Tag: Marseille

  • Premier Mondial pour les Finlandais

    Premier Mondial pour les Finlandais

    Une passion

    qui rassemble

    Crée dans les années 1980 par des Français installés en Finlande, la Fédération finlandaise de pétanque compte de plus en plus de membres. Licenciés d’un club d’Helsinki, Riku Manni, Kimmo Häärä et Rami Seppälä pratiquent la pétanque ensemble depuis 2017.

    Un premier mondial

    Pour ce groupe d’amis finlandais, participer au Mondial était un passage obligatoire dans leur carrière sportive. Ravis par l’ambiance et l’ensemble des parties de pétanque qu’ils vont disputer même hors compétition, les Finlandais comptent profiter du Mondial jusqu’à la finale, mercredi.

    Stratégie et convivialité

    Riku Manni, Kimmo Häärä et Rami Seppälä s’accordent sur le fait qu’ils apprécient particulièrement « la stratégie qu’il faut mettre en place lors d’une partie, ça change à chaque fois et c’est stimulant ». Au cours de l’année, ils s’entraînent plusieurs fois par semaine, à l’intérieur en hiver et à l’extérieur lorsque le temps le permet.

    Les boulistes français : un modèle

    Une des choses qu’ils attendent le plus : croiser les champions français dans les allées du parc Borély. Parmi ceux qu’ils ont le plus envie de croiser : Mickaël Bonetto. Chaque année, ils suivent l’ensemble des parties en ligne.

  • Nadège Baussian-Protat : « On a fini par l’arracher cette victoire »

    Nadège Baussian-Protat : « On a fini par l’arracher cette victoire »

    C’est à l’issue d’une neuvième mène express, que l’équipe de Nadège Baussian-Protat, Aurélie Bories et Camille Picard s’est imposée 13-8 face à celle formée par Nelly Peyré, Torea Tairio et Ludivine Lovet. Malgré de belles parties depuis le début du Grand Prix, Torea Tairio constate amèrement que « cette finale est la seule partie qui nous a vraiment mis dans le dur ». Une double victoire pour Nadège Baussian-Protat, qui s’est vue remettre le trophée de meilleure joueuse féminine du Grand Prix. Surprise par cette récompense, elle s’est confiée sur la stratégie mise en place par son équipe : « On voulait jouer loin et essayer de bien pointer. Mais en face elles ont raccourci, bien tiré et mieux joué. Mais on a fini par l’arracher cette victoire. Je pense que la clé, c’est ça : mettre loin et essayer de venir près. »

    Elles se sont rencontrées pour la première fois vendredi 3 juillet sur les terrains du parc Borély. Nadège Baussian-Protat, Aurélie Bories et Camille Picard ne pensaient pas disputer cette compétition ensemble. Il y’a presque une semaine Camille Picard a remplacé au pied levé Charlotte Darodes. Un changement de programme soudain pour la championne d’Europe Espoirs de pétanque, mais qui a finalement permis à l’équipe de se hisser à la première place. « Aurélie et Nadège m’ont mis en confiance directement, dès que l’une de nous était en difficulté, les autres étaient là pour la soutenir et l’aiguiller », souligne Camille Picard.

  • Les Allemands en force au Mondial

    Les Allemands en force au Mondial

    Au milieu des équipes françaises, la triplette allemande d’Uli Mössinger, Frank Mössinger et Thomas Langer, fait ses débuts dans la compétition sur l’hippodrome du Parc Borély. Cet endroit, ils le connaissent bien, c’est la quatrième fois qu’ils participent au Mondial. « Marseille, c’est l’origine de la pétanque », exprime Uli, 55 ans, photographe. « Nous aimons jouer contre les meilleurs. C’est toujours un plaisir », s’enthousiasme son mari, Frank, 54 ans.

    « La pétanque se professionnalise

    de plus en plus dans notre pays »

    En Allemagne, la triplette évolue au sein du VfL Sindelfingen, au Sud Ouest de Stuttgart. La section pétanque du club a été créée en 2023 par leur fils, Béla Mössinger, joueur de l’équipe nationale allemande. « La communauté de pétanque allemande est petite. Mais elle s’agrandit, la pétanque se professionnalise de plus en plus dans notre pays », se réjouit Frank, entraîneur au VfL Sindelfingen et architecte de métier.

    La triplette allemande s’est inclinée 13 à 2. Le concours s’arrête donc là pour eux. Une trentaine d’équipes allemandes se sont engagées à la 65e édition du Mondial.

  • Les prodiges malgaches tombent à Picq

    Les prodiges malgaches tombent à Picq

    Les grands débuts des rois malgaches étaient très attendus dans les allées du Parc Borély. Opposés à des Ligériens en ouverture, Yves Rakotoarisoa, Jean-Daniel Rakotondrainibe, dit « Zigle », associé au Rhodanien Franck Picq, ont longtemps cherché leur rythme. Après trois mènes, ils étaient menés 6 à 2, conséquence d’un début de rencontre marqué par plusieurs boules manquées, notamment au tir. En difficulté, Yves a même cédé sa place au tir à « Zigle ». Mais le champion du monde de tir de précision ne trouvait pas davantage son rendement habituel. Puis, progressivement, la hiérarchie s’est rétablie.

    Les deux Malgaches ont retrouvé leur précision au tir et la physionomie de la partie a complètement changé. Les joueurs de Loire-Atlantique ont peu à peu perdu pied, laissant Rakotoarisoa et ses partenaires dérouler jusqu’à une victoire finalement maîtrisée (13-7).

    Au galop à l’hippodrome

    Pour leur deuxième rencontre, le trio était attendu sur les terrains de l’hippodrome de Pont-de-Vivaux face aux Avignonnais Enzo Oudin, Pierre Hullman et Olivier Murgia. Sur un terrain sec, rapide et sableux, Rakotoarisoa, Rakotondrainibe et Picq ont rapidement pris les commandes de la partie. Très vite installés dans leur jeu, ils n’ont laissé que peu d’espoir à leurs adversaires et se sont imposés sans trembler (13-4).

    Le troisième et rendez-vous ramenait le trio franco-malgache dans les allées du Parc Borély. Ils espéraient y trouver un peu d’ombre, mais c’est finalement sur le jeu 280, à proximité du château et en plein soleil, qu’ils ont dû évoluer.

    Comme lors de leur entrée en lice, Yves Rakotoarisoa s’est montré moins en réussite que d’habitude au tir, obligeant une nouvelle fois « Zigle » à prendre le relais. Cette légère baisse de régime n’a toutefois eu aucune conséquence sur l’issue de la rencontre. Un premier cap de passé avant le coup de feu.

  • Les Slovènes sortent l’équipe du maire de Marseille

    Les Slovènes sortent l’équipe du maire de Marseille

    Si je gagne, on fait la photo après. Sinon, non », lance dans un anglais très provençal le maire de Marseille, Benoît Payan, en faisant connaissance avec ses adversaires du premier tour du Mondial La Marseillaise à pétanque. L’édile de la cité phocéenne, associé à son père Roger, grand passionné de pétanque, et à Romain Pastor, conseiller municipal délégué aux cultures, traditions et pratiques sportives provençales, a hérité d’une triplette venue de Slovénie. « Nous sommes très honorés d’affronter le maire de la ville », sourit Robert Koprivec, président de la Fédération slovène.

    Appoint non payant

    Aux côtés de son fils et de sa compagne, membre de l’équipe nationale slovène, Robert Koprivec dispute son premier Mondial La Marseillaise. « Je ne pensais pas que les terrains seraient aussi piégeux », souligne le pointeur slovène, vêtu d’un maillot jaune floqué au nom de Pogacar, en référence au célèbre cycliste du « poumon vert de l’Europe », considéré comme un véritable héros national.

    À l’appoint, il a pris le dessus sur un Benoît Payan en difficulté avec ses boules noires striées. Le maire a toutefois pu compter sur la solidité technique de son père pour recoller au score, voire reprendre l’avantage dans plusieurs mènes. De son côté, Romain Pastor s’est illustré dès la première mène en réalisant un carreau qui a permis à la triplette marseillaise de prendre les devants.

    Mais les Slovènes, plus réguliers tout au long de la rencontre et emmenés par la belle adresse de leur tireuse, ont progressivement pris le contrôle de la partie avant de s’imposer 13 à 7. L’aventure du maire s’est révélée éphémère.

  • Le Japon s’enflamme pour La Marseillaise

    Le Japon s’enflamme pour La Marseillaise

    Trente-sept heures de voyage pour disputer le Mondial La Marseillaise. Hiratsuka Yoshiharu, Yamamoto Naofumi, Nabeshima Yoshihiro se sont offert un sacré périple pour leur passion. « C’est le but absolu de notre voyage », résume Yamamoto. Programmés sur l’hippodrome Borély, les Japonais sont soutenus par un clan soudé. Genichiro Shibata permet de faire l’intermédiaire grâce à ses bases en français et en anglais. Il se mue même en vidéaste pour l’occasion et filme la quasi-intégralité de la première partie victorieuse de ses acolytes. La triplette japonaise n’avait qu’une hâte : fouler la terre du Parc Borély. « Je me suis inscrit parce que je voulais découvrir la pétanque authentique et vivre l’ambiance du grand tournoi dans le pays où ce sport est né », se réjouit Hiratsuka. Le capitaine a découvert la pétanque il y a treize ans : « J’ai commencé pour stimuler mes neurones et garder l’esprit vif, comme un entraînement cérébral. Ma passion m’a mené jusqu’à Marseille ».

    « Rencontrer des boulistes du monde entier »

    Ce dernier est particulièrement impliqué dans le développement de la pétanque dans son pays. « La communauté est majoritairement composée de personnes âgées. J’aimerais beaucoup que l’on développe la pétanque auprès des enfants et de la jeune génération », espère de son côté Yamamoto. Qualifiés pour la deuxième journée, les Japonais ont pu compter sur Nabeshima, joueur à la technique atypique : « J’ai surmonté un grand défi : je me suis blessé au poignet droit, qui était ma main directrice. J’ai alors basculé sur la main gauche depuis trois ans. Aujourd’hui, je suis capable de jouer des deux mains ! », relate celui qui a débuté la pétanque il y a dix ans. Les Japonais ne vont pas se contenter du Mondial : ils sont déjà inscrits pour la 11e Supranational de Valréas du 7 au 12 juillet. Avec une ambition qui dépasse largement le cadre du jeu : « Rencontrer des pétanqueurs du monde entier ».

  • Une cagnotte pour des étudiants palestiniens en médecine

    Une cagnotte pour des étudiants palestiniens en médecine

    Depuis 2019, le collectif œuvre pour la santé globale, aussi bien physique que mentale et sociale, principalement en Palestine. Les fonds récoltés serviront à financer les frais d’inscription de quinze étudiants en médecine palestiniens inscrits dans le nord de l’Égypte.

    Ce nouvel appel aux dons fait suite à un premier lancé en novembre dernier qui, grâce à un élan de générosité exceptionnel, a permis de récolter 55 000 euros. Cette année, « l’objectif est le même pour couvrir l’entièreté des 15 années universitaires », détaille Baptiste André, hospitalier à la Timone et membre de l’association Rizoma.

    Une cagnotte plus que nécessaire pour ces étudiants originaires de Gaza, à l’heure où leur situation se détériore et les frais de scolarité grimpent toujours plus. « Il leur est demandé 3 000 dollars par an, contre 50 dollars pour les étudiants égyptiens, précise Baptiste André. Il y a une vraie discrimination à leur égard. »

    Endettés sur plusieurs années

    À ces difficultés financières s’ajoutent de lourdes séquelles psychologiques, conséquences des années de guerre à Gaza. « Ceux que j’ai rencontrés sont tous en proie à un syndrome post-traumatique, pointe le médecin, également présent l’année dernière sur la flottille à bord du « Madleen ». Pour une dizaine d’entre eux, leurs familles vivent encore sous les tentes, à Gaza, et à ce syndrome s’ajoute à un sentiment de culpabilité de devoir dépendre de leur famille. »

    Pour autant, ces épreuves n’entament pas leur détermination. « Ils n’ont qu’un seul but : retourner dans 5 ou 10 ans exercer la médecine à Gaza », souligne Baptiste André. Cette année, l’enjeu est d’autant plus important que « ces étudiants ont des arriérés et ont contracté des dettes envers leurs universités », poursuit-il.

    Avant de conclure : « On espère faire aussi bien, cette année, avec la cagnotte, car il faudra plusieurs années pour éponger ces dettes. »

  • Des bateaux en feu sur le Vieux-Port, le pire évité

    Des bateaux en feu sur le Vieux-Port, le pire évité

    Une catastrophe majeure a été évitée grâce au professionnalisme du bataillon des marins-pompiers (BMPM). Ce dimanche 5 juillet vers 10h30, sur le Vieux-Port, une vedette d’une dizaine de mètres, amarrée en parallèle de la scène de l’Été marseillais, a pris feu, propageant l’incendie au navire voisin, de 20 m de long. Malgré l’intervention rapide des marins-pompiers, des panaches de fumée noirâtre et malodorante se sont élevés dans le ciel, entraînant l’évacuation de plusieurs terrasses de cafés et de restaurants.

    Le périmètre a été bouclé par la police municipale et nationale. Après plus d’une heure et demie d’intervention, mobilisant 150 hommes et 37 engins dont 6 moyens en mer, avec un gros bateau-pompe, le bataillon est venu à bout du sinistre. Les deux bateaux ont coulé. Une quinzaine de blessés légers étaient à déplorer, la plupart pour inhalation des fumées.

    « On a évité le pire grâce à l’héroïsme et au courage du bataillon, de nos policiers municipaux », a commenté dans la foulée le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG). L’élu souligne le savoir-faire du BMPM, qui a engagé sans attendre les opérations pour prévenir des risques de pollution.

    La scène expertisée

    La pollution peut être de trois types, nous précise le vice-amiral Lionel Mathieu, commandant du BMPM, liée « au matériau qui brûle avec de gros morceaux de plastique, au combustible qui s’échappe du bateau et également notre produit pour éteindre le feu, dont la pollution est plus visuelle ».

    L’intervention a été technique, obligeant le BMPM à intervenir sur deux fronts, maritime et terrestre, poursuit le vice-amiral : « Nous avions trois objectifs : d’abord la sauvegarde de la vie humaine. Deuxièmement, éviter la propagation aux autres bateaux. Et en troisième lieu, protéger la scène sur l’eau. » Interrogé justement sur la poursuite des festivités, Benoît Payan s’est dit dans l’incapacité de répondre à la question. « On a des ingénieurs, des architectes qui sont sur la scène sur l’eau en train de regarder la structure », assure-t-il, mais « il est très tôt pour dire ce qu’il en est, même si, et je parle au conditionnel, il semblerait que nous ayons réussi à la sauver ».

  • [Entretien] Sophie Binet : « La capitalisation, c’est la triple peine »

    [Entretien] Sophie Binet : « La capitalisation, c’est la triple peine »

    La Marseillaise : L’offre de reprise pour Fibre Excellence portée par Matthieu Pigasse et les salariés est examinée, ce lundi, au tribunal de commerce. Quel est votre état d’esprit ?

    Sophie Binet : On a réussi à trouver un investisseur grâce aux salariés, à la CGT et aux élus locaux, mais pour l’instant l’État n’est pas au rendez-vous. Il fait 2 milliards d’euros de chèque pour STMicroelectronics qui licencie, mais rien pour Fibre Excellence, alors que leurs difficultés sont liées à une désorganisation du marché du bois. Le chauffage à la biomasse s’amplifie, la demande explose, faisant augmenter le prix du bois de 50%. La France devrait mettre en place une directive européenne pour prioriser les usages industriels, chose qu’elle ne fait pas. Le préjudice est évalué par un expert indépendant à 28 millions d’euros par an pour fibre excellence. La réévaluation à minima du prix de revente de l’électricité fait seulement rentrer 8 millions d’euros. Le compte n’y est donc pas du tout, il faut que l’Etat trouve 20 millions supplémentaires pour rééquilibrer l’équation! Sur ce point ce n’est pas Fibre Excellence qui peut répondre, c’est l’État. On a fait une série de propositions techniques au gouvernement, qui fait la sourde oreille et l’autruche. S’il ne répond pas il sera seul responsable de la liquidation et ce serait une honte ! Il faut qu’il se réveille et qu’il réponde à ces exigences.

    Fibre Excellence c’est Saint-Gaudens, Tarascon et Chapelle Darblay. Il faut que le projet de reprise sécurise ces trois sites. On est inquiets pour Tarason, parce qu’on sait que certains au gouvernement, ou ailleurs, parient soit sur la liquidation, soit sur la reprise de seulement Saint-Gaudens. Il n’est pas question de séparer Saint-Gaudens de Tarascon. L’équilibre économique dépend de la complémentarité des deux sites. Pouvoir relancer la papeterie de Chapelle Darblay donne toute la cohérence au projet. Aujourd’hui un quart de nos papiers usagers partent à l’étranger, certains en Allemagne d’autres jusqu’en Asie, pour être recyclés. C’est un non sens environnemental. Avec Chapelle Darblay, on recyclerait le papier jeté en France en France et on sécuriserait une part de marché pour Saint-Gaudens et Tarascon, puisqu’il y a besoin d’une part de papier neuf. On développerait l’économie circulaire, des circuits courts.

    L’optimisme que suscitait au départ le mouvement de décarbonation dans l’ouest des Bouches-du-Rhône laisse place à l’inquiétude : certains projets, comme Carbon, ne verront finalement pas le jour. L’avenir d’industries historiques, comme Arcelor, semble incertain. Comment sauvegarder les emplois existants ?

    S.B. : Il faut investir dans les usines existantes. J’ai échangé avec les camarades d’Arcelor à Fos, qui m’ont dit qu’il y a eu un nouvel accident alors qu’ils relançaient le four dans la nuit de vendredi à samedi. La dernière fois que je les avais vus, au printemps, il y venait juste d’y avoir un accident. À cause de Mittal, qui n’investit plus depuis 20 ans, l’outil industriel est vétuste. C’est dangereux pour les ouvriers et les ouvrières, qui n’arrivent même pas à le relancer. Il y a besoin qu’il y ait des investissements. Ce que prépare Mittal, c’est le départ de la France. Il faut que l’État nationalise Arcelor pour protéger notre sidérurgie. Sinon, à l’image de ce qui se passe à Fos, on va sur la fin des hauts-fourneaux en France.

    La ligne très haute tension entre Jonquières-Saint-Vincent et Fos-sur-Mer cristallise les oppositions. Comment concilier avenir industriel et écologie ?

    S.B. : Il faut mettre sur la table les problèmes concrets et regarder les solutions pour y répondre. On a besoin de cette ligne haute tension pour pouvoir électrifier notre industrie. Après, il ne faut pas la faire au mépris de l’environnement et donc il faut adapter le cahier des charges. Le problème, aujourd’hui, c’est que l’objectif est de la faire au moindre coût et donc au mépris des contraintes environnementales, qui ne peuvent pas être une variable d’ajustement.

    La Coopérative de presse et de messagerie méditerranéenne (CPMM) revendique l’obtention d’aides à la distribution de la presse. Pensez-vous que les pouvoirs publics doivent s’intéresser à cette question ?

    S.B. : Oui, c’est un enjeu démocratique. S’il n’y a pas de système équitable de distribution de la presse, ce sont les milliardaires qui vont distribuer leurs propre presse et la presse des travailleurs et travailleuses, comme La Marseillaise, ne sera plus distribuée. Je suis très fière que la CGT ait été au rendez-vous et ait réussi à créer CPMM pour garder un système mutualisé et solidaire de distribution. On a fait la même chose dans la région du Rhône. Mais malgré les montagnes qu’ont déplacées les camarades, on voit bien que le système n’est pas financé, donc il faut construire un nouveau modèle. On a fait des propositions très concrètes, notamment faciliter la diversification pour que en même temps qu’on distribue la presse, qu’on puisse distribuer des médicaments par exemple. Il faut que le gouvernement réponde là-dessus.

    Vous avez débattu avec Patrick Martin, patron du Medef, lors des Rencontres économiques d’Aix. Qu’en est-il ressorti ?

    S.B. : J’ai débattu avec Patrick Martin, le patron du Medef, autour du thème de l’industrie. Sa première proposition a été de développer la capitalisation et l’épargne retraite, de récupérer nos retraites par répartition pour les financiariser. Ils osent expliquer que la difficulté de l’industrie en France, c’est qu’elle n’est pas assez financée. On sait que c’est un énorme mensonge, qu’il n’y a jamais eu autant d’épargne qu’aujourd’hui en France. La question c’est comment utiliser l’épargne actuelle, notamment celle des milliardaires. L’assurance vie représente des milliards d’euros qui ne sont pas investis dans l’économie réelle. On pourrait commencer par mobiliser ces fonds. La capitalisation, c’est la triple peine pour les travailleurs et les travailleuses : ça coûte plus cher que la répartition, c’est nous qui payons ; on n’a aucune assurance de récupérer notre retraite au bout ; et ces fonds financiarisent nos entreprises et dégradent nos conditions de travail. Ambroise Croizat, premier et dernier ministre du Travail ouvrier, avait l’habitude de dire : « Rien n’est jamais acquis, parlez de conqui » Le patronat n’a jamais supporté la création de la sécurité sociale. Là, il y a une offensive en règle contre notre système par répartition organisée par le patronat et l’extrême droite. Leur point commun et la bataille idéologique centrale c’est d’un côté la solidarité, qui est notre choix, et de l’autre le chacun pour soi. Sur la question de la défense de notre système social, il y a besoin que tous les syndicats soient unis. La capitalisation, c’est le loup qui rentre dans la bergerie. Chaque année 250 milliards d’euros de la sécurité sociale échappent à la finance et financent nos retraites et notre santé. C’est ce que le capital ne supporte pas. Le développement de la retraite par capitalisation ferait un seul gagnant : la finance, les assureurs et les banquiers.

  • Le droit aux vacances reste à conquérir

    Le droit aux vacances reste à conquérir

    C’est un anniversaire qui revêt une importance particulière. Le Front populaire fête ses 90 ans, dans un contexte où les attaques contre les droits des travailleurs et des travailleuses se multiplient. Le 10 avril dernier, un projet de loi visant à remettre en cause le caractère chômé du 1er mai était discuté à l’Assemblée nationale. En juin, Éric Pauget, député LR des Alpes-Maritimes, déposait une nouvelle version de sa proposition de loi, véritable « remise en cause de la 5e semaine de congés payés », souligne Virginie Akliouat, secrétaire départementale de la FSU 13, venue participer au débat organisé par La Marseillaise en marge du Mondial des CSE Idélia, sur le thème « 1936-2026 : des congés payés au droit aux vacances pour tous ».

    Si 90 ans séparent ces deux dates, certaines similitudes sont frappantes. À commencer par « le bruit des bottes qui monte », note la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet. À l’époque, le fascisme s’est emparé de l’Italie et de l’Allemagne. En France, le Parti franciste, les Jeunesses patriotes, l’Action française ou encore les Croix-de-Feu sévissent déjà.

    En 1934, le monde ouvrier se lève contre la menace. En 1936, la mobilisation aboutit à la victoire du projet de société porté par le Front populaire. « Ça a été possible par l’unité des travailleurs et des travailleuses, développe Sophie Binet. À l’époque, la CGT se réunifie. Il y a une démarche unitaire des forces de gauche, politiques et syndicales, pour lutter contre l’extrême droite. Le 2e ingrédient, c’est la mobilisation. Le seul vote des travailleurs et travailleuses et la seule victoire électorale du Front populaire n’auraient pas suffi. De grandes grèves ont permis d’aller beaucoup plus loin que ce qui avait été écrit dans le programme. »

    Les congés payés font partie de ces conquis qui ne figuraient pas dans les revendications des salariés, rappelle Anthony Juan, président de la CCAS (énergie). « À l’époque, les milieux populaires n’osaient même pas toucher cette question du doigt. Ils considéraient de fait que c’était réservé à la bourgeoisie. » Non programmée, la loi est tout de même adoptée à la Chambre des députés par 563 voix contre une le 11 juin 1936, puis promulguée neuf jours plus tard. À ce moment-là, « l’idée paraît révolutionnaire, mais la France avait du retard, précise-t-il. La dernière loi qui avait été votée à ce sujet-là date de 1909 et concernait le dimanche chômé non payé pour pouvoir aller à l’église. »

    Des mesures d’accompagnement

    Pour Anthony Juan, si cette loi donne l’accès au temps libre, « elle ne donne pas forcément l’accès aux congés payés ». « Une loi sans mesure d’accompagnement, ça ne suffit pas, affirme-t-il. À l’époque, Léo Lagrange le prend en compte et c’est à ce moment-là qu’on a le billet SNCF à – 40% pour les salariés, la création des auberges de jeunesse, le soutien aux associations d’éducation populaire… Je pense qu’on est encore dans cet état de fait : le droit au temps libre existe, le droit aux congés payés reste à conquérir. »

    Aujourd’hui, certains comités d’entreprise garantissent l’accès aux vacances pour les travailleurs, les travailleuses et leurs familles. Chez les cheminots, le CCGPF assure la gestion des activités sociales des actifs, mais aussi des retraités et de leurs ayants-droits. Son secrétaire adjoint, Arnaud Hennebert, explique : « C’est en 1986 qu’on arrache au patronat les œuvres sociales, qui deviennent des activités sociales, culturelles et sportives gérées par les élus du personnel, avec du patrimoine mis à disposition. » Aujourd’hui, le CCGPF « résiste » face aux remises en cause du patronat, bien qu’étant très plébiscité. « Nous faisons partir 14 000 enfants dans des colos tous les ans, se félicite Arnaud Hennebert. 55 000 cheminots et leur famille vont encore partir en vacances cet été dans nos villages vacances, chez les partenaires du tourisme social. »

    Imestia fait partie de ces gestionnaires de centres de vacances qui ont une conception héritée de 1936. Doric Curto, son directeur général, définit le tourisme social comme étant un « tourisme relié au territoire, à toutes ces questions de l’économie sociale, solidaire et écologique », qui défend « un droit aux vacances pour tous ». « Un vrai choix est fait, celui de se dire que ces lieux doivent ressembler à la société, et à la société qu’on veut. (…) Ça consiste aussi à apporter des activités pour contenir la vague brune. On a un vrai rôle social pour permettre la démocratie et le vivre-ensemble aussi pendant les vacances. »

    Encore faut-il que tous les citoyens puissent se le permettre. « Aujourd’hui, 40% des Français ne partent pas en vacances », pointe Sophie Binet. Virginie Akliouat ajoute : « En tant que prof, il y a un enjeu très fort à ce que nos élèves puissent bénéficier des temps de repos pour partir. Pour les précaires qui ne peuvent pas bénéficier des comités d’entreprise ou des structures de tourisme social, les associations d’éducation populaire et les centres sociaux jouent un rôle primordial. Aujourd’hui, leurs budgets, qui sont liés aux collectivités territoriales, fondent comme neige au soleil. (…) Il y a des droits à défendre et à continuer à conquérir, mais il y a aussi un souci fondamental de justice sociale à avoir, pour que ces droits puissent bénéficier à l’ensemble de la population. »

    C’est ce droit à l’émancipation que défend le monde ouvrier, en 1936 avec le Front populaire, au sortir de la Seconde Guerre mondiale avec le Conseil national de la résistance, et encore aujourd’hui avec « la bataille des Comités sociaux et économiques » qu’appelle Sophie Binet. « La stratégie du capital est de transformer les travailleurs en simples consommateurs. (…) Les vacances et les loisirs sont un secteur économique qui intéresse les loups, qui essayent de le financiariser. On a besoin d’orienter l’argent de nos CSE sur des choses qu’on gère et qui nous intéressent, (…) c’est-à-dire de l’économie sociale et solidaire. »