Tag: mobilisation

  • [Entretien] Robin Prétot : « La population est réfractaire à cet incinérateur »

    [Entretien] Robin Prétot : « La population est réfractaire à cet incinérateur »

    La Marseillaise : Vous avez présenté votre premier budget lors du dernier conseil municipal. Vous dites avoir frôlé la tutelle de la Chambre régionale des comptes.

    Robin Prétot : Quand on est arrivés, on m’a présenté un projet de budget avec deux régies annexes déficitaires. C’est ce qui aurait pu amener le préfet à nous placer sous la tutelle de la Chambre régionale des comptes, pour qu’elle observe l’ensemble du budget de la commune, comme c’est le cas pour la Métropole. Je ne voulais pas qu’on rentre dans ce scénario, qui aurait pu mettre la vie associative istréenne fortement en danger, puisqu’on n’aurait pas voté les subventions avant le mois de juin. Certaines structures n’ont pas la trésorerie pour tenir jusque-là.

    La régie Nexus est-elle abandonnée ?

    R.P. : C’est un équipement qui n’a même pas un an. Il avait pour objectif d’offrir un espace pour les jeux vidéo et réalité virtuelle, sauf qu’il était déjà déficitaire de 246 000 euros et qu’il perdait 50 000 euros par mois. On a abandonné cette régie lors du dernier conseil municipal, car c’était intenable. Ça nous a demandé une subvention de liquidation de 600 000 euros. Ce sont 600 000 euros en moins dans les caisses de la Ville. Les cinq agents vont être reventilés dans les services. Les trois CDD qui arrivent à terme, le 31 mai, ne seront pas renouvelés.

    Que vont devenir les équipements ?

    R.P. : C’est un investissement d’1,8 million d’euros, donc ça fait mal à cœur. Il y a des bancs de gaming avec de gros ordinateurs, ce sont peut-être des choses qu’on peut céder ou qu’on peut mettre aux enchères. On n’exclut pas de garder l’idée originale du Nexus, mais d’en faire une délégation de service public pour la confier à un porteur privé qui a une logique d’équilibre et de recettes, une logique de business.

    La régie du centre équestre du Deven posait aussi problème. Qu’en est-il ?

    R.P. : Elle est aussi déficitaire de 102 000 euros. On veut la conserver, car il y a plus d’usagers et d’agents qui y travaillent et c’est du patrimoine. Mais comment on fait ? C’est un service public industriel et commercial qui, normalement, doit s’équilibrer par lui-même. On a discuté longuement avec les services de l’État pour trouver une solution dans les textes qui permette de voter une subvention d’équilibre de 102 000 euros d’ordre exceptionnelle. Mais il a fallu la justifier sur des motifs très particuliers qui sont valables une fois, mais qui ne le seront pas deux fois. Le sujet va donc se représenter l’année prochaine, on a juste gagné du temps. Il nous reste 8 mois pour s’appuyer sur l’audit RH et l’audit des finances et entamer un vrai plan d’économies internes. On a sauvé 2026, maintenant, il faut préserver 2027. Pour ça, il faut faire des choix courageux. Au Deven, ça va peut-être nécessiter qu’on fasse des coupes ou qu’on augmente les tarifs. On ne peut pas garder une logique de pur service public sur des choses comme ça, qui sont en réalité économiques, industrielles et commerciales.

    Vous avez lancé un audit financier et RH de la Ville. Avez-vous déjà des pistes d’optimisation ?

    R.P. : On en est à la réception des offres des différents cabinets d’audit. On espère avoir les premiers résultats pour juillet. L’idée, ce sera certainement de réguler la masse salariale avec des départs en retraite qui ne seront pas tous remplacés. Je pense qu’il y a aussi des marges à trouver dans le fonctionnement de la commune, qui dépensait beaucoup d’argent. On a, par exemple, 350 voitures dans le parc auto pour une ville de 45 000 habitants. C’est juste lunaire. On peut aussi être plus sobre dans les frais de réception, les festivités… Les petits ruisseaux font les grandes rivières.

    En diminuant la masse salariale (1 600 agents, 67 millions d’euros), ne craignez-vous pas d’attaquer la qualité du service public ?

    R.P. : Je ne suis pas inquiet là-dessus. Je pense qu’il faut revoir le fonctionnement interne, re-flécher les agents sur des missions qui relèvent vraiment du service public. Je préfère avoir des Atsem (agent territorial spécialisé des écoles maternelles) supplémentaires plutôt que des agents qui gèrent un service industriel et commercial comme le Nexus, par exemple. En travaillant bien, on peut garder une qualité de service public de haut niveau avec une masse salariale qui, au fil des années, va se réduire.

    L’enquête publique autour du projet d’incinérateur de Suez, auquel vous vous opposez, a été prolongée. Quelles sont concrètement vos voies de recours ?

    R.P. : Juridiquement, on n’en a aucun. Par contre, on a quelque chose auquel je crois beaucoup : la mobilisation publique, l’acceptabilité sociale, qui est en l’occurrence de zéro. Je veux qu’on transforme cette enquête publique en véritable tribune de la contestation pour que le commissaire, j’espère, rende un avis négatif et puisse influencer la décision à la fois de l’État et du porteur de projet. La population est réfractaire à cet incinérateur, ce n’est ni viable démocratiquement, ni économiquement. C’est presque une affaire de principe dans ce territoire où on a toujours été considérés comme la poubelle des autres. On ne troque pas notre santé, notre qualité de vie, notre qualité de l’air contre quelques avantages énergétiques. On a l’impression que l’histoire se répète et c’est pas possible.

  • [1er-Mai] À Toulon, tous ensemble aussi contre les idées d’extrême droite

    [1er-Mai] À Toulon, tous ensemble aussi contre les idées d’extrême droite

    C’est devant le temple du syndicalisme que les Toulonnais ont commencé à se rassembler un peu avant 10h. Contents d’être à nouveau là, ensemble et debout contre l’adversité, pour la paix et les droits des travailleurs. Mais aussi pour s’opposer à tous ceux qui s’emploient à torpiller les conquis sociaux, comme en témoigne cette offensive des forces de la réaction contre cette journée de lutte et de revendication.

    « Cette année, le 1er-Mai a une saveur particulière, grâce à la mobilisation, nous avons fait reculer ceux qui voulaient nous voler cette journée », lance le secrétaire départemental de la FSU Alain Tournay. Une première victoire, poursuit le responsable syndical, « contre le patronat et les grands groupes soutenus par Gabriel Attal, la droite et l’extrême droite ». Mais pour autant, rien n’est joué, prévient-il. D’autres assauts vont devoir être repoussés.

    Le secrétaire de l’Union départementale CGT, Richard Roméo-Giberti, précise : « C’est aussi une journée de mobilisation et de lutte contre l’extrême droite qui progresse et qui prend des municipalités. Pour dire que non, ce n’est pas banal. On le voit d’ailleurs avec toutes les décisions qu’ils prennent, souvent contre la CGT d’ailleurs, comme à Carcassonne ou à Liévin. »

    « Une extrême droite qui cherche à diviser les travailleurs et les travailleuses », ajoute Pascal Brun (CGT), contrairement au « syndicalisme, lui internationaliste, qui prône la solidarité et lutte contre le racisme et la xénophobie ».

    « Notre 1er-Mai porte évidemment, en effet, toutes les valeurs antifascistes du mouvement ouvrier », confirme Olivier Rosay (Sud). « Et dans un contexte de racisme débridé porté par une partie, hélas, du patronat et de la classe politique qui se traduit par des agressions de militants et des dégradations de locaux syndicaux ou de partis politiques de gauche, il y a vraiment de quoi se mobiliser », ajoute-t-il.

    Plus loin dans le cortège, l’ancien conseiller municipal communiste de Toulon en Commun André de Ubeda, en appelle à un sursaut républicain : « Le symbole du 1er-Mai est particulièrement important cette année puisque l’oligarchie veut, tout aussi symboliquement, l’attaquer puis, comme toujours, le supprimer. Il est important aussi pour la bataille des idées contre les injustices sociales, et face au danger d’une extrême droite qui rêve d’Ancien Régime sous toutes ses formes, y compris les privilèges de la noblesse fût-elle des deux Siciles. »

    Dans sa prise de parole, l’intersyndicale rappelle que « le 1er-Mai, ce n’est pas juste une tradition mais une journée de lutte qui vient de loin, des combats du mouvement ouvrier, des conquêtes arrachées par la mobilisation, comme celle du Front populaire ». Et de poursuivre : « Nous affirmons une fois de plus notre volonté de ne pas laisser les puissants dicter notre avenir. Nous refusons d’être pris pour des sous-citoyens, nous refusons de laisser les riches se gaver sur notre dos pendant que les plus précaires souffrent. L’heure est à la mobilisation et à la lutte collective face à l’extrême droite qui se nourrit des crises. »

    Dans le cortège arrivé à présent à hauteur de la place de la Liberté Stéphane Sacco (GRS), élu à La Seyne, insiste : « La bataille politique doit se jouer d’abord sur le terrain des valeurs, celles du progrès et de la justice sociale, et cette journée est un repère, tout à la fois un héritage et un cap pour les combats à mener. »

    L’élu d’opposition « Alternative progressiste » dit la responsabilité de son groupe face à la majorité d’extrême droite, d’incarner une opposition lucide, déterminée, utile et vigilante face aux dérives, et toujours au service de l’intérêt général.

    Et de conclure : « Leur projet repose sur des réponses simplistes, nourries par les peurs et le repli sur soi, alors que nous, à l’inverse, nous portons une véritable ambition. »

    De quoi donner envie de se retrouver ensemble plus souvent sur le pavé du Port du Levant, plus nombreux, plus fort. Dans la cité « résistante » qui a à nouveau dit non au parti à la flamme.

    « Le syndicalisme, prône
    la solidarité et la lutte contre le racisme et la xénophobie »

  • [1er-Mai] À Marseille, une unité syndicale contre le travail élargi

    [1er-Mai] À Marseille, une unité syndicale contre le travail élargi

    Le 1er-Mai nous appartient. De l’argent pour nos salaires, pas pour la guerre. » Sur le Vieux-Port de Marseille, la banderole intersyndicale donne le ton de la manifestation de ce vendredi. Le soleil et l’air estival ambiant n’enlèvent en rien au côté revendicatif de la mobilisation : les fumigènes sont de sortie dès le départ du cortège et le traditionnel camion de la CGT du Port, qui ouvre le convoi, pousse les watts à fond.

    « S’attaquer au 1er-Mai, c’est une façon de voler l’histoire ouvrière, enlever les repères qui nous rassemblent », tonne Renaud Henry, secrétaire général de la CGT Énergie Marseille. Car si la journée est placée sous le signe des festivités propres au 1er-Mai, les manifestants ont toujours en travers de la gorge l’idée du gouvernement d’élargir les dérogations permettant de travailler pour ce jour férié et chômé.
    « C’est comme le travail le dimanche : au début ils disaient que ce n’était que pour faire vivre les petits commerces. Mais aujourd’hui, c’est l’ensemble des travailleurs du commerce qui travaillent ce jour-là. Si on laisse faire, à terme, le 1er-Mai ça sera la même chose », dénonce le syndicaliste énergéticien aux côtés de ses camarades de la CGT Cheminot. Pour lui comme moult manifestants, cette attaque n’a rien d’anodin : « Le 1er-Mai est le symbole de tous les conquis des travailleurs : il rappelle que les congés payés, la réduction du temps de travail, toutes les mesures positives viennent de la lutte. »

    Paix à l’internationale

    Preuve de l’unanimité syndicale sur le sujet, Guillaume Pascal, secrétaire général de la CFDT 13 reprend le même refrain : « Le gouvernement dit que c’est juste pour les fleuristes, puis juste pour les boulangers, puis juste pour ceux qui veulent et au final ça finit par juste pour tout le monde. » Et dénonce un paradoxe : « Dans la rue du local de la CFDT, le dimanche, les fleuristes sont fermés mais les grands centres commerciaux sont ouverts… Ce genre de propositions ne profite pas aux petits artisans comme on veut nous faire croire, mais bien aux grands groupes. » Pour l’occasion, son organisation a sorti une banderole maison avec un message qui parle aux supporters de l’Olympique de Marseille : « À jamais le 1er-Mai. » Et juste avant cette dernière, on retrouve l’immense ballon-montgolfière sur le camion de la FSU, encadré de manifestants avec des pancartes allant dans le même sens : « Manu, pas touche au 1er-Mai. »

    Plus loin, il y a aussi le cortège de la communauté kurde de Marseille, non loin de celui du PCF avec des militants qui agitent des drapeaux cubains, ou encore celui des organisations syndicales des jeunes et lycéens, drapeaux palestiniens à la main. De quoi mettre en avant l’autre versant revendicatif de cette journée : la paix à l’international. « Avec tous les conflits dans le monde, les travailleurs paient toujours un lourd tribut pour la guerre. On se doit d’être solidaire », explique Marc Pietrosino, secrétaire général de l’Union départementale CGT 13. Ce dernier fait le lien entre montée des tensions dans le monde et l’attaque gouvernementale contre le 1er-Mai : « C’est dans le cadre de l’économie de guerre. Tout est lié : s’attaquer au 1er-Mai va dans le sens d’une casse de la solidarité. »

    Et alors que le cortège termine dans le calme au niveau de la Porte d’Aix, après avoir remonté le boulevard des Dames, Marc Pietrosino tonne : « Le
    1er-Mai a été acquis dans la sueur et le sang de la classe ouvrière. On n’acceptera aucune exception pour cette date, aucune concession. »

    « On défendra le 1er-Mai bec et ongles. C’est aussi un symbole de ce qu’il reste à conquérir »

    « L’attaque sur le 1er-Mai est symbolique d’un mépris des syndicats »

  • Au lycée Jules-Guesde à Montpellier, parents, élèves et enseignants réclament des moyens

    Au lycée Jules-Guesde à Montpellier, parents, élèves et enseignants réclament des moyens

    « La dégradation du climat scolaire observée au lycée Jules-Guesde depuis un an s’est malheureusement manifestée, vendredi 10 avril, par une violence inacceptable qui n’y a pas sa place », estiment dans un communiqué conjoint la communauté éducative, les parents d’élèves (FCPE) et les élèves du conseil de vie lycéenne (CVL) de l’établissement.

    Pour rappel, une altercation, dont une partie a été filmée et a tourné en boucle sur les réseaux sociaux, a eu lieu le 10 avril entre des élèves et un professeur « intervenu pour leur demander de faire moins de bruit et de ne pas stationner dans les couloirs, comme il est stipulé dans le règlement intérieur », relate Claudie Vaufreydaz, professeure d’EPS dans l’établissement et représentante du Snes-FSU. « Pris à partie par un élève présent dans le couloir au moment des faits, l’enseignant sollicite l’identité de l’élève qui ne la lui donne pas. L’enseignant sort alors son téléphone pour prendre une photo afin de l’identifier, entraînant une contestation de la part de l’élève et d’un de ses camarades. L’enseignant fait alors l’objet d’une empoignade brutale et se trouve plaqué au mur par l’un des deux élèves. S’ensuivent les faits de violence identifiables dans la vidéo largement diffusée et confirmés par l’enquête : l’enseignant réessaie de prendre une photo, le second élève lui arrache son téléphone, le professeur répond par une gifle, à la suite de quoi il se trouve plaqué au sol, recevant des coups de la part des deux élèves », retrace, dans ses conclusions rendues le 22 avril, l’enquête « flash » diligentée par l’Académie, au cours de laquelle 13 auditions ont été réalisées. Les deux élèves impliqués seront convoqués en conseil de discipline. L’enseignant, quant à lui, dont « le geste inapproprié » survient « dans un contexte spécifique d’irrespect, de contestation de l’autorité et de violence », fera l’objet « d’un rappel à ses obligations professionnelles ainsi que d’une obligation de formation professionnelle à la gestion des conflits ».

    Rassemblement devant l’établissement le 4 mai

    Reste, insiste Claudie Vaufreydaz, qui dénonce « la surmédiatisation » de l’incident et « l’instrumentalisation » dont a fait l’objet cette vidéo, que le fond du problème réside dans l’insuffisance de moyens humains au sein de l’établissement, notamment en termes de personnels de vie scolaire et médico-sociaux. Des insuffisances génératrices d’« une anxiété généralisée », dénoncent les enseignants du lycée Jules-Guesde dans le compte rendu d’une Assemblée qui s’est tenue le 13 avril. « Ça fait un an que nous dénonçons des faits graves de violences et d’agressivité au sein de l’établissement. Tant qu’il n’y aura pas suffisamment d’encadrants adultes, le problème ne
    sera pas résolu
     », estime la représentante du Sne-FSU. « Actuellement nous avons 7 AED (assistants d’éducation scolaire, les surveillants) pour 2 700 élèves, soit un AED pour 385 élèves », illustre-t-elle. « Ils ne peuvent, à eux seuls, assurer pleinement la surveillance et la sécurité de locaux, particulièrement étendus. »

    Décision a donc été prise, en accord avec les représentants des parents d’élèves FCPE et les élèves du CVL, co-signataires du courrier, de réclamer des moyens supplémentaires à la rectrice, à savoir
    4 postes d’AED mais aussi le redéploiement à plein temps, sur Jules Guesde, d’une infirmière aujourd’hui à mi-temps sur Jules-Guesde et Joliot-Curie à Sète, ainsi qu’un demi-poste supplémentaire d’infirmière « pour faire face d’une part aux besoins spécifiques des collégiens et d’autre part à la forte augmentation de la fréquentation de l’infirmerie depuis septembre 2026, attestant de la dégradation de la santé mentale de notre jeunesse », stipule le courrier. Les signataires réclament également que le rectorat sollicite les collectivités « pour aménager des espaces d’accueil et de travail qui font défaut et ont un impact indéniable sur le climat scolaire. Pourquoi les élèves attendent dans les couloirs ? Parce qu’ils ne savent pas où aller d’autre », insiste Claudie Vaufreydaz.

    Dans l’attente d’une réponse à ces demandes, les enseignants ont déposé un préavis de grève du 4 au 7 mai et prévu un rassemblement lundi 4 mai à 8h, suivi d’une manifestation vers le rectorat. L’Académie de son côté indique dans les conclusions de l’enquête flash que « des mesures complémentaires destinées à améliorer le climat scolaire seront annoncées dans un second temps pour une mise en œuvre dès la reprise des vacances scolaires d’avril ».

  • [Mort au travail] À Avignon, le drame de Bagnols en exemple

    [Mort au travail] À Avignon, le drame de Bagnols en exemple

    Le décès de Calvin, jeune de 15 ans, le vendredi 17 avril dernier à Bagnols-sur-Cèze après avoir été percuté par un engin de chantier lors d’un stage, était dans toutes les têtes ce mardi 28 avril lors de la mobilisation pour la journée mondiale pour la sécurité et la santé au travail à Avignon.

    Une cinquantaine de personnes se sont ainsi rassemblées à l’appel de la CGT sur le parvis de la gare centre. « Juste à côté de chez nous, c’est un gamin de 15 ans qui a perdu la vie. Nos vies valent plus que leurs profits. Notre santé ne se négocie pas », lance lors d’une prise de parole Jérémy Caillé, délégué CGT à Eurenco et membre du bureau de l’Union départementale. « Il y a un problème d’encadrement dans de nombreux cas. Il y a des responsables sécurité, mais ils ne sont plus sur le terrain et pensent que les plans de prévention sont systématiquement appliqués à la lettre, ce qui n’est pas le cas. Et on se retrouve parfois avec des minots de 14 ou 15 ans qui se promènent en usine sans savoir quoi faire et surtout sans surveillance », abonde Rémy, syndiqué CGT et employé à la carrière de Mazan par le groupe Siniat.

    Plus globalement, les manifestants observent et font part de procédés douteux chez certains de leurs employeurs, souvent de grands groupes. « Dans l’industrie, il y a beaucoup de tâches accidentogènes ou qui provoquent des troubles musculo-squelettiques. Au lieu de s’améliorer et de régler le tir, beaucoup de patrons sous-traitent, avec des normes qui sont moins respectées pour aller plus vite. Et on perd la visibilité sur d’éventuels cas d’accidents après », pointe à nouveau Rémy.

    Risques psychosociaux

    Dans son discours, Jérémy Caillé a également voulu « briser un autre silence », à savoir celui des risques psychosociaux. « Un fléau qui tue et mutile chaque jour davantage. Ils explosent dans les entrepôts logistiques chronométrés, dans les open spaces en restructuration permanente ou dans les services publics exsangues », expose-t-il, avant d’énumérer les différentes demandes du syndicat au niveau national. Comme par exemple le rétablissement des commissions santé, sécurité et conditions de travail (CHSCT) et des instances de proximité avec des prérogatives nouvelles, le doublement des effectifs de l’inspection du travail et des services de prévention, ou encore une politique pénale sévère contre les employeurs responsables d’accidents graves.

    Était également présent le Collectif Amiante Pays des Sorgues. Ceux-ci regrettent la mise en place d’un timbre à 50 euros pour saisir la justice. « On refuse que la justice devienne un service payant, c’est une régression sociale », clame Guy de Zordi, nouveau président de la structure.

  • Les personnels de psychiatrie en lutte aussi pour notre propre santé mentale

    Les personnels de psychiatrie en lutte aussi pour notre propre santé mentale

    « La santé mentale façonne notre capacité à prendre soin, à travailler, à créer, à vivre ensemble », a rappelé le secrétaire général de la CGT du Centre hospitalier intercommunal Toulon-La Seyne (CHITS), Cyril Rodillon, en pointant la crise profonde que traverse la psychiatrie avec un décalage croissant entre l’offre et les besoins en soins sur l’ensemble du territoire français.

    Et de poursuivre : « Partout, les professionnels tirent la sonnette d’alarme. Tous décrivent des conditions de travail dégradées, un manque de moyens criant, et une perte de sens. Et à cela s’ajoute une pénurie alarmante de psychiatres. » Ce qui fragilise l’ensemble du système et reporte une pression considérable sur les équipes déjà en tension. « Comment accompagner dignement des patients quand le temps manque, quand les équipes sont épuisées, quand les structures sont saturées ? », interroge le responsable syndical. Tout cela affecte bien entendu les patients et leurs familles avec des conditions de prise en charge qui ne sont plus à la hauteur des enjeux. Les délais pour obtenir un rendez-vous s’allongeant et les hospitalisations se faisant souvent dans l’urgence, « parfois dans des conditions indignes ». Et au final, « trop de personnes se retrouvent sans suivi, sans écoute, sans solution ». Derrière ces constats, « il y a des vies fragilisées, des parcours brisés, et une souffrance silencieuse ».

    Pas question donc pour les personnels et leurs organisations syndicales de rester spectateurs du désastre. L’occasion aussi de mettre en avant la prévention qui doit, insiste l’intersyndicale, devenir une priorité. Comme l’écoute, la bienveillance et l’inclusion.

    Ne pas sacrifier

    la prévention

    Une situation qui concerne tout le monde. Tout comme cette mobilisation d’ailleurs. Et les tracts distribués à l’entrée sont là pour rappeler cette réalité. « Notre territoire est durement touché », reprend Cyril Rodillon, en expliquant que « l’offre de soins qui s’est réduite laisse des patients sans suivi et des équipes encore plus fragilisées ».

    Face à une situation médicale devenue critique, l’intersyndicale ne cesse de tirer la sonnette d’alarme de tous côtés depuis la mi-mars. Sans grand résultat. Aux courriers adressés au préfet et aux élus seule l’opposition de gauche de la mairie de La Seyne a répondu et apporté son soutien à la mobilisation (lire ci-dessous).

    « Depuis plus de 30 ans, les équipes des secteurs de l’ouest varois, couvrant 12 communes et près de 180 000 habitants, ont construit une psychiatrie fidèle aux politiques de secteur : une psychiatrie humaine, de proximité, articulant les prises en charge intra et extrahospitalières, au plus près des patients », intervient Bérangère Mas (Sud), en rappelant que « la psychiatrie est un pilier de notre humanité ». Et que la défendre, par conséquent, « c’est défendre notre capacité à prendre soin les uns des autres ».

    Pas question donc de voir le véritable maillage de soins et d’accompagnement patiemment tissé, favorisant le rétablissement et la stabilisation des patients, détricoté faute de psychiatres suffisants. L’intersyndicale lance donc un appel aux médecins qui hésitent à franchir le pas : « Vous trouverez un exercice professionnel riche, varié et porteur de sens dans une région qui offre un cadre de vie exceptionnel. » Et surtout, « une équipe soudée, volontaire, courageuse, où l’entraide et le lien humain sont au cœur du travail ».

    En tout cas la bagarre va continuer, les réponses apportées pour l’heure étant pour le moins inquiétantes. « Si on est dans l’impossibilité de recruter, on accompagnera les agents à faire autre chose à l’hôpital, nous dit le directeur, en maintenant uniquement ce qui est régalien, c’est-à-dire le soin sans consentement », s’indigne Valérie, Lardet (CGT).

    Autre chose donc que d’œuvrer pour la santé mentale de la population, donc. Inacceptable.

  • Les agents pénitentiaires bloquent les prisons d’Arles et des Baumettes

    Les agents pénitentiaires bloquent les prisons d’Arles et des Baumettes

    « On se bat pour notre survie. » Le ton employé par Thomas Forner, responsable régional du syndicat Ufap-Unsa est sans équivoque à l’heure de la mobilisation nationale des agents pénitentiaires.

    Depuis 5h lundi matin, le syndicat, qui est majoritaire à la Maison centrale d’Arles, bloque les entrées et sorties car la situation « n’est plus tenable » selon le syndicaliste. « Nous avons d’un côté la surpopulation et de l’autre la sous-dotation. Il nous manque 13 agents à la maison centrale, c’est une équipe complète », détaille-t-il. « Certains agents font jusqu’à 90h supplémentaires par mois, quand arrivera l’accident à la sortie du travail ? Ne pas avoir les moyens de faire nos missions entraîne frustration puis énervement, puis agression », analyse Thomas Forner. « Il ne se passe pas une journée en France sans qu’un collègue finisse à terre. On joue sa vie à la prise du service et à l’extérieur de l’établissement. Mais en pas d’agression qui viendra nous sauver ? », se demande le responsable.

    « Un ultimatum »

    La mobilisation lancée par l’Unsa a été rejointe par la CGT au centre pénitentiaire des Baumettes, à Marseille. Fin des postes vacants, fin des 6 500 matelas au sol, stop à l’épuisement : la CGT pénitentiaire place ces enjeux non plus comme des revendications, mais comme « un ultimatum » au regard d’un système carcéral qui « implosera faute de moyens ».

    Le syndicat Force ouvrière, dans un communiqué lapidaire, parle de « comédie syndicale » à propos de la mobilisation et n’y participe pas, y voyant « une stratégie électorale » à l’approche des élections professionnelles dans la fonction publique, en décembre.

  • Contre la répression judiciaire, la CGT fait front avec Pascal Galéoté

    Contre la répression judiciaire, la CGT fait front avec Pascal Galéoté

    Ce sont tous les militants du mouvement social qui font front commun avec le secrétaire général du Grand port maritime de Marseille (GPMM), Pascal Galéoté. Ce dernier est convoqué, ce mardi devant le tribunal correctionnel de Marseille, dans le cadre de l’affaire de la gestion du Comité social et économique (CSE) du port. L’ancien trésorier du CSE, Bernard Cristalli, est également mis en cause.

    De quoi provoquer une réaction unanime du côté de leurs camarades, avec une multitude d’organisations CGT qui appellent à la mobilisation au moment de l’audience, à partir de 8 heures du matin. « On est complètement dans le cadre d’une criminalisation de l’action syndicale, d’une justice de classe et d’un acharnement », tonne Marc Pietrosino, secrétaire général de l’Union départementale CGT des Bouches-du-Rhône (UD CGT 13). Avant de développer : « Cela s’inscrit dans des attaques plus globales contre les ports : la Cour des comptes les a visés, une mission parlementaire a été confiée à des députés du Rassemblement national… Ce sont des bastions cégétistes que certains veulent affaiblir. »

    Même écho du côté de François Canu, secrétaire de l’UD et secrétaire général de l’Union locale d’Aix, qui évoque une « procédure orchestrée ». « Ce n’est pas une attaque comme les autres. Cela va au-delà des deux camarades. On n’est pas dupes », martèle-t-il. Pour rappel, le 18 février 2025, à la suite d’une garde à vue éclair du syndicaliste, le parquet faisait le point sur l’affaire en évoquant une enquête préliminaire pour « abus de confiance » et « recel ».

    Plusieurs centaines

    de militants attendus

    « Elle a été ouverte à la suite d’un signalement adressé au parquet de Marseille, en décembre 2021, par le procureur général près la Cour des comptes, au regard de faits identifiés à l’occasion du contrôle des comptes et de la gestion du comité d’entreprise du GPMM », précisait l’institution dans un communiqué de presse. Tout en rappelant que Pascal Galéoté est présumé innocent, le parquet développait : « Les faits dénoncés sont relatifs à plusieurs anomalies constatées dans l’utilisation des moyens du comité d’entreprise du GPMM permettant de suspecter des dépenses à des fins personnelles (achat de matériel informatique et numérique, frais de déplacement, dépenses de bouche, etc.) ainsi que la prise en charge de dépenses syndicales, donc étrangères à l’objet du comité d’entreprise. Les sommes évoquées s’élèvent à plus de 250 000 euros sur une période allant de 2014 à 2018. »

    Pas de quoi faire trembler les militants. « Ceux qui pourraient être lésés dans cette affaire, le CSE et le port ou sa direction, n’ont pas porté plainte et ne sont même pas parties civiles, ça en dit long », commente Marc Pietrosino. Il rappelle que Pascal Galéoté avait répondu point par point à ces accusations à la suite de sa garde à vue (lire notre article du 24/01/25).

    De la CGT France Travail Paca, de la réparation navale, celle des cheminots de Marseille ou encore des agents des télécoms, en passant par la CGT Centrale de Gardanne… la liste des syndicats qui ont apporté un soutien « inconditionnel » aux deux portuaires est longue comme le bras. Et dépasse le cadre local, puisque Fédération des Ports et Docks comme la CGT au niveau confédéral ont appuyé publiquement Pascal Galéoté. Le syndicat CGT des Ouvriers Dockers et Portuaires du golfe de Fos appelle d’ailleurs à la mobilisation le même jour. La Fédération CGT des Ports et Docks également, avec la présence attendue d’agents portuaires de l’autre bout de la France. Tandis que la CGT GPMM Fluxel appelle à un arrêt de travail de 7h30 à 13h. Le soutien dépasse même la CGT, puisque la FSU 13 apporte aussi son soutien au secrétaire général. « On va envoyer le message que si quelqu’un touche un membre de la CGT, c’est toute la CGT qui répond », conclut François Canu.

  • Les aides à domicile héraultaises en lutte pour sortir de la galère

    Les aides à domicile héraultaises en lutte pour sortir de la galère

    « Dimanche dernier, j’ai roulé 110 kilomètres pour cinq heures de travail. Or notre indemnité kilométrique ne rembourse que de 38 centimes par kilomètre. On paye pour aller travailler. » La colère était de mise, ce 21 avril, devant les grilles du Département de l’Hérault, à Montpellier, ainsi qu’à Béziers où une cinquantaine d’aides à domicile s’étaient mises en grève afin de défendre leurs conditions de travail dégradées.

    L’augmentation du coût de l’essence a été vécue comme la goutte d’eau qui fait déborder un vase déjà on ne peut plus rempli. Une hausse impactant de plein fouet cette profession à 90% féminine qui nécessite un usage quotidien du véhicule pour se rendre chez les bénéficiaires. « En 2022, notre indemnité kilométrique est passée de 35 à 38 centimes -dont 14 centimes pour le carburant [le reste étant pour l’amortissement, Ndlr]– mais l’essence a augmenté de 20%. Sur un trajet de 8 km, j’utilise 4 litres de gasoil. 1,12 euro sera donc pris en charge, ce qui ne représente pas la réalité de nos dépenses », soupire Christelle Fanjaud, déléguée CGT de l’association ADMR (Aide à domicile en milieu rural) Orb et Thongue.

    Une délégation reçue

    À la fin du mois, la facture est salée pour la plupart d’entre elles. « Beaucoup d’entre nous sont en temps partiel, donc payées en dessous du Smic. Certaines sont divorcées avec des enfants et touchent 700 à 900 euros par mois. Et si tu as besoin de 200 euros d’essence, tu vas manger au Secours populaire », soupire Nathalie Trepagny, aide à domicile à Présence Verte Services et déléguée syndicale CGT. « Il vaut mieux en ce moment poser un arrêt maladie que d’aller au travail, au moins on ne perd pas d’argent », estime-t-elle. D’autant que la hausse du prix du carburant n’est pas le seul caillou dans la chaussure des aides à domicile. « L’avenant 36 de notre convention collective ne tient pas compte de la réalité du terrain. Il n’y a que le temps passé dans le véhicule selon le GPS qui est pris en compte. Mais chercher une place, être dans les bouchons, tout ça, c’est du bénévolat, du travail dissimulé », s’indigne Christelle Fanjaud.

    Conséquences ? Une pénurie de recrutement liée au manque d’attractivité du métier, qui se traduit par des démissions et un turn-over important. « Les salariées sont en surcharge et peuvent se retrouver en arrêt maladie. Mais cela a aussi un impact sur les bénéficiaires. Si l’un a Alzheimer, il a besoin de repères, il n’y a pas de possibilité de turnover », observe Céline Rouig, aide à domicile à Présence Verte Services. Et pour celles qui restent, la fin de carrière se révèle bien compliquée. « On est de plus en plus fracassées. Comment voulez-vous, à 65 ans, lever quelqu’un qui est grabataire ? », fait valoir Nathalie Trepagny. Pourtant les aides à domicile sont un maillon essentiel dans la chaîne du soin. « Si nous ne sommes plus là, il manque un échelon : les infirmières, les aides-soignantes ne pourront pas travailler », note Christelle Fanjaud. « Parfois, les infirmières sont débordées, si bien que nous faisons la toilette des bénéficiaires, mais ce n’est pas notre travail », complète Nathalie Trepagny.

    Une délégation a donc été reçue par le conseil départemental -principal financeur des associations d’aides à domicile- afin de faire entendre les principales revendications : revalorisation des salaires, augmentation des indemnités kilométriques, amélioration des conditions de travail, reconnaissance réelle du métier et respect des droits et du temps de travail.

    « Nous dépendons de l’État, les financements ne sont
    pas faits au niveau des Départements. Si les besoins augmentent, pour nous Départements, c’est compliqué
     », explique Patricia Weber, vice-présidente déléguée aux solidarités. L’élue entend recevoir les responsables des structures d’aides à domicile pour prendre le pouls et un courrier du président PS Kléber Mesquida demande au ministre de prendre en considération la situation des aides à domicile. « Nous n’avons pas eu de réponses précises. On se revoit au mois de juin, donc je pense qu’il y aura une suite », espère Christelle Fanjaud.

  • Des magistrats pédalent pour préserver l’État de droit

    Des magistrats pédalent pour préserver l’État de droit

    Ils ont fait étape à Avignon mardi. Ils arriveront à Aix-en-Provence ce vendredi 24 avril, sur les marches de la cour d’appel. Voilà près de vingt jours qu’une dizaine de magistrats ont enfourché leur vélo pour traverser la France. Partis de Strasbourg à l’initiative du Syndicat de la magistrature et de la revue Délibérée, avec le soutien du Medel (Magistrats européens pour la démocratie et les libertés), ils achèveront leur périple à Vintimille, le 1er mai.

    Cette tournée, avant tout militante, répond à deux objectifs. Le premier est d’exiger la libération de leur confrère turc, le juge Murat Arslan, lauréat du prix des droits de l’homme Václav-Havel du Conseil de l’Europe, emprisonné depuis dix ans. Une détention que les magistrats entendent « dénoncer » à travers cette mobilisation. Sur les marches du palais Verdun, ils liront notamment une longue déclaration appelant à la libération de leur confrère.

    Second objectif de ce trajet à vélo – inspiré d’une initiative similaire menée par des magistrats allemands : « Sensibiliser aux atteintes à l’État de droit », indique le Syndicat de la magistrature. « Les magistrats, dont la mission est de protéger les droits et les libertés, demeurent un rempart contre l’exercice arbitraire du pouvoir. »

    Tout au long du parcours, les magistrats ont été rejoints par plusieurs associations solidaires du mouvement, dont la Ligue des droits de l’homme, la CGT et le Syndicat des avocats de France (SAF), mais aussi par des proches et des citoyens. Lors de plusieurs haltes, des conférences ouvertes au public sont organisées, comme celle prévue à Nice, à la Maison des associations Garibaldi. Le périple s’achèvera à Vintimille le 1er mai.