Tag: Nîmes

  • [Entretien] Vincent Bouget : « On va retrouver le fil d’une histoire populaire de Nîmes »

    [Entretien] Vincent Bouget : « On va retrouver le fil d’une histoire populaire de Nîmes »

    La Marseillaise : Le soir du dimanche 22 mars, qu’est-ce que vous ressentez au Prolé ?

    Vincent Bouget : Un mélange de joie et de soulagement. Joie d’avoir gagné, parce qu’il y avait beaucoup de monde, beaucoup d’attente. On a travaillé pendant tant de mois, tant d’années. Ça fait vingt-cinq ans que la gauche a été écartée du pouvoir à Nîmes. Et puis soulagement, parce que si on ne gagnait pas, c’était le RN qui l’emportait. On savait que ce serait serré. Les deux sentiments se mêlent, et ça fait un moment unique, exceptionnel. Et on ne réalise pas vraiment. On est porté. Il y avait tellement de monde… Voir la joie dans les yeux, c’est fort. Avant les élections, on avait cette lumière d’espoir, et là elle se transforme en joie intense.

    Alain Clary parle d’une ville qui « reprend le cours de son histoire ». Vous partagez ?

    V.B. : Oui. Pour ceux qui ont connu les périodes précédentes, le mandat d’Alain, celui d’Émile Jourdan, il y a ce sentiment qu’on renoue avec ce film-là. On va retrouver le fil d’une histoire populaire de la ville, c’est vrai. Après, l’héritage Fournier, on le prendra aussi : ce n’est pas uniquement mauvais. Chaque maire a apporté sa contribution. Je ne vais pas renier ni casser tout ce qui a été fait pendant vingt-cinq ans, ce n’est pas l’objectif. Par contre, dans la considération de la population, on va retrouver sans doute un peu d’humanité et de démocratie.

    Vous passez de 163 voix de retard au premier tour à près de 2 000 d’avance au second : qu’est-ce qui bascule ?

    V.B. : Les Nîmois se sont en quelque sorte réveillés. J’ai toujours dit qu’il y avait des ressorts dans cette ville pour refuser l’extrême droite, y compris dans l’abstention du premier tour. Et puis on s’est déployés partout : porte-à-porte, présence dans toute la ville. Il y a eu un sursaut citoyen admirable, à l’échelle nationale aussi, je pense. Et puis il y a eu, dans un électorat du centre ou de la droite républicaine, des gens qui ont refusé l’hypothèse de voir arriver l’extrême droite, qui ont fait honneur aux valeurs de la République. Il y a encore des associations, des ressorts… mais on voit aussi une progression importante de l’extrême droite, liée à l’effondrement politique, voire moral, de la droite locale.

    Le sursaut le plus fort, c’est dans les quartiers populaires.
    Qu’est-ce qui s’y joue ?

    V.B. : Comme souvent, quand les quartiers populaires se mobilisent, ils votent essentiellement à gauche. Et ils n’ont surtout pas voulu rajouter à leurs difficultés sociales l’arrivée d’un pouvoir qui les aurait encore plus méprisés, voire discriminés. Les associations, les responsables associatifs, les mamans – beaucoup les femmes – se sont mobilisées. Et les jeunes sont venus : j’ai trouvé une mobilisation de la jeunesse très forte au second tour. Dans certains quartiers, on fait 70, 80%, presque 90% dans un bureau. Ils ont compris les enjeux, ils savent très bien ce qu’est l’extrême droite. Et depuis lundi, quand on passe sur les marchés du Chemin-Bas et de Pissevin, c’est beaucoup de joie, de soulagement, de remerciements… et beaucoup d’attentes.

    Comment une coalition comme « Nîmes en commun » tient malgré les étiquettes ?

    V.B. : Parce qu’on a fait le pari de la confiance et du travail ensemble. La confiance, ça ne se décrète pas, mais on se connaissait déjà un peu. On a travaillé dix-huit mois et on a créé un collectif, au-delà de l’addition des logos. Au début, en réunion, les socialistes dans un coin, les écolos dans un autre, les communistes dans un autre. À la fin, tout le monde se mélange, sans nier les différences. Et on a écouté les habitants : quand on écoute la ville, on entend la même chose. Ça crée un vécu commun, un imaginaire commun. Et je le dis : autant à droite on a vu des responsables s’abîmer dans des querelles, parfois personnelles, autant à gauche il y a eu une grande responsabilité.

    Votre méthode revendique l’écoute et la co-construction. Comment la garder à la mairie sans tomber dans la consultation permanente ?

    V.B. : On va trouver les techniques qui existent déjà. On a affiché la volonté politique. Et il ne faut pas opposer l’écoute à l’efficacité : c’est l’inverse. Cette campagne l’a démontré : on a produit un programme porteur de sens et on a gagné. Après, ça ne veut pas dire qu’on fuira nos responsabilités : quand il faudra décider, on décidera. Mais discuter, c’est aussi de l’efficacité. Regardez : le palais des congrès, le projet de conservatoire aux Carmes… si on avait écouté, on aurait arrêté avant. Là, on va l’arrêter parce que c’est trop petit. C’était la décision du prince : ce n’est pas efficace. Discuter trois semaines, puis trancher, c’est parfois beaucoup plus sérieux. Au fond, c’est de la considération. Les gens savent qu’il y a des contraintes. Mais il faut leur dire, expliquer. Ce qui n’était pas le cas dans cette ville.

    Vos priorités immédiates, dans les 30 premiers jours ? Et Nîmes Métropole ?

    V.B. : D’abord la mise en place : écouter les agents, du DGS aux agents de terrain, rassurer, donner confiance, écrire une nouvelle page. Ce qu’on a fait pour la ville, on va le faire pour les agents. Ensuite, lancer vite le plan de végétalisation partagée, parce que c’est long sur un mandat. Et répondre aux urgences : vacances des gamins, rentrée scolaire, sécurité, santé. Et remettre des relations plus apaisées avec les autres collectivités et l’État. Sur Nîmes Métropole, je suis respectueux des autres élus : ils ont leur légitimité. On va bâtir une gouvernance respectueuse de tous. Oui, je serai candidat à la présidence. Et il faudra travailler sur l’économie, l’emploi, et renforcer le sentiment d’appartenance : que les habitants s’emparent des enjeux, que ça ne soit pas un truc éloigné.

  • La campagne des intercommunalités a débuté dans le Gard

    La campagne des intercommunalités a débuté dans le Gard

    À peine les élections municipales terminées que les maires repartent en campagne. Les téléphones chauffent et les jeux de poker menteur se multiplient entre ces professionnels de la politique. Car beaucoup tentent désormais de s’imposer comme président de Communauté de communes qui ont gagné en compétence ces derniers mois.

    Pour Nîmes Métropole, Vincent Bouget a déjà fait acte de candidature. Depuis la création de l’intercommunalité en 2002, le poste est en effet toujours revenu à un Nîmois (Jean-Paul Fournier, Yvan Lachaud, Franck Proust). Mais il est aussi toujours revenu à un élu de droite. Rémi Nicolas, maire de gauche de Marguerittes qui était déjà vice-président sous Franck Proust est à la manœuvre pour tenter de construire une majorité à Vincent Bouget.

    Pour Alès Agglomération, le président sortant et maire d’Alès Christophe Rivenq (LR) part grandissime favori. Mais la gauche, absente de l’opposition au conseil municipal, compte bien décrocher plus de pouvoir à l’Agglo. Si elle n’y parvient pas, une opposition pourrait alors naître. Avec le poids des élus alésiens, Rivenq a peu de chance d’être renversé mais si une majorité de communes s’oppose à lui, ce serait un très mauvais signal pour débuter ce nouveau mandat.

    Trois présidents RN ?

    L’inquiétude réside surtout dans la capacité des maires RN de Beaucaire, Vauvert et Bagnols-sur-Cèze, tous candidats à la présidence de leur intercommunalité, de l’emporter. Pour Beaucaire Terre d’Argence, Julien Sanchez était tout proche de s’imposer il y a six ans. Si une alternative au président sortant et maire de Bellegarde Juan Martinez est évoquée du côté de Beaucaire pour installer un contre-pouvoir dans la ville centre, ce sont les deux élus de Fourques qui pourront faire basculer la balance du côté du maire RN de Beaucaire, Nelson Chaudon.

    Dans la Communauté de communes du Gard rhodanien, l’heure est aussi au barrage à Pascale Bordes (RN), nouvelle maire de Bagnols-sur-Cèze. Si le président sortant, Jean-Christian Rey a affirmé qu’il ne serait pas candidat (bien trop affaibli après la défaite de Jean-Yves Chapelet), deux maires auraient des velléités : celui de droite de Pont-Saint-Esprit réélu avec autorité Valère Segal et celui de gauche de Saint-Paulet-de-Caisson et vice-président départemental, Christophe Serre. Au vu du très grand nombre de maires réélus sur la zone, Christophe Serre semble favori.

    C’est le même constat du côté de la Petite Camargue après la prise de Vauvert par le RN. Comme les élus étaient parvenus à barrer la route à Jean Denat il y a six ans car ils ne voulaient pas un socialiste à la tête de l’intercommunalité, ils vont tenter de poursuivre la même stratégie avec Nicolas Meizonnet, nouveau maire (RN) de Vauvert.

    Les discussions et tractations vont se poursuivre au plus tard jusqu’à fin avril, date butoir à laquelle les élus des communautés de communes doivent être désignés.

  • Les Amis de La Marseillaise du Gard invitent à un grand loto

    Les Amis de La Marseillaise du Gard invitent à un grand loto

    « La Marseillaise doit prendre toute sa place dans le paysage gardois. L’association des Amis de la Marseillaise du Gard Vous appelle à la rejoindre par votre adhésion annuelle pour la somme de 10 euros et l’abonnement au journal. » Jean-Paul Sorriaux préside depuis le 13 juin 2025 l’association des Amis de La Marseillaise du Gard. Samedi 28 mars, elle organise un grand loto de soutien au journal au Cercle de l’avenir à Nîmes. Rendez-vous à partir de 16 heures pour moment qui s’annonce très convivial et heureux après l’élection de Vincent Bouget à la mairie de Nîmes. « En 1995, La Marseillaise avait joué un grand rôle dans l’élection du communiste Alain Clary à Nîmes » se souvient Jean-Paul Sorriaux.

    Pour Serge Baroni, président de l’association, il s’agit « de faire encore mieux connaître La Marseillaise dans ce département. » Au quotidien, la mission première que se fixe le comité est de « faire connaître et vendre le journal, réaliser des abonnements ». Auprès d’un large public mais aussi du cœur du lectorat de La Marseillaise que sont les militants et citoyens dont le cœur penche à gauche, les syndicalistes, les travailleurs, les femmes, les opprimés. « La Marseillaise, c’est le journal qui défend les intérêts des petites gens, des travailleurs. C’est une question démocratique de faire progresser son lectorat, alors que les discours de haine pèsent dans les têtes », insiste Jean-Paul Sorriaux.

    Samedi 28 mars à partir de 16h, au Cercle de l’avenir Monique- Jourdan 25 bis, rue Nico, Nîmes.

  • Vincent Bouget, l’épopée d’une victoire populaire

    Vincent Bouget, l’épopée d’une victoire populaire

    Au Prolé, dans la soirée du dimanche 22 mars, la pluie n’a pas éteint la braise. Elle l’a attisée. Dans la cour et sous les néons, on lisait sur les visages la même fatigue joyeuse : celle des campagnes qu’on mène au corps à corps, à force de tracts, de portes frappées, de réunions qui finissent tard, de doutes avalés sans jamais baisser les yeux. Et puis, d’un coup, l’annonce : Vincent Bouget est élu maire de Nîmes avec 40,97% des voix, devant Julien Sanchez (RN) à 37,52% et Franck Proust (LR-Horizons) à 21,51%. La ville venait de basculer. La droite clanique, au pouvoir depuis vingt-cinq ans, venait de tomber. L’extrême droite du RN, qui rêvait de s’offrir la « Rome française » comme un trophée, venait d’être repoussée.

    Dans ce bar-phare de la gauche nîmoise, institution plus que QG, on ne célébrait pas seulement un score. On célébrait une revanche sociale, une dignité retrouvée, une mémoire transmise. Les bras se lèvent, les mains tremblent, les larmes montent sans prévenir. On s’étreint comme après une délivrance. Vincent Bouget apparaît, happé par les accolades, le regard humide. Il serre sa famille, embrasse sa mère, cherche sa fille en visio, et déjà la foule scande son prénom comme on scande une promesse : celle que la ville cesse d’être un décor pour les puissants, et redevienne un foyer pour celles et ceux qui la font vivre.

    Une victoire, une méthode : écouter puis construire

    Ce soir-là, l’émotion avait la densité d’une histoire longue. Car ce n’est pas une victoire « tombée du ciel ». C’est une victoire labourée. Deux ans de construction, de discussions, de désaccords surmontés. Deux ans à aller dans les quartiers populaires comme dans les rues du centre, à écouter la colère, les peurs, la lassitude. Deux ans à construire un programme avec les habitants au travers d’un questionnaire rempli à 3 000 reprises, à multiplier les réunions, à sonder, à recueillir, à recommencer. Cette liste qui porte le nom de sa méthode, « Nîmes en commun », n’a rien d’un slogan : c’est un fil tendu entre la politique et le quotidien, entre la mairie et la ville réelle.

    À peine le résultat digéré, une idée s’impose : aller à la mairie. Comme une évidence. Comme un rite. Le cortège s’organise, grossit à vue d’œil, envahit les ruelles. Et la marche devient un récit en mouvement : on reconnaît des visages croisés pendant deux ans, des militants de l’ombre, des habitants des quartiers populaires, des jeunes qui votent pour la première fois, des anciens qui n’y croyaient plus. Bouget avance lentement, arrêté tous les deux mètres par une main posée sur son épaule, une embrassade, un « merci », un « on l’a fait », des milliers de « on a gagné. »

    La droite fracturée,

    la gauche rassemblée

    Dans cette procession, il y a une chose qu’aucun bulletin ne mesure : le lien. Celui de l’implantation. Celui d’un travail patient, à rebours des campagnes hors-sol. Face à un candidat RN, Julien Sanchez, parachuté en janvier par le parti, quasi absent du terrain, préférant vanter les méthodes brutales et unilatérales de Donald Trump en conférence, porté par une stratégie nationale et un programme lacunaire, la gauche nîmoise opposait une force simple : connaître la ville, ses fractures, ses noms, ses douleurs, ses solidarités.

    En face, la droite nîmoise aura offert le spectacle d’une succession ratée, d’une guerre de chefs entre Franck Proust et Julien Plantier, héritiers proclamés de Jean-Paul Fournier, frères ennemis pendant des mois, avant une fusion forcée au soir de leur débâcle du premier tour. Une addition de logos, tardive, sans souffle, sans vérité. Nîmes a sanctionné ce manège. Et la leçon est brutale : on ne gouverne pas une ville comme un patrimoine à transmettre, ni comme une vitrine à vendre.

    Car l’autre leçon, plus grande encore, vient de la gauche. À Nîmes, l’union n’a pas été un mot d’ordre plaqué : elle a été un travail. Une preuve. Une discipline. Ici, communistes, socialistes, écologistes, militants de Génération.s, de Place publique, de L’Après, et une large part de la société civile ont choisi de se compter ensemble plutôt que séparément. Non pas au dernier moment, dans l’urgence d’un second tour, mais dans la durée, à force de rencontres, de débats, de concessions, de respect des désaccords. Et quand certains, au niveau national, s’épuisent à la division, Nîmes rappelle que l’unité n’est pas une posture : c’est une stratégie pour gagner, mais surtout une condition pour gouverner.

    Quartiers populaires :

    le sursaut qui change tout

    Entre les deux tours, quelque chose s’est levé. Dans les quartiers populaires, là où l’abstention est souvent le premier parti, on a vu un sursaut : une mobilisation décisive, avec une hausse moyenne de participation de 11% pouvant monter jusqu’à 17%. Pas un miracle : des discussions partout, des voisins qui se convainquent, des familles qui se parlent, des jeunes motivés à voter parce que l’enjeu dépassait les querelles politiciennes. Et dans les urnes, la vague est nette : Bouget fait carton plein à Valdegour (jusqu’à 76%, école Gustave-Courbet), au Chemin-Bas d’Avignon (79%, Jean-Zay), au Mas de Mingue (74%, Jean-d’Ormesson) et à Pissevin (84%, Henri-Wallon/Paul-Langevin). À l’inverse, Julien Sanchez s’effondre dans ces secteurs (de 6 à 15%), quand il est surtout en tête dans des quartiers plus « ville active » et pavillonnaires (René-Char, Mas de Ville, Vacquerolles). La droite, elle, ne conserve qu’un îlot : Castanet, où Franck Proust arrive en tête avec 36% (Combe des Oiseaux).

    Bouget le dit avec gravité : « Il y a eu un sursaut citoyen. Dans les quartiers populaires comme partout dans la ville. » Et il ajoute : « Je veux saluer celles et ceux qui l’ont fait pour faire barrage. Cela nous oblige. » Oui : cette victoire oblige. Elle oblige à réparer, à rassembler, à tenir la promesse d’une mairie qui regarde enfin vers Pissevin, Valdegour, le Chemin-Bas, Richelieu, La Gazelle, et pas seulement vers les cartes postales.

    Du balcon, une nouvelle ère

    Arrivé à l’Hôtel de Ville, Bouget prend la parole au balcon devant près de 2 500 Nîmois. Derrière lui, des figures de la gauche locale, mais aussi des visages qui disent la portée de l’instant. On voit Alain Clary, dernier maire communiste de Nîmes de 1995 à 2001, ému aux larmes comme un témoin qui voit l’histoire reprendre son cours. À ses côtés, Françoise Laurent-Perrigot, présidente (PS) du Département et Carole Delga, présidente (PS) de Région, venues saluer une victoire qui dépasse les frontières de la cité romaine. Clary parle d’« une nouvelle génération, une nouvelle façon de faire de la politique, un nouvel espoir ». Et la ville comprend que ce soir ne referme pas une parenthèse : il ouvre un chapitre.

    Bouget, lui, refuse l’ivresse personnelle. « Je ne suis pas dans une logique personnelle. Nous sommes au début de l’histoire. Dès demain, nous allons nous mettre au travail », promet-il. Puis il dédie : à sa famille, à sa grand-mère résistante récemment disparue, à celles et ceux qui ont porté la flamme quand la ville semblait promise à la résignation.

    Ce dimanche de mars, Nîmes a vécu plus qu’une alternance. Elle a vécu un moment de vérité : celui d’une ville qui choisit l’ancrage contre le parachutage, la solidarité contre la peur, l’union contre les egos. Dans vingt ans, on lira peut-être ce soir comme une date. Les Nîmois l’ont vu comme une scène : du Prolé au balcon, la ville marchait. Et elle se retrouvait.

    « Voir qu’il y a une nouvelle génération, une nouvelle façon de faire de la politique, un nouvel espoir, c’est formidable »

  • À Nîmes, le nouveau maire Vincent Bouget lance son mandat sur le terrain

    À Nîmes, le nouveau maire Vincent Bouget lance son mandat sur le terrain

    À Nîmes, la première journée de Vincent Bouget (PCF) « maire élu » ressemble à un manifeste en actes. Pas encore officiellement installé – il faudra attendre le prochain conseil municipal – le vainqueur du second tour (40,97%) a choisi d’entamer son mandat au plus près de celles et ceux qui font vivre la ville. Lundi matin, dès 8 heures, au lendemain d’une alternance qui a mis fin à 25 ans de gestion à droite, direction le service des « Ateliers » de la municipalité. À ses côtés, Amal Couvreur, numéro deux de la liste.

    Dans un atelier aux odeurs de métal et de peinture, le ton est donné. Le nouveau maire serre des mains, échange quelques mots, écoute. Aux agents, il adresse un message simple, presque inaugural : la nouvelle équipe veut leur exprimer « toute la considération, le respect et la confiance ». Manière de rappeler que le service public municipal ne se décrète pas depuis un bureau : il se construit au quotidien, sur le terrain, avec celles et ceux qui réparent, entretiennent, aménagent, assurent la continuité.

    Cette entrée en matière n’est pas improvisée. Vincent Bouget l’avait annoncée dès le soir de sa victoire : « Nous nous adresserons aux agents de la Ville », première priorité avant la passation. « Ce sont eux qui feront vivre les politiques publiques », répétait-il pendant la campagne. Dans la continuité, il veut « embarquer » l’administration municipale dans la dynamique nouvelle : dès les prochains jours, il promet d’aller de service en service, de rencontrer les équipes, de prendre la température, de « rassurer » ceux qui doutent, et d’entendre les difficultés du quotidien. Le maire élu évoque déjà une tournée plus large des services entre avril et juin et, fin avril, des Assises du personnel pour partager les constats et recueillir les propositions.

    D’abord écouter

    L’après-midi, changement de décor : cap sur le centre-ville. À 15 heures, départ annoncé depuis la Petite Bourse pour une déambulation au contact des Nîmoises et des Nîmois. Là encore, le geste est politique : montrer, au lendemain d’une alternance historique, que le mandat s’ouvrira dehors, au milieu des habitants, et pas seulement dans les salons de l’Hôtel de Ville.

    Après la nuit de liesse au bar du Prolé et la marche vers la mairie, Nîmes se réveille avec un nouveau visage à sa tête. Et dès le premier matin, Vincent Bouget et Amal Couvreur veulent graver une idée : gouverner, ce sera d’abord écouter, rassurer et travailler.

  • Victoire historique de l’union de la gauche à Nîmes avec Vincent Bouget

    Victoire historique de l’union de la gauche à Nîmes avec Vincent Bouget

    Historique. Le Prolé de Nîmes, transformé dimanche soir en point de ralliement de l’équipe de Nîmes en commun a explosé de joie et de bonheur à l’annonce des résultats. Vincent Bouget, candidat de la liste d’union de la gauche et des écologistes remporte l’élection municipale et sera, dans quelques jours, élu par le conseil municipal nouveau maire de Nîmes. Cette cité de plus 150 000 habitants était la dernière place forte de la droite LR en France. Sa défaite signe la déliquescence de la droite au profit de l’extrême droite. La participation a été aussi plus importante avec 58,49% contre 51,04% au premier tour. Un regain qui a bénéficié à la liste Nîmes en commun. « Ce soir, je ressens d’abord une immense fierté. Fierté que les Nîmoises et les Nîmois aient repris en main le cours de leur histoire. Il y avait un risque réel dans cette ville, et ils ont fait le choix de la confiance, le choix d’un avenir différent. À partir de demain, nous allons travailler avec eux, pour eux », a déclaré Vincent Bouget, ému.

    « Fierté d’avoir battu l’extrême droite »

    « Il y a aussi une fierté particulière d’avoir battu l’extrême droite. Mon engagement politique s’est construit sur ce refus de la voir accéder au pouvoir. J’ai toujours combattu les logiques de repli, de division, de ségrégation. Ce soir, tout cela se cumule, et cela rend ce moment très particulier. Rien n’était gagné d’avance. Ce sont les Nîmois qui ont fait cette élection. Ils se sont mobilisés comme ils savent le faire, avec leurs valeurs de générosité, de solidarité, leur envie de vivre et de travailler ensemble. »

    Comme il l’a dit durant la campagne, « nous allons travailler avec tous les habitants de cette ville, quels qu’ils soient. Ce qui a fait la différence, c’est le travail, la confiance, la générosité, et ce peuple nîmois qui est profondément attaché à sa ville ». Vincent Bouget précise : « Je ne suis pas dans une logique personnelle. Ce qui compte, ce sont les dossiers de la ville. Nous sommes au début de l’histoire. Dès demain, nous allons nous mettre au travail, en restant nous-mêmes, avec les habitants. Il y a une histoire à Nîmes, avec une empreinte communiste ancienne, mais notre victoire est celle d’une liste plurielle, ouverte, diverse, avec toute la gauche et de nombreux citoyens engagés. Nous allons continuer à rassembler. »

    Rien n’était pourtant joué pour la gauche. Dimanche dernier, la liste RN était arrivée en tête d’une poignée de voix : son candidat, Julien Sanchez avait obtenu 14 414 voix (30,39%) contre Vincent Bouget et ses 14 251 voix (30,05%), soit 163 voix d’écart. Une semaine après, la mobilisation des Nîmoises et Nîmois a porté ses fruits : Vincent Bouget récolte pour ce second tour décisif 40,97% des suffrages exprimés et creuse l’écart avec l’extrême droite avec 1 852 voix d’avance. Un bond de 10 points qui assure la victoire de toute la gauche dans la capitale gardoise.

    En deuxième position, Julien Sanchez obtient 37,52% des suffrages exprimés. Un résultat en progression de plus de sept points qui s’explique par le report de voix d’une partie de l’électorat traditionnel de droite sur le RN. En effet, dimanche dernier, la droite avait payé sa guerre des chefs : Franck Proust récoltait 9 270 voix (19,55%) et Julien Plantier 7 376 voix (15,55%). Ils totalisaient 35,10%, mais séparés ils ont laissé le RN s’installer en tête. Résultat, la liste fusionnée a recueilli ce dimanche seulement 21,51%. La gauche a pu pleinement compter sur le score de Pascal Dupretz (LFI) et ses 2 114 voix.

    Le Parti communiste a salué « une immense victoire pour toutes celles et ceux qui, depuis des mois, se sont mobilisés pour porter une alternative de progrès dans la ville face à la menace très réelle de l’extrême droite ». Le secrétaire national du PCF Fabien Roussel a adressé ses « immenses félicitations à Vincent Bouget ».

  • Victoire historique de la gauche à Nîmes avec Vincent Bouget

    Victoire historique de la gauche à Nîmes avec Vincent Bouget

    Vincent Bouget, tête de liste de Nîmes en commun, l’emporterait avec 41,5 % des voix, selon une estimation Ipsos-BVA-Cesi école d’ingénieurs pour France Télévisions, Radio France et LCP-Public Sénat. Le Rassemblement national et son candidat Julien Sanchez suivrait avec 37,3 % des voix. La liste de fusion de la droite de Franck Proust et Julien Plantier n’obtiendrait que 21,2 % des voix. C’est une victoire historique pour les progressistes qui renversent une mairie détenue par la droite LR depuis 25 ans.

  • En Occitanie, la gauche unie peut l’emporter à Nîmes et Toulouse

    En Occitanie, la gauche unie peut l’emporter à Nîmes et Toulouse

    C’est un second tour de dimension nationale qui se déroule dimanche à Nîmes, la capitale du Gard. La dernière grande ville (plus de 150 000 habitants) dirigée par la droite LR depuis 25 ans. Le premier tour a livré un verdict aussi serré que lourd de sens : 163 voix seulement séparent le candidat du Rassemblement national Julien Sanchez (30,39%) du communiste Vincent Bouget (30,05%), à la tête de l’union de la gauche. Derrière, la droite municipale, fracturée et affaiblie, s’effondre : Franck Proust (LR-Horizons) plafonne à 19,55%, Julien Plantier (DVD) à 15,55%. Pascal Dupretz (LFI) est éliminé avec ses 4,46%. Une photographie brutale d’une ville à la croisée des chemins. Les deux listes de droite ont fusionné et c’est une triangulaire qui se tient dans la cité romaine. Pour Vincent Bouget « la possibilité que la gauche l’emporte, et le risque, en face, que l’extrême droite gagne, peuvent et doivent provoquer un sursaut supplémentaire ».

    À Montpellier, le maire Michaël Delafosse (PS) et sa liste d’union de la gauche est arrivé largement en tête avec 33,41%. Il a pour concurrents dimanche la liste LFI de Nathalie Oziol (15,36%) et celle du milliardaire Mohed Altrad (11,31%). La gauche a aussi la possibilité de ravir Toulouse à la droite. Si le maire sortant Jean-Luc Moudenc (DVD) a obtenu 37,23%au premier tour, la fusion des listes de gauche de François Piquemal (LFI, 27,56%) et de François Briançon (24,99%) peuvent le faire perdre. Ce serait un séisme en Occitanie.

  • Municipales à Nîmes : des acteurs du monde taurin soutiennent Vincent Bouget

    Municipales à Nîmes : des acteurs du monde taurin soutiennent Vincent Bouget

    « Pour nous, la tauromachie est un art, une culture populaire et un humanisme dont les valeurs n’ont rien à voir avec celles du Rassemblement National. Nous ne pouvons nous résoudre à voir l’aficion instrumentalisé par une idéologie fasciste ou des contre-vérités déshonorantes. Nîmes en Commun apparaît comme la seule liste en mesure de gagner contre l’extrême droite à Nîmes, et c’est pourquoi nous soutenons Vincent Bouget. » Ces lignes sont signées Frédéric Pascal, Alain Bonijol, Thomas Joubert, Marc Reynaud, Jacques Durand et Jean-Michel Mariou. Ces personnalités du monde taurin, dont trois toreros – Frédéric Pascal, fondateur du syndicat des toreros français, Alain Bonijol et Thomas Joubert – et les écrivains Jacques Durand et Jean-Michel Mariou, ont tenu à rendre cette tribune publique après la prise de position d’une autre personnalité du monde taurin, Simon Casas, en faveur de l’extrême droite.

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  • [Entretien] Vincent Bouget : « Dimanche, il faut un sursaut démocratique »

    [Entretien] Vincent Bouget : « Dimanche, il faut un sursaut démocratique »

    La Marseillaise : Dimanche soir, dans quel état êtes-vous à l’annonce des résultats ?

    Vincent Bouget : On réalise deux choses à la fois. D’abord qu’on fait le score important qu’on espérait : passer la barre des 30%. À Nîmes, au premier tour des municipales, c’est quand même formidable. Et en même temps, on prend en pleine figure la progression de l’extrême droite, accélérée sur la dernière semaine. Symboliquement, les voir passer devant, ça fait mal. Donc oui : une bonne nouvelle… un peu éclipsée par le risque RN. Et on comprend qu’on est entrés dans un moment grave et crucial. Il faut remobiliser, tout de suite, parce que beaucoup de nos électeurs ont eu du mal à avaler le truc.

    Qu’est-ce que ce premier tour dit de Nîmes, selon vous ?

    V.B. : Ça dit que Nîmes est abîmée. On a fait campagne sur le lien social, sur des gens qui se sentent isolés. Et le vote d’extrême droite, c’est une conséquence de l’affaiblissement du lien social, des difficultés à s’en sortir, des tensions. Et puis Nîmes n’est pas isolée : la montée de l’extrême droite, elle est partout. Enfin, ça dit aussi l’état dans lequel la droite laisse la ville. La droite a joué, même politiquement, comme tremplin à cette ascension.

    Julien Sanchez a mené une campagne peu visible. Comment expliquer qu’il soit en tête ?

    V.B. : Justement : ils n’ont pas besoin. Le vote d’extrême droite, c’est comme la fièvre. Quand un corps est malade, il réagit avec de la fièvre. Ils font deux, trois trucs un peu efficaces et ça suffit. Mais ça révèle surtout le vide : quelqu’un qui ne connaît pas la ville, pas ses habitants, pas son histoire. Et derrière, rien : ni projet, ni programme, ni vision, ni connaissance des dossiers… c’est le néant total.

    Dans les quartiers populaires, vous êtes haut, mais la participation est très faible…

    V.B. : La fracture démocratique qu’on dénonce est réelle, et ce n’est pas une campagne qui la répare. Il faut du temps. Dans ces quartiers, le sentiment que voter ne sert à rien est très fort, et les préoccupations immédiates écrasent le reste. Mais cette semaine, on sent davantage de mobilisation : le choix est plus clair. La possibilité que la gauche l’emporte, et le risque, en face, que l’extrême droite gagne, peuvent et doivent provoquer un sursaut supplémentaire. On va continuer à tout faire pour. Et moi, je pense que ça va pousser fort dimanche. C’est ce que nous renvoie le terrain.

    Quel message envoyez-vous aux électeurs LFI et à ceux qui hésitent ?

    V.B. : D’abord, à gauche, on peut avoir des choix différents, mais on peut se retrouver sur l’essentiel, d’autant que le risque de l’extrême droite est tel qu’il ne faut pas hésiter. Les électeurs LFI se sont mobilisés sur la colère sociale, le pouvoir d’achat, la lutte contre les discriminations : je partage ces combats-là. Et à ceux qui ne veulent ni RN ni gauche, je dis : on vit une inversion des valeurs, une forme de post-vérité. Des mots qui ne veulent plus rien dire, des mensonges. Moi, je m’adresse à l’intelligence et au discernement. Et surtout : ce que porte Julien Sanchez, ce sont des valeurs, des modèles – Jean-Marie Le Pen et Donald Trump – qui n’ont rien à voir avec un projet municipal sérieux pour Nîmes.