Tag: mémoire

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Défendre l’indépendance et l’unité

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Défendre l’indépendance et l’unité

    La première question à l’ordre du jour était celle des salaires et de la préparation d’un mouvement revendicatif national. La résolution sur les salaires et les prix entraîna un premier incident.

    Une motion présentée par Cochinard s’opposa à la hausse générale des salaires réclamée par Pierre Lebrun.

    Le débat fut ouvert sur les manœuvres de scission que je dénonçai. Indigné, m’adressant aux diviseurs, je leur dis : « Camarades, après les interventions de nombreux camarades, celles de Benoît Frachon, Hernio de la fédération des cheminots que j’approuve entièrement, vous me permettrez de donner mon point de vue sur un aspect que je considère très sérieux dans la situation actuelle. Les trusts américains ne doivent plus intervenir ouvertement dans la vie politique et syndicale. L’indépendance économique et politique est menacée, l’obstacle majeur à l’intervention directe des trusts américains reste la Confédération générale du travail. C’est pour cela que nous assistons à une attaque concertée contre la CGT avec des complices de Truman qui, sous prétexte de défendre les syndicats contre une imaginaire emprise politique, développent leur campagne. »

    La résolution soulève le débat

    Je condamnai certaines interventions et en particulier celle de Bouzanquet, secrétaire confédéral : « J’ai en ma possession tes écrits où tu nous reproches de ne pas avoir condamné le pacte germano-soviétique et avec ce prétexte, tu portes de l’eau au moulin de la réaction qui se sert de ton autorité pour écrire dans ses journaux que la CGT est dirigée par des communistes. L’anticommunisme, voilà le véritable fléau, nous savons où cela nous a menés, de Munich à 1940. Bothereau a présenté une résolution qui approuve le plan Marshall et elle a été repoussée. Je demande au président de séance de présenter une résolution. »

    Il est intéressant de rappeler le débat que souleva ma résolution. Pour la défense de l’indépendance et de l’unité, la réaction la plus virulente fut celle de Capocci, secrétaire de la fédération des employés de commerce.

    Il essaya de justifier les actions qu’ils avaient menées pendant l’Occupation et déclara : « J’ai entendu Molino ressasser les vieilles histoires, j’en ai assez, nous en avons assez… On parle aussi de dollars que nous aurions touchés, je vous assure, camarades, que les dollars que nous avons pu toucher ne nous ont pas fait mal au ventre et qu’ils ne vous feraient pas mal au ventre si vous en mangiez autant que nous. »

    Et s’adressant à moi : « Tu as cité ma fédération ; permets-moi de te dire que s’il est une fédération qui peut parler d’indépendance, c’est bien la nôtre. »

    à suivre la semaine prochaine…

  • Faire revivre le souvenir du maquis de Brigadel

    Faire revivre le souvenir du maquis de Brigadel

    En 1943 et 1944, sur le plateau de Brigadel, sur les hauteurs de Puimichel, des agriculteurs acceptent d’arracher leurs amandiers pour créer une piste d’atterrissage pour pouvoir approvisionner en armes et en matériel les résistants qui se préparaient au débarquement de Provence. à proximité, une ferme sert de lieu d’asile et de refuge aux jeunes qui voulaient échapper au Service de travail obligatoire (STO) et au transfert en Allemagne.

    Vendredi, une dizaine d’élus, de femmes et d’enfants de ces combattants bas-alpins se sont réunis sur place, où une stèle a été érigée en 2018, pour leur rendre hommage et éviter qu’ils ne tombent dans l’oubli. « Il faut faire circuler le devoir de mémoire. N’oublions jamais le courage, l’abnégation de ces jeunes gens qui n’ont pas hésité à offrir leur vie afin de s’opposer à l’occupation nazie », a souligné Gérard Lazaud, ancien adjoint aux anciens combattants d’Oraison, à l’initiative de cette stèle.

    Le maire de Puimichel, également présent, a tenu à insister sur « les résistants de l’ombre, tous ceux qui ont donné à manger, hébergé. Lors des parachutages, à l’aube, ils sortaient tous pour voir s’il n’y avait pas un parachute coincé dans un amandier. La résistance n’aurait rien été sans leur aide », a-t-il avancé.

    Jean Banner, à l’initiative de ce rassemblement, a tenu à « remercier ces jeunes qui ont décidé de dire non à la loi du plus fort et à la barbarie nazie ». Il a évoqué André Laurent, ancien résistant et auteur du livre La Résistance sur les plaines entre Asse, Bléone et Durance, décédé en 2022 : « Il a laissé aux générations futures un héritage que nous devons transmettre ». « Cela a scindé une jeunesse en deux, entre ceux qui sont partis travailler en Allemagne et ceux qui ont rejoint la résistance », a témoigné sa femme, Gilberte Laurent, également présente vendredi.

    « Il ne faut pas oublier qu’il y a toujours les familles de ceux qui ont combattu », a insisté Jeanine Telme, la fille du résistant Gaston Telme, né en 1907 et décédé en 1992. « Il parlait très peu de la Résistance en famille. Tout ce que je sais, je l’ai retrouvé dans des documents », a-t-elle raconté.

    Bientôt une cérémonie annuelle ?

    Didier Derupty, vice-président de la Maison du combattant et des familles, récemment créée dans le département, a proposé son aide aux élus et aux citoyens présents pour organiser une cérémonie annuelle sur le lieu de la stèle. « Il faut arriver à fédérer les endroits, les stèles oubliées. La conservation du devoir de mémoire est importante », a-t-il martelé, alors que la stèle de Brigadel est très peu visitée et méconnue des habitants. « Il n’y a plus de résistants, mais il y a des descendants passionnés pour faire vivre le devoir de mémoire. »

    élus et familles de résistants présents ont également évoqué l’idée de proposer aux instituteurs et aux écoliers de participer à une cérémonie annuelle en hommage aux maquisards.

    Pendant le débarquement de Provence, le 15 août 1944, quelque 100 000 soldats, essentiellement américains, canadiens et britanniques, ont débarqué sur les plages du Var, ouvrant la voie à plus de 250 000 Français qui allaient reprendre Toulon puis Marseille en moins de deux semaines. Cette armée comptait 84 000 Français d’Afrique du Nord, 12 000 soldats des Forces françaises libres fidèles au général de Gaulle et 12 000 Corses, mais aussi 130 000 soldats d’Algérie et du Maroc et 12 000 soldats de l’armée coloniale.

  • [Tibune] L’optimisme d’une volonté éclairée par les leçons de l’Histoire

    [Tibune] L’optimisme d’une volonté éclairée par les leçons de l’Histoire

    Nous apprenons aujourd’hui qu’à Paris a été brisée la plaque en hommage à trois Justes parmi les Nations qui sauvèrent un enfant juif. Dégoût… Je tiens à citer leurs noms : Arsène et Angele Richard et leur fille Marcelle.

    Ici, nous avons entendu avec une émotion qui ne peut s’éteindre les noms de la centaine d’enfants juifs déportés du camp des Milles puis assassinés à Auschwitz, uniquement parce qu’ils étaient considérés comme juifs. Et puis, émouvants autrement, les noms des Justes qui ont aidé les victimes au camp des Milles. « L’irréparable » évoqué par Jacques Chirac était commis à l’été 1942 au Vel d’hiv en zone occupée sous autorité allemande, mais aussi en zone non occupée sous l’autorité française de Vichy. Ombres et lumières.

    Seul grand camp français d’internement et de déportation encore intact aujourd’hui, le camp des Milles est devenu, après 30 ans de lutte pour un Site mémorial, un lieu de mémoire et d’éducation citoyenne à qui, avec nos anciens Denise Toros Marter, Louis Monguilan et mon père Sidney, nous avions donné pour double mission de devenir un lieu témoin qui survivrait aux témoins et un lieu pédagogique innovant qui aide à passer de l’exclamation « Plus jamais ça ! » à « Comment faire pour que plus jamais ça ? » C’est ainsi que, après son ouverture, notre Site-mémorial est devenu un pôle mémoriel, culturel, éducatif et citoyen aujourd’hui reconnu aux niveaux national et international.

    Au cœur de cette reconnaissance se trouve son modèle scientifique et pédagogique inédit qui construit l’articulation entre la mémoire et le présent dans un « volet réflexif et citoyen ».

    S’appuyant sur neuf disciplines scientifiques, cette démarche fournit des clés de compréhension des mécanismes menant aux crimes de masse mais aussi des ressorts pour y résister. C’est sur cette base que fut conçue la muséographie innovante du Volet réflexif du camp des Milles et que sont développées aujourd’hui une Chaire de l’Unesco et notre démarche vers l’inscription du Site au patrimoine mondial de l’humanité. C’est sur ce socle robuste que sont menées nos médiations et formations qui ont touché plus d’1,2 million personnes, de jeunes particulièrement mais aussi d’élus, de magistrats, forces de l’ordre, enseignants, cadres d’entreprises, syndicalistes, associatifs, sportifs, détenus…

    L’analyse de la Shoah, confirmée par celle des autres grands crimes génocidaires du XXe siècle, met ainsi en lumière les étapes et mécanismes humains récurrents qui peuvent mener une société démocratique vers un autoritarisme criminel.

    Je souhaite ici, à la veille de mon retrait de la présidence de la Fondation du Camp des Milles, rappeler ces fortes leçons de l’histoire que notre recherche a fait émerger et qui nous interpellent directement aujourd’hui :

    1. La démocratie commence après l’élection

    Aujourd’hui, presque tous les régimes non démocratiques se sentent obligés d’organiser des élections. Et l’histoire confirme qu’une légitimité démocratique ne repose pas seulement sur le suffrage universel ; elle exige le respect absolu des droits, des libertés, des minorités et des contre-pouvoirs. Sans ces piliers, le vote perd sa légitimité démocratique, comme l’attestent l’histoire du nazisme et du stalinisme. L’accès d’Hitler au pouvoir avec seulement 33,1 % des voix rappelle qu’un régime autoritaire peut s’installer par les urnes, sur un fond de passivité d’une majorité de citoyens et d’alliances opportunistes. Des hommes politiques modérés étaient en effet persuadés de pouvoir canaliser des extrémistes en col blanc. L’histoire leur a donné tort et ils l’ont souvent payé de leur vie.

    2. L’engrenage vers le pire est nourri par tout extrémisme.

    Dans un contexte de perte de repères collectifs conduisant certains citoyens à préférer un ordre autoritaire aux libertés républicaines, le basculement s’est opéré parfois en quelques mois seulement, avec un affaiblissement de l’État de droit démocratique et de l’indépendance des contre-pouvoirs politiques, judiciaires et médiatiques. Avec aussi l’ouverture rapide de premiers camps pour des internements arbitraires.

    Ce processus mortifère repose sur des engrenages psychologiques et sociétaux puissants – comme l’effet de groupe et la soumission aveugle à l’autorité – qui peuvent transformer des citoyens ordinaires en complices voire en bourreaux. Lorsque les discours politiques s’égarent, ils libèrent des passions, des peurs et des haines qui conduisent vite à des violences mal maîtrisables. Alors le nouveau pouvoir se radicalise encore sous l’effet des contestations de ses opposants et des surenchères dans son propre camp, qui s’ajoutent souvent à des promesses fortes non tenues et à des provocations internes ou étrangères.

    3. Une alerte de l’histoire : l’antisémitisme comme symptôme et accélérateur des crises sociétales

    Dans l’histoire européenne, dans l’affaire Dreyfus comme sous le régime de Vichy, l’antisémitisme est un avertisseur et un accélérateur des désordres sociétaux. Aujourd’hui, le retour massif des actes antisémites à l’échelle mondiale comme le développement du racisme et de la xénophobie, révèlent des maux profonds de notre époque : la brutalisation de la société, l’inculture crasse nourrie par les réseaux sociaux, la montée des crispations identitaires, des inégalités, du ressentiment et des jalousies, l’augmentation des peurs. Mais il montre aussi, comme souvent dans l’histoire, une instrumentalisation cynique par des extrémistes sectaires et communautaristes soufflant sur les flammes de l’incendie antisémite. Pour ce faire, et depuis le stalinisme, l’antisionisme masque et aggrave souvent l’antisémitisme.

    N’oublions donc pas que l’histoire nous enseigne que l’antisémitisme et les racismes ont un potentiel explosif exceptionnel, menaçant la démocratie et la paix civile et justifiant une vigilance et une fermeté elles-mêmes exceptionnelles.

    4. Chacun peut résister, chacun à sa manière

    C’est le principal enseignement du courage des Justes que nous honorons aujourd’hui. Face aux persécutions individuelles et aux extrémismes de tous bords qui menacent la paix civile et l’État de droit, chaque citoyen possède le pouvoir d’agir, à son échelle et selon ses moyens. Des actes individuels ou collectifs ont aidé, protégé, sauvé, qu’ils soient héroïques ou en apparence plus anodins : un mot de soutien, un hébergement clandestin, un refus d’obéir… La passivité, plus encore que l’indifférence, est le principal facilitateur des persécutions, tandis que l’engagement éthique individuel est le dernier rempart des libertés lorsque la Justice n’est plus indépendante. Ces sursauts de conscience ont permis des milliers « d’actes justes », connus ou anonymes, qui ont permis de sauver des dizaines de milliers de vies humaines avant même que le rapport de force militaire ne soit inversé.

    C’est en effet la conscience morale qu’il faut alors écouter en chacun de nous. Par-delà les limites des lois parfois illégitimes et même de la raison parfois sans repères, la conscience morale nous rappelle l’humain comme valeur centrale et l’humanisme comme boussole.

    C’est aussi pour favoriser le réveil de cette conscience intime que, au nom de la mémoire des victimes et des Justes, la Fondation du camp des Milles en appelle à un véritable « courage de mémoire », celui d’appliquer dès aujourd’hui les leçons du passé, universelles et universalistes, pour combattre les engrenages enclenchés, le retour des haines, des discriminations et des violences, et pour faire de la mémoire un engagement concret au service de la démocratie, de la dignité et de la fraternité.

    Nous connaissons la phrase de Paul Eluard : SI L’ÉCHO DE LEUR VOIX FAIBLIT NOUS PÉRIRONS

    Qui d’entre nous est prêt à prendre ce risque vital, pour lui-même et les siens ?

    Une fois encore, au pessimisme de l’intelligence je préfère opposer l’optimisme d’une volonté aujourd’hui éclairée par les leçons de l’histoire, mais aussi la confiance en une jeunesse curieuse et sensible aux valeurs qui nous animent.

  • À Aix, les derniers messages d’Alain Chouraqui pour la démocratie

    À Aix, les derniers messages d’Alain Chouraqui pour la démocratie

    Au pied du Wagon du souvenir, juste en face du Camp des Milles où des milliers de juifs ont été internés, dont une centaine d’enfants, avant d’être déportés, officiels, représentants de la justice, élus et représentants d’associations, se sont rassemblés pour se souvenir des victimes des crimes racistes et antisémites, mais aussi des résistants « ordinaires », dénommés Justes parmi les Nations. Dix-huit, ont été identifiés comme ayant œuvré en faveur des internés du Camp des Milles. Ce soir, c’est aussi la dernière cérémonie officielle à laquelle Alain Chouraqui assiste en tant que Président de la Fondation du Camp des Milles, dont il est fondateur. Ce dernier, a annoncé quitter la présidence le mois dernier, quelque temps après avoir engagé les démarches pour inscrire le site au patrimoine mondial de l’Unesco. « C’est un moment particulier entre moi et la Fondation, confiait en amont de la cérémonie Alain Chouraqui. Il me semble que c’est le moment de rassembler, de mettre en avant les leçons de l’Histoire que nous avons fait émerger dans notre travail de recherche. » Avant de les développer, de revenir sur le travail de la Fondation, initiateur, Alain Chouraqui a d’abord exprimé son « dégoût » après avoir appris, ce même jour, « qu’à Paris a été brisée la plaque en hommage à trois Justes parmi les Nations qui sauvèrent un enfant juif ». Avant de s’atteler à rappeler des points majeurs « qui nous interpellent directement aujourd’hui ». En premier lieu, « la démocratie commence après l’élection (…) l’Histoire confirme qu’une légitimité démocratique ne repose pas seulement sur le suffrage universel : elle exige le respect absolu des droits, des libertés, des minorités et des contre-pouvoirs », rappelle-t-il. Le fondateur de la Fondation a également rappelé que « l’engrenage vers le pire est nourri par tout extrémisme », mais aussi, et surtout, que « chacun peut résister à sa manière (…) La passivité, plus encore que l’indifférence, est le principal facilitateur des persécutions ». La maire, Sophie Joissains, a rendu hommage au travail d’Alain Chouraqui
    « Il a voulu, avec une force immense faire en sorte que cette tuilerie, qui tombait en ruine à l’époque et que tout le monde souhaita voir disparaître – on n’aime pas avoir un souvenir pareil non loin de chez soi – puisse devenir le mémorial qu’il est aujourd’hui », a rappelé la première magistrate.

  • À Marseille Gilberto Bosques ouvrait la porte de l’espoir vers le Mexique

    À Marseille Gilberto Bosques ouvrait la porte de l’espoir vers le Mexique

    Il connaît parfaitement le parcours de Gilberto Bosques, le consul du Mexique en France, qui sauva des milliers de républicains espagnols en leur délivrant des visas pour le Mexique entre 1939 et 1942.

    Qui était Gilberto Bosques ?

    José Luis Morro : Gilberto Bosques fut professeur, journaliste et diplomate mexicain, né en 1892 à Chiautla de Tapia, Puebla. Il fut un combattant de la Révolution mexicaine et participa à la rédaction de l’article 3 de la Constitution mexicaine relatif à l’Éducation. Le Président du Mexique Lázaro Cárdenas, le nomma consul général en France en 1938. Il prit ses fonctions le 1er janvier 1939. Avec l’arrivée de dizaines de milliers de républicains espagnols durant les mois de janvier et février 1939, il entreprit la mission de visiter les camps où ils avaient été internés, les aidant à en sortir et à voyager vers le sol mexicain en leur délivrant des visas. Environ 25 000 d’entre eux purent ainsi se rendre au Mexique.

    À Marseille quelle fut son action pour aider les Espagnols, juifs et autres étrangers antifascistes ?

    J.L.M. : Avec la débâcle en juin 1940, Bosques transféra le consulat général à Marseille, inaugurant une période qui lui valut l’admiration pour son courage, sa dignité et sa grande humanité. L’accord franco-mexicain d’août 1940, fut utilisé par le consul pour intensifier l’aide envers ceux qui avaient tout perdu. Il loua deux châteaux, La Reynarde et Montgrand, où des centaines de républicains, d’antinazis et de juifs purent se mettre à l’abri des humiliations infligées par les collabos de Vichy et les phalangistes espagnols. Il parvint à faire sortir de Marseille des dizaines d’entre eux grâce à la « ligne de la Martinique ». Varian Fry, journaliste américain qui, depuis Marseille, a sauvé des centaines de Juifs et militants antinazis en les aidant à fuir, avait appris par Gilberto Bosques l’existence de cette voie maritime de salut. Il créa alors les célèbres « visas Bosques », un document indiquant que le réfugié était autorisé à voyager au Mexique dès que cela serait possible. Ce papier n’avait aucune valeur légale, mais il renforçait l’espoir des réfugiés de pouvoir embarquer vers une terre porteuse de nouvelles espérances.

    Quelles furent les circonstances de son arrestation par les Allemands ?

    J.L.M. : Tout cet engagement à aider les autres, entraîna son arrestation à l’ambassade de Vichy en novembre 1942, lorsque toute la France fut occupée. Il fut envoyé à Bad Godesberg près de Bonn, où il resta 14 mois. Il fut échangé en février 1944 contre des soldats allemands détenus aux États-Unis et au Mexique, puis envoyé à Lisbonne, où il embarqua sur un vapeur suédois à destination de Baltimore.

    Le 31 mars 1944, Gilberto Bosques, sa famille et les fonctionnaires diplomatiques arrivèrent à la gare de Buenavista, au Mexique, où des milliers de personnes les attendaient. La plupart étaient des personnes que Bosques avait aidées à échapper aux fascistes sur les terres dramatiques de la France de la Seconde Guerre mondiale.

  • [La guerre d’Espagne 3/3] Guerre, exil et résistance antifasciste

    [La guerre d’Espagne 3/3] Guerre, exil et résistance antifasciste

    Du 18 juillet 1936 jusqu’aux premières années de la « transition démocratique » après la mort de Franco le 20 novembre 1975, nombre de républicains espagnols exilés en France n’ont jamais cessé de mener la lutte antifasciste, ceux qui sont restés en Espagne, après la fin de la guerre ont subi la répression féroce, les emprisonnements, la torture, des dizaines de milliers ont été fusillés. Cette mémoire historique est racontée et transmise essentiellement par les familles et les descendants des républicains espagnols, par les associations mémorielles, et des historiens. Cependant, elle reste complètement occultée dans les livres d’histoire que ce soit en France ou en Espagne.

    À 90 années de distance, la guerre pour abattre la République espagnole, déclenchée le 18 juillet 1936 par le fascisme international et des généraux félons dont Franco, reste l’événement historique du XXe siècle à propos duquel sont produits aujourd’hui le plus d’études, de livres, de documentaires, qui soulèvent de nombreuses polémiques et aussi qui fait l’objet de diverses réécritures de l’histoire.

    Les historiens sont divisés entre ceux qui considèrent qu’il s’agissait d’une guerre civile, désignant les franquistes comme « nationalistes » mettant dos à dos victimes et bourreaux, et ceux, qui pensent plutôt qu’il s’agissait bien du prologue de la seconde guerre mondiale. Cette guerre d’Espagne, guerre d’indépendance contre le fascisme disaient les communistes espagnols, portait en elle tout ce que peut produire l’Humanité en bien ou en mal. La solidarité internationale avec les brigades internationales, la défense des valeurs de la République, mais aussi les trahisons, les luttes intestines qui opposaient ceux qui donnaient la priorité à l’union pour combattre le fascisme, et ceux qui pensaient que l’heure de la révolution était arrivée. Les uns, les communistes, étaient à l’origine de la constitution d’une armée populaire, et fervents défenseurs du « Frente Popular » et de la lutte antifasciste, les autres, notamment anarchistes et POUM voulaient faire de cette guerre, une guerre révolutionnaire.

    Mais, c’est bien l’intervention des forces fascistes et nazies, italiennes et allemandes en Espagne, accompagnée par la politique criminelle de non-intervention de la France et l’Angleterre, qui sont la principale cause de la chute de la République espagnole.

    En février 1939, les troupes franquistes appuyées par l’aviation italienne bombardent les populations civiles qui se dirigent vers la frontière française. De janvier à février un demi-million de républicains espagnols va traverser les Pyrénées. Plus de 200 000 vont être enfermés dans des camps de concentration sur les plages du Roussillon et en Afrique du Nord après le 31 mars. La France de la troisième République, va nommer Pétain comme ambassadeur auprès de Franco alors que la République continue de résister à Madrid et dans le centre. Le 31 mars 1939, après trois années de résistance héroïque le peuple espagnol va basculer dans une terrible dictature qui fera davantage de morts pendant les années d’après-guerre que pendant. On estime à plus de 100 000 les victimes du franquisme qui gisent dans des fosses et dont les familles sont toujours à la recherche.

    La nomination de Pétain à Burgos a été une ultime trahison de la France républicaine qui s’apprête à livrer le pays à Hitler. Un visage de la France loin de l’image qu’avaient les républicains espagnols du pays des droits de l’Homme. Comme il était prévisible, les nazis vont occuper la France, les républicains espagnols seront parmi les premiers à prendre les armes pour libérer le pays, aux côtés des résistants français poursuivant ainsi leur lutte contre le fascisme. Quelques décennies plus tard leur Mémoire nous appelle à la vigilance.

  • [C’est l’été] Balade Marcel Pagnol à Aubagne

    [C’est l’été] Balade Marcel Pagnol à Aubagne

    Au cœur du Domaine de la Font de Mai, au pied du Garlaban un passionné vous guidera sur les lieux qui ont inspiré l’œuvre littéraire et cinématographique de Marcel Pagnol pour un moment suspendu à la croisée de la mémoire, de la nature et de la culture.

    Infos : tourisme-paysdaubagne.fr. 12 euros

  • [Passerelle interculturelle] « Dear You » : un film chinois sur la mémoire des familles d’outre-mer présenté en avant-première à Paris

    [Passerelle interculturelle] « Dear You » : un film chinois sur la mémoire des familles d’outre-mer présenté en avant-première à Paris

    Organisée conjointement par l’Amicale des Teochew de France et le distributeur Trinity CineAsia, cette projection a réuni près de 200 invités, dont des représentants de la communauté chinoise en France, des personnalités locales et de nombreux spectateurs venus découvrir une œuvre profondément ancrée dans la mémoire des Chinois d’outre-mer.

    Réalisé par Lan Hongchun, Dear You est un film familial tourné principalement en dialecte teochew. À travers l’histoire d’un jeune homme qui part en Thaïlande à la recherche de son grand-père disparu, le film fait remonter à la surface un passé longtemps enfoui : celui des familles originaires de Chaoshan, dans le sud de la Chine, séparées par l’émigration, le travail outre-mer et le silence des générations précédentes.

    Au cœur du récit se trouve le « qiaopi », une forme particulière de correspondance qui associait lettre familiale et envoi d’argent. Pendant des décennies, ces lettres ont relié les émigrés chinois installés en Asie du Sud-Est à leurs familles restées au pays. Dans le film, ces fragments de papier deviennent les témoins d’une histoire intime, mais aussi collective : celle de l’exil, de l’attente, du devoir familial et des sentiments rarement exprimés. Sans grands effets spectaculaires ni casting de vedettes, Dear You a rencontré un fort écho en Chine grâce à la sincérité de son récit, à l’usage du dialecte local et à la force émotionnelle de son sujet.

    Résonance particulière dans le 13e arrondissement de Paris

    La tenue de cette avant-première dans le 13e arrondissement de Paris revêt une signification particulière. Quartier emblématique de la présence asiatique dans la capitale française, il constitue un lieu de mémoire, de transmission et de rencontre entre les générations. Pour de nombreux spectateurs issus de la diaspora chinoise, le film ne raconte pas seulement une histoire venue de Chine : il fait écho à des trajectoires familiales, à des langues parfois transmises à voix basse, et à des souvenirs que le cinéma permet de rendre visibles. À travers cette projection, Dear You ouvre également une fenêtre sur la diversité du cinéma chinois contemporain. Il montre qu’une œuvre profondément locale, enracinée dans une langue régionale et une histoire familiale spécifique, peut toucher un public bien au-delà de son territoire d’origine. En France, où le film doit sortir en salles au début du mois de septembre 2026, cette première rencontre avec le public parisien marque une étape importante dans la circulation internationale d’un récit chinois à la fois intime, populaire et universel.

    Plus qu’un simple film familial, Dear You apparaît ainsi comme une lettre adressée aux générations passées, mais aussi aux descendants qui cherchent aujourd’hui à comprendre d’où ils viennent.

    « Passerelle interculturelle », est un espace dédié aux échanges d’idées et de perspectives entre la France et la Chine. Chaque lundi, grâce à des entretiens avec des personnalités françaises et chinoises ou des sujets sur les deux pays, notre ambition est de créer un pont entre deux traditions intellectuelles, deux sensibilités et deux visions du monde.

  • [Week-end] L’esprit de 1936 : un sursaut face au fascisme

    [Week-end] L’esprit de 1936 : un sursaut face au fascisme

    Souvent financées par l’Italie et revancharde contre une République, affaiblie et instable avec six gouvernements se succédant de juin 1932 à février 1934, qu’ils n’avaient jamais admise, les Ligues d’extrême droite vont mobiliser leurs partisans et tenter de prendre d’assaut l’Assemblée nationale le 6 février 1934. La police tire pour disperser les manifestants, il y aura 15 morts et 1 440 blessés, dont 57 par balles.

    « Regroupés sous le terme générique de « ligues », ces groupes se nourrissent pêle-mêle de corporatisme, d’antiparlementarisme, de nationalisme, d’anticommunisme, de xénophobie, de racisme et d’antisémitisme, le tout inspiré de Boulangisme et de Bonapartisme, mais surtout de l’expérience politique de l’Italie mussolinienne et, dans une moindre mesure, de celle de l’Allemagne hitlérienne », rappelle l’historien Jean Domenichino, auteur avec Xavier Daumalin de 1936, le Front populaire, Marseille et sa région (Editions Jeanne Laffitte). « C’est cet événement, bien plus que les violences elles-mêmes, qui enracine l’idée qu’il existe un véritable danger fasciste en France, avec des mouvements capables de prendre le pouvoir en dehors de tout processus électoral légal. Et c’est de cette crainte que surgit véritablement le Front populaire. »

    Le choc est énorme, les fascistes ont failli renverser la République et la riposte va être à la hauteur partout en France. Dès le 9 février, le parti communiste organise une première manifestation, suivie le 12 par un appel des syndicats CGT et CGTU, rejoints par les partis politiques de gauche.

    « A Marseille, la journée du 6 février 1934 n’avait été marquée que par le défilé sur la Canebière de quelques centaines de membres de l’Action françaises, de jeunesses patriotes et autres groupes factieux qui s’étaient heurtés sans grand dégâts aux militants communistes », racontait Jacqueline Cristofol, dont le mari Jean Cristofol sera ensuite révoqué de la douane pour fait de grève, dans Batailles pour Marseille (Flammarion). « Dans la matinée du 12 février 1934, cinquante mille manifestants, derrière des centaines de drapeaux rouges, occupaient la rue, socialistes et communistes côte à côte, défilant et se dispersant dans le calme, alors que dans l’après-midi, en réponse à la manifestation du matin, les factieux appelaient à l’émeute. »

    Ainsi, sur La Canebière des coups de feu sont tirés depuis une voiture peinte en rouge sur des responsables de la Sûreté devant le Palais de la Bourse. Les pistolets mitrailleurs et les pistolets automatiques font plusieurs blessés et tuent un passant. La voiture sème la terreur rue Pavillon, quai de la Fraternité et rue de la République. On arrête des truands de la bande de Carbone. L’un d’entre eux, Liotardo, le propriétaire du véhicule, se suicide fort opportunément dans sa geôle de l’Evêché. Les trois autres en profitent pour le charger et sont acquittés par la cour d’assises le 28 mars 1936. Car à Marseille, les militants ouvriers ont face à eux le fasciste et futur collaborateur Simon Sabiani, bientôt vice-président du PPF de Jacques Doriot, soutenu par les voyous Carbone et Spirito.

  • [Guerre d’Espagne] La solidarité internationale au départ de Marseille

    [Guerre d’Espagne] La solidarité internationale au départ de Marseille

    Le premier contingent, 800 volontaires internationaux, fit la traversée jusqu’à Alicante au départ de Marseille le 10 octobre 1936 à bord du « Ciudad de Barcelona », navire réquisitionné par le gouvernement républicain dès le début de la guerre et qui fut l’un des moyens de passage pour les volontaires étrangers se rendant en Espagne.

    Dans son livre sur le bataillon « Commune de Paris », le brigadiste français Pierre Rebière fait le récit de ce premier voyage du bateau : « Nous sommes à présent 800 sur ce bateau et nous levons l’ancre le soir même. Les ouvriers et surtout les dockers qui ont travaillé tout ce dimanche gratuitement pour charger le bateau de vivres, voudraient manifester au moment du départ (…) Une « Internationale » monte puissante dans la nuit venant du quai. De nombreux volontaires vont vers l’arrière du bateau pour voir encore Marseille qui disparaît de plus en plus. Beaucoup songent que c’est sans doute la dernière fois qu’ils voient la France. Alors, et alors plus sincèrement, comme on se sent amoureux de son pays et combien on est fier des sacrifices pour que la terre qui vous a vu grandir, qui referme les parents et les aïeux, où restent les amis, la famille, ne soit pas déchirée par ceux-là même qui rendent la vie si dure aux peuples dans tous les pays. La dernière nuit sera inquiétante car on passe vers les Baléares, on a interdit la lumière ». Le « Ciudad de Barcelona » atteindra Alicante le 13 octobre

    D’autres bateaux effectuèrent des traversées. Les départs avaient lieu dans le plus grand secret et de nuit. Le PCF, le Secours Rouge International, les syndicats CGT de marins et dockers marseillais organisaient ces traversées en sachant que des sous-marins italiens en Méditerranée surveillaient les va et viens des navires de la République espagnole.

    Le « Ciudad de Barcelona » lors d’une traversée sera coulé au large de Malgrat de Mar le 29 mai 1937, un village côtier à 60 kilomètres au Nord de Barcelone. Ce fut son dernier voyage, il transportait plus de 300 brigadistes embarqués à Marseille. il y avait à bord : des Français, des Américains, des Canadiens, des Anglais, des Allemands, des Italiens… 46 à 65 brigadistes périrent noyés, pus de 100 autres passagers et membres d’équipages disparus. 130 survécurent grâce à l’intervention rapide des pêcheurs de Malgrat.