Tag: mémoire

  • [Expo] Être civil dans l’Hérault pendant la Seconde Guerre mondiale

    [Expo] Être civil dans l’Hérault pendant la Seconde Guerre mondiale

    Face aux horreurs des guerres, les populations civiles sont les premières impactées. Des drames et des tragédies que le Département de l’Hérault a voulu mettre en lumière avec sa nouvelle exposition au domaine Pierrevives, jusqu’au 9 mai 2026. Intitulée « Vivre la guerre en Hérault », celle-ci explore le quotidien des habitants durant la Seconde guerre mondiale. L’occupation, les rationnements, la répression, la collaboration, la résistance : aucun aspect n’est oublié, tous représentés par une multitude d’objets et de documents d’époque.

    L’exposition est découpée en quatre parties thématiques. La première, « Sauver », s’attache à montrer la défaite française sous un angle politique. « C’est une sorte de face-à-face entre Pétain et de Gaulle. On montre comment Pétain, qui au départ jouit d’une opinion plutôt favorable et est vu comme le sauveur de la France, l’homme providentiel, va au fur et à mesure devenir le traître », détaille Véronique Sassetti-Aguilera, conservatrice du patrimoine en chef aux Archives départementales de l’Hérault et commissaire de l’exposition. L’inverse de de Gaulle, vu d’abord comme un traître par les institutions avant de devenir l’homme providentiel.

    Un salon reconstitué

    Très vite, le régime de Vichy se met en place et débute avec lui la collaboration avec l’occupant allemand. Un climat de terreur s’installe et il faut donc « Survivre » pour beaucoup d’Héraultais. « On traite des difficultés de ravitaillement, on reconstitue l’intérieur d’un salon des années 1940, on expose des objets insolites comme un poste TSF, des documents de propagande », poursuit Véronique Sassetti-Aguilera. L’absence des prisonniers de guerre puis la mise en place du STO viennent compléter ce sombre tableau. « Il y a vraiment un aspect peur et discrimination puisque Vichy est une administration pléthorique qui enquête sur tout, surveille tout le monde. C’est vraiment un État autoritaire pratiquant des révisions de naturalisation, des lois antisémites, etc. », insiste la commissaire d’expo.

    Dès lors, les Héraultais se sont tournés vers la Résistance ? Pas vraiment, comme le montre la troisième partie, « Collaborer vs résister ». « C’est une période trouble, les choix de collaboration ou de résistance sont exceptionnels, la majorité de la population ne se positionne pas. Elle fait ce qu’elle peut dans un sens ou dans l’autre, en fonction des opinions, parfois par opportunisme. La contingence du quotidien peut également jouer, quand le mari est prisonnier de guerre et que l’on doit nourrir sa famille, cela peut être difficile de se positionner. C’est de la réprobation ou de l’acceptation silencieuse », observe Véronique Sassetti-Aguilera, illustrant ces propos par des Héraultais allant acclamer Franco lors de sa rencontre avec Pétain à Montpellier, en 1941 – le maréchal avait d’ailleurs pris le soin d’interner préventivement des réfugiés espagnols installés à Montpellier au camp d’Agde – tout en écoutant Radio Londres. De l’autre côté, des parcours de vie de résistants locaux sont mis en lumière – notamment Laure Moulin – afin de montrer « qu’il n’existe pas de profil type du résistant ».

    Vient ensuite la fin de la guerre, la libération du département et la « Reconstruction ». « C’est refaire société après la fracture qu’a été la Seconde guerre dans la société française. Avec le travail d’épuration judiciaire et extrajudiciaire, la création de l’État providence, le retour des déportés et des prisonniers. Enfin le droit de vote des femmes et la construction de l’Europe et la réconciliation franco-allemande », énumère Véronique Sassetti-Aguilera.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : l’alimentation, une bataille de classe

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : l’alimentation, une bataille de classe

    Nous avons développé les mutuelles d’achat de bouchers, 16 groupes qui réunissaient 420 bouchers sur 800 à Marseille. Malgré les difficultés nombreuses, la population marseillaise n’a pas été privée de viande pendant de longues périodes. Elle nous valut des lettres de remerciements. La pêche locale qui rapportait, cinq tonnes par jour, était insuffisante pour les besoins de Marseille qui étaient de 50 tonnes par jour. Nous sommes intervenus auprès des UD, situées autour de l’Océan pour nous aider. Nous avons pu ainsi développer les arrivages de l’Océan en encourageant la création de mutuelles directes de poissonniers qui groupaient 50% des détaillants et ont fonctionné à partir de janvier 1947, Les arrivages passèrent 430 tonnes par mois, quantité qui permit de respecter les prix taxés pour la première fois.

    Hausse des prix et salaires

    Nos comités de lutte s’acharnaient aussi contre les trafiquants et obtenaient des résultats : fermeture pour trois mois de deux moulins de la société française qui étaient les plus importants sur la place de Marseille, ouverture d’une instruction contre A., gros trafiquant de porcs que nous avions fait arrêter mais qui fut vite relâché, fermeture pour trois mois de l’établissement C. et C., importants grossistes en épicerie de Marseille, qui avaient détourné trente tonnes de sucre. En résumé, notre action a certes porté ses fruits, nous avons freiné la hausse des prix de détail, mais je reconnais que nous étions incapables de la stopper. Le ministre Philips avait fait monter les prix de gros : ils dépendaient en grande partie des comités d’entreprise dont l’activité avait été très faible par rapport aux comités de lutte contre la hausse des prix. J’avais d’ailleurs dénoncé cette faiblesse lors du congrès de la CGT de 1947 : nous avions obtenu de magnifiques résultats. Notre activité n’était contestée par personne, bien au contraire, et nous donnait la possibilité d’obtenir plus, mais nous n’étions pas seuls. Nos adversaires, partisans du pouvoir personnel et du retour aux méthodes vichyssoises, nous attaquaient et développaient la thèse de la classe ouvrière et la démocratie étaient en recul. Même les minoritaires de la CGT nous accusaient d’avoir été incapables d’appliquer la baisse des prix, prétexte qui permettait d’attaquer l’orientation générale de la CGT, passant sous silence les causes réelles du succès de nos adversaires. Certains ne voulaient pas gêner les vrais responsables de la hausse de prix de gros. Analysant les frais précis de l’augmentation des prix à la conférence nationale, nous démontrions chiffres en main et force à l’appui, aux représentants des ministères du Travail, des Finances (d’en convenir ainsi que les patrons d’ailleurs) la validité de nos analyses. Ainsi, « 25% d’augmentation des salaires pourraient être accordés sans répercussion réelle sur le coût de la vie ». La contre-offensive patronale n’a pas tardé à se produire car ces messieurs ne pourraient sans réagir porter atteinte à leur marge de profit.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Entretien] Michèle Bitton : « Gaston Crémieux s’est inscrit dans les luttes pour la République »

    [Entretien] Michèle Bitton : « Gaston Crémieux s’est inscrit dans les luttes pour la République »

    La Marseillaise : Nous allons commémorer dimanche l’anniversaire de l’exécution de Gaston Crémieux. Aujourd’hui, que reste-t-il de sa mémoire
    à Marseille
     ?

    Michèle Bitton : Le premier de ces lieux de mémoire à Marseille, chronologiquement, c’est son caveau au carré israélite du cimetière Saint-Pierre. Il a été enterré tout de suite après son exécution, son corps a été donné immédiatement à la famille, ce qui n’est pas toujours le cas. Mais ce n’est que l’année d’après qu’un monument funéraire a été élevé, qui existe toujours. Il est indiqué dessus : dédié à Gaston Crémieux, par sa femme et les républicains de Marseille, parce qu’ils ne pouvaient pas en dire plus, en 1872… Une plaque a été apposée au pied de ce monument dans les années 1880, par l’Association culturelle des juifs du pape. Et il y a le boulevard Gaston-Crémieux dans les années 1920, sous la mandature du premier maire socialiste de Marseille, Siméon Flaissières. Durant la Seconde Guerre mondiale, le boulevard a été débaptisé, mais ce n’était pas le seul. Et ce n’est qu’en 2021, pour le 150e anniversaire de la Commune, après le changement de municipalité à Marseille, que Benoît Payan a fait apposer une plaque au Pharo. Il y avait eu des tentatives auparavant, par les Amis de la Commune de Paris, de mettre une plaque là-bas, qui avait été arrachée.

    Sur le boulevard Gaston-Crémieux, il est présenté comme un leader de la Commune de Paris, pourquoi celle de Marseille reste dans l’ombre ?

    M.B. : C’est une grosse erreur que j’ai signalée… Mais la Commune de Marseille n’a pas autant d’envergure. La Commune de Paris avait des ambitions que Marseille n’a pas eu le temps d’avoir, elle n’a duré que treize jours, et il n’y a eu durant ces treize jours que des luttes internes, ils n’ont pas eu le temps de promulguer des décrets qui auraient fait sa gloire, comme à Paris.

    Qu’est-ce que le travail d’avocat de Gaston Crémieux reflète des luttes sociales à Marseille à la fin du XIXe ?

    M.B. : C’était l’époque où les premiers socialistes se battaient pour abattre l’Empire. Il s’est inscrit dans ces luttes pour la République. Il n’a jamais été adhérent de l’Association internationale des travailleurs, mais il a beaucoup aidé les syndicats ouvriers à se constituer. À l’époque, c’étaient des associations mutuelles, de prévoyance, professionnelles, pour la transmission du savoir-faire. Il les aidait à rédiger leurs statuts, faisait des conférences populaires pour éclairer le peuple, leur apprendre le fonctionnement des institutions.

    Lesquelles de ses plaidoiries
    vous ont marquée ?

    M.B. : Une femme avait été accusée parce qu’elle avait été agressée par un homme, qui voulait l’épouser. Elle lui avait balancé du vitriol à la figure. Il a gagné le procès, elle n’a pas été condamnée. Et surtout il y a eu le procès très fameux, moins politique, moins féministe, l’affaire des empoisonneuses. C’étaient des femmes qui avaient empoisonné leurs maris, avec l’aide de leurs amants. Elles devaient être condamnées à mort, il a réussi à éviter qu’elles ne soient pas condamnées à mort. On ne lui connaît pas dans sa carrière de défense de grande cause politique, mais il a pris une grande part à la campagne électorale de Gambetta, le premier député socialiste élu à Marseille, en 1869.

    Pourquoi Gaston Crémieux a-t-il été le seul dirigeant politique de la Commune de Marseille à avoir été fusillé ?

    M.B. : Ça, c’est la grande question. Il y a eu trois hommes condamnés à mort dans le même procès, au mois de juin 1871. Étienne et Pélissier ont été graciés, mais pas Gaston Crémieux. L’avocat Roger Vignon, dans son livre, considère que c’est un procès inique, parce que sur la cinquantaine de questions auxquels devaient répondre les juges, pour savoir par exemple s’il avait été coupable « d’embaucher les soldats », la réponse a été non. Et il a été quand même condamné. Et sa condamnation a été maintenue.

    Des lieux de mémoire restent à créer ?

    M.B. : Le comité des Amis de la Commune Gard-Cévennes se bat depuis des années pour faire apposer une plaque sur sa maison natale. Et je suis en train de travailler sur les 26 condamnés à mort fusillés en France. Il y a eu 110 condamnés à mort en France après la Commune, et 26 ont été maintenus après que la commission des grâces ait refusé de leur accorder leur grâce. Dont Gaston Crémieux à Marseille, et deux soldats qui ont refusé de tirer sur les communards, qui ont été fusillés au Pharo. S’il y a une stèle installée, ce sera bien de rappeler ces soldats. Un autre lieu de mémoire qu’on essaie de mettre en place, c’est à la Plaine. Il y avait une grande salle de spectacle, l’Eldorado, au 22, place Jean-Jaurès. Dans cette grande, le 22 mars 1871, Gaston Crémieux a prononcé un discours fameux qui a été à l’origine de la Commune de Marseille. Le lendemain, la préfecture avait appelé à une manifestation en faveur de Versailles, et les Marseillais n’étaient pas d’accord et ont manifesté en solidarité avec la Commune de Paris. L’année dernière, nous avions fait un pochoir à cet endroit. On aimerait bien que ce soit pérenne.

    Rendez-vous ce jeudi à partir de 16h30
    à la brasserie le Terminus, entrée libre
    et gratuite dans la limite des places disponibles. La présentation sera précédée d’un dépôt de gerbe devant la plaque commémorative de Gaston Crémieux.

  • Les témoins de l’horreur nucléaire mobilisés pour la paix

    Les témoins de l’horreur nucléaire mobilisés pour la paix

    « Nous sommes venus vous montrer ce qui se passerait si on utilisait la bombe atomique aujourd’hui », lance Yuhi Shimada aux élèves du collège Éluard de Port-de-Bouc, à l’occasion d’une rencontre organisée par le Mouvement de la paix au cinéma le Méliès. Le Japonais de 26 ans est membre de Nihon Hidankyo, association des victimes des bombardements de Hiroshima et de Nagasaki par les États-Unis en 1945, appelés Hibakushas. Avec eux, les membres de l’association ont apporté des clichés montrant les plaies et les corps calcinés par la bombe atomique.

    Leur déplacement s’effectue dans le cadre d’un tour de France de la paix, après avoir remporté le Prix Nobel de la paix en 2024 pour leur action contre les armes nucléaires. Un sujet bien loin du quotidien des élèves faisant face à la délégation japonaise. Emiko Honma, fille d’une irradiée par les bombes, leur rapporte les témoignages « des corps brûlés et des bâtiments effondrés jonchant les rues » de Hiroshima, peu après le bombardement du 6 août 1945. Mais aussi « les préjugés sur les personnes exposées aux radiations, la peur de mourir soudainement d’une maladie et la culpabilité d’avoir survécu ».

    « Faire reconnaître un crime de guerre des USA »

    Un collégien demande pourquoi ces bombes ont été utilisées. Saburo Sugasawa, du Mouvement de la paix japonais, pense que « les grandes puissances se battaient à l’époque pour dominer le monde, et le pays qui aurait l’arme nucléaire avant tout le monde gagnerait ce combat. Les États-Unis ont fait un essai à échelle humaine de la leur », affirme le militant, précisant que « le Japon n’avait plus les moyens de continuer la guerre » à ce moment.

    Une collégienne s’interroge : « Est-ce que des pays ont aidé le Japon après les bombes ? » Yuhi Shimada répond qu’« aucun pays n’est venu en aide au Japon après le bombardement. C’est une raison pour laquelle le nombre de morts à Hiroshima est passé de 70 000 au moment de l’attaque à 140 000 à la fin 1945, car énormément de victimes n’ont pas pu être aidées après la bombe. » Emiko Honma ajoute que « les États-Unis et le gouvernement japonais ont caché ces horreurs ». Saburo Sugasawa abonde : « Pendant près de dix ans après l’attaque, l’armée
    américaine empêchait les Hibakushas de parler de ce qu’ils avaient vécu, par la censure.
     »

    « Nous luttons pour faire reconnaître le largage de ces deux bombes comme un crime de guerre », complète Saburo Sugasawa, avant de développer : « Les pays comme la France, qui possèdent cette arme, doivent s’en débarrasser. » Il invite les élèves à « faire entendre les citoyens qui n’en veulent pas et à faire ratifier le traité d’interdiction des armes nucléaires par la France ».

    Un devoir de mémoire nécessaire pour Emiko Honma. « Il ne reste que 9 000 Hibakushas, dont l’âge moyen est de 85 ans. On arrive au moment où ils vont disparaître. Et il y a une chose plus horrible que Hiroshima et Nagasaki, c’est que le monde oublie ce qu’il s’est passé », conclut l’Hibakusha.

    À Martigues, ville engagée

    « La paix est un choix », pour le maire (PCF) de Martigues, Gaby Charroux. L’édile a accueilli la délégation d’Hibakushas, mardi à l’hôtel de Ville, avant leur rencontre avec les collégiens à Port-de-Bouc. « Martigues est une ville profondément attachée à la paix. Nous avons rejoint l’appel des villes pour la ratification par la France du traité contre les armes nucléaires, qui sont une menace pour l’humanité », affirme Gaby Charroux.

    Élisabeth Grand, du Mouvement de la paix de Martigues, rappelle que « ces bombes continuent de blesser » et exige de même que « la France signe le traité, abandonne l’économie de guerre et se prépare face au danger plus imminent du changement climatique ».

  • Denise Toros-Marter transmet le flambeau de la mémoire

    Denise Toros-Marter transmet le flambeau de la mémoire

    Le calme règne, dans le CDI du collège Albert-Camus. Assis sur des chaises disposées en demi-cercle, les 26 élèves de la 3e B ne font aucun bruit. Seul un son du froissement de papier persiste, alors que Denise Toros-Marter farfouille dans ses affaires pour trouver ses fiches. Les adolescents, qui participent au Concours national de la Résistance et de la Déportation, savent la gravité du récit qui va leur être fait. Ils se préparent.

    Après avoir mis la main sur ce qu’elle cherchait, la survivante du camp de concentration d’Auschwitz témoigne. Elle raconte comment, dès 1940, la population juive a dû se soumettre aux premières mesures raciales. « On doit se déclarer à la préfecture. Commencèrent alors les arrestations et les déportations. »

    Raconter coûte que coûte

    Elle raconte comment, alors qu’elle n’a que 16 ans, sa famille est dénoncée par son voisin « qui perçoit 50 francs ». Elle raconte l’internement, au siège de la Gestapo, 425, rue Paradis, le transfert aux Baumettes puis à Drancy avant de rejoindre Auschwitz.

    Elle évoque aussi la prise de conscience, le choc, quand la réalité de l’horreur saute aux yeux. « Au bout de quelques jours, on comprend qu’il y a des chambres à gaz. » Elle raconte l’enfer, « la faim, la soif, les coups », les « hurlements des enfants ». « J’ai la varicelle, on me transfère dans un hôpital, se remémore-t-elle. Je suis gangrenée par le froid. De mon pied, je n’ai plus qu’un demi-orteil. » Elle raconte aussi la peur, chaque jour, d’être sélectionnée par les nazis. « J’avais une amie qui se passait de la betterave sur les joues pour paraître en meilleure forme et échapper aux chambres à gaz. »

    Et puis la Libération, le 27 janvier 1945. Le rapatriement en France, en juin. L’annonce de la mort de ses parents et de sa grand-mère. La nécessité absolue de raconter, de « transmettre ce qu’a été cette guerre, cette horreur qu’a été la solution finale, pour que plus jamais le racisme ne mène à ça » et la création de l’Amicale des déportés d’Auschwitz.

    À la sortie de la rencontre, les élèves sont prêts à prendre la relève de cette mémoire. « J’espère que ça ne se reproduira plus jamais », s’émeut Norchine, pour qui lutter contre la montée du fascisme et de la haine passe par « raconter à notre tour ces années sombres, à nos proches, à nos enfants plus tard ».

    C’est tout l’objet du travail mené dans le cadre du Concours national de la Résistance et de la Déportation. « On a filmé la venue de Denise Toros-Marter pour diffuser son témoignage dans d’autres classes », explique Marie. Sa professeure principale, Virginie Peugnet-Wysocki, détaille : « Ce sont désormais eux qui partagent, c’était important de vraiment leur passer ce flambeau. Si on leur dit que c’est à leur tour, il faut leur donner la main, et c’est ce qu’on fait. »

  • Courir pour se souvenir du génocide arménien

    Courir pour se souvenir du génocide arménien

    La Course pour la mémoire va prendre ses quartiers sur la corniche Kennedy. Comme depuis 2021, cette épreuve se tiendra en bord de mer, à Marseille, de Malmousque à Talabot. La ligne de départ/arrivée a été placée une nouvelle fois au niveau de la plage des Prophètes. Une boucle de 5 kilomètres mis en place, qui sera à parcourir deux fois pour les coureurs étant présent sur le 10 kilomètres.

    Cette course pour la mémoire est un support pour rendre hommage du génocide arménien. L’épreuve sportive a été créée, dans la cité phocéenne, 100 ans après les événements qui ont conduit à la mort de 1,2 à 1,5 million de personnes dans l’ex-empire ottoman. Une compétition qui se veut contre « tous les génocides et le négationnisme ».

    Des inscriptions records en 2025

    850 participants en 2024 et bien plus cette année. Les organisateurs de la course pour la mémoire ne s’attendaient pas à un tel afflux de personnes et ont dû boucler leurs inscriptions plus tôt que prévu. Ils seront précisément 2 070 au départ des trois différentes épreuves prévues dimanche matin. 1 282 dossards ont été vendus pour le 10 km, 508 sur le 5 km et 280 coureurs prendront part au 5 km marche. « Sold out cette année ! Si on avait continué à prendre les demandes, on atteignait les 3 000 ! » nous disait il y a quelques semaines Pascal Chamassian, fondateur et président d’honneur de l’association Courir pour la mémoire.

    Surtout que l’événement aurait dû se dérouler le mois dernier. Il était prévu le 19 octobre dernier, au cœur d’un mois de l’inclusion dont Marseille en rose et Marseille-Cassis étaient les courses majeures. Finalement, il se déroulera durant le dispositif La Voie est libre, ouvrant exclusivement la corniche aux piétons, vélos ou autres trottinettes. Avec pas plus de 10 degrés au thermomètre, d’après les prévisions, il faudra être courageux pour courir en bord de mer, ce dimanche matin.

  • Le prix Alfred-Nakache met 79 collégiens à l’honneur à Marseille

    Le prix Alfred-Nakache met 79 collégiens à l’honneur à Marseille

    « Alfred Nakache était un nageur juif déporté à Auschwitz. Il y a perdu toute sa famille. » À la fin de guerre, « il est revenu nager au Cercle des nageurs et y a battu un record du monde », rappelle Christina, 13 ans. Cette élève du collège Notre-Dame de la Major se dit très « fière » d’avoir participé à ce relais de natation inter-collèges dans une « super ambiance ». La 4e édition du prix Alfred-Nakache s’est tenue jeudi au Cercle des nageurs de Marseille (CNM), sur l’initiative du Fonds social juif unifié (FSJU) en collaboration avec le Département.

    « Le but est d’inscrire des initiatives dans la cité, nous tenons aux valeurs de laïcité et de République. L’éducation est majeure tout comme la culture et les valeurs universelles du sport », explique Lionel Stora, président du FSJU. Cette année la compétition a réuni six collèges et 79 élèves. Les vainqueurs pourront offrir à quatre élèves ne sachant pas ou peu nager, des cours collectifs pendant un an au CNM. « Chaque année, ils savent qu’ils ne gagnent pas pour eux mais ils s’arrachent », décrit fièrement la professeure d’EPS du collège Gaston-Defferre, entre deux cris d’encouragement. Avec une moyenne de 2 minutes 31 pour 50 m, son établissement termine deuxième derrière Gyptis. Tous se félicitent sous les applaudissements. « Un prix pour celui qui nage le plus vite mais surtout qui s’allie avec un devoir de mémoire », affirme Martine Vassal, présidente (DVD) du Département. Chaque élève a pu repartir avec Le nageur de Pierre Assouline, une biographie d’Alfred Nakache. Sa présence « permet de nourrir la réflexion et met la littérature de haut niveau à la portée des collégiens », estime Lionel Stora.

    Dans une ville où un jeune sur trois ne sait pas nager, la solidarité est à l’honneur pour la nouvelle génération.

  • Mort de Mehdi Kessaci : pourquoi ils marcheront samedi

    Mort de Mehdi Kessaci : pourquoi ils marcheront samedi

    Robin Renucci, directeur du théâtre de La Criée

    « L’Appel de Marseille que j’ai signé reflète la diversité d’une société civile solidaire et aujourd’hui aux côtés d’Amine et sa famille. Si on veut que les choses bougent, il faut comprendre le diagnostic porté depuis des années. J’ai envie qu’on rappelle les causes de cette violence qui prospère sur le chômage, la pauvreté, l’absence de perspective. [Je veux] parler d’éducation nationale, artistique, populaire, qui doit offrir à chaque jeune des savoirs émancipateurs. Parler aussi de l’accès aux transports, à la santé, de la réduction des inégalités sociales ou culturelles. À la Criée, nous menons des actions qui permettent à la population de nous rejoindre, de la représenter. La question c’est que faire pour que ces quartiers, invisibles, puissent s’asseoir à la table de la démocratie, et rompre le cycle du désespoir. »

    Audrey Cermolacce, membre du conseil national du PCF

    « Je trouve Amine très courageux, je veux lui dire qu’il n’est pas seul. On l’accompagnera, comme on accompagne toutes les victimes liées de près ou de loin à ce fléau. Je partage son avis de remettre de la République dans les quartiers, qu’il faut travailler contre l’échec scolaire, qu’il faut plus de services publics, de médiation. Je suis sûre qu’in fine c’est la solution, on ne peut pas parler que de répression même si l’aspect sécuritaire doit y être. Née dans le 15e, je suis issue des quartiers populaires. Le premier meurtre auquel j’ai eu affaire j’avais 18 ans, c’était le frère de ma meilleure amie. Et ça m’avait touché. Il aura fallu que le frère d’un militant politique soit assassiné pour que l’Élysée réagisse, c’est dramatique. J’espère aussi que le Parquet national anti-criminalité ne sera pas qu’une vitrine. »

    Françoise Risterucci, responsable CGT des territoriaux de la Ville de Marseille

    « J’ai mal pour Amine, sa famille. Le narcotrafic découle de l’abandon des quartiers, il n’y a plus de social, de services publics, plus ce lien. Les gamins n’ont plus rien. Je travaille dans des écoles où quand on leur demande ce qu’ils veulent faire plus tard, ils nous répondent chouf. Des petits de 10 ans ! Tout ça parce que ces gens leur permettent d’acheter des bonbons ou d’aller à la piscine. Il faut leur permettre de rêver et cela doit être une cause nationale. »

    Horiya Mekrelouf, présidente du Mrap 13

    « Il ne faut pas se taire, la mafia c’est le fascisme. Cela veut dire que quand on défend une cause juste, on peut être assassiné. Il n’y a pas de mot assez fort pour dire que nous sommes dans une bascule. On est dans un état de sidération, dans un contexte de racisme, d’antisémitisme et de racisme anti-musulman. Il faut qu’on se parle. Nous militants sommes conscients de ce contexte, mais sommes-nous crus ? Quand pendant des années, on a criminalisé toutes les associations des droits humains ? »

  • La mémoire antifranquiste de Ramon Morales

    La mémoire antifranquiste de Ramon Morales

    « Nous avons été arrêtés le 8 février 1969 à Mataro pendant l’état d’urgence qui avait été décrété par le régime franquiste et par le tristement célèbre ministre de l’information Manuel Fraga Iribarne. Le régime voyait monter avec inquiétude la contestation notamment dans les universités. Cette arrestation eut lieu suite à une manifestation organisée par la Jeunesse communiste de Mataro et les Commissions ouvrières de la jeunesse (COJ) devant l’Institut de formation professionnelle (IFP) pour revendiquer l’éducation gratuite et la fin de l’état d’urgence. Une trentaine de jeunes venait de poser une banderole sur un mur de l’IFP quand le chef de la Phalange de la localité exigea que nous la retirions. L’effet de cette intervention fut immédiat, nous avons crié encore plus fort éducation gratuite oui ! État d’exception non ! » Ramon raconte alors que deux membres de la très redoutée brigade politico sociale (BPS) le commissaire José Maria Martin Carretero accompagné d’un nommé Aguilar tentent de les arrêter vainement c’est alors qu’ils sortent leurs armes. « Ils se sont agenouillés et ont commencé à nous tirer dessus, les balles sifflaient au-dessus de nos têtes sans nous atteindre, nous étions déjà loin. Quelques heures plus tard, nous étions finalement arrêtés par des membres de la BPS du poste de police de Mataro. Nous avons alors subi coups de poing, insultes et vexations. »

    Le groupe de jeunes militants antifranquistes fut transféré ensuite au quartier général de la police Via Laietania à Barcelone. Les treize jeunes hommes étaient attendus. « Nous avons subi la torture infligée par les frères Creix et d’autres spécialement formés par la Gestapo, ils faisaient partie des policiers les plus sanguinaires dont le régime fasciste disposait pour réprimer les combattants pour les libertés démocratiques, la justice et la paix. Après treize jours de torture, nous avons été transférés à la prison Modèle de Barcelone, où nous avons été détenus au secret pendant deux semaines dans des conditions inhumaines, sans pouvoir changer de vêtements ni prendre une douche… »

    Ramon sera condamné avec son frère par la suite à vingt ans de prison et réussira à se sauver et passer en France où il s’installera pendant quelques années à Béziers.

    Le livre « Surcos de mi Memoria », mémoires du militant antifranquiste Ramon Morales, est édité par Nous Horitzons et en souscription sur la plateforme Verkami.com

  • [Entretien] Emilio Silva : « Il y a besoin de véritables politiques de mémoire »

    [Entretien] Emilio Silva : « Il y a besoin de véritables politiques de mémoire »

    La Marseillaise : « Espagne en liberté, 50 ans » c’est le slogan du gouvernement cinq décennies après la mort de Franco. Que pensez-vous de cette affirmation ?

    Emilio Silva : Il ne s’agit pas de 50 ans de liberté, car le 21 novembre 1975 il y avait encore des prisonniers politiques et malgré deux grâces, en 1979 il y avait des homosexuels encore emprisonnés. C’est comme si l’Espagne s’était endormie le 19 novembre 1975 en noir et blanc et se serait réveillée le lendemain en couleur.

    Avec la loi sur la mémoire démocratique il y a tout
    de même eu des progrès ?

    E.S. : Pour l’Association pour la récupération de la mémoire historique, les choses n’ont pas vraiment changé. Non loin de la résidence de l’actuel chef du gouvernement et de tous les présidents qu’a eus l’Espagne depuis 1977, il y a un monument qui célèbre la victoire de Franco, d’Hitler et de Mussolini. Les trois armées qui défilèrent dans Madrid le 19 mai 1939.

    Qu’est-ce qui a changé ?

    E.S. : Ils ont créé ce qu’ils appellent des lieux de mémoire, mais si vous lisez les plaques qu’ils posent, elles n’expliquent rien. Cette loi est dans la ligne de la transition, c’est une loi qui prend un peu en compte les victimes mais qui laisse les bourreaux tranquilles. Il n’est pas fait référence une seule fois à l’Église catholique alors qu’elle était en symbiose avec Franco et la Phalange, elle a été partie prenante de la dictature.

    La droite et l’extrême droite veulent montrer une image positive

    de Franco, comment combattre
    ce révisionnisme ?

    E.S. : Ce que veut la droite c’est qu’on continue à ne pas toucher aux monuments, et que les manuels scolaires continuent à occulter les atteintes aux droits de l’Homme de la part de la dictature. Il y a besoin de beaucoup d’enseignement de l’histoire dans les écoles et de véritables politiques de mémoire.