordonnier est aussi devenu un porte-voix. Celui d’une profession longtemps discrète, aujourd’hui en quête de reconnaissance.

    À 47 ans, l’artisan nîmois ne s’est jamais contenté de réparer des semelles. Depuis plus de quinze ans, il défend un métier qu’il juge « essentiel au quotidien », à la croisée du savoir-faire traditionnel et des enjeux contemporains. « Quand je fais quelque chose, je ne le fais pas pour ma boutique, mais pour le métier », insiste-t-il. Son engagement lui a valu d’être distingué compagnon du mérite fédéral par la Fédération française de la cordonnerie multiservice en 2025. Une reconnaissance qui récompense moins une carrière qu’une énergie constante à fédérer.

    C’est dans cet esprit qu’est né le Printemps de la cordonnerie. Une campagne désormais nationale, organisée du 20 mars au 21 juin, qui invite les Français à « réparer plutôt que jeter ». Une idée simple, mais qui répond à plusieurs urgences : économique, écologique et sociale. Car la réalité du métier est rude : des périodes creuses au printemps, puis des pics intenses à l’automne.

    L’initiative repose donc sur un changement d’habitudes : déposer ses bottes en avril, ses sandales en juillet. Une anticipation bénéfique pour tous. « Plus tu mets la pression à un artisan, plus le travail sera médiocre », tranche-t-il. Derrière cette logique, une volonté : redonner du temps au geste, donc de la qualité au produit.

    Dans le Gard, ils sont plusieurs à suivre le mouvement. Mais il insiste : « Le but, c’est de mettre le métier en avant, pas les individus. » L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais en 2026, le Printemps de la cordonnerie franchit un cap. Grâce à des échanges noués sur les réseaux, l’initiative traverse l’Atlantique. À Montréal, un cordonnier québécois, Patrick Marleau, s’empare du concept. Là-bas aussi, la réparation retrouve du sens, à la fois économique et écologique.

    Réparer, résister

    Au-delà de l’organisation collective, le cordonnier porte un discours plus large sur la consommation. Face à la montée du jetable et à la baisse de qualité des produits, il défend la réparation comme un acte militant. « Aujourd’hui, on fabrique des chaussures qu’on ne peut plus réparer », déplore-t-il. À ses yeux, le cordonnier devient alors un acteur de la transition écologique, mais aussi un rempart contre une économie du gaspillage. Dans son atelier, les objets passent, mais les histoires restent. « Ma plus belle récompense, c’est quand un client m’envoie une photo de ses vacances. Là, je me dis qu’on a gagné », confie-t-il, ému.

    À Nîmes comme ailleurs, la cordonnerie n’est plus seulement un métier d’hier. Elle se réinvente, s’adapte, s’ouvre à la seconde main, au multiservice, à la transmission. Olivier Sébastien en est l’un des visages. « Ce n’est pas un vieux métier. Il repart à la hausse », affirme-t-il. Et si, du Gard au Québec, la campagne continue de s’étendre, c’est peut-être parce qu’elle repose sur une conviction simple : réparer, c’est déjà résister.

  • [Maj] Nîmes Métropole bascule à gauche

    [Maj] Nîmes Métropole bascule à gauche

    C’est un basculement politique autant qu’un signal envoyé à l’ensemble du territoire gardois. Un mois après avoir remporté la mairie de Nîmes, Vincent Bouget réalise le doublé en étant élu ce mardi 14 avril président de Nîmes Métropole, avec 74 voix contre 21 à Julien Sanchez (RN), sur 95 suffrages exprimés (dix bulletins blancs ou nuls). Après Jean-Paul Fournier, Yvan Lachaud et Franck Proust, l’Agglo change de cap : pour la première fois depuis sa création en 2002, la présidence bascule à gauche. Et ce résultat a une portée particulière ici : dans un territoire où le vote RN s’est durablement installé depuis les législatives de 2017, cette élection acte un choix politique clair à l’échelle intercommunale. Elle dit aussi, en creux, qu’une majorité peut se construire pour tenir tête à l’extrême droite et refuser sa banalisation.

    Au Colisée, siège de l’agglo, la scène avait quelque chose d’une passation historique. La candidature de Vincent Bouget, portée par Rémi Nicolas (DVG, maire de Marguerittes) « au nom de l’ensemble des maires de l’agglomération », traduisait le travail de contact mené ces dernières semaines avec les 38 autres édiles. Face à Bouget, Julien Sanchez (RN) a tenté d’installer un contre-récit lors de sa prise de parole, dénonçant un supposé « sectarisme » et tentant de rallier au-delà de son camp. Mais le scrutin a confirmé un rapport de force net : après la ville-centre, c’est bien l’intercommunalité qui entre dans une nouvelle phase.

    « Chaque commune

    et habitant comptera »

    Depuis la tribune, Vincent Bouget a plutôt choisi l’axe du rassemblement, en insistant sur la réalité d’un territoire de 39 communes et de près de 260 000 habitants, où la Métropole décide du quotidien (transports, eau, déchets, développement économique) : « Cette confiance que vous m’accordez est à la fois un honneur et une très grande responsabilité. Depuis des siècles, notre territoire est un carrefour. Aujourd’hui, chaque commune de Nîmes Métropole tient à sa manière une partie de cet héritage (…) Je suis convaincu que cette diversité est une force et que nous n’en tirons pas encore suffisamment parti. Chaque commune et chaque habitant comptera dans notre métropole. À nous de faire en sorte que notre pluralité soit une force. »

    Le message n’est pas anodin. Dans une agglo souvent perçue depuis les petites communes comme trop nîmo-centrée, le nouveau président veut manifestement désamorcer les craintes d’écrasement par la ville-centre. Il assume aussi le cumul mairie-présidence, critiqué par ses adversaires, mais présenté par lui comme un outil d’efficacité : « Ce n’est pas une volonté de cumuler les pouvoirs, mais un gage d’efficacité pour dynamiser notre action collective. »

    Une promesse

    de réorientation

    Sur le fond, Vincent Bouget a esquissé plusieurs directions. Le développement économique restera un axe fort, mais avec une exigence de cohérence et de retombées concrètes pour le territoire. Magna Porta, l’aéroport, Oc’Via, le marché gare : autant de dossiers qu’il dit vouloir examiner « avec attention et pragmatisme », sans céder à l’éparpillement ni au pilotage hors-sol. Même logique sur les transports, où il promet de « franchir un cap » en matière de tarification, de dessertes et d’intermodalité, sans opposer la voiture aux transports collectifs. Il a aussi replacé la transition écologique, la question de l’eau, le logement et les filières économiques locales dans le cœur du mandat.

    Derrière ces premières annonces, une idée affleure : remettre l’agglo sur des politiques utiles au quotidien, loin des seuls effets de vitrine. Pour la gauche nîmoise, qui a longtemps dénoncé une intercommunalité verrouillée par la droite, l’enjeu est désormais clair : montrer qu’une autre pratique du pouvoir local est possible, plus concertée, plus lisible, plus attentive aux communes et aux habitants. L’après-midi, l’élection des quinze vice-présidents a prolongé cette volonté d’équilibre entre fidèles, les élus nîmois et les maires d’autres sensibilités politiques mais reconnus pour leurs compétences.

    Reste maintenant le plus dur : transformer l’essai. Car l’événement politique est là, incontestable. Mais à Nîmes Métropole, l’histoire retiendra moins le basculement que la capacité du nouveau président à faire vivre sa promesse : que, cette fois, chaque commune compte vraiment.

    Le profil des 15 vice-présidents

    Rémi Nicolas (PCF) : 1er vice-président, finances et administration. Maire de Marguerittes, proche de Vincent Bouget, et pilier de la majorité.

    Fanny Daguenet (PCF) : mobilités et transports. Conseillère municipale nîmoise, engagée sur les questions sociales et de déplacement.

    Bernard Clément (PCF) : eau et assainissement. Maire de Domessargues, président du Syndicat des eaux de Domessargues et Saint-Theodorit.

    Fidéline Sébileau (SE) : petite enfance et solidarité. Nouvelle maire de Bernis.

    Olivier Fabregoul (DVD) : développement économique. Maire de Caissargues, reconduit dans ses fonctions.

    Pierre Jaumain (PS) : urbanisme et rénovation urbaine. Adjoint à Nîmes, secrétaire PS du Gard.

    Eddy Valadier (LR) : attractivité et grands projets. Maire de Saint-Gilles, poids lourd politique du territoire.

    Sibylle Jannekeyn (EELV) : transition écologique. Adjointe nîmoise, co-secrétaire des Ecologistes du Gard.

    Gilles Gadille (SE) : ruralité et agriculture. Maire de Cabrières, relais des petites communes.

    Nicolas Cadène (DVG) : citoyenneté et participation. Conseiller municipal nîmois, issu de la société civile.

    Gaël Dupret (SE) : travaux et voirie. Maire de Sernhac, en prise avec les enjeux de proximité.

    Gilles Guillaud (PRG) : finances. Adjoint aux finances à Nîmes.

    David-Alexandre Roux (SE) : équipements publics. Maire de Manduel, nouvel élu en responsabilité.

    Michel Verdier (SE) : environnement et cadre de vie. Maire de Saint-Côme-et-Maruéjols, reconduit.

    Gaëtan Prévoteau (DVD) : culture et vie associative. Maire de Langlade, ouverture vers des profils moins politisés.

  • Vincent Bouget prend la tête de Nîmes Métropole

    Vincent Bouget prend la tête de Nîmes Métropole

    C’est désormais officiel : le nouveau maire de Nîmes, Vincent Bouget, a été élu ce mardi 14 avril au matin président de Nîmes Métropole, lors du conseil communautaire d’installation. Une élection attendue, au terme d’un scrutin à bulletin secret qui n’a laissé que peu de place au doute. Sur les 105 conseillers communautaires appelés à voter, 95 suffrages ont été exprimés. Vincent Bouget recueille 74 voix, contre 21 pour son unique adversaire, Julien Sanchez, chef de file du Rassemblement national à Nîmes. Dix bulletins blancs ou nuls complètent le décompte.

    Présentée « au nom de l’ensemble des maires de l’agglomération » par Rémi Nicolas, maire de Marguerittes, la candidature du nouvel édile nîmois s’inscrit dans une dynamique majoritaire construite dans les jours ayant suivi les municipales. Elle marque surtout un tournant politique : Vincent Bouget devient le quatrième président de Nîmes Métropole (après Jean-Paul Fournier, Yvan Lachaud et Franck Proust), mais surtout le premier président de gauche de l’intercommunalité. Malgré l’issue largement acquise, la séance n’a pas été totalement apaisée. Julien Sanchez a profité de sa prise de parole pour attaquer la nouvelle majorité, dénonçant un supposé « sectarisme » et tentant de rallier au-delà de son camp. Ses 21 voix traduisent toutefois un soutien limité.

    « Chaque commune, chaque habitant compte »

    Dans la foulée du vote, Vincent Bouget a pris la parole, pour mesurer le poids de la fonction : « Cette confiance que vous m’accordez est à la fois un honneur et une très grande responsabilité. La volonté d’être à la fois maire et président d’intercommunalité n’est pas une volonté de cumuler les pouvoirs, mais un gage d’efficacité pour dynamiser notre action collective. (…) Depuis des siècles, notre territoire est un carrefour. Aujourd’hui, chaque commune de Nîmes métropole tient à sa manière une partie de cet héritage », a déclaré le nouveau président, avant de citer une a une les 39 communes qui composent l’agglo. « Chaque lieu dans notre métropole a son caractère. Je suis convaincu que cette diversité est une force et que nous n’en tirons pas encore suffisamment parti. Chaque commune et chaque habitant comptera dans notre métropole. À nous de faire en sorte que notre pluralité soit une force », a-t-il martelé, cherchant à poser un cadre collectif dès l’ouverture de la mandature. Une façon, aussi, de répondre aux crispations politiques exprimées quelques minutes plus tôt.

    La journée devait se poursuivre avec l’élection des vice-présidents et la mise en place du bureau communautaire, premières pièces d’un exécutif appelé à piloter, dès ce printemps, les grands dossiers du territoire. Fanny Daguenet (PCF, transports), Pierre Jaumain (PS, logement), Sibylle Jannekeyn (Les Ecologistes, environnement), Gilles Guillaud (PRG, finances) et Nicolas Cadène (DVG) sont notamment pressentis côté Nîmes, tandis que Rémi Nicolas (DVG, Marguerittes) est annoncé premier vice-président, avec une place également pour Eddy Valadier (LR, Saint-Gilles) et Gaëtan Prévoteau (DVD, Langlade). En parallèle, l’équipe politique se renforce : Nicolas Koukas, opposant communiste à Arles et actuel directeur de cabinet à Port-de-Bouc, devrait intégrer le cabinet de Vincent Bouget à l’Agglo.

  • Sécurité et narcotrafic : Bouget pose ses premiers actes

    Sécurité et narcotrafic : Bouget pose ses premiers actes

    La gauche nîmoise savait qu’elle serait attendue au tournant. À peine l’écharpe enfilée, Vincent Bouget a choisi d’attaquer un sujet longtemps confisqué par les postures : la sécurité, et derrière elle, la réalité brutale du narcotrafic.

    Le 31 mars, le nouveau maire rencontre le préfet du Gard, Jérôme Bonet. Le lendemain, 1er avril, il écrit au gouvernement : deux courriers, l’un au Premier ministre Sébastien Lecornu, l’autre au ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, pour demander des renforts policiers et judiciaires. Dans l’entourage municipal, le message est clair : la ville ne veut plus de réponses ponctuelles, mais des effectifs durables, côté police nationale comme côté justice, alors que l’actualité locale reste rythmée par des faits liés au trafic et ses violences.

    « Un fort besoin d’apaisement »

    Dans les premiers jours, l’exécutif cherche à tenir l’équilibre promis pendant la campagne : parler sécurité sans slogan, et sans angélisme. D’un côté, mettre l’État devant ses responsabilités. De l’autre, reprendre la main sur ce qui relève du pouvoir municipal : présence, règles, arrêtés, médiation. C’est là qu’arrive la mesure la plus visible : l’arrêté encadrant les épiceries de nuit, appliqué à partir du 1er avril et jusqu’au 31 octobre, avec fermeture entre 22h et 6h dans un périmètre ciblé. Un texte initialement annoncé sous Jean-Paul Fournier, jamais réellement mis en œuvre, et que la nouvelle majorité choisit de maintenir. L’objectif affiché : limiter attroupements, nuisances sonores, troubles de voisinage, et reprendre le contrôle d’espaces où la tension monte vite, surtout à l’approche de la belle saison.

    Nicolas Nadal, nouvel adjoint à la sécurité, assume un « signal d’apaisement ». Il évoque « un fort besoin d’apaisement et de tranquillité » exprimé pendant la campagne, et justifie une décision claire : « Ce sont bien trop souvent des points de rassemblement et de nuisances sonores pour le voisinage. » L’élu promet aussi « de la fermeté » sur l’application des arrêtés, tout en répétant que la ville doit marcher sur « deux jambes » : prévention et tranquillité. Au fil de ces premières décisions, Bouget cherche déjà à installer une méthode : exiger des moyens là où la mairie ne peut pas tout, et agir vite là où elle le peut. À Nîmes, ce tempo-là, et sa capacité à tenir dans la durée, sera le premier test politique.

  • Sécurité et narcotrafic : Bouget pose ses premiers actes

    Sécurité et narcotrafic : Bouget pose ses premiers actes

    La gauche nîmoise savait qu’elle serait attendue au tournant. À peine l’écharpe enfilée, Vincent Bouget a choisi d’attaquer un sujet longtemps confisqué par les postures : la sécurité, et derrière elle, la réalité brutale du narcotrafic.

    Le 31 mars, le nouveau maire rencontre le préfet du Gard, Jérôme Bonet. Le lendemain, 1er avril, il écrit au gouvernement : deux courriers, l’un au Premier ministre Sébastien Lecornu, l’autre au ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, pour demander des renforts policiers et judiciaires. Dans l’entourage municipal, le message est clair : la ville ne veut plus de réponses ponctuelles, mais des effectifs durables, côté police nationale comme côté justice, alors que l’actualité locale reste rythmée par des faits liés au trafic et ses violences.

    « Un fort besoin d’apaisement »

    Dans les premiers jours, l’exécutif cherche à tenir l’équilibre promis pendant la campagne : parler sécurité sans slogan, et sans angélisme. D’un côté, mettre l’État devant ses responsabilités. De l’autre, reprendre la main sur ce qui relève du pouvoir municipal : présence, règles, arrêtés, médiation. C’est là qu’arrive la mesure la plus visible : l’arrêté encadrant les épiceries de nuit, appliqué à partir du 1er avril et jusqu’au 31 octobre, avec fermeture entre 22h et 6h dans un périmètre ciblé. Un texte initialement annoncé sous Jean-Paul Fournier, jamais réellement mis en œuvre, et que la nouvelle majorité choisit de maintenir. L’objectif affiché : limiter attroupements, nuisances sonores, troubles de voisinage, et reprendre le contrôle d’espaces où la tension monte vite, surtout à l’approche de la belle saison.

    Nicolas Nadal, nouvel adjoint à la sécurité, assume un « signal d’apaisement ». Il évoque « un fort besoin d’apaisement et de tranquillité » exprimé pendant la campagne, et justifie une décision claire : « Ce sont bien trop souvent des points de rassemblement et de nuisances sonores pour le voisinage. » L’élu promet aussi « de la fermeté » sur l’application des arrêtés, tout en répétant que la ville doit marcher sur « deux jambes » : prévention et tranquillité. Au fil de ces premières décisions, Bouget cherche déjà à installer une méthode : exiger des moyens là où la mairie ne peut pas tout, et agir vite là où elle le peut. À Nîmes, ce tempo-là, et sa capacité à tenir dans la durée, sera le premier test politique.

  • L’épreuve de vérité de Nîmes Métropole

    L’épreuve de vérité de Nîmes Métropole

    Le 22 mars, Vincent Bouget a fait basculer la ville-centre. Le 14 avril, il peut faire basculer aussi l’agglomération. Ce « troisième tour » se joue au Colisée : 105 élus communautaires, 39 communes, dix-huit nouveaux maires, et un siège de président qui pèse lourd. Sur le papier, la route paraît dégagée : à ce stade, une seule candidature est officiellement déclarée, celle du maire de Nîmes. Mais, dans les couloirs, chacun vient avec ses priorités, ses craintes et ses lignes rouges.

    La force de Bouget, c’est son bloc nîmois : 37 voix (sur les 52 sièges de Nîmes) issues de sa majorité municipale. Pour atteindre la majorité absolue à l’agglo, il lui faut 53 voix : seize à aller chercher hors de Nîmes. Le travail a commencé, à la méthode : réunion collective, puis rendez-vous individuels à l’hôtel de ville avec les maires. Objectif affiché par son entourage : bâtir un fonctionnement « sans logique partisane », où la ville-centre ne dicte pas, mais entraîne.

    Le principal pivot, ce sont les communes regroupées autour d’Intérêt et esprit communautaire (IEC), groupe élargi et recomposé après les municipales. Selon les derniers comptages, 26 élus issus de 23 communes s’inscriraient dans cette dynamique, ce qui, additionné au bloc nîmois, assurerait une majorité confortable. Rémi Nicolas, maire de Marguerittes, revendique une ligne de « territoire » : s’inscrire dans la majorité du président, comme hier avec Franck Proust, tout en promettant d’être « constructif et vigilant ». Le groupe pourrait être présidé par Gaël Dupret (Sernhac), et Rémi Nicolas est pressenti pour un rôle majeur dans l’exécutif.

    En face, la droite des communes s’organise aussi. Eddy Valadier, maire de Saint-Gilles (six sièges), a écarté l’idée de se présenter, plaidant pour un mandat « apaisé » et une intercommunalité « technique » tournée vers les projets structurants. Derrière cette posture constructive, une réalité demeure : beaucoup de maires veulent peser dans la future équipe, notamment via les vice-présidences (quinze au total). C’est l’autre négociation, la plus sensible : qui prend quoi, et avec quelles garanties.

    Les dossiers

    en embuscade

    Car au-delà de l’élection, c’est la liste des dossiers brûlants qui attend le futur président. D’abord, les mobilités : l’agglo tient les transports en commun, les arbitrages sur les lignes, les parkings-relais, les nouvelles stations, et l’équation « service /coût » qui revient à chaque budget. Dans le même bloc, la gestion des déchets et la Teom (Taxe d’enlèvement des ordures ménagères) restent un marqueur politique : baisse de taxe revendiquée ces derniers mois, mais vigilance des communes sur la qualité du service et les investissements.

    Ensuite, le développement économique, où l’agglo joue le rôle de machine à projets : zones d’activités, attractivité, emplois. Sur ce terrain, la zone Magna Porta, sur Manduel, reste le serpent de mer : projet remodelé (160 hectares initiaux, réduit à 54 dont 29 constructibles), débats sur les coûts et la rentabilité, promesses d’entreprises, attentes d’emplois concrets. Un dossier symbolique esquissé dès 2010, qui engage des millions, et qui cristallise la question du cap de l’intercommunalité.

    Autre sujet explosif : l’urbanisme. Le PLUi (Plan local d’urbanisme intercommunal), l’éventuelle montée en puissance institutionnelle, et la peur des petites communes de perdre la main sur leur plan local. Ici, les maires veulent entendre une méthode : consultation, pas de passage en force, et surtout une répartition équilibrée des efforts (logements, équipements, foncier). Enfin, le nerf de la guerre : les fonds de concours. Pour nombre de villages, c’est la condition de projets très concrets (écoles, voirie, équipements) et donc une ligne rouge. À cela s’ajoutent les satellites et syndicats où l’agglo pèse : déchets, SCoT, bassin-versant… des lieux plus discrets, mais stratégiques.

    Dans ce décor, les oppositions nîmoises arriveront en ordre dispersé : le RN dispose d’un groupe conséquent (dix élus nîmois, plus un élu d’opposition à Marguerittes) et entretient le flou sur sa stratégie. La droite nîmoise, elle, se retrouvera fragmentée, avec des élus parfois non inscrits. Si l’élection de Vincent Bouget semble largement acquise, le vrai vote commence après : celui des équilibres. Une présidence fluide entre Nîmes et les 38 autres communes, ou une présidence sous surveillance permanente, à chaque dossier structurant.