Tag: Municipales

  • [Dossier extrême droite] À Fréjus, le social s’efface le sport encaisse

    [Dossier extrême droite] À Fréjus, le social s’efface le sport encaisse

    Maire de Fréjus depuis 2014, David Rachline briguera un nouveau mandat, mais pas sous l’étiquette du Rassemblement national. Début décembre, il a démissionné de son poste de vice-président du parti lepéniste après s’être vu refuser son investiture. Proche de Marine Le Pen, le sénateur du Var a un temps incarné la réussite locale du parti d’extrême droite et sa ville une vitrine de sa « normalisation ». Une image fissurée par les affaires judiciaires : le parquet de Draguignan a fait appel de sa relaxe fin janvier pour prise illégale d’intérêts, et il reste poursuivi pour favoritisme. Le procès est attendu à l’automne.

    Au-delà de ces affaires, l’analyse des subventions à Fréjus souligne une profonde réorientation des politiques publiques lors de ses deux mandats. Alors que la dette de la commune (153 millions en 2024, deux fois plus que la moyenne des villes de même taille) a explosé, l’enveloppe des aides aux associations a reculé de 4,2 %, passant entre 2012 et 2024 de 4,33 millions à 4,15 millions d’euros.

    Une baisse en apparence modérée qui cache un bouleversement plus net : laminé, le secteur social a vu ses financements s’effondrer de 92% (de 1,79 million à 138 000 euros) tandis que ceux destinés au sport ont bondi de 60 % (2,83 millions en 2024). Trois associations sportives figurent dans le top 3 des associations les plus subventionnées par la ville.

    Intervention

    de David Rachline

    La première d’entre elles, l’Association multisports et loisirs de Fréjus (AMSLF), a vu sa dotation progresser de 29 % sur la période. Un rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) y a pointé des dysfonctionnements significatifs dans la gouvernance sur fond de « liens étroits » avec la mairie ainsi qu’une situation financière préoccupante. « De tels postulats résultent plus d’opinions personnelles voir, là encore, de jugement de valeur et ne semblent pas corroborées par des éléments factuels », explique l’AMSLF dans sa réponse officielle aux magistrats financiers.

    Un compte rendu de réunion en mairie, obtenu par ces derniers, fait pourtant état d’une intervention de David Rachline dans la gouvernance de l’association.

    Créé en 2019, le club de pétanque de Fréjus est lui entré dans le top 5 des 63 associations sportives les plus aidées. Selon les données compilées des comptes administratifs, la subvention du Fréjus International Pétanque est passée de 50 000 euros (2019) à 75 000 euros en 2024. Le club accueille parmi les meilleurs joueurs mondiaux et organise un Mondial baptisé « Laurent Barbero – Ville de Fréjus ».

    Ici, ce nom renvoie à une autre réalité locale. Laurent Barbero est le grand-père d’Alexandre Barbero, entrepreneur du BTP, dirigeant notamment de RBTP / Holding Delta Investissements, implantée à Fréjus et dans le Var. Un nom qui apparaît dans des procédures judiciaires en cours visant la mairie dans le cadre de l’enquête du Parquet national financier ouverte pour favoritisme, recel de favoritisme et corruption active et passive d’élus. Sollicitée, la mairie de Fréjus n’a pas répondu à nos questions.

    Retrouvez l’intégralité de cette enquête collective réalisée par La Marseillaise, Le Poing, l’Arlésienne, le Collectif de journalistes indépendants Presse-Papiers, Jean-François Poupelin et Raphael da Silva grâce au soutien financier du Fonds pour une presse libre :

    – À Orange, Jacques Bompard prêt à repartir à l’assaut

    – En Vaucluse, le soutien aux associations au service du clientélisme électoral

    – À Beaucaire, les purges associatives et ceux qui en profitent

    – À Béziers, les affiches parlent, les assos se taisent

    – À Perpignan, pas d’argent pour les assos catalanistes

    – Les assos malmenées par les villes d’extrême droite

    – À Béziers, les syndicats attaqués par Robert Ménard

    – À Marignane, les derniers échos de l’OAS

    – Dans les petites villes de Vaucluse, la culture meurt à petit feu

  • [Entretien] Paul Planque : « Une bataille pour la santé et pour l’emploi industriel »

    [Entretien] Paul Planque : « Une bataille pour la santé et pour l’emploi industriel »

    La Marseillaise : Comment se déroule la campagne ?

    Paul Planque : Cela fait un an maintenant que l’on va à la rencontre des Alésiens pour entendre quelles sont leurs attentes pour la ville. Il nous semblait indispensable d’aller dans une démarche citoyenne à la rencontre de ceux qui vivent la ville au quotidien. Nous avons donc accumulé un ensemble de demandes concernant cette ville que nous avons tenté de réintroduire dans ce que l’on appellera non pas un programme, mais un projet pour la ville car cette démarche, nous souhaitons la poursuivre, y compris dans la gestion à venir de la ville.

    Quels sont les thèmes que vous portez dans cette campagne ?

    P.P. : Il y a d’abord la santé car 7 000 Alésiens sont sans médecin traitant. Ensuite, il y a la question de la jeunesse et de la réussite éducative. C’est un domaine dont la municipalité actuelle s’est totalement désengagée puisqu’elle privilégie une population âgée. C’est légitime de s’occuper des personnes âgées mais ça ne peut pas se faire au détriment de l’avenir d’Alès qui est sa jeunesse. Aujourd’hui, il n’y a plus de maisons de quartier, il y a une maison de la jeunesse qui est très mal placée par rapport aux besoins réels de la jeunesse. Nous avons aussi travaillé sur l’emploi pour que cette jeunesse reste travailler à Alès après ses études. Le nombre d’emplois industriels a été divisé par dix et il y a une bataille à mener pour recréer de l’emploi industriel. Notre préoccupation est aussi de redynamiser le centre-ville, ce qui passe par la revalorisation du pouvoir d’achat des Alésiens.

    Alès est aussi une ville fracturée. Comment comptez-vous reconnecter tous les quartiers de la ville ?

    P.P. : Il y a un problème de communication entre le centre-ville et certains quartiers comme ceux du Prés-Saint-Jean, de Clavières ou des Cévennes. Mais il y a aussi un problème de communication des quartiers entre eux. Quand j’habite la Prairie, pourquoi je ne peux pas aller directement à Tamaris ? Aujourd’hui, il y a des navettes qui tournent comme des guêpes autour du centre-ville et dont la population regrette qu’elles ne viennent pas dans leur quartier.

    Pourquoi l’union avec Basile Imbert (PS) n’a pas été possible ?

    P.P. : J’ai encore relancé nos camarades du PS et des Écologistes la semaine dernière mais j’ai reçu une fin de non-recevoir de la part de Basile Imbert. Nous avons aussi appris que l’ancien secrétaire de la section alésienne du PS, Christophe Clauzel, était sur la liste de Rivenq. Est-ce inéluctable sur Alès que le PS finisse toujours à droite ? C’était le cas avec Christian Chambon, maintenant avec Clauzel, qu’adviendra-t-il de Christiane Thomas ? Aujourd’hui j’ai plus envie de m’adresser aux électeurs socialistes qu’à leurs dirigeants. Le 15 mars, le vote utile, c’est nous. Mais je ne doute pas qu’on retrouve avec les socialistes au second tour.

  • Alès : le pari de réunir une ville fracturée

    Alès : le pari de réunir une ville fracturée

    Il y a un peu moins d’un an, lorsque Max Roustan laissait son fauteuil de maire à l’omniprésent premier adjoint et président d’Alès agglomération Christophe Rivenq, la survie du « roustanisme » semblait assurée. Mais onze mois plus tard, rien n’est moins sûr tant les problèmes à Alès s’accumulent, bien loin de l’image du « sud ingénieux » vantée par Christophe Rivenq.

    Les fusillades liées au narcotrafic se succèdent ces derniers mois et viennent souligner l’abandon des quartiers populaires où les services publics disparaissent les uns après les autres à l’image de la fermeture du bureau de poste de Tamaris. Ces quartiers manquent aussi d’une réelle connexion avec le centre-ville qui aurait lui aussi à y gagner tant les fermetures de commerces y sont récurrentes. Touchée par un important taux de chômage (23,8% en 2022) notamment chez les jeunes (39,3% pour les 15-24 ans), la ville doit retrouver une économie florissante qui embauche, clé pour retrouver l’attractivité d’Alès. Un développement économique qui ne pourra se faire qu’en lien avec l’écologie car Alès sera la troisième ville de France la plus impactée par l’augmentation des températures due au dérèglement climatique.

    Face à tous ces enjeux, avec la liste « Alès, c’est vous ! » Paul Planque a lancé une initiative citoyenne de consultation de la population pour construire un projet au plus près des attentes des 46 000 habitants de la ville. Ingénieur architecte et ancien premier adjoint de la ville de Saint-Ouen en banlieue parisienne où il a lancé le plus vaste projet d’écoquartier d’Île-de-France, il souhaite désormais mettre son expérience au profit de sa ville natale. Pour cela, il mènera une liste soutenue par La France insoumise, L’Après, le Parti animaliste et des militants syndicaux et associatifs.

    Mais Planque n’aura pas réussi à réunir toute la gauche au premier tour puisque Basile Imbert (PS) soutenu par les Écologistes, est bien décidé à aller au bout. « Je vous remercie pour ce énième appel solennel à se ranger derrière le candidat du PCF et pour votre généreuse proposition sur votre liste, une méthode qui me confirme que vous n’avez toujours pas saisi pourquoi il y a aujourd’hui deux listes de gauche à Alès », a répondu le jeune socialiste à l’appel d’union lancé par « Alès c’est vous » fin janvier. S’il a dévoilé une partie de son programme, Basile Imbert n’a toujours pas communiqué sur sa liste et certains s’interrogent sur sa capacité à cocher la quarantaine de noms nécessaires pour se présenter.

    Le RN en embuscade

    À l’instar d’un Jean-Paul Fournier à Nîmes, Max Roustan parvenait à chaque élection à capter un électorat populaire habituellement acquis à la gauche. Pas sûr qu’il en soit de même pour Christophe Rivenq. S’il annonce dans tout Alès que des sondages le donnent large vainqueur au premier tour, sa popularité dans la deuxième ville du Gard reste largement à prouver tant les voix critiques sont nombreuses. « Tout le monde nous dit la même chose : Rivenq n’est pas Roustan. Rivenq n’est pas apprécié du tout car il a gardé ce côté directeur. Les gens attendent une alternance et une autre proposition », soutient Armand Crépin (LFI).

    D’autant que Rivenq devra faire face à deux listes sur sa droite. Le président de l’association Agir pour Alès et son Agglomération (AAA) Marc Infantès a en effet décidé de se lancer dans la bataille avec sa liste « Alès Moderne et Authentique ». Ce retraité de la gendarmerie a axé sa campagne sur la sécurité, ciblant là aussi une faiblesse de la municipalité sortante dans une ville gangrenée par le narcotrafic. Le Rassemblement National suit la même stratégie. Si le parti d’extrême droite n’a pas envoyé de poids lourd en Cévennes, il s’appuie lui aussi sur un fonctionnaire de police pour mener sa liste et compte marteler un discours sécuritaire. Anthony Bordarier, 40 ans, a en effet officialisé sa candidature le 6 février, entouré des députés Pierre Meurin et Yoann Gillet. Il confirme vouloir « créer la surprise ». Et dans une triangulaire, voire une quadrangulaire, au second tour, les chances de Christophe Rivenq de l’emporter sont tout sauf acquises. À Alès, tout reste donc ouvert.

  • « La dynamique citoyenne » fait souffler l’espoir à Bédarieux

    « La dynamique citoyenne » fait souffler l’espoir à Bédarieux

    En 25 ans de métier au sein de la Poste, Dimitri Estimbre a mesuré l’évolution de sa commune chérie, Bédarieux (Hérault). Il y est né, y a grandi, vit et travaille au pays, arpente ses rues et rencontre ses habitants au quotidien.

    Il a vu le centre-ville du gros bourg de 6 000 habitants, devenir désertique au profit de zones commerciales sans âme. Les jeunes et moins jeunes souffrir de la privation d’emplois : 13,9% de taux de chômage. Alors, depuis quelques années, Dimitri Estimbre et ses camarades de la section du PCF, mais aussi de nombreux citoyens non encartés dans une organisation politique, se retroussent les manches. En 2020, il lui a manqué une poignée de voix (65) pour gagner l’élection municipale face à l’actuel maire sortant, Francis Barsse, 76 ans, qui se représente.

    « Pendant six ans de mandat dans l’opposition et avec Françoise Bousquet au conseil communautaire, nous avons rendu compte de notre mandat lors de réunions publiques et nous avons gardé autour de nous le collectif. Nous ne sommes pas repartis de zéro en 2026 », souligne l’élu qui a toujours siégé au conseil municipal. « Il y a deux ans, nous avons vraiment réactivé le collectif avec pour objectif de retravailler comme en 2020, c’est-à-dire, à partir des membres du collectif on a identifié des thématiques de travail. Là nous sommes à 17 thématiques. Chaque membre du collectif s’inscrit dans le thème qui l’intéresse et, à son tour, invite des personnes intéressées. Bien sûr avec comme préalable un prisme à gauche ». Une méthode qui a permis aux citoyens engagés de prendre part au programme.

    Ce vendredi 13 février, la liste de 31 candidats sera présentée lors d’une grande réunion publique, salle Léo Ferré. « Nous avons travaillé la composition de la liste de façon collégiale », précise Dimitri Estimbre. Outre le maire sortant, l’extrême droite présente une liste nommée « union des droites patriotes à Bédarieux » dont la tête de liste a été conseiller municipal Front national et récemment le délégué d’Éric Zemmour à l’élection présidentielle.

    Pour un service municipal des pompes funèbres

    En six ans, Dimitri Estimbre a gagné en notoriété. Dans la vie publique du conseil municipal et notamment lors de la bataille des retraites dans laquelle ce militant CGT s’est totalement investi lors des grandes manifestations organisées à Bédarieux. La question sociale et les réponses à y apporter irriguent d’ailleurs le programme de la liste « Bédarieux la dynamique citoyenne » (lire détails ci-dessous), notamment sur les services publics. « Nous proposons un service public municipal des pompes funèbres. Ensuite, en accord avec l’intercommunalité, nous proposons la création d’un réseau intercommunal de transports en lien avec la ligne SNCF qui traverse notre territoire ». Dimitri Estimbre a d’ailleurs sur sa liste Jacky Tello, président du comité pluraliste de réhabilitation, de défense et de promotion de la ligne SNCF Béziers-Millau-Neussargues. On y trouve aussi des syndicalistes CGT de l’hôpital de Bédarieux. « C’est le premier employeur de la ville. Nous nous sommes opposés au projet de groupement de coopération sanitaire qui est, en fait, un partenariat public-privé entre le groupe Cap santé et l’hôpital. Cela revient à démanteler l’hôpital public ». Des syndicalistes de l’Éducation nationale qui se sont mobilisés contre des fermetures de classes, sont aussi colistiers. Bref, les forces vives du mouvement social sont là. Autre grand sujet, la gestion de l’eau avec une proposition utile pour les habitants : la gratuité des premiers m³ d’eau. Autant d’idées concrètes qui font souffler l’espoir à Bédarieux.

    *18h à Bédarieux, salle Léo-Ferré

    En chiffres

    Bédarieux compte quelque 6 000 habitants. Son taux de chômage en 2022 était de 13,9% selon l’Insee. Sur le plan socioprofessionnel, Bédarieux comptait aussi en 2022 2 006 retraités soit 40% de sa population. 535 ouvriers, soit 10,7% des habitants et 796 employés soit 15,9% de la population. 20 agriculteurs exploitants sont installés, 235 Artisans, commerçants, chefs d’entreprise. 385 sont dans des professions intermédiaires et 192 exercent des fonctions de cadres et professions intellectuelles supérieures (CPS).

  • [Entretien] Benoît Hamon à Nîmes : « L’économie sociale et solidaire est un modèle solide »

    [Entretien] Benoît Hamon à Nîmes : « L’économie sociale et solidaire est un modèle solide »

    La Marseillaise : Nîmes en commun souhaite faire de l’économie sociale et solidaire (ESS) un pilier de son programme. En quoi est-ce pertinent ?

    Benoît Hamon : Construire aujourd’hui ou donner une priorité au développement de l’économie sociale et solidaire c’est répondre à des besoins des populations qui ne sont pas satisfaits par l’économie conventionnelle ou les services publics. L’ESS se situe dans cet intervalle.

    L’ESS peut-elle répondre aux besoins de création d’emplois dans une ville comme Nîmes frappée par le chômage, la pauvreté ?

    B.H. : Souvent les villes et dans les élections municipales des candidats aux mairies font des grandes déclarations sur le développement économique, sur les grandes entreprises qui pourraient s’installer, etc. La réalité c’est qu’on met souvent beaucoup d’argent public pour des emplois qui peuvent partir aussi vite qu’ils sont arrivés. La force de l’économie sociale et solidaire, ce sont les emplois non délocalisables. Ils n’iront jamais à Singapour, en Chine ou aux États-Unis. Ce sont des emplois qui répondent à des besoins sur un territoire et qui sont portés par des entreprises privées de l’ESS mais qui ont un modèle non lucratif. Cela ne veut pas dire qu’elles perdent de l’argent mais tout simplement qu’elles ne distribuent pas d’argent aux actionnaires. Cet argent reste dans l’entreprise. C’est cela qu’il faut comprendre, la force de l’ESS.

    Un exemple ?

    On observera qu’il y a dans l’ESS des entreprises qui sont en concurrence avec d’autres, pas de l’ESS, par exemple les crèches. Vous avez des crèches lucratives avec des actionnaires et des crèches non lucratives. La différence c’est que la non lucrative ne distribue pas de dividendes donc l’argent reste dans la crèche, ce qui permet un meilleur taux d’encadrement des tout-petits.

    L’ESS est donc un modèle économique solide ?

    B.H. : En étudiant l’espérance de vie des entreprises en coopérative et celles en économie conventionnelle, sur un même marché, le ministère de l’économie et des finances a observé que les entreprises, comme les SCOP, avaient une espérance de vie plus longue que les entreprises conventionnelles. À partir du moment où les bénéfices sont réinvestis dans l’entreprise, la consolident, l’espérance de vie est plus longue. Et à partir du moment aussi où les décisions importantes de l’entreprise sont partagées et discutées, elles sont plus tempérantes, plus fiables, plus solides pour préparer l’avenir.

    L’ESS est victime d’idées reçues. Que répondez-vous ?

    B.H. : L’ESS, c’est 14% de l’emploi privé en France et contrairement à une idée reçue, ce n’est pas une économie subventionnée. La Cour des comptes a mis cela au clair : seulement 7% des aides publiques aux entreprises, dont les subventions aux associations, concernent l’ESS. Notre modèle, qui pourtant concourt à l’intérêt général, reçoit moins que les entreprises conventionnelles. Pour résumer : on fait 10% du PIB, 14% de l’emploi privé et 7% des aides publiques. L’économie la plus soutenue, c’est l’économie capitaliste.

    Nîmes est politiquement à la croisée des chemins avec la possibilité d’un changement avec Nîmes en commun, une droite divisée mais une extrême droite qui menace. Quel message avez-vous pour convaincre d’aller voter le 15 mars ?

    B.H. : L’extrême droite et le RN déposent des amendements pour supprimer l’économie sociale et solidaire. Ils ne comprennent certainement rien à ce que l’on fait mais en voulant supprimer ESS France, c’est leur obsession de mettre au pas l’économie sociale qui produit de l’intérêt général. C’est intéressant de regarder Trump, c’est l’extrême droite. Il avait un grand programme sur le pouvoir d’achat, d’emploi, de salaire. On observe qu’il est en échec sur tous ces sujets. La seule chose où il garde un lien fort avec sa base c’est qu’il leur propose de partager sa joie de faire mal à d’autres. C’est là-dessus que l’extrême droite « honore » son programme. Elle ne rate jamais une occasion de faire mal à une catégorie de la population. Là où vous élirez l’extrême droite, vous aurez le lendemain plus de désordre. On doit mettre en face des projets politiques qui revendiquent la joie au sens de la fête, de la culture !

    *Vendredi 13 février à .18h30, local des cheminots, 15 rue Benoît Malon, Nîmes.

    Les mesures

    Nîmes en commun propose la création d’une École de la coopération « Charles Gide ». Objectifs : créer un centre de recherche et d’innovation sociale. Autre mesure : créer un Fonds indépendant pour sécuriser les financements associatifs et faire des SCIC, qui est l’entreprise de la coopération, un outil de développement local pour les Places Communes (tiers-lieux de quartier), la gestion des Halles, la transition énergétique, la mobilité solidaire , l’ alimentation durable, la culture et l’éducation populaire.

  • [Dossier extrême droite] À Orange, Jacques Bompard prêt à repartir à l’assaut

    [Dossier extrême droite] À Orange, Jacques Bompard prêt à repartir à l’assaut

    En 1995, avec Toulon et Marignane, Orange devient l’une des quatre villes conquises par le Front national. Depuis, elle est la seule à être restée à l’extrême droite, malgré les changements d’étiquettes du maire Jacques Bompard, passé au MPF puis à La Ligue du sud. Il a été reconduit dès le premier tour en 2001, 2008 et 2014, devant passer de peu par un second tour en 2020. Avant que la justice ne le rattrape et le condamne définitivement, en novembre 2021, pour prise illégale d’intérêt avec cinq ans d’inéligibilité. Son fils, Yann, a pris la suite avant, lui aussi, d’être privé par la justice de ses mandats, le 26 janvier dernier. Bien que démis d’office par le préfet, il s’accroche à son poste pour terminer le mandat.

    Un Bompard peut toujours

    en cacher un autre

    La politique associative des Bompard ? Elle a conduit l’ex-maire PS Alain Labbé, devenu élu d’opposition, à démissionner après le vote du premier budget de la mandature en 1996. « Il prévoit la suppression ou la diminution de subventions à des associations sociales ou culturelles », déplorait alors Alain Labbé, cité par La Provence. En 1995, le Secours populaire touche une subvention de 8 000 francs, soit l’équivalent de 2 000 euros à monnaie constante selon l’Insee. Ces dernières années, l’association s’est contentée de la moitié de la part de la Ville.

    Fin 2013, une polémique éclate après la suppression d’une subvention de 1 000 euros, accordée aux Restos du cœur quelques mois plus tôt. La mairie motive sa décision par le fait que l’association ne participe plus à des réunions avec d’autres acteurs caritatifs. Les Restos du cœur refusent en fait de livrer le nom de ses bénéficiaires, l’inconditionnalité de l’anonymat étant un principe de l’association. En 2015, le député Jacques Bompard dépose même une proposition de loi visant à contrôler les subventions versées aux associations. « Il faut privilégier, dans l’attribution de ces subventions, les citoyens et l’identité française pour préserver l’unité nationale et l’amour de la Patrie », assène le texte législatif.

    Dans son rapport de juin dernier, la chambre régionale des comptes (CRC) note que, entre 2018 et 2023, la part totale des subventions est « passée de 13% à 7% pour l’action culturelle et de 14% à 6% pour la politique familiale ». Plus globalement, la CRC parle d’une gestion « atypique » des finances de la commune. « La situation est, à mon sens, remarquable », se félicite au contraire Jacques Bompard, au début de l’été 2025, dans un hors série d’Orange vérités, le magazine municipal. Censé être hors circuit politique, l’ancien maire livre son analyse, en premier avant son fils, au prétexte que le rapport de la CRC porte sur des années où il était au pouvoir. Un pouvoir dont il est resté proche, passant quotidiennement en mairie, le conseil municipal lui octroyant même, en mars 2024, le statut de collaborateur bénévole, avant que le préfet n’y coupe court.

    Alors que l’inéligibilité de Jacques Bompard courait jusqu’en novembre 2026, la cour d’appel de Nîmes l’a remis en selle, le 27 février, en écourtant cette peine. Le jour même, il annonçait sa candidature aux municipales, aux côtés de son fils, désigné... directeur de campagne. Cela vaudrait bien une belle subvention à une association œuvrant pour le recyclage.

    Retrouvez l’intégralité de cette enquête collective été réalisée par La Marseillaise, Le Poing, l’Arlésienne, le Collectif de journalistes indépendants Presse-Papiers, Jean-François Poupelin et Raphael da Silva grâce au soutien financier du Fonds pour une presse libre :

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    – À Béziers, les syndicats attaqués par Robert Ménard

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    – À Fréjus, le social s’efface le sport encaisse

  • [Dossier extrême droite] À Béziers, les syndicats attaqués par Robert Ménard

    [Dossier extrême droite] À Béziers, les syndicats attaqués par Robert Ménard

    L’extrême droite n’aime pas les syndicats. À Béziers, Robert Ménard l’illustre parfaitement bien. Arrivé aux commandes de la cité de Riquet en 2014, l’édile d’extrême droite tente une première attaque dès 2017. Logés à la Bourse du travail, Robert Ménard tente par tous les moyens de les faire partir. « Il a essayé de nous faire payer les charges concernant le chauffage, l’électricité, le gaz – et l’entretien au motif que cela coûtait cher et que ce n’était pas à la collectivité de payer », décrit Patricia Barbazangue, secrétaire de l’Union locale de la CGT au moment des faits. Ce qui représente la bagatelle de 82 000 euros. « On n’a pas les moyens, nous n’aurions pas pu assumer. » Unie, l’intersyndicale -CGT, FO, CFDT, CFTC, CGC, Unsa, Solidaires- se lance alors dans une longue bataille et Robert Ménard finit par faire machine arrière en 2020.

    Mais c’était sans compter sur la hargne de l’adepte des plateaux télés qui décide de supprimer l’intégralité des subventions de fonctionnement aux syndicats. Soit près de 17 000 euros, selon les données que nous avons récoltées. « C’est une décision politique pas juste une question économique », soutient Patricia Barbazangue. Pour ne rien arranger, Ménard a également mis un terme à différents services. « Il a supprimé le gardiennage à la Bourse du travail. Or, c’était important pour nous car l’employé municipal filtrait les entrées, nous n’avons pas de vision sur les venues. Aussi, il effectuait une surveillance des locaux, détecter les fuites d’eau par exemple. Le ménage a aussi été supprimé. Il a fallu se débrouiller. C’est un coût pour la CGT, notre activité militante n’est pas de nettoyer les locaux, nous avons dû engager des frais pour le ménage », relate l’ancienne responsable syndicale. Contactée, la mairie de Béziers n’a pas donné suite à nos questions.

  • [Dossier extrême droite] À Marignane, les derniers échos de l’OAS

    [Dossier extrême droite] À Marignane, les derniers échos de l’OAS

    À l’entrée du cimetière Saint-Laurent-Imbert, en bordure des pistes de l’aéroport Marseille – Provence, se dresse toujours la stèle à l’« Algérie française », érigée en 2005 par le maire (ex-FN et MNR) Daniel Simonpieri. La justice, pourtant, avait ordonné dès 2008 son retrait. Mais deux ans après sa première élection, son successeur Eric le Dissès a fait voter son retour, avec la seule opposition de deux élues du PCF et du MRAP (mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples). Seules ont disparu du marbre les dates d’exécution de quatre membres de l’Organisation armée secrète (OAS), organisation terroriste de l’extrême droite pro-Algérie française, une « apologie de faits criminels » avait cinglé en 2011 le Conseil d’État. Suffisant pour passer sous les fourches caudines de la justice. « Le tribunal administratif de Marseille a estimé qu’elle était légale », justifie la municipalité, citant le jugement rendu en 2012.

    Le maire actuel s’était pourtant lancé en 2008 pour barrer la route à l’édile sortant issu des rangs du FN. Désormais, il est lui-même allié au député RN de la circonscription, Franck Allisio – aujourd’hui candidat à Marseille – et a cofondé avec lui, le RPR (Rassemblement pour la République) transformé en antichambre du parti lepéniste. Il arbore maintenant la croix de Lorraine, symbole du gaullisme, et ne manque pas une occasion de flatter à Marignane la nostalgie de l’Algérie française et la mémoire des rapatriés. Le général putschiste Raoul Salan, dirigeant de l’OAS, y avait déjà sa rue. « Elle fait partie de l’histoire de Marignane, en tant que ville qui a accueilli des milliers de Pieds-Noirs rejetés à la mer par Marseille », explique la municipalité qui a quant à elle inauguré en 2016 un rond-point pour commémorer les victimes d’Oran, le 5 juillet 1962.

    Instrumentalisation de l’histoire coloniale

    La ville est marquée par l’histoire coloniale. Sa population a presque doublé, entre 1962, date de l’indépendance de l’Algérie, et 1968. « À Marignane, vous avez un tiers de Marignanais d’origine, un tiers de pieds-noirs et un tiers de Siciliens », estime Maxime Aghemo, ancien candidat LR à la députation et descendant de pieds-noirs. « À Marignane, l’extrême droite ne concerne pas seulement les pieds-noirs », modère le président de l’Association nationale des pieds-noirs progressistes et leurs amis (ANPNPA), Jacques Pradel. Et de rappeler : « La résurgence du passé colonial, la mise en scène de l’OAS font surtout partie de l’arsenal idéologique de l’extrême droite. »

    Au-delà de ces symboles, le maire subventionne aussi largement les associations d’anciens combattants. 6 000 euros ont été versés en 2024 à leur comité d’entente et de coordination, un montant bien plus important que dans des communes équivalentes : 2 210 euros à Salon-de-Provence, 2 855 euros à La Ciotat, 3 400 euros à Vitrolles. Seule Miramas, dont le budget associatif est deux fois plus important, fait mieux (9 320 euros). « Ce n’est ni plus ni moins que pour des buts électoralistes. Les anciens combattants ou leurs familles sont des électeurs pour lui, puisque pour la plupart ce sont des pieds-noirs », soupire l’ancien président de l’Union des anciens combattants de l’Indochine et des territoires d’Afrique du Nord (Unacita), Abdelhamid Dahoun. « Nous assumons soutenir et encourager l’engagement des anciens combattants marignanais dans la vie de la commune afin de transmettre les valeurs de paix, de patriotisme et l’histoire de France », se défend la Ville dans une réponse écrite.

    Mais ces orientations n’ont pas empêché la municipalité d’exclure en 2021 l’Association culturelle des Français d’Algérie, du Maroc et de Tunisie de sa maison des associations, estimant alors auprès de La Provence qu’elle faisait le travail d’une « agence de voyages ». « Il m’a mis dehors parce que je m’étais présenté sur une autre liste », défend son président Christian Venuti, ancien adjoint de l’ex-maire (ex-FN) Daniel Simonpieri. Mais même l’Amicale des Oraniens ne reçoit plus de subventions. « J’ai vraiment l’impression que c’est quelque chose qui est moribond », avance Jacques Pradel. « Il y a de moins en moins de pieds-noirs, et très peu de gens qui s’intéressent à l’histoire de leurs parents ou grands-parents », valide Maxime Aghemo. Déplorant que le maire « les a laissés tomber complètement  ». Peu importe : les générations passent, l’édile poursuit son travail idéologique, refusant les plats de substitution à la cantine, proposant d’armer les enseignants de lacrymogènes, faisant chanter la Marseillaise aux enfants. Un patriotisme bruyant qui ne l’empêche pas, selon nos sources, d’afficher un portrait de Vladimir Poutine dans son bureau, « simplement un cadeau de la délégation russe présente à l’inauguration du rond-point Normandie-Niemen » en 2018, justifie la municipalité. Ce qui n’empêche pas le maire de le décrocher lorsqu’il reçoit des visiteurs.

  • Le maire sortant de Château-Arnoux-Saint-Auban a rassemblé une centaine de personnes

    Le maire sortant de Château-Arnoux-Saint-Auban a rassemblé une centaine de personnes

    Les habitants de la commune ont posé « beaucoup de questions », se réjouit le maire, abordant notamment leurs préoccupations liées au logement.

    Ils ont également interrogé René Villard et ses colistiers sur les finances de la commune.

    « Ils ont obtenu des réponses précises à toutes leurs questions », affirme le maire. « Il y avait du monde, c’était une bonne réunion publique », se félicite-t‑il.

  • À Sisteron, la gauche s’unit autour d’une liste citoyenne

    À Sisteron, la gauche s’unit autour d’une liste citoyenne

    Solidarité, écologie, justice sociale, protection des services publics… à Sisteron, de « grandes figures de la gauche locales » se sont regroupées autour de valeurs communes pour créer une liste citoyenne d’union de la gauche, « Demain Sisteron ! », explique Sasha Quiles, 25 ans, huitième colistier. « Notre idéologie partagée est le socialisme au sens large », avance le jeune syndiqué CGT.

    Une réunion publique, début octobre, a marqué le véritable point de départ de la liste. « On s’est mis d’accord sur des grands points, comme le fait de déclarer que nous étions apartisans, note Sasha Quiles. On n’a pas eu de tensions : on est assez détachés du national, on n’a pas de querelles de chapelle. » Il ajoute : « Tout se fait de manière démocratique et horizontale. On a chacun nos opinions personnelles, mais au niveau de Sisteron, on est tous d’accord, tout a été fait avec concertation. »

    Les colistiers ont déterminé cinq points principaux pour leur programme. D’abord, recruter des médecins salariés pour renforcer une offre médicale jugée insuffisante au regard de la population. Les candidats sont déjà en contact avec des praticiens intéressés par cette proposition. L’objectif est de leur fournir des locaux et un service de secrétariat qui leur permettrait de se concentrer sur l’aspect médical. « Cela les soulagerait de la partie administrative de leur travail », avance Sasha Quiles.

    Rouvrir les urgences

    « On a un gros souci au niveau des urgences, qui sont fermées très régulièrement en raison d’un manque d’effectifs, de budget et de financements au niveau national », explique le colistier. Les candidats de la liste « Demain Sisteron ! » s’engagent à faire pression pour rouvrir ces urgences.

    La deuxième proposition vise à améliorer l’offre bio et locale dans les cantines scolaires et à instaurer une tarification en fonction du quotient familial.

    Troisièmement, la liste souhaite créer une maison des associations pour fédérer les structures locales, leur offrir des lieux d’accueil et mutualiser les équipements.

    Quatrièmement, elle prévoit un réaménagement urbain pour sécuriser les déplacements piétons et encourager l’usage du vélo. Enfin, les candidats veulent « mettre en place deux lignes de bus reliant le centre-ville aux quartiers périphériques et à la zone commerciale », explique le huitième colistier.

    Samedi, les colistiers organisent un grand porte-à-porte dans le quartier de Beaulieu pour présenter leur programme. Dans ce quartier « abandonné », excentré, historiquement construit pour accueillir des familles harkies, une partie de la population est « laissée de côté », selon Sasha Quiles. Il s’agit d’ailleurs de l’un des quartiers les plus pauvres de Sisteron, selon l’Insee. Un grand meeting festif de fin de campagne est par ailleurs prévu, le vendredi 6 mars, à la salle Alain-Prieur.

    Le binôme qui mènera la liste pour les municipales sera composé de Zoé Lerouge, 32 ans, professeure d’histoire géographie syndiquée et membre d’un collectif féministe, et d’Olivier Jourdan, 35 ans, coordinateur régional d’une association de développement local. Dans le reste de la liste, on retrouve des conseillers syndicaux, des agriculteurs, des retraités, une pharmacienne, un ingénieur ou encore une directrice artistique et électricienne.

    « Je me suis engagée dans cette liste pour être au plus près des besoins des habitants les plus précaires », mais aussi pour « porter une attention particulière à l’écologie et à la lutte contre les discriminations », souligne Zoé Lerouge.

    Les deux autres listes concurrentes sont issues de la majorité du maire actuel, Daniel Spagnou, ancien LR âgé de 84 ans, maire depuis 43 ans, qui ne se représente pas.

    Porte-à-porte samedi 14 février à 14h, quartier de Beaulieu, à Sisteron.