Tag: mémoire

  • La mémoire des déportés et l’appel à la paix

    La mémoire des déportés et l’appel à la paix

    Une semaine après le voyage du collectif Saint-Jean 24 janvier 1943, à Berlin, pour commémorer le 81e anniversaire de la libération par l’Armée rouge du camp de Sachsenhausen, où furent déportés 250 Marseillais raflés lors de l’opération Sultan au début de l’année 1943 (notre édition du 18/04), c’est devant le mémorial de la déportation, à Marseille, qu’a été rendu un hommage, ce dimanche, aux déportés, à l’occasion de la journée nationale qui leur est dédiée.

    « La mort par le gaz, le travail forcé, la faim, la soif, les sévices de toutes sortes : tel était le traitement infligé à tous ceux que les nazis considéraient comme des ennemis du Reich en raison de leur engagement dans la Résistance, de leurs choix politiques, de leurs convictions religieuses, de leur mode de vie, ou même sans raison particulière pour toutes les victimes des rafles », a rappelé au micro la présidente départementale de la Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes, Jeannine Trucy. Et d’évoquer la découverte de l’horreur concentrationnaire par les armées alliées lors de la libération des camps, « une entreprise systématique de déshumanisation poussée à l’extrême », résume-t-elle, les dernières Marches de la mort avec l’évacuation des survivants, la difficulté du retour à la vie.

    « Mais, fidèles aux serments prêtés à leurs camarades disparus, les survivants ont, malgré leurs propres traumatismes ou la difficulté d’être crus, pris le chemin courageux du témoignage », lit Jeannine Trucy. Avant de souligner : « Au moment où les derniers déportés nous quittent, la remémoration de leurs engagements et de leurs sacrifices doit continuer d’être un rempart contre l’ignorance, l’oppression et l’antisémitisme ».

    Surtout, ce devoir de mémoire se trouve confronté à l’actualité internationale, face à la multiplication des conflits et leur cortège de crimes. « Aujourd’hui se jouent de nouveaux équilibres mondiaux dans des rapports de force anxiogènes, et le combat des déportés, attachés au respect du droit international porté par le tribunal de Nuremberg, ne doit pas rester vain », insiste la représentante de la Fédération nationale des déportés, appelant donc à poursuivre le travail de transmission, « un acte de confiance à l’égard des jeunes générations dont la conscience et la responsabilité doivent permettre de garantir les valeurs civilisatrices de paix, de liberté, de dignité pour tous ».

    Reconnaissance tardive

    Mais, avant que ne résonne le chant des marais, sur la place du 24-Janvier 1943, pour la première fois à Marseille, le Mémorial de la déportation homosexuelle a pu déposer une gerbe lors de la cérémonie officielle, au pied du mémorial, au côté de la Fédération nationale des déportés internés, résistants et patriotes. « Pour nous, c’est un grand événement, c’est trente ans d’obstination qui permettent d’aboutir à cela », partage Christian de Leusse, animateur de l’association Mémoire des sexualités. Depuis 1995, comme à Paris et Lille, la gerbe déposée en hommage à ces déportés portant le triangle rose était déposée en dehors de la cérémonie officielle. Il a fallu attendre 2010 pour que le Mémorial de la déportation homosexuelle soit convié, sur recommandation du défenseur des droits auprès du préfet. « Les membres de la communauté LGBT ont subi eux aussi, comme les autres, ils ont le droit d’être là », souligne Christian de Leusse, qui a porté ce combat pendant des années, après avoir rencontré dans les années 1980 Pierre Seel, le seul en France à avoir témoigné d’une déportation pour motif d’homosexualité. « En 1982, quand il a entendu l’évêque de Strasbourg traiter les homosexuels d’handicapés, lui qui était catholique, a envoyé un courrier à la presse », explique le militant marseillais. C’est le journaliste Jean le Bitoux qui a fait connaître ensuite son histoire et qui a proposé à Christian de Leusse, en 1995, de déposer cette première gerbe à Marseille. Un geste répété jusqu’à ce qu’il soit reconnu officiellement ce dimanche. « L’article 175 qui réprimait l’homosexualité en Allemagne n’a été aboli que dans les années 1980, en France, c’était en 1982… Les mentalités évoluent lentement », explique-t-il.

  • Le Palais du Pharo s’illumine aux couleurs de l’Arménie

    Le Palais du Pharo s’illumine aux couleurs de l’Arménie

    Comme un symbole, le rouge, bleu et orange ont recouvert la façade du Palais du Pharo à Marseille, ce mercredi soir à la tombée de la nuit, en commémoration du génocide commis il y a 111 ans par le pouvoir turc. Juste avant, une programmation culturelle, organisée à l’initiative de la Ville de Marseille et d’organisations de la diaspora arménienne, a mis « en lumière et en musiques la richesse et la résilience de la culture arménienne à travers l’art ». Avec notamment de la danse traditionnelle par 14 interprètes de l’association « Courants d’Arts » et des chants assurés par la chorale de l’école Hamaskaïne (12e arr.).

    De quoi faire le lien entre Marseillais d’origine arménienne et le devoir de mémoire. « Que personne n’oublie l’histoire. Quand on parle de l’Arménie, de ce pays 1 000 fois redéfini, nous parlons de notre histoire commune et collective », a martelé Benoît Payan, maire (DVG) de Marseille, aux côtés notamment du consul général d’Arménie à Marseille, Ara Mkrtchian. Ce dernier a aussi insisté sur ces liens : « C’est dans cette ville refuge que des milliers de rescapés du génocide ont trouvé une terre d’accueil ».

    Tous deux ont loué la nécessaire « unité » du peuple arménien. Notons enfin que le Premier Ministre, Sébastien Lecornu, sera ce vendredi à Marseille dans la continuité des commémorations, puisqu’il sera présent pour la cérémonie prévue au mémorial du génocide arménien, rue Edmond-Pirian.

    LES RENDEZ-VOUS COMMÉMORATIFS

    Marseille

    Un rassemblement est prévu le vendredi 24 avril à 17h aux abords du consulat de Turquie organisé par CPLM (Courir pour la Mémoire).

    Aubagne

    Une commémoration est organisée ce vendredi 24 avril au cimetière Fenestrelle, de 17h à 18h.

    Carry-le-Rouet

    Un hommage aux victimes du génocide arménien est organisé au Monument aux morts, le samedi 25 avril, de 11h à 12h.

    Simiane-Collongue

    Une commémoration du génocide arménien, suivie de l’inauguration du Square d’Arménie, aura lieu le vendredi 24 avril à 11h, en haut des Cours du Héros.

    Le Cannet

    Une cérémonie est organisée par la Ville, en coopération avec l’Union des Arméniens de Cannes et ses environs. L’événement se déroulera le vendredi 24 avril à 10h, devant le Monument aux Morts, Square Pietra-Santa.

    La Ciotat et Ceyreste

    Un hommage sera rendu le vendredi 24 avril à partir de 11h, avec un dépôt de gerbes suivi d’une prise de paroles des autorités, Avenue Louis-Crozet à La Ciotat, et face à l’école Jean-D’Ormesson, à Ceyreste.

    Cabriès-Calas

    Un hommage est organisé par la ville le dimanche 26 avril à partir de 11h30 sur la Place du 24-avril-1915, avec une cérémonie et un dépôt de gerbes.

    Allauch et Plan-de-Cuques

    Vendredi 24 avril à 17h10, une cérémonie en hommage aux 1 500 000 victimes arméniennes du génocide perpétré en 1915 par l’empire Ottoman aura lieu place du Souvenir Arménien, rue Jules Ferry à Plan-de-Cuques. De même qu’à 18h30, place du 24 avril 1915 au Logis-Neuf à Allauch aura lieu une cérémonie pour le devoir de mémoire.

  • Le Camp des Milles propose des visites

    Le Camp des Milles propose des visites

    C’est devenu une tradition, au Camp des Milles. Le site mémoriel, ancien camp d’internement et de déportation, ouvert toute l’année pour accueillir le public, propose son programme « Vacances au Camp des Milles ». Jusqu’au 26 avril, les équipes proposent « une programmation conçue pour toute la famille, mêlant transmission de mémoire, réflexion citoyenne et moments de partage créatifs ».

    En nouveauté, une immersion dans la Salle des peintures, espace emblématique du lieu dans lequel les internés et opposants politiques ont peint, dessiné, pour résister. Les prochaines dates de visites guidées, baptisées « Les mystères de la Salle des peintures-Résister, tout un art ! », de ce lieu resté intact sont proposées mercredi et samedi de cette semaine, dès 15h et jusqu’à 17h30. À l’ordre du jour, une visite thématique sur l’art et la liberté d’expression, suivie d’une enquête dans la Salle des peintures murales réalisées par les internés. Le site propose en parallèle des visites guidées chaque jour, à 10h30, ou 14h30 et une visite libre de son site.

  • André Chamson, le Cévenol universel

    André Chamson, le Cévenol universel

    Il y a des noms que les plaques de rue sauvent, mais que le temps finit par endormir. André Chamson (1900-1983) fait partie de ces figures immenses que l’on connaît de nom, sans toujours mesurer l’épaisseur d’une vie, ni la vigueur d’une œuvre. Du 14 avril au 11 juillet, la bibliothèque du Carré d’Art remet l’écrivain nîmois au centre du jeu avec une exposition au titre frontal : « Quels hommes sommes-nous devenus ? André Chamson, itinéraire d’un humaniste au XXe siècle ». Une question qui claque aujourd’hui comme un rappel à l’ordre, à l’heure des replis, des haines et des renoncements.

    Le parcours s’appuie sur une matière rare : le fonds Chamson, enrichi par un don majeur de sa fille Frédérique Hébrard en 2021, puis complété en 2024 par ses petits-enfants. Des dizaines de cartons, des milliers de documents, près de 150 boîtes cataloguées : manuscrits annotés, correspondances, photographies, dessins… Un trésor de première main, patiemment classé (Chamson et son épouse, Lucie Mazauric, étaient archivistes) et désormais conservé dans la réserve précieuse de l’une des bibliothèques municipales classées. Le soir du vernissage, la transmission avait aussi des visages : ses petits-enfants, Catherine et Nicolas Velle, étaient présents pour l’inauguration. Le petit-fils, très ému, a salué ce retour de Chamson « à la maison », au milieu de ses archives et de ceux qui continuent de le faire vivre.

    Un trésor d’archives

    De l’enfance cévenole, nourrie d’héritage protestant et de mémoire camisarde, aux responsabilités parisiennes (Archives, Petit Palais, Académie française), l’exposition suit un fil double, chronologique et thématique, sans perdre l’essentiel : la cohérence d’une pensée. Chamson n’écrit pas hors-sol. Il écrit contre l’abdication. Contre le fascisme. Avec le Front populaire et le journal Vendredi. Et quand vient l’Occupation, il choisit le refus du mensonge et l’obstination du travail. Dans un cahier de 1941, une phrase bouleverse encore : « J’écris pour le jour de la liberté. » Toute l’exposition est là, dans cette foi têtue : tenir, transmettre, résister. Le volet guerre frappe particulièrement : sauvegarde des œuvres, engagement, brigade Alsace-Lorraine aux côtés d’André Malraux. Puis le retour à la littérature comme acte moral avec Le Puits des miracles, La Superbe et, en creux, une même boussole : la dignité humaine.

    Autour de l’exposition, deux grandes journées (24 et 25 avril) prolongent le dialogue avec conférences, projections et spécialistes : une manière de faire de cette redécouverte un moment vivant, pas un mausolée. Car Chamson ne se lit pas comme une gloire locale rangée sur une étagère : il se reçoit comme une exigence. Dans ses notes de guerre, il laisse ces mots, bouleversants et d’une actualité brutale, comme un viatique pour temps incertains : « J’écris pour le jour de la liberté. J’écris pour conjurer les maléfices de la défaite. (…) Qui n’y retrouvera pas le ton d’une voix déjà entendue en lui-même n’y retrouvera rien. (…) Car il existe une espérance au-delà de tous les désespoirs. » Au Carré d’Art, cette voix revient, intacte.

  • L’art contemporain sur les traces de la mémoire à Toulon

    L’art contemporain sur les traces de la mémoire à Toulon

    Des photogrammes travaillés sur du papier photosensible, grâce aux étincelles d’une disqueuse, pour créer des traces prenant la forme d’« une pluie de flammes » : une technique mise au point par Nicolas Daubanes pour le projet « Aujourd’hui, les dix hauts lieux de la mémoire nationale », proposé par l’Office national des combattants et des victimes de guerre et mené depuis 2024 par l’artiste dans les dix hauts lieux de la mémoire nationale. Son exposition « Allons voir les avions décoller », dont le vernissage a lieu ce samedi à 11h30 au Mémorial du Mont Faron, en est la conclusion.

    Celle-ci propose sept œuvres qui mettent en scène deux figures : « Le Génie de la Navigation », communément appelé « Cuverville », statut iconique du port de Toulon, et des navires bombardés lors de la Seconde guerre mondiale. Deux emblèmes évoquant l’histoire d’une ville et de son port militaire, entre sabordage et bombardements, que Nicolas Daubanes usite pour « questionner la notion de résistance ». À travers sa technique novatrice et étincelante, pensée au hasard de ses bricolages personnels, il y a « l’idée de montrer le bruit de la guerre », et « peut-être, de palper ce moment présent de la bataille ».

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : des entreprises rendues aux actionnaires

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : des entreprises rendues aux actionnaires

    L’évolution de la situation et les prises de position de l’adversaire (minorité et PS) demandaient des méthodes d’organisation plus rapides : la création des pôles syndicaux auprès des entreprises nous permettait d’augmenter nos effectifs en développant les actions.

    Ces nouvelles intersyndicales n’avaient pas de permanents. Les militants des directions étaient élus au cours d’une assemblée de cadres du quartier.

    Ceci permettait de les faire connaître et de renforcer leur autorité non seulement dans les entreprises, mais aussi dans les quartiers. Toutes ces modifications permirent une intervention plus rapide et plus efficace. Dès le matin, à l’ouverture, nous nous trouvions devant les entreprises et échangions nos idées sur la situation et l’aide que nous apportions.

    Le nouveau bureau était composé ainsi : secrétaire général : Lucien Molino (transports), secrétaires généraux adjoints : Pierre Gabrielli (employé), Maurice Milhau (hospitalier), Exbrayat (métaux), secrétaires : Georges Brunero (transports), Line Cecaldi (PTT), Jean Comiti (métaux aviation), Joseph Giribone (produits chimiques), Pascal Posado (aviation). Les membres du bureau étaient : Marcel Andreani (docker), Raoul Arnaud (cheminot), Paulette Caresse (textile), Demaurizi (produits chimiques), André Fressinet (marins), René Le Guen (cadre), Marcel Paganacci (livre), Frédérique Roux-Zola (EDF).

    Déréquisitions

    Georges Dumonceau quitta la région pour prendre la direction d’une imprimerie dans le Nord, récompense d’un militant socialiste qui avait tout fait pour la scission syndicale.

    Au moment où se tenait le congrès, le statut des entreprises réquisitionnées que nous avions réclamé dès le début était en débat à l’Assemblée nationale. La commission économique, avec Francis Leenhardt (socialiste) et Germaine Poinsot-Chapuis (MRP), rejetait notre demande de statut. Seule Raymonde Nédelec, députée communiste, défendit les entreprises réquisitionnées. Les délégués présents au congrès acclamèrent celle‑ci et elle siégea à la tribune.

    Dans notre rapport d’activité, j’avais fait état du bilan magnifique de ces entreprises. Nous faisions la démonstration que les travailleurs, par leurs initiatives et dans de meilleures conditions sociales, avaient mis en échec les collaborateurs, les patrons et les traîtres. Mais le Conseil d’État, à la demande des patrons actionnaires, avait prononcé l’annulation des réquisitions, en premier celles des sociétés d’acconage, de la Société provençale de construction navale, de la Société phocéenne d’application électrique et, en juillet, des Aciéries du Nord.

    Des historiens écrivirent que notre riposte avait été modérée, ce qui est faux, preuves à l’appui : des centaines de motions de protestation accueillirent ces décisions et l’essentiel du débat à l’Assemblée nationale porta sur l’attribution des bénéfices réalisés sous la réquisition, l’État devant reverser une indemnité aux actionnaires.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Mémoire ouvrière] Mobilisation ouvrière après-guerre

    [Mémoire ouvrière] Mobilisation ouvrière après-guerre

    Dans un article du 3 juillet 1947, à la veille du congrès, j’annonçai que l’une des tâches importantes, pour faire échec aux minoritaires et à la réaction, était de mobiliser la classe ouvrière pour la bataille de la production. Les travailleurs comprenaient qu’il fallait produire pour la renaissance de la France. Les résultats obtenus dans notre département, grâce aux ouvriers, ingénieurs et cadres, méritaient un hommage.

    À l’électricité, le directeur Blum, un technicien de grande valeur qui s’appuyait sur le syndicat de l’EDF et du Gaz de France, dirigé par notre ami Roux-Zola, avait réalisé des prouesses. À Saint-Marcel, un poste de transformation, premier d’Europe par sa conception et sa technique nouvelle, avait été inauguré par Marcel Paul, secrétaire général de la fédération et ministre de l’Équipement, dans un enthousiasme indescriptible. Nos équipes de choc de gaz n’étaient pas absentes, se dépassant pour réparer les compteurs et répondre aux nombreuses demandes de la population.

    Renaissance industrielle

    De même, nos camarades de la société Nord donnaient un magnifique exemple en remettant en service le Pont de Caronte à Port-de-Bouc, trois mois avant les délais prévus. Sur le port, plusieurs kilomètres de quai et de hangard détruits par les Allemands furent remis en état dans un temps record permettant à l’armée américaine de faire les opérations portuaires pour le matériel de guerre. 173 unités de navires étaient coulées dans le port et un délai de cing ans était prévu pour leur renflouement.

    Deux ans après, il n’en restait plus que quatre grâce au travail des scaphandriers, des métallurgistes, des dockers travaillant en équipe et mettant en état les appareils de levage. Le tunnel de Mourepiane fut percé par des équipes de choc dans un temps record. Les comités d’entreprises ont joué un grand rôle en modernisant l’équipement ou en développant les primes de rendement.

    Dans la métallurgie, aux établissements Terrin, la productivité avait augmenté de 80% à la chaudronnerie, résultat obtenu par la réorganisation du travail avec l’aide du CE et de la section syndicale. Les ouvriers de la SNCASE (Marignane) avaient travaille d’arrache-pieds pour donner à notre aviation française la place qui lui revenait. Alors que nous assistions à une forme de sabotage du gouvernement qui refusait les crédits nécessaires destinés à l’armée de l’air et qui mettait en danger l’industrie aéronautique, nous menions le combat comme le demandait le ministre Charles Tillon.

    Ce dernier, lors de sa venue a Marignane, félicita les travailleurs en déclarant : « Défendre notre aviation est une garantie de notre indépendance économique ». à la SMCI, l’initiative d’un camarade modifiant la tête mobile d’une mortaiseuse avait permis de l’adapter sur une fraiseuse universelle : les boîtes à lingoteuses furent fabriquées en 123 heures au lieu de 153. Cette simple modification avait permis un gain de temps de 25%.

    Mais nous n’étions pas seuls.

    à suivre la semaine prochaine…

  • Un voilier pour protéger le patrimoine culturel des Flottilles

    Un voilier pour protéger le patrimoine culturel des Flottilles

    L’écume forme de petits moutons blancs sur un étang de Berre agité. Ce jeudi, les bourrasques sont tellement violentes qu’Émilien Urbach préfère ne pas prendre la mer. « Ce serait inconscient », glisse-t-il. La météo lui accorde quelques jours supplémentaires pour travailler sur son voilier de 1977, l’Hétérotope. Arrivé le 23 mars au port Maritima de Martigues, le skipper doit finaliser des réparations avant de rejoindre l’Estaque puis de prendre le large avec la Global Sumud Flotilla le 4 avril avec une centaine d’autres embarcations.

    « Pour naviguer avec eux, il y a un tas de normes de préparation des bateaux, notamment en termes d’autonomie électrique, et vu qu’il faut qu’on installe des caméras, qui sont notre seule protection pendant la délégation, il y a plein de petits aménagements à faire, détaille-t-il. Plus des révisions avant de parcourir les 2 000 miles qui nous séparent de Gaza. »

    D’autant que l’Hétérotope aura le retour à faire immédiatement. « Notre but est de ne pas nous faire attraper, de récupérer les productions des autres bateaux avant d’atteindre la ligne rouge », explicite Émilien Urbach. Le voilier a en fait la vocation d’être un centre culturel flottant, et pour ça, « on va distribuer un sachet de conservation avec des blocs-notes et des appareils photo jetables à chaque équipage ».

    De la création d’œuvres pendant la navigation

    Cette idée a germé à la suite de la précédente Flottille, qui a eu lieu en automne 2025. Émilien Urbach y avait participé en tant que journaliste pour L’Humanité. Il explique : « Quand on s’est fait intercepter, il a fallu balancer tous nos carnets de notes, il y a des camarades qui ont avalé leur carte SD pour garder les images. Donc on s’est dit : la mémoire est très fragile, il faut travailler là-dessus. » Une fois de retour à terre, des artistes se pencheront sur la matière issue des sachets de conservation « pour lui donner un écho et créer un patrimoine culturel du mouvement ».

    Des artistes, à l’instar du dessinateur Edmond Baudoin ou du photographe Saif Fradj, embarqueront à bord de la Flottille « pour créer des œuvres autour de ce qui se passe pendant la navigation mais aussi autour d’un dialogue avec des artistes palestiniens », poursuit Émilien Urbach.

    La mission de l’Hétérotope au sein de la Global Sumud Flotilla s’inscrit dans la droite ligne de son histoire récente. Le voilier a été acquis par la compagnie de théâtre C’est la goutte d’eau, fondée par le journaliste (par ailleurs metteur en scène et auteur) et sa compagne, pour sensibiliser le public aux enjeux migratoires en présentant un spectacle imaginé à bord de l’Aquarius, le bateau de sauvetage de SOS Méditerranée lors d’une tournée tout autour de la Méditerranée en 2018-2019. Sept ans plus tard, le bateau-théâtre se transforme en centre culturel embarqué.

  • [Tribune] Un Juif avec Benoît Payan

    [Tribune] Un Juif avec Benoît Payan

    Marseille n’est pas une ville comme une autre. Son histoire, depuis plus de 2600 ans, est basée sur l’immigration et la vie en société de femmes et d’hommes venant d’abord du bassin méditerranéen puis de contrées plus lointaines.

    Le vivre ensemble est un fait qui définit Marseille. Cette ville fait du bruit, crie, s’engueule, mais a une unité qui en fait sa spécificité mais aussi son attractivité. Et elle a l’OM qui fédère toutes et tous, marseillaises et marseillais d’ici et d’ailleurs. Outre toutes les « communautés » issues du monde entier, il y a la deuxième « communauté » Juive de France. Aujourd’hui, sur la liste du candidat d’extrême droite, se trouve un avocat qui se revendique comme juif.

    De nombreux juifs font campagne en sous-main ou ouvertement pour cette liste, notamment soi-disant car seul, en France, le parti d’extrême droite RN aurait soutenu l’état d’Israël après le 7 octobre.

    Cependant, ils ont probablement oublié, au mieux, que le RN est le successeur légal, juridique et en pensée du FN qui fut fondé avec Le Pen père par les Waffen-SS Léon Gaultier et Pierre Bousquet membres de la division Charlemagne de la Waffen-SS ainsi que par François Brigneau (de son vrai nom Emmanuel Allot) membre de la Milice française et Roland Gaucher vichyssois et militant d’extrême droite.

    Ces personnes du siècle passé ont sur les mains au moins symboliquement par leurs actions, en ces temps sombres, le sang d’un nombre incalculable de juifs déportés pendant la deuxième guerre mondiale. Le RN porte ce fardeau d’avoir été soutenu et d’être encore soutenu par des personnes aux idées similaires et il en reste le porte drapeau. Ce n’est pas parce que son président, avec la petite fille de Le Pen, est allé à Yad Vashem qu’il se serait repenti comme le laissent entendre de nombreux juifs à Marseille.

    Le repentir ou retour en hébreu se dit Techouva : la Techouva ne peut être réalisée que si 6 actions sont faites : Reconnaître ses fautes, Regretter ses fautes, Abandonner ses fautes, Se confesser verbalement, Promettre de ne pas recommencer, Réparer. Ce ne sont pas des larmes de crocodile coulées à Jérusalem qui suffiront à faire ce repentir.

    En tant que Juif, membre de la liste de Benoît Payan, je ne peux imaginer que la mémoire de la Shoah ait été mise au rebut et remplacée par les horreurs des massacres du 7/10 par ceux des Juifs qui ont et vont voter pour l’extrême droite.

    L’extrême droite qui exclut, qui divise, qui attise la haine entre les personnes, n’a rien à voir avec le judaïsme. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » est-il écrit dans la Torah. Seule aujourd’hui la liste de Benoît Payan peut permettre d’apaiser la plus belle ville de France.

  • À Marseille, un refus unanime face au concert de Kanye West

    À Marseille, un refus unanime face au concert de Kanye West

    L’actuel maire et candidat à sa succession a déclaré, sur le réseau social : « Je refuse que Marseille soit une vitrine pour ceux qui promeuvent la haine et le nazisme décomplexé. Kanye West n’est pas le bienvenu au Vélodrome, notre temple du vivre-ensemble et de tous les Marseillais. »

    L’interdiction d’un spectacle est toutefois très encadrée et le Conseil d’État a rappelé, dans plusieurs jurisprudences, qu’elle n’est possible qu’en cas de risque que des propos constituant une infraction pénale soient tenus et que l’événement puisse provoquer des troubles à l’ordre public.

    Ce concert, actuellement l’unique date en France de Kanye West, est organisé par l’agence Mars360, opérateur exclusif de l’Orange Vélodrome, qui appartient à la ville. Dans un communiqué transmis à l’AFP, Mars360 a estimé que « les propos tenus par l’artiste par le passé suscitent une émotion légitime. Toutes les questions ont été posées au tourneur qui organise ce concert, qui a exposé que l’artiste a présenté ses excuses, révélant des éléments de contexte personnels, et que cette tournée mondiale s’opère justement après ce mea-culpa ». Et d’assurer que « Mars360 a été particulièrement vigilant, insérant des clauses spécifiques pour s’assurer qu’aucun propos illégal ne soit tenu lors du concert et que la loi française soit parfaitement respectée ».

    « Pas de la promotion des antisémites ! »

    L’ex-présidente du Crif Provence, Fabienne Bendayan, qui figure en 3e position sur la liste de Martine Vassal (DVD), a aussi appelé à l’annulation du concert : « “Je suis nazi”, “J’aime Hitler” : Kanye West n’est pas le bienvenu à Marseille. Celui qui proclame ouvertement son admiration pour Hitler et revendique des idées nazies ne saurait fouler la scène d’une ville dont l’âme même est tissée de diversité, de mémoire et de fraternité. À Marseille, pas de la promotion des antisémites ! Les organisateurs de ce concert doivent renoncer à sa venue au Vélodrome ! »

    Le musicien de 48 ans, qui a perdu ces dernières années de nombreux fans et plusieurs contrats commerciaux après des sorties antisémites ou racistes, a publié un titre Heil Hitler le 8 mai 2025, à l’occasion du 80e anniversaire de la défaite de l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. En décembre 2023, le rappeur, souffrant depuis des années de troubles bipolaires, s’était excusé auprès de la communauté juive après avoir déclaré quelques mois plus tôt qu’il « adorait les nazis ».