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  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : Quand la guerre froide s’installe

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : Quand la guerre froide s’installe

    Ambroise Croizat, de nouveau ministre du Travail dans le cabinet Ramadier de janvier 1947, se vit explicitement interdire toute initiative en cette matière. De plus, 1947 fut un hiver exceptionnellement rigoureux avec une aggravation régulière de la pénurie alimentaire.

    Dès le début janvier, nous doublions les manifestations d’ensemble par corporation avec, le 21, une assemblée générale des travailleurs de l’alimentation. Le 22, c’était celle des métaux. Le 27 se réunissaient les travailleurs du textile et des produits chimiques. Le 4 mars, le syndicat de l’habillement appelait à un mouvement de grève à partir de 17h. Pour ne rien arranger, les pressions américaines s’intensifièrent.

    Le printemps 1947 marqua un sommet d’anticommunisme, avivé par la perspective de la rupture définitive entre les anciens alliés de la guerre, à l’occasion de la conférence de Moscou. C’est le 12 mars 1947 que Truman déclara, par son discours au Congrès américain, la « guerre froide », qui eut, en France comme ailleurs, des répercussions immédiates. Les manœuvres scissionnistes furent amplifiées par l’intervention américaine.

    La stratégie américaine
    face au mouvement ouvrier

    Dans une tournée systématique en Europe, Brown promit aux syndicalistes « compréhensifs » un niveau de vie que ni les conceptions générales de leur centrale, ni les rigueurs de l’époque n’autorisaient, selon le témoignage officiel de l’ambassadeur de France Hopeno. Repris par les journaux Le Provençal et Le Méridional, Marseille était l’une de ses étapes préférées. Sans qu’il soit possible de quantifier la part relative des facteurs extérieurs et intérieurs de la rupture du 4 mai 1947, Washington a une part considérable dans cette opération qui visait principalement le Parti communiste et la CGT.

    Échec pour la classe ouvrière, l’éviction des ministres communistes, qui avaient soutenu les grèves de Renault, s’inscrivait dans une stratégie de plus long terme, mise en œuvre avec une application particulière dans les pays où le mouvement ouvrier se réclamait de la lutte de classe, comme la France ou l’Italie. Les milieux dirigeants français reçurent désormais le soutien explicite de ceux de Washington pour cette mise à l’écart jugée indispensable par les uns et les autres.

    Les ambitieux projets européens des responsables économiques et politiques américains, définitivement mis au point dans les premiers mois de 1947 et destinés à éviter l’angoissante crise de surproduction qui les « obsédait », supposaient une classe ouvrière, dans chaque pays concerné, sinon convaincue des vertus de la « libre entreprise », du moins docile et sage. Nous, CGT, constituions un enjeu décisif de la « guerre froide » commençante.

    à suivre la semaine prochaine…

  • Dire la mémoire algérienne

    Dire la mémoire algérienne

    Depuis près de cinq ans, Nadège de Vaulx présente sur les planches sa conférence « J’aurai dû m’appeler Aïcha ». Trois quarts Algérienne et un quart Française, la militante, qui a grandi dans la banlieue lyonnaise, explicite le doute de l’identité : elle n’est « pas tout à fait Française, pas vraiment Algérienne ».

    Née d’une réflexion sur l’histoire coloniale et les non-dits familiaux, cette conférence gesticulée mêle intimité et politique, étant « le récit d’un parcours personnel, de ses prises de conscience, agrémenté d’anecdotes, de moments d’émotion et d’humour ». En partant de son histoire familiale, elle cherche à recomposer une mémoire commune, celle des descendants d’Algériens, souvent oubliée du « roman national » français et de ses livres d’histoire. Nadège de Vaulx souhaite « faire émerger une mémoire à la hauteur de nos héritages. Une mémoire vivante. Politique. Décoloniale ».

    Un biais d’éducation

    La conférence, suivie d’un échange, à l’école de la deuxième chance a été organisée par Coudes à Coudes. L’association défend un « partage des savoirs contre les dominations », à la manière de Nadège de Vaulx qui définit la conférence gesticulée comme « un outil d’éducation populaire ». Elle réaffirme l’utilité de cette forme, affirmant croire « qu’il n’y a pas de meilleure façon de transmettre la connaissance que le partage de l’expérience ».

    La conférence est présentée le vendredi 27 février, à 19h, à la salle Massilia Vox. Libre participation aux frais, 50 places.

  • Quatre regards engagés sur l’Ukraine dans une exposition à Montpellier

    Quatre regards engagés sur l’Ukraine dans une exposition à Montpellier

    À l’aube des quatre ans de la guerre, ces photographies documentent le quotidien d’un peuple et sa force de résilience. Les clichés exposés saisissent la cruauté de la guerre et l’humanité dans sa plus grande simplicité. On y observe une étreinte amoureuse qui côtoie les silhouettes de soldats dans une tranchée. Sur un cliché, un enfant figé par le froid serré contre des mains adultes rougies par le gel. Comme
    pour rappeler la situation actuelle.

    Les Ukrainiens sont touchés par les frappes russes sur les infrastructures énergétiques, ils sont privés d’électricité et de chauffage. Mais la vie continue en Ukraine. Le commissaire de l’exposition a cherché à montrer ce lourd équilibre entre la vie et la guerre. Alors, le visiteur passe d’une scène de deuil où des proches pleurent autour d’un cercueil à une mère souriant devant la couveuse de son nouveau-né à l’hôpital. Cette juxtaposition rend hommage
    à la capacité d’un peuple à résister. À quelques jours du triste anniversaire de l’invasion, Michaël Delafosse, présent au vernissage, rappelait l’importance de ce geste, « Aujourd’hui, l’Ukraine risque d’être seule. Volodymyr Zelensky est victime d’humiliations. On voudrait faire croire que l’agresseur et l’agressé se valent, qu’il s’agit simplement de deux belligérants. Rappelons qu’il y a un agresseur et un agressé. Il faut respecter l’intégrité territoriale d’un État. Il convient de continuer à le dire, car ce conflit renvoie au droit international et au droit à la légitime défense. Après l’Ukraine, il pourrait y en avoir d’autres. »

    Jusqu’au 12 mars. Salle Danielle-Mitterrand, hall de l’hôtel de ville de Montpellier.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : l’heure du bilan après la Libération

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : l’heure du bilan après la Libération

    Ce fut un immense succès de l’avoir fait accepter malgré les cris de la droite et de quelques socialistes. Je peux en témoigner : j’assistais aux débats avec mon regretté camarade Henaff, secrétaire de l’UD de la région parisienne. Nous étions invités pour la deuxième fois. Il y avait parmi nous des hommes de droite qui insultèrent Maurice Thorez lorsqu’il présenta le statut. Nous les avons un peu secoués, mais nous fûmes expulsés par les huissiers. Nous nous sommes alors installés au bureau du PC pour attendre les résultats. La conjoncture ne permit pas d’en mettre toutes les richesses à profit : la majorité CGT espérait en particulier tirer parti d’un article 32 établissant le traitement net du fonctionnaire à 120% au moins du salaire minimum vital. Cette disposition fondait l’existence officielle d’une notion que nous voulions voir reconnue. L’opération de décembre 1946 nous coupa l’herbe sous les pieds.

    1946 complétait et dépassait 1936

    Les dirigeants patronaux étaient sortis déconsidérés de la guerre. Ils ne purent éviter les nationalisations. Au contraire, la classe ouvrière, dira François Mauriac, était « restée seule fidèle à la France profanée ». Le poids politique de la classe ouvrière était tel que de grandes conquêtes sociales furent obtenues sans grève.

    Citons notamment : l’ordonnance du 22 février sur les comités d’entreprise profondément modifiée par la loi Croizat du 16 mai 1946, l’ordonnance du 24 mai 1945 sur le contrôle de l’emploi qui posait le principe de l’autorisation administrative pour tout licenciement, mais qui fut par la suite battue en brèche par la jurisprudence. L’ordonnance du 4 octobre 1945 sur la Sécurité sociale, la loi du 16 avril 1946 sur les délégués du personnel, l’arrêté Croizat du 30 juillet 1946 abrogeant les abattements autorisés sur les salaires des femmes fixés par voie réglementaire, la loi du 22 août sur les prestations familiales, la loi du 11 octobre 1946 sur la médecine du travail, la loi du 19 octobre 1946 portant statut des fonctionnaires, la loi du 30 octobre 1946 qui transférait les compagnies d’assurances à la Sécurité sociale, l’indemnisation des accidents du travail et y ajoutait les accidents de trajet.

    Cet apport législatif était considérable : 1946 complétait et dépassait 1936. Le rôle des syndicats représentatifs était reconnu et privilégié. Il faut déplorer en revanche qu’aucune des lois sur les conventions collectives n’ait à ce jour empêché la conclusion d’accords avec seulement des syndicats minoritaires.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Lecture] Se souvenir, c’est se garder en mémoire

    [Lecture] Se souvenir, c’est se garder en mémoire

    Je me souviens des jours anciens et je pleure, écrivait Verlaine. Mais Winock ne se laisse point blesser par les sanglots longs de l’automne, et préfère s’en remettre à sa mémoire, même s’il sait que l’automne est le commencement du déclin.

    Fatalité que Hermann Hesse nous demande d’accepter, puisque toute matinée veut devenir soirée, et que le plus bel été veut voir la nature qui se fane, et l’automne qui vient. Tous les auteurs, dont Lamartine, se sont vus avancer dans leur « obscur voyage », mais c’est à Ernest Renan que nous avons pensé en lisant les Jours anciens de l’une des plus belles plumes de notre littérature. Renan, le philologue attaché à sa Bretagne natale, et qui écrivit que, durant ses années de vieillesse, il prenait plaisir à recueillir les bruits lointains d’une Atlantide, mythique et disparue.

    L’extraordinaire basculement

    Biographe, entre autres, de Flaubert et de Mitterrand, Michel Winock, issu de la « banlieue rouge », est surtout connu pour avoir fait progresser notre connaissance de la Commune, de Georges Clemenceau, du monde selon Victor Hugo, de Charles de Gaulle, de l’histoire politique et intellectuelle des XIXe et XXe siècles.

    Aussi attendez-vous à ce qu’il regarde celui dans lequel nous vivons, non pas avec les yeux d’un homme qui manifeste un attachement excessif au passé, et refuse de s’indigner des travers d’autrefois, mais avec ceux d’un historien, héritier (comme nous le sommes tous) de son enfance, et conscient de l’extraordinaire basculement d’une société où l’ancien paraît complètement goudronné par le nouveau. Un livre, d’une documentation sûre, qui nous empoigne et ne nous lâche plus.

    Folio, 8,60 euros

  • Bessèges, l’origine d’une étoile qui continue de scintiller

    Bessèges, l’origine d’une étoile qui continue de scintiller

    En 1971, un cycliste amateur, débarqué de Moselle depuis peu pour rejoindre un de ses amis rencontré à l’armée, a l’idée folle de créer une course à Bessèges. Le dénommé Roland Fangille, 32 ans, lance, avec l’appui de son beau-père René Rambaud, alors président de l’Union cycliste bességeoise, une course d’un jour : le Grand Prix de Bessèges est né. Deux ans après, la course s’enrichit de deux étapes supplémentaires, puis de deux autres en 1974. Toutes partent alors de Bessèges, formant une étoile, comme le conçoit son président et fondateur.

    55 ans après, l’Étoile arpente désormais plus en profondeur le département du Gard, avec de nombreuses villes étapes (Alès, Saint-Gilles, Bellegarde…). Mais Bessèges reste le cœur de la course. Et chaque année, la 3e étape lui fait la part belle avec le Grand Prix de Bessèges, dont l’arrivée et le départ se font dans la commune.

    Ancienne ville minière au cœur des Cévennes

    Particulièrement animée lors du passage de la petite reine et célèbre pour cette spécificité, Bessèges n’a pas toujours été connue pour cela. À l’origine, « Béou-Cèze » était un hameau de la paroisse de Saint-Andéol-de-Robiac. La commune naît par décret impérial en 1858. Autrefois cité minière et industrielle, elle est postée sur les bords de la Cèze, qui favorisait son activité économique. Elle connut à ce titre un drame, lorsque le ruisseau du Long, autre cours d’eau de la commune, s’engouffra dans les galeries minières, tuant 110 des 139 mineurs présents. Quatre furent retrouvés plusieurs jours après. Cet événement important de la mémoire communale est connu sous le nom de « Catastrophe des Mines de Lalle ».

    Aujourd’hui, la commune continue d’exister au-delà de son passé. 2 600 âmes vivent dans ce paisible bourg rural niché dans le parc national des Cévennes, à 30 km au nord d’Alès. Elle propose ainsi de nombreux parcours de randonnée sur ses hauteurs, offrant des points de vue exceptionnels. Son patrimoine n’est pas en reste, avec, notamment, la tour du guet de Castillon, l’église de Foussignargues, l’ancien couvent des sœurs Clarisses, le château de la Marchande… Enfin, depuis quelques années, Bessèges développe le MI.A.O.U., un circuit d’art urbain à ciel ouvert, classé « sentier découverte du Parc national des Cévennes ».

  • Mariette Gutherz ravive la mémoire enfouie du camp Saint-Nicolas

    Mariette Gutherz ravive la mémoire enfouie du camp Saint-Nicolas

    Aujourd’hui il n’y a plus rien, qu’une façade de pierre livrée aux 4 vents, perdue en pleine garrigue entre Nîmes et Uzès sur le périmètre d’un vaste camp militaire. Difficile d’imaginer que fut créé ici, à l’été 1940, un camp d’internement qui accueillit, sous des tentes, environ 2000 Allemands et Autrichiens antinazis précédemment internés au Camp des Milles.

    Un pan d’histoire locale douloureux et méconnu dont la réalisatrice gardoise Mariette Gutherz a choisi de raviver la mémoire dans son documentaire Le Diable en garrigue (19 min), qui sera projeté* dimanche 1er février à 11h au cinéma Le Sémaphore de Nîmes, avant un débat avec la salle en présence de la réalisatrice. Le sujet a, pour cette Nîmoise d’origine, des résonances personnelles, son père ayant été « un Juif exilé chassé en 1938 par les nazis d’Europe centrale. Il s’est retrouvé à Montpellier pendant la guerre, où il a été caché par ma mère et est devenu résistant », confie-t-elle. Elle lui a d’ailleurs consacré un film.

    L’Histoire alerte le présent

    Pour Le Diable en garrigue, elle a choisi de faire du récit de l’écrivain allemand antifasciste Lion Feuchtwanger, Le Diable en France, le fil rouge de son documentaire. « J’ai découvert son livre quasiment en même temps que le site de l’ancien camp. »

    Réfugié dès 1933 en France, celui qui fut l’un des principaux représentants des intellectuels allemands en lutte contre la montée du nazisme y retrace son internement au camp des Milles, près d’Aix-en-Provence, puis au camp Saint-Nicolas, près de Nîmes. Avant son évasion réussie en août 1940 grâce à une Nîmoise qui l’a aidé, ainsi que beaucoup d’autres, à s’enfuir. Une certaine « madame L. » qui fut « une résistante avant l’heure », salue Mariette Gutherz.

    De juin à août 1940, environ 2000 personnes, dont de nombreux artistes – « Max Ernst, Golo Mann, un fils de Thomas Mann, le père de Stéphane Hessel… » – vécurent donc dans ce camp, qui n’existera que durant trois mois. « En juin 40, le gouvernement de Vichy s’était engagé à livrer tous les Allemands antinazis que le Reich leur demanderait. Fin août 1940, la commission Kundt est donc venue au camp de Saint-Nicolas chercher ces ressortissants. Le camp a fermé et les internés ont été rapatriés aux Milles », relate la réalisatrice. La collusion entre la patrie dite des Droits de l’Homme et le régime nazi ne s’arrêtera pas là. En août 1942, le Camp des Milles change devient un camp de déportation, d’où 2 000 hommes, femmes et enfants juifs seront envoyés à Auschwitz via Drancy.

    Ce documentaire, qui a reçu le Label citoyen de la Fondation du Camp des Milles « pour sa contribution à la lutte contre les extrémismes, le racisme, l’antisémitisme et les discriminations », Mariette Gutherz a l’intention de le faire circuler dans les collèges et les lycées. « C’est une histoire de transmission. Une histoire de mémoire, mais qui doit être vivante », insiste-t-elle. Et interroger sur les dangers qui nous menacent aujourd’hui. « La France était à l’époque une démocratie fragilisée, avec des tensions internationales, une crise économique, une montée de la xénophobie… un contexte qui fait écho à ce que nous vivons actuellement. On est parti, en 1938, d’un décret-loi décidant d’un internement administratif des étrangers jugés indésirables pour des raisons d’ordre public ou de sécurité nationale. Finalement cette législation d’exception a été durcie, instrumentalisée par le régime
    autoritaire de Vichy et ça a abouti aux déportations
     », met-elle en garde. « Comprendre les mécanismes qui ont conduit au pire, avant même l’arrivée d’un pouvoir autoritaire, c’est se donner les moyens d’y résister. L’Histoire alerte le présent. »

    * Précédé de la projection du court-métrage documentaire « Résistance de la mémoire » (11 min), de Thierry Bourdy.

  • Les pêcheurs partagent leurs souvenirs de Nana avant l’hommage à Marseille

    Les pêcheurs partagent leurs souvenirs de Nana avant l’hommage à Marseille

    La Ville de Marseille rend hommage à cette figure populaire en scellant sur le port une plaque commémorative pour saluer le parcours exceptionnel d’une femme dont la vie se confond avec l’histoire du Vieux-Port.

    Marie-Christine fille et femme de pêcheurs, à la vente sur le Vieux-Port depuis 44 ans
    Boris, toujours à la vente au coté de Marie-Christine
    Daniel palangrier, sur le port depuis une dizaine d’années
    Sandrine vend le poisson péché par son fils Kyllian depuis 6 ans.
    Arashf, 38 ans aujourd’hui, sur le port avec sa mère depuis l’âge de 10 ans.

    La recette de l’aïoli du bonheur de Nana par Christian Qui.

  • Une journée sur les traces d’Anne Frank pour des collégiens et lycéens d’Avignon

    Une journée sur les traces d’Anne Frank pour des collégiens et lycéens d’Avignon

    Ton grave, guitare acoustique en fond et texte historique en main : dans la salle des fêtes de l’hôtel de ville d’Avignon, quelques dizaines d’élèves des établissements scolaires du Vaucluse ont participé à un exercice théâtral de mémoire en hommage à Anne Frank.

    Cette journée citoyenneté était organisée par la municipalité à l’occasion du 81e anniversaire de la libération des camps nazis, et plus particulièrement de celui d’Auschwitz en 1945. Les jeunes de la 2e5 du lycée René-Char ont ainsi, pendant une bonne heure, lu des passages du journal intime d’Anne Frank devant des élus de la Cité des Papes et des représentants d’associations comme les Amis de la fondation pour la mémoire des déportés du Vaucluse (AFMD 84). Un projet porté par les enseignantes de l’établissement Anne-Marie Goulay, professeure d’histoire-géographie, et Nicole Sander, professeure de lettres.

    Dans le hall d’entrée, une exposition sous la forme d’une longue frise chronologique retraçant la vie d’Anne Frank, la montée du nazisme en Allemagne et la Seconde Guerre mondiale, ainsi que les exactions du régime fasciste, accueillait les jeunes visiteurs.

    Devant une classe de 3e du collège La Salle, un représentant d’association échangeait brièvement avec les élèves, offrant un cours d’histoire express, notamment sur « l’instauration d’un système de peur après une arrivée légale au pouvoir de l’extrême droite ». L’après-midi, une projection du film Elle s’appelait Sarah s’est tenue au cinéma Vox, suivie d’un débat animé par Daniel Cling, président de l’AFMD du Vaucluse.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : repositionnements dans le mouvement

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : repositionnements dans le mouvement

    Les progrès de la droite au détriment notamment d’une SFIO qui avait tout misé sur les négociations de Washington, inséparables de ce contexte économique, attestaient par ailleurs la fragilité de l’alliance classe ouvrière – classes moyennes qui avait fondé sur le plan intérieur « la bataille de la production ».

    Les secondes qui attendaient tout de « l’aide américaine » n’étaient guère tentées par la stratégie d’indépendance. Un exemple concluant : à Marseille, les classes moyennes (commerçants et artisans) avaient pris leurs cartes à la CGT et comme les statuts ne le permettaient pas, nous leur avions donné une carte « Amis de la CGT ». Ils étaient 10 200 qui, petit à petit, s’éloignaient de nous. C’est sur la base d’une telle analyse que nous avons amorcé le retour à des formes plus traditionnelles de lutte.

    Dissensions internes perceptibles

    Mai-juin 1946 marque une première césure du point de vue du contenu des revendications. Le changement des méthodes de lutte était encore différé. Les perspectives radieuses s’obscurcissaient. La tactique du contournement était considérée comme insuffisante et le blocage des salaires ouvertement mis en cause.

    Fin mai-début juin 1946, la CGT réclama une augmentation générale de 25%. Les dissensions internes commençaient à être perceptibles. Les minoritaires avaient commencé à diffuser, dans notre UD comme dans tous les départements, les franches réserves de la SFIO vis-à-vis du projet constitutionnel qui offrait aux travailleurs de solides garanties : du droit au travail et à l’expression en passant par l’extension du secteur nationalisé.

    À Marseille, les entreprises réquisitionnées faisaient partie de leurs analyses. Les tracts de soutien au « oui » dans une campagne électorale que la SFIO avait catégoriquement refusé de mener en commun avec le PC étaient parfois restés dans les tiroirs au sein des sections syndicales dans les secteurs non directement productifs. Mais la marge de manœuvre de Babau, futur secrétaire de l’UD FO et dirigeant de cette minorité de la tendance Jouhaux, demeurait étroite. Après avoir, pendant quelques mois, adopté des accents gauchistes et tempêté contre des salaires que nous étions accusés de cautionner, comment critiquer ouvertement la revendication de 25% d’augmentation ? Comment la SFIO aurait-elle pu être vivement hostile à cette revendication ?

    La minorité préféra se taire ou ironiser sur « le virage » à 180% de mai et juin, malgré la campagne du Provençal et du Méridional qui avaient la même attitude : elle était cependant trop faible pour que son opposition pèse d’un poids différent.

    A suivre la semaine prochaine…