Tag: mémoire

  • Cinquante ans d’impunité du franquisme

    Cinquante ans d’impunité du franquisme

    Le 20 novembre 1975 mourrait Franco. Quelques semaines plus tôt, cinq antifranquistes étaient passés par les armes, cinq parmi les centaines de milliers exécutés depuis 1936. L’homme qui mena le soulèvement contre la République espagnole en juillet 1936, qui réussit à l’abattre le 31 mars 1939 après trois années de guerre bénéficia de l’aide du fascisme international. Hitler et Mussolini engagèrent hommes et armement dès le début de la guerre. De leurs côtés, la France et l’Angleterre décidaient d’un pacte de non-intervention qui contribua à la défaite de la République espagnole. Un demi-million d’Espagnols prit le chemin de l’exil, majoritairement vers la France.

    Cette France de la Troisième République enferma aussitôt les républicains espagnols dans les camps de concentration. L’engagement par la suite, de milliers d’entre eux dans les combats pour libérer le pays, qui les avaient si mal accueillis, du joug nazi fut total. Après la Libération, l’espoir de voir les alliés renverser Franco s’éloigna. La France, l’Angleterre et les États-Unis souhaitant préserver leurs relations avec Franco pour des intérêts économiques et géopolitiques. La dictature pouvait alors s’installer durablement.

    Le gouvernement espagnol a donc décidé de faire de 2025 une année de célébrations sur le thème « Espagne en liberté, 50 ans ». Les associations mémorielles estiment pour leur part, que la mort de Franco il y a cinquante ans n’a pas mis fin au franquisme automatiquement. Aujourd’hui, subsistent partout en Espagne, des symboles du franquisme sur de nombreux monuments, et des milliers de disparus gisent encore dans des fosses ou des fossés. On estime le nombre total de fosses à 6 000 réparties sur tout le territoire. Faisant référence aux initiatives annoncées par le gouvernement, l’Association de récupération de la mémoire historique dénonce « des paroles et peu d’actes concrets ». Elle déplore également le manque de moyens mis en place pour les recherches des disparus, notamment en matière de tests ADN et aussi l’absence de cette histoire dans les manuels scolaires.

    Dans ce contexte, la montée du parti d’extrême droite, VOX, s’accompagne d’un blanchiment du franquisme, au point qu’un récent sondage indique que 21,3% des Espagnols, dont beaucoup de jeunes, pensent que la dictature a fait de bonnes choses. L’historien Julian Casanova estime qu’aujourd’hui que « la propagande a remplacé l’analyse historique et fait sortir du silence dans lequel se trouvaient depuis la transition, ceux qui avaient eu des liens idéologiques et sociaux avec la dictature. Ceux-là commencent à répandre l’histoire révisée : Franco et la dictature ont été une bonne chose pour l’Espagne. »

    Ce 50e anniversaire de la mort de Franco va être ces jours-ci l’occasion pour tout ce que compte l’Espagne de groupes nostalgiques du franquisme et néonazis, d’organiser des hommages et des messes. Le journal en ligne Publico.es affirme qu’une vingtaine de manifestations auront lieu en hommage au dictateur malgré la loi de Mémoire Démocratique.

    Un demi-siècle après la mort de Franco, l’Espagne n’en a pas fini avec le franquisme. La politique en faveur de la mémoire historique et démocratique, en ne condamnant pas concrètement, ni jugeant et punissant les crimes du régime franquiste, maintient de fait leur impunité. Une faiblesse qui ne peut que contribuer à renforcer l’extrême droite.

    EN CHIFFRES

    35 000

    volontaires internationaux venus de 53 pays ont pris part aux combats aux côtés des républicains espagnols

    200 000

    exécutions sommaires perpétrées par le régime de Franco.

    6 000

    fosses sont réparties sur tout le territoire espagnol.

    8 941

    corps ont été exhumés depuis 2019, seuls 70 ont été identifiés par l’ADN faute de moyens.

    500 000

    Entre janvier et février 1939, un demi-million de réfugiés s’exilent en France. 15 000 participeront à la Résistance.

    250 000

    seront internés dans les camps de concentration. 15 000 vont y décéder.

    25 000

    réfugiés ont été accueillis au Mexique entre 1939 et 1942 et des milliers d’autres dans d’autres pays d’Amérique latine et en URSS.

    927

    réfugiés espagnols ont constitué le premier convoi de déportés vers Mauthausen le 20 août 1940.

  • Marchons unis

    Marchons unis

    Les narcotrafiquants voulaient le faire taire. C’est raté. Touché au cœur par l’assassinat de son petit frère, Amine Kessaci ne leur offrira pas cette victoire.

    En prenant la parole au lendemain de l’enterrement du jeune Mehdi, assassiné pour semer la terreur, il fait preuve d’un courage remarquable et d’une détermination exemplaire.

    C’est désormais à nous tous, habitants de Marseille et du sud de la France de nous exprimer. Refusons, haut et fort, que l’on puisse assassiner des innocents pour laisser perdurer un business qui n’engendre que souffrance et violence. Refusons, haut et fort, d’être réduits au silence par une mafia les mains pleines de sang. Refusons, haut et fort, la drogue et le crime comme seul horizon proposé à la jeunesse des quartiers populaires.

    Non à la loi de la pègre

    Dans son appel à la marche blanche de ce samedi à 15h au départ du rond-point Claudie-Darcy, la famille Kessaci réclame « Justice pour Mehdi, 20 ans, mort pour rien ». Il est en effet mort sans être coupable de rien.

    Charge à nous tous de faire qu’il ne soit pas mort pour rien en envoyant aux narcotrafiquants un message d’unité populaire plus fort que les armes et l’appât du gain mais aussi un message d’exigence de résultats à l’État.

    La Marseillaise appelle à participer en grand nombre à cette marche blanche en hommage à Mehdi Kessaci et pour dire non à la loi de la pègre.

    Marchons unis. La tête haute. Sans crainte. Nous avons le pouvoir de dire stop. Amine Kessaci a raison. « On ne peut pas tuer tout un peuple. » Ce sont les masses qui font l’histoire.

  • Le camp des Milles récompense les actions citoyennes contre le racisme

    Le camp des Milles récompense les actions citoyennes contre le racisme

    Pour résister à la haine, le Label Citoyen s’érige en rempart. La 7e rencontre du label a lieu ce mercredi à partir de 9h30 au camp des Milles. Misant sur la prévention et l’éducation, le dispositif national a été créé dans le cadre de la Chaire Unesco « Éducation à la citoyenneté, sciences de l’Homme et convergence des mémoires », portée conjointement par la Fondation du camp des Milles et Aix-Marseille Université. Inauguré en 2015 par François Hollande, ce projet lutte contre les extrémismes, les racismes, l’antisémitisme et les discriminations. C’est dans son prolongement que la Fondation du camp des Milles a tenu à mettre en place un dispositif national de labellisation citoyen qui récompense les initiatives agissant concrètement sur le terrain.

    Cette journée réunit tant des professionnels de l’éducation que des collectivités territoriales et associations du secteur public comme privé. Les différents acteurs échangeront autour de multiples tables rondes et de stands présentant les projets.

    Avant de soumettre leur projet au comité de sélection du label, les structures doivent suivre un processus d’accompagnement auprès de la Fondation du camp des Milles. Cette année huit projets principaux sont mis en avant dont celui de l’association marseillaise Melting Pot. Créée en 2022 pour les jeunes de 11 à 25 ans, la structure propose des débats et ateliers interactifs offrant des outils pour comprendre et participer activement à la démocratie.

  • Marchais, l’ouvrier devenu patron des communistes

    Marchais, l’ouvrier devenu patron des communistes

    Rien ne prédestinait ce fils d’agriculteurs, enfant de chœur, rêvant de devenir ouvrier, à être l’une des principales figure du communisme européen de la fin du XXe siècle. Accéder au poste de secrétaire général en 1972, ce n’était pas rien, du temps où le PCF, le plus puissant à gauche, très loin devant le PS revendiquait près d’un million de militants et avait la CGT dans sa poche. Il rendit possible le programme commun et la victoire de l’union de la gauche aux municipales de 1977 et ensuite en 1981.

    « Georges » à la stature imposante et au large sourire était un séducteur avec un côté foncièrement attachant pour l’avoir rencontré en août 1985 à Moscou lors du festival mondial des jeunes et des étudiants. Il avait aussi le cuir épais et il le fallait car, réquisitionné à 22 ans pour aller travailler au STO en Allemagne en 1942 ce lui fût reproché « de façon dégueulasse » par ses adversaires quarante ans plus tard comme si cela faisait du jeune Marchais victime des lois scélérates de Vichy un collabo ! Reproches lui furent fait aussi de se rapprocher du « grand frère » soviétique, allant jusqu’à juger son bilan « globalement positif » et justifier l’invasion de l’Afghanistan.

    Au final, il était un homme tout aussi charismatique que passionnant, tout en nuances, un dirigeant politique bien plus complexe qu’il n’y paraissait. Sincère et loyal dans ses combats, celui qui fut ouvrier ajusteur et qui défendait l’idée que le pouvoir ne devait pas appartenir à ceux qui se prétendent faits pour l’exercer. Ce que l’on sait moins c’est que cultivé, il était notamment fou de jazz, qu’il ne se lassait d’écouter et sur lequel il était intarissable.

    Et puis dans les années 70 les médias ne concevaient pas un débat politique sans lui et son sens de ce que l’on appelle aujourd’hui « la punchline ». Il avait le sens du spectacle et ses joutes avec les journalistes politiques restent gravées dans les mémoires notamment en 1980 alors en vacances lorsqu’il déclare à l’antenne : « J’ai dit à ma femme, François Mitterrand a décidé d’abandonner le programme commun, Liliane fait les valises, on rentre à Paris. »

  • 13 novembre : dix ans après, l’Occitanie se souvient

    13 novembre : dix ans après, l’Occitanie se souvient

    Dix ans se sont écoulés, mais l’émotion demeure intacte. Ce jeudi 13 novembre, à midi, plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées devant l’Hôtel de Ville de Nîmes pour honorer la mémoire des victimes des attentats de Paris et Saint-Denis. Autour du maire Jean-Paul Fournier, des élus et du préfet, une minute de silence a d’abord été observée, « un silence où se mêlent la peine et l’espérance », a-t-il déclaré, rappelant la gravité de ces attentats qui ont « fait vaciller tout un pays », marqué une génération entière et transformé durablement l’approche nationale face au terrorisme. S’en est suivi l’hymne national, en mémoire des 132 morts et des centaines de blessés.

    Le maire a insisté sur la nécessité de transmettre cette mémoire collective : « Dix ans ont passé, mais la France n’oublie pas. Elle se recueille et elle tient debout. Et ici comme ailleurs, nous faisons vivre ce qui a été attaqué : la liberté, la fraternité, la laïcité. » Le préfet Jérôme Bonet, présent à ses côtés, a salué l’engagement des forces de secours mobilisées en 2015 et la responsabilité de chacun dans la défense des valeurs républicaines.

    Se souvenir ensemble

    À Montpellier, un hommage s’est tenu à 14h30 au Monument aux morts, sur l’Esplanade Charles-de-Gaulle. Élus, habitants et représentants des institutions y ont participé, dans la continuité des commémorations organisées dans tout le pays. Là aussi, la sobriété et le recueillement ont dominé. Le maire Michaël Delafosse a rappelé que « le 13 novembre 2015, le fanatisme islamiste arrache les vies humaines au Bataclan, sur les terrasses ». Pour lui, l’hommage est aussi un engagement : « Notre pays affronte l’épreuve, en se tenant debout pour protéger nos valeurs de liberté et de fraternité. Les victimes sont indéfectiblement dans nos mémoires. Elles nous obligent, Montpellier se souvient. »

    À Nîmes et à Montpellier comme partout dans l’Hexagone, l’émotion était la même : une douleur encore sensible, mais aussi la nécessité de rester vigilant face à la menace et la volonté de rester unis. Dix ans après le 13 novembre, la région a réaffirmé une certitude : la mémoire continue de rassembler.

  • Courir pour la Mémoire bat les records d’inscriptions

    Courir pour la Mémoire bat les records d’inscriptions

    Pascal Chamassian n’en revient pas : « 900 inscriptions en 2024. Sold out cette année ! Si on avait continué à prendre les demandes, on atteignait les 3 000 ! » L’association dont il est le président d’honneur et fondateur, Courir pour la Mémoire, est organisatrice de cet événement sportif créé en 2015 à Marseille à l’occasion des 100 ans du génocide arménien.

    Un succès fulgurant qu’il faudra « analyser la tête froide », selon Gérard Kirkorian, président de l’association, encore tout occupé aux préparatifs de la course. Il avance cependant des premières pistes : « Un regain d’intérêt pour la course à pieds chez les moins de 30 ans, la régularité de ce rendez-vous » et le bénéfice « d’être chapeauté par la Drajes ».

    Cette année, les 5 et 10 km de la Mémoire sont en effet inscrits dans un partenariat placé sous l’égide de la Délégation régionale académique à la jeunesse, à l’engagement et aux sports (Drajes), qui réunit quatre courses marseillaises (avec Marseille en rose, Algernon et Marseille-Cassis) à fort caractère inclusif et citoyen, qui se déroulent en octobre. « Marseille est la première Ville à concrétiser l’inclusion avec une action par le sport », souligne André Giraud, l’ex-président de la fédération d’athlétisme. D’autant plus heureux que cet événement sportif, qui porte haut la volonté « de ne pas laisser un nouveau génocide se reproduire en toute impunité », rappelle Pascal Chamassian, se décline dans dix villes, à l’international, cette année.

    Portée à l’international

    Initialement prévue le 19 octobre, la course, qui bénéficie du parcours et de la sécurité du dispositif de la Ville, La Voie libre, a dû être décalée en novembre. Le parcours reste inchangé, avec un départ à 8h45 depuis le village installé sur le parking de la plage du Prophète, pour longer le « plus beau balcon suspendu au monde », en direction l’anse de Malmousque, avant un demi-tour pour revenir au village, avec deux tours pour les 10 km.

  • [Attentats du 13 novembre] Gaby Charroux : « Notre force, c’est l’unité »

    [Attentats du 13 novembre] Gaby Charroux : « Notre force, c’est l’unité »

    « Des familles ont été brisées, des vies bouleversées, notre pays tout entier a vacillé, rappelle gravement le maire, Gaby Charroux (PCF). (…) La douleur reste vive. Rien n’efface le souvenir de cette nuit d’horreur. Rien n’efface les visages, les prénoms, les sourires de celles et ceux que nous pleurons encore aujourd’hui. »

    Pour l’édile, ce rassemblement permet de montrer l’attachement à leur mémoire, mais aussi d’affirmer : « Ce qui a été visé, c’était ce que nous avons de plus cher : notre liberté de vivre, aimer, rire, penser, chanter, être ensemble, c’est notre modèle de société, celui d’une République laïque, fraternelle et ouverte où l’on peut vivre ses différences dans le respect de l’autre. » Avant d’assurer : « Nous sommes toujours debout. (…) Nous avons compris que plus que jamais, notre force était notre unité. »

  • [Attentats du 13 novembre] Cécile Helle : « Fraternité et concorde »

    [Attentats du 13 novembre] Cécile Helle : « Fraternité et concorde »

    Banderoles déployées le long de la mairie invitant à se souvenir, bougies, sarabande de Bach par la violoncelliste Catherine Morrisson, chant interprété par une classe de l’école Champfleury… Le temps était à l’hommage, ce jeudi soir, à Avignon. En présence du préfet, du directeur de la police nationale et de nombreux élus de tous bords, la Ville a organisé un moment mémoriel, 10 ans après les attentats terroristes de Paris et Saint-Denis.

    Plus de 300 personnes ont pris part à cette cérémonie. Cécile Helle a adressé sa « compassion » envers « les familles endeuillées, les survivants, mais aussi les forces de sécurité, pompiers, professionnels de santé ». La maire PS a rappelé l’année « âpre » de 2015, avec les précédents attentats de janvier. « Le plus important a été de cultiver, à l’échelle de notre cité, deux des fondamentaux de notre République : la fraternité et la concorde ». Des termes visiblement étrangers à un petit trio de supposés identitaires, qui n’ont rien trouvé de mieux que de briser ce moment de recueillement en interpellant la maire sur le fait que le mot islam n’ait pas été prononcé.

    Auparavant, Cécile Helle avait insisté : « Nous sommes restés dignes et unis, refusant toutes les formes d’extrémisme avec une certaine idée de notre bien commun fondé sur la tolérance ».

  • Commémoration du 11-Novembre à Martigues : pour rappeler que la paix n’est jamais acquise

    Commémoration du 11-Novembre à Martigues : pour rappeler que la paix n’est jamais acquise

    Trois écoles étaient mobilisées ce 11 novembre sur la place du 8-Mai-1945 pour la cérémonie officielle. Fait notable, les élèves de l’école Tranchier, Desnos et Louise Michel ont entonné plusieurs couplets de La Marseillaise, dans « une réalisation rarement aussi excellente qui a du en surprendre certains », selon le maire (PCF) de Martigues Gaby Charroux.

    Les enfants ont, par ailleurs, entonné Le Soldat de Florent Pagny et lu des lettres de poilus, dont plusieurs de Prosper Jourdan, cultivateur martégal qui a participé à la première guerre mondiale.

    « Un idéal de paix encore

    à conquérir »

    L’édile de Martigues, ville de Paix, a rappelé que selon lui, « la paix est un idéal qui aujourd’hui encore reste à conquérir. La paix n’est jamais acquise et elle nécessite dialogue, solidarité, justice et respect mutuel ». Plus que d’étudier le passé, « l’histoire permet de comprendre le présent », affirme Gaby Charroux. Les conflits modernes le rappellent.

  • [Quoi de neuf ?] « Transmettre les valeurs républicaines aux jeunes »

    [Quoi de neuf ?] « Transmettre les valeurs républicaines aux jeunes »

    La Marseillaise, en partenariat avec radio Divergence FM 93.9, participe à l’émission politique « Quoi de neuf ? » .

    Cette semaine,
    notre invité est Manuela Parra, présidente de l’association Voix de l’extrême.

    Du 19 au 25 novembre, se déroule à Montpellier la 6e édition des Rencontres franco-espagnoles, portée par l’association Voix de l’extrême. Conférences, films, lectures, pléthore d’événements culturels sont programmés pour ne pas oublier ignominie de la dictature franquiste. Sa présidente, Manuela Parra, revient sur cette édition particulière, cinquante après la mort de Franco.

    Louis Dupin : Ces rencontres sont un événement culturel mais également mémoriel puisque vous revenez sur la période sombre de la dictature franquiste. Aujourd’hui, ce devoir de mémoire est-il d’autant plus important à l’heure où on voit le retour de l’autoritarisme de l’extrême droite un peu partout dans le monde ?

    Manuela Parra : Bien sûr qu’il est important. Il est nécessaire de réveiller ou de réactiver les consciences et de transmettre ces valeurs républicaines aux jeunes qui, contrairement à ce que l’on peut penser, comprennent rapidement et s’impliquent. Dans les rencontres franco-espagnoles, on s’adresse à tout public, mais une large partie est basée sur la transmission à la jeunesse. L’année dernière, nous avons eu, durant les rencontres, 480 lycéens qui ont participé. Cette année, je pense qu’on va doubler. Mais si les lycéens s’impliquent, c’est parce qu’il y a des professeurs qui s’impliquent avec eux, pour eux. Et c’est extraordinaire, c’est une belle récompense.

    Olivier Nottale : Et puis cette jeunesse va peut-être être aussi touchée parce que vous racontez des histoires de très jeunes gens qui ont été victimes du franquisme…

    Manuela Parra : Certains ont été notamment fusillés parce qu’ils militaient en distribuant des tracts pour la République espagnole. C’est vrai que c’était des jeunes qui croyaient en l’avenir de liberté, comme des jeunes peuvent le faire aujourd’hui. C’est comme les 13 Roses, des jeunes femmes qui ont été d’abord jugées par un tribunal militaire parce qu’elles étaient mineures, donc elles ne pouvaient pas être jugées par un tribunal civil. Elles ont été fusillées, il y en avait même qui avaient 16-17 ans. On ne se rend pas compte de la répression qu’il y a eu en Espagne, c’est quelque chose d’effarant, certaines statistiques montrent que pour les crimes hors conflit armé, l’Espagne arrive en deuxième position après le Cambodge.

    Louis Dupin : Pour illustrer cette répression, vous mettez à l’honneur plusieurs militants notamment Pablo Casals, un violoncelliste humaniste qui fera l’objet d’une conférence animée par Jean-Jacques Bedu…

    Manuela Parra : Jean-Jacques Bedu a écrit une biographie sur Pablo Casals. Sa mère était de Prades et donc elle a bien connu Pablo Casals quand il vivait à la Villa Colette avec Joan Alavedra. C’est un homme qui a refusé de jouer dans des pays qui n’ont pas soutenu la République espagnole et il a fallu vraiment qu’il y ait beaucoup de diplomatie pour qu’il crée en France le festival Pablo Casals. C’est pour ce festival que Jean-Jacques Bedu a écrit ce livre qui nous sera présenté à la maison des relations internationales, le 19 novembre.

    Louis Dupin : La période qui a suivi la mort de Franco s’est caractérisée par une faible présence de l’extrême droite en Espagne. C’est ce devoir de mémoire réalisé après la mort du dictateur qui a permis de l’endiguer ?

    Manuela Parra : Elle s’est peut-être mise en retrait, s’est fait oublier. Dans les gouvernements démocratiques de gauche espagnols, il y a eu des efforts énormes pour reléguer le patrimoine laissé par les fascistes et les franquistes en Espagne. Pour mémoire, la première loi sur la mémoire et a été promulguée en 2007. À ce moment-là, ils ont commencé à vouloir déboulonner les statues, gommer les plaques, essayer de remettre en scène la démocratie. Je pense que le fascisme n’a pas de frontières, comme la liberté et on voit aujourd’hui en Espagne le retour de l’extrême droite avec le parti Vox. Sauf que le gouvernement espagnol actuel de Pedro Sanchez ne se laisse pas intimider. Si on regarde les récentes initiatives qu’il a prises avec la loi de mémoire démocratique et les réouvertures de fosses communes pour identifier, le fait de sortir Franco du Valle de los Caídos. C’est très symbolique pour continuer le nettoyage de cette période horrible.

    Louis Dupin : La jeunesse est également au centre de ces rencontres puisque plusieurs actions dans des établissements scolaires ont été réalisées pour inculquer cette histoire, ce devoir de mémoire ?

    Manuela Parra : Ce sont des petits groupes de professeurs qui travaillent collectivement au sein de leur établissement et ensuite font appel à nous. Par exemple, le lycée Jean-Mermoz à Montpellier, où les élèves – en partenariat avec un lycée madrilène – ont réalisé un projet autour de la mémoire historique de la guerre au chemin de l’exil. Ils partiront prochainement en Espagne pour travailler sur les fosses communes d’Alcalá-de-Henares. Il y a aussi la soirée « Graines de résistance », le 24 novembre, où le grand public pourra observer ce travail extraordinaire des professeurs et des élèves sur des faits de résistance passés à Montpellier.