Tag: Marseille

  • Les associations, exsangues, dans la rue

    Les associations, exsangues, dans la rue

    « Vous êtes tous concernés ! » C’est à une véritable prise de conscience que Yannick Gallien, président du mouvement associatif régional, appelle. Pour la première fois, les associations vont manifester, ce samedi 11 octobre*. Parce que « ça ne tient plus ».

    « Nous savons que la situation politique et financière est compliquée, que l’actualité va occulter un peu notre mouvement, mais cela fait plusieurs années maintenant que nous ne sommes pas reconnus », déplore-t-il, « si on abandonne, c’est une sorte de capitulation ». Avec
    – 41% de subventions publiques, 186 000 emplois menacés, 31% d’associations qui ont une trésorerie à moins de trois mois, 70% des associations employeuses déclarant que le montant de leurs fonds propres reste fragile, égrène-t-il, l’heure est grave. Alors que les besoins en matière de solidarité, d’accompagnement, de culture ou de pratique sportive, autant de domaines où intervient le mouvement associatif, sont prégnants.

    « On nous dit que le modèle de la subvention, c’est fini, qu’il faut se tourner vers le mécénat, mais ce dernier a ses limites », estime Yannick Gallien. Or, de l’argent, il y en a « pour faire des ronds-points ou des ombrières », ironise-t-il, demandant à ce que les financements soient « fléchés ». Plus politiquement, il rappelle qu’il s’agit d’un choix de société. Les associations, en permettant une « rencontre entre des gens, des sensibilités, des cultures différentes » apportent une « respiration, un apaisement », considère-t-il.

    Et de demander au moins le maintien des subventions, la création de nouveaux emplois aidés ou encore de transformer la déductibilité des dons en crédits d’impôt.

    « Un manque de vision »

    À ses côtés, Denis Philippe, président de la Chambre régionale des entreprises de l’économie sociale et solidaire (Cress), est venu en soutien.

    « L’économie sociale et solidaire est une économie à part entière, à laquelle les associations participent » pose-t-il, déplorant un « manque de vision » de l’État. Il s’appuie sur un rapport de la Cour des comptes, publié en mai 2021, qui dresse un état des lieux du soutien des pouvoirs publics au monde associatif. Où les magistrats soulignent « en particulier l’absence de stratégie et une coordination fragile » recommandant « un soutien modernisé du secteur ». Et de réaffirmer que le modèle associatif, établit en 1901, reste aussi le dépositaire de valeurs. « En tant qu’élu, on ne peut pas [se contenter de] poser pour la photo à côté d’une association parce qu’on est en campagne », mais « de se poser la question : dans quelle société voulons-nous vivre ? », assène Denis Philippe. Il prend l’exemple du Conseil national de la Résistance, où des choix sociétaux ont été faits. « On ne peut pas considérer que l’ESS et les associations sont quantités négligeables », tance-t-il. Dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, on dénombre 140 000 associations pour 1,3 million de bénévoles et 150 000 salariés, soit 10% de l’emploi régional.

    * À 10h sous l’Ombrière du Vieux-Port

  • Les conseils citoyens veulent peser sur la rénovation urbaine

    Les conseils citoyens veulent peser sur la rénovation urbaine

    Pour les dix ans de leur création à Marseille, les conseils citoyens, réunis depuis 2020 en une fédération pour répondre au retrait progressif de l’État et de la Métropole, ont profité de la tenue des Rendez-vous annuels du logement pour faire entendre leur voix. Réunissant à parité habitants et acteurs locaux (associations, commerçants…) des Quartiers politique de la ville, ce dispositif a été créé par la loi Lamy (2014) pour porter la parole citoyenne au cœur de l’élaboration des politiques publiques, à travers un dialogue avec les institutions et un suivi des projets du contrat de ville.

    « Pas un simple slogan »

    « Le conseil citoyen n’est pas une association classique, c’est une instance de démocratie participative créée par la loi qui est censée être incontournable », rappelle ainsi Guy Luchesi, membre du conseil du 14e. Mais, malgré cette reconnaissance légale, la réalité est tout autre. « Vous n’êtes pas une association, vous n’êtes pas reconnus, nous a dit récemment un bailleur », déplore Anissa Bouanani, des Escourtines (11e). « On ne nous donne aucuns moyens. Depuis dix ans, personne n’a joué le jeu, alors que la loi précise que ce doit être inscrit dans le contrat de ville », reprend Pierre Luchesi. Ni locaux, ni financements malgré deux décrets réaffirmant en 2024 leur rôle central. « Je ne parle pas de subventions, mais de l’argent de la politique de la Ville pour nous permettre d’assumer notre autonomie. »

    À l’origine, à Marseille, dix conseils citoyens couvraient les 35 quartiers prioritaires. Ils sont aujourd’hui 16, fruits d’un redécoupage géographique autour des « lieux de vie », initié par les citoyens concernés, habitants, associations de locataires, parents d’élèves, CIQ, tables de quartiers…

    Ce « plan de relance » intervient alors que les chantiers de rénovation urbaine lancés sur la ville laissent déjà poindre des dysfonctionnements dans la prise en charge des habitants. Comme d’autres, Rachida Haddouche (la Cabucelle), regrette, par exemple, « l’absence de maisons de projet », censées faire participer les habitants à l’amélioration de leur cadre de vie. « La participation citoyenne ne doit pas être un simple slogan, mais une réalité concrète à chaque étape du projet », abonde Fatiha Ziani, de Frais Vallon (13e).

    à Marseille, près de 2 700 logements sociaux sont en cours de démolition, plus de 6 000 logements sont en réhabilitation et 1 000 logements du parc privé font l’objet d’interventions lourdes, selon les chiffres de la Ville. « Il n’y a pas assez de programmes neufs qui sortent. Les campagnes de destruction sur les dix quartiers en renouvellement urbain vont démarrer, on va se retrouver dans une impasse », reprend Pierre Luchesi. « On va sortir de la période de négociation. Les habitants, aujourd’hui, sont protégés par une charte, mais après, le droit commun s’appliquera : ce sera trois propositions et au revoir… »

  • Le Finlandais volant Myllymaa plane sur l’attaque des Spartiates

    Le Finlandais volant Myllymaa plane sur l’attaque des Spartiates

    Un vent de fraîcheur, tout droit sorti de la Finlande, souffle dans la patinoire des Spartiates de Marseille.

    Avec ses compatriotes Elias Ruusu, Emil Tavernier et Kim Stromberg à ses côtés, Kalle Myllymaa (23 ans), l’une des recrues phares de l’intersaison, s’est rapidement adapté à ses nouvelles couleurs phocéennes. « Jusqu’à présent, j’aime beaucoup l’équipe. Je m’y sens très bien. Nous avons une équipe qui peut battre tout le monde », estime le centre aux quatre buts et deux passes décisives sur les sept premières journées de championnat. Il s’est notamment illustré lors de la réception des Jokers de Cergy-Pontoise (5-3, le 30 septembre), qui se trouve être son ancien club avec lequel il a fait ses premiers pas, l’année passée, en Ligue Magnus.

    Le « Finlandais volant » a d’ailleurs terminé avec le statut de meilleur pointeur de la formation francilienne avec 42 points en 44 matches. « C’était une très bonne saison sur le plan personnel. J’estime avoir pratiqué un très bon hockey. Je pense même que j’étais l’un des meilleurs centres de la ligue », lâche-t-il. Sa première année sur les glaces françaises restera marquée par le décès en cours de saison de son entraîneur, Miika Elomo, également originaire du pays aux mille lacs.

    Duo de glace avec Welsh

    En rejoignant les Spartiates de Marseille, Kalle Myllymaa a eu l’occasion de « rejoindre une équipe un peu plus grande ». « J’ai senti que Marseille me voulait vraiment », souligne celui qui a retrouvé son complice des Jokers, l’attaquant canadien Tyler Welsh, dès la première séance d’entraînement au Palais Omnisports (Pomge). « On savait chacun que nous allions partir, mais on ne savait pas qu’on allait se retrouver ici. J’aime beaucoup jouer avec lui, nous avons la même vision du hockey. C’est un très bon joueur et on forme un bon duo », ajoute Myllymaa, pour qui le hockey sur glace est avant tout une histoire de famille. « J’avais environ 4 ans quand j’ai joué pour la première fois. Mon père était entraîneur et il aimait beaucoup le hockey. Je pense que c’est grâce à lui pour laquelle j’ai commencé », raconte le natif de Pori, une grande ville au Sud-Ouest de la Finlande.

    Il a d’ailleurs fait ses premiers pas professionnels (Liiga) au sein du club de sa ville d’origine, Ässät, dans lequel a officié Rami Nikumatti, le nouvel entraîneur des gardiens marseillais. « Le championnat finlandais est au-dessus, mais je pense que la France s’améliore sans cesse au hockey », reconnaît-il, persuadé que la Ligue Magnus est aujourd’hui d’un niveau équivalent à celui de la deuxième division finlandaise (Mestis).

    Les Spartiates face à des Boxers en perte de confiance

    Les hockeyeurs marseillais (5e avec 5 victoires, 2 défaites) reçoivent les Boxers de Bordeaux, ce vendredi soir (20h), au Palais Omnisports (Pomge), à l’occasion de la 8e journée de Ligue Magnus. Les protégés d’Olivier Dimet, adversaires les plus affrontés par les hommes de Luc Tardif depuis leur accession (21 rencontres, avec 8 victoires seulement), sont considérés comme leurs bêtes noires. Les Bordelais ont stoppé les deux premières aventures des Marseillais en play-offs. Mais les Boxers, qui déplorent la blessure de leur gardien phare Quentin Papillon, ont perdu de leur superbe. Ils ne comptent qu’une victoire sur ce début de saison et pointent à la dernière place.

    MARSEILLE – BORDEAUX

    8e journée de Ligue Magnus

    Vendredi 10 octobre, à 20h15.

    Lieu : Palais Omnisports (Pomge)

    MARSEILLE : Kasik, Gourdin – Coulaud, Ruusu, Corvez, Cantagallo, Bourgeois (ass), Lindgren – Thompson, Joubert, Bouvet, Colotti (cap), Lavoie, Myllymaa, Dair, Tavernier, Dufek (ass), Welsh, Stromberg, Nsonsa Kitala. Entraîneur : L. Tardif

    BORDEAUX : Dubeau, Gilbert – Dusseau (ass), Tournier, Dogemont, Ouellet Beaudry, Kindl, Saxrud-Danielsen – Guidoux, Guillaume (ass), Poudrier (cap), Birgersson, Bruche, Giroux, Rambelo, Morin, Farnier. Entraîneur : O. Dimet

  • La crise du logement, un défi ici et partout en Europe

    La crise du logement, un défi ici et partout en Europe

    « On retrouve à Marseille et partout ailleurs en Europe les mêmes freins liés au foncier, au financement et à l’acceptabilité de la mixité », pose Patrick Amico (GRS), l’adjoint au maire de Marseille en charge du logement et de la lutte contre l’habitat indigne. Il rappelle le besoin annuel non satisfait de 4 000 nouveaux logements, dont 2 300 abordables. « On ne peut pas compter sur la bonne volonté du marché. Une politique de production de logements abordables est encore plus nécessaire », exhorte-t-il. S’agissant des 12 937 meublés touristiques recensés fin 2024, dont 6 000 sauvages, une « régulation » s’impose, car ils font « perdre des logements familiaux ».

    Sur l’habitat dégradé qui affecte 40 000 logements à Marseille, « le travail a été pris à bras-le-corps avec des situations d’urgence absolue », déclare Patrick Amico. Beaucoup d’immeubles sortent de péril, mais 1 300 arrêtés de mise en sécurité sont encore actifs. « La problématique de sécurité diminue, mais celle de l’indécence et de l’insalubrité augmente », reconnaît-il.

    « La reconquête de logements vacants et l’investissement dans l’ancien ne suffisent pas », expose David Ytier (LR), le vice-président en charge du logement à la Métropole, conscient que « la crise du logement touche l’intégralité du territoire intercommunal ». « Il faut convaincre nos concitoyens que la production de logements est une nécessité d’intérêt général pour que chaque citoyen ait un toit. » Sur les grandes copropriétés privées dégradées « longtemps dans l’angle mort des politiques publiques », 4 des 28 les plus préoccupantes à Marseille vont faire l’objet d’une opération Orcod-IN*, « cela fait 30 ans qu’on enchaîne les plans de sauvegarde. Il est temps qu’on se donne une méthode pour être efficace quand des habitants sont pris au piège de situations inhumaines, atroces et inimaginables », lance David Ytier.

    « Ce n’est plus une crise mais une tendance »

    Pour l’État qu’il incarne, Patrick Vauterin, directeur départemental des territoires et de la mer (DDTM), rappelle qu’« on ne résoudra pas les questions marseillaises sans la solidarité territoriale quand on est face aux défis du logement, de la lutte contre l’habitat indigne, de la rénovation urbaine ». De redire que « l’état est là » avec l’Anah qui, depuis 2018, a mis plus de 40 millions d’euros sur ce territoire et 25 millions d’euros supplémentaires en 2025 et 650 millions d’euros de l’Anru sur Marseille. Il rappelait l’impact de la crise du Covid où « la production s’est écroulée de 30% quand les demandes de logements sociaux augmentaient de 30% ».

    Pour Francis Vernède, de la Fondation pour le logement des défavorisés, « avec 2,8 millions de demandeurs d’un logement social en France, dont 110 000 dans les Bouches-du-Rhône, la question devrait être le cœur de cible des pouvoirs publics. Ce n’est plus une crise, mais une tendance car on a fait du logement social un produit financier ».

    * opération de requalification de copropriétés dégradées d’intérêt national

  • Négociations sous haute tension dans l’énergie

    Négociations sous haute tension dans l’énergie

    « On a obtenu l’intégration des revendications qu’on porte depuis plus d’un mois à la CPPNI [Commission paritaire nationale permanente de négociation et d’interprétation, Ndlr] », explique Renaud Henry, devant la barrière de pneus qui bloque en partie l’entrée du siège d’EDF. Un coup de pression destiné à maintenir le rapport de force devant la plus grosse entreprise de la branche, « qui est aussi la plus réticente à nos arguments », précise le secrétaire général de la CGT énergie de Marseille.

    Le 2 septembre, la FNME-CGT a déposé un préavis de grève reconductible dans 157 entreprises, sur la base de trois axes revendicatifs majeurs : l’abrogation de la réforme des retraites, qui prive les nouveaux embauchés du régime pionnier des industries électriques et gazières et modifie les droits des salariés, l’augmentation de 9% des salaires des électriciens et gaziers et la baisse des factures d’énergie pour les usagers. Ce jeudi 9 octobre, ces points étaient enfin discutés entre les directions des IEG et les quatre organisations syndicales (CGT, CFDT, CFE-CGC et FO).

    En nombre, solidaires

    Pour s’assurer du bon déroulé de cette réunion, la CGT a maintenu haut le cap d’une grève qui n’a jamais faibli sur l’ensemble du territoire. « La Centrale de Martigues, le stockage de gaz de Manosque, Graveline, Chambéry, le site nucléaire de Golfesh, la Centrale de Brévières-Malgovert, Saint-Alban, le barrage de la Rance, le centre nucléaire de Cruas, Gournay-sur-Aronde, la centrale nucléaire de Blayais, Oraison… » liste Alexandra sur son portable. « Plusieurs feux, un même brasier », résume le secrétaire général FNME-CGT, Fabrice Coudour, qui entend mener la lutte « jusqu’à la victoire », fort de troupes visiblement très déterminées.

    « Les enjeux sont gros, considère un gazier retraité venu en soutien. si on laisse passer, c’est la fin du statut des travailleurs, de la sécurité et la précarité énergétique va exploser. Ils ont passé la TVA sur l’énergie à 20%, alors que McDo c’est 5,5% ! ». En voyant entrer deux camions des meilleurs traiteurs marseillais sur le site, un électricien hoche la tête : « Ça, c’est tous les jours. Et ils ont fermé nos cantines ! »

    Dans l’attente des retours de cette entrée en négociation, les grévistes marseillais retournent sur le piquet de grève du boulevard Gueidon (13e), où les soutiens affluent. Les énergéticiens ont été « particulièrement émus » par la généreuse contribution à leur pot de grève offerte par une poignée de salariés de la blanchisserie Pamar (15e), en lutte depuis 22 mois. « Durant tous ces mois, on a appris que la solidarité était ce qu’il y avait de plus important. ça nous a fait du bien de partager un moment avec eux », témoigne leur représentante syndicale, Kalathoumi Coudouroi.

  • [Fiesta des Suds] Youssoupha : « Décrispez-vous. N’écoutez pas ceux qui vous parlent de camps »

    [Fiesta des Suds] Youssoupha : « Décrispez-vous. N’écoutez pas ceux qui vous parlent de camps »

    La Marseillaise : Sur le titre « Suprême », vous confiez votre rapport à la France et rappez : « dîtes à ce pays que je l’ai quitté pour mieux m’en rapprocher ». Peut-on dire que vous, l’enfant né à Kinshasa, venu vivre en France à 10 ans et qui habite désormais en Côte d’Ivoire, ne se sent jamais autant chez lui que lorsque qu’il est éloigné de la terre à laquelle il est attaché ?

    Youssoupha : Il y a un peu de ça. Je me rends compte que je suis un peu plus nomade que ce que j’aurais imaginé avant. Je ne me déconnecte jamais des endroits qui m’ont accompagné. Je ne suis par exemple plus au Congo, mais je reste très attaché à ce pays et j’y retourne régulièrement. Pareil pour la France. Peut-être que j’y reviendrai un jour de manière plus permanente. Mais pour l’instant, pour continuer à l’aimer, j’ai besoin de voir autre chose. Sinon, j’ai le sentiment de la subir et pour de mauvaises raisons. L’éloignement m’a rapproché de la France. Même si tout n’est pas réglé, on peut parler d’une forme de réconciliation.

    Les supporters de l’OM, club auquel vous êtes attaché, ont l’habitude de clamer : « partout, c’est chez nous »…

    Youssoupha : Depuis petit, je me suis toujours senti proche de ce club. Même si je suis connu pour être un fan de Liverpool, l’OM reste dans mon cœur. J’aime le fait qu’on puisse utiliser encore ces expressions de « partout, c’est chez nous » ou de « citoyen du monde ». Certains disent que c’est une formule facile, voire démagogique. Mais en fait, on n’a pas à se remettre en cause. Les frontières, ça reste des concepts théoriques. En revanche, nos vies, elles sont bien réelles. Je ne vais donc pas laisser un concept théorique renfermer ce que mon cœur et mon cerveau ressentent et pensent. Vous me parliez de l’OM : je n’ai jamais vécu à Marseille, je n’y ai pas de famille et je ne connais pas la ville plus que cela. Mais, à mon arrivée en France, enfant, quelque chose m’a rattaché à la ferveur de ce club. Pendant longtemps, j’ai pu complexer, car on nous intime de choisir. On en a entendu des formules bizarres comme « La France, tu l’aimes ou tu la quittes » ou « il faut choisir entre tes origines ». Eh bien, moi, j’ai choisi de ne pas choisir. Ou plutôt, je choisis tout.

    « Amour suprême » condense vos influences rap, africaines, mais aussi gospel et symphoniques. Ce qui ne date pas d’hier, quand on regarde les samples de vos débuts, parmi lesquels Nina Simone ou Edith Piaf…

    Youssoupha : C’est un album décomplexé. On a l’habitude d’entendre qu’on ne peut pas être telle et telle chose à la fois. Soi-disant, on ne pourrait pas être profondément Français et avoir des références Nina Simoniennes, être Africain et avoir pour référence le rap américain. Moi, j’aime Nas, Jay-Z, mais j’ai aussi la rumba congolaise dans le sang. La chanson française de Brel et Brassens me fascine. Le symphonique me porte en live et a changé ma vie. La soul music, c’est l’essence du rap que j’ai aimé. Pour le gospel, ce sont mes cousins à l’église qui m’ont mis dedans. J’ai décidé de faire tout cohabiter.

    Il y a aussi « Dieu est grande », morceau dédié à votre fille devenu viral, mais perçu comme un blasphème par des intégristes. Et dans « God bless », vous chantez « le chemin de dieu est simple, mais c’est les religieux qui le compliquent »…

    Youssoupha : Je suis quelqu’un de spirituellement hybride. J’ai grandi avec ma mère qui est sénégalaise musulmane. Mon père est, lui, chrétien, comme ma femme. Quand on a décidé de se marier, au niveau de nos familles et communautés, c’était un peu compliqué. D’un côté comme de l’autre, on a voulu installer un problème qui n’en était pas un pour nous. J’ai aussi vécu à Créteil dans un quartier juif. J’ai toujours été amené à me mélanger. ça m’a permis de me rendre compte que, dès que les gens se mélangent, ils sont souvent amenés à bien s’entendre. C’est quand les gens mettent la logique de camps et de dogmes, qui vient souvent des religieux, que la crispation s’installe. Si j’avais appris la religion à travers ceux qui prétendent en être les garants, je serais même devenu agnostique ou athée. Je pense que la religion et la spiritualité élèvent et que ce sont les gens qui rabaissent. Je veux transmettre cela dans mes textes en disant aux gens : « décrispez-vous. N’écoutez pas ceux qui vous parlent de camps. »

    Le titre « Prose combat » est aussi marqué par votre appel pour « une terre pour le peuple palestinien » ou le soutien au peuple congolais. Deux massacres desquels les dirigeants détournent le regard. Pourquoi ?

    Youssoupha : Car c’est logiciel du monde d’avant, qu’on a du mal à mettre à jour car il faudrait réinterroger nos civilisations. Dénoncer les pratiques du régime actuel en Israël, notamment sur la bande de Gaza et son génocide, remet en cause une interrogation. Auparavant, on présentait Israël comme une démocratie. On a lié cela à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, où les juifs ont été des victimes, parmi les pires de l’histoire. Ce logiciel de l’établissement d’Israël a persisté, ce qui fait qu’aujourd’hui, tout est confondu par les principaux médias et institutions. Pour le Congo, pareil. Aux yeux des gens, le pillage et les guerres en Afrique étaient quelque chose d’établi. Et quand on se met à dénoncer le génocide au Congo, pour l’exploitation des minerais, on entend : « ça a toujours été comme ça. » Pourtant, la prise de conscience doit se faire et les massacres doivent s’arrêter. On doit changer ce monde-là. Maintenant.

  • Terminal croisières : la CGT du Port répond à Manuel Bompard

    Terminal croisières : la CGT du Port répond à Manuel Bompard

    Dans une question au gouvernement ce mardi, Manuel Bompard estimait en effet que « ce projet va à l’encontre de toute considération écologique et sociale à Marseille », relayant le programme de Stop croisières. « Le Port de Marseille, c’est un écosystème d’activités complémentaires, lui rappelle la CGT du Grand Port maritime de Marseille et Fluxel dans un courrier adressé ce mercredi. Ces activités font vivre des milliers de familles et contribuent à la vitalité du territoire. Les opposer ou caricaturer la petite et grande croisière comme une menace pour la ville, c’est méconnaître la réalité du travail portuaire et l’équilibre de l’économie locale. » Et de rappeler le travail fait en faveur de la transition par le branchement à quai, les aménagements portuaires. Si la croisière reste « un maillon essentiel de la chaîne portuaire » avec ses retombées, la CGT rappelle aussi les investissements nécessaires pour l’activité portuaire : maintien des faisceaux ferroviaires d’Arenc, mise au gabarit des tunnels, réalisation de la rampe Saint-André, dépollution du tunnel du Soula. Et invite le parlementaire à échanger « plutôt que de vous lancer dans un «parcours hippique» hasardeux, dont la CGT du Port de Marseille ne saura pas toujours vous montrer le chemin du retour vers l’écurie ».

    Relire l’article paru le 30 septembre dans nos colonnes : Le terminal des croisières de luxe prend encore l’eau

  • #DisMoiPourquoi, Est-ce que notre cerveau dort ?

    #DisMoiPourquoi, Est-ce que notre cerveau dort ?

    Le cerveau ne dort jamais. Il est toujours actif. On croit que quand on dort, il ne se passe rien, pourtant c’est tout le contraire. Ça s’agite là-dedans. Bien sûr le cerveau se débranche du monde autour. On a les yeux fermés, on n’entend rien, on ne bouge pas. Mais pendant ce temps, le cerveau lui, il travaille. Dans le sommeil, le cerveau trie ce qu’on doit apprendre et ce qu’on doit oublier. Il fait tout pour bien enregistrer ce qu’on doit apprendre, et il s’occupe même de déplacer les mémoires importantes dans certaines des parties du cerveau. Pendant ce temps-là, on rêve. Quand on dort, le cerveau se nettoie aussi. C’est donc très important de dormir. Si on ne dort pas pendant des semaines, on devient fou. Est-ce que tu savais que les dauphins ne dorment qu’à moitié ? lorsqu’ils sont fatigués, la moitié de leur cerveau se déconnecte et fait tout ce dont je viens de parler. Pendant ce temps, l’autre moitié du cerveau reste réveillée et s’assure que le dauphin ne se noie pas. »

    Pierre-Pascal Lenck-Santini. Chercheur à l’Inserm.

  • L’interview de Sabrina Agresti-Roubache, « un coup de canif dans l’union »

    L’interview de Sabrina Agresti-Roubache, « un coup de canif dans l’union »

    Les reproches de l’ancienne secrétaire d’État macroniste, Sabrina Agresti-Roubache, ne passent pas. Dans La Provence, ce mercredi, celle-ci estime que « parler aux électeurs de Stéphane Ravier ne sert à rien », moins d’une semaine après la main tendue adressée par la candidate de la droite, Martine Vassal. Et rappelle que la présidente des LR des Bouches-du-Rhône, Laure-Agnès Caradec, n’a obtenu que 9% des voix aux législatives « dans la circonscription historique de Jean-Claude Gaudin ». « ça a été très mal reçu, grince-t-on dans les rangs de LR. Son interview, c’est un coup de canif dans l’union. Comment peut-on recevoir des leçons de quelqu’un qui a divorcé avec Marseille ? » Surtout qu’on s’inquiète du rejet de la macronie qu’elle incarne. En s’interrogeant sur ses visées. « Si le bien de Marseille passe par dire quelques vérités, je serai toujours là », assume l’intéressée face à la presse. « J’avais écrit que les électeurs du RN ne sont pas nos ennemis, il faut leur parler, mais à aucun moment cela veut dire se compromettre », insiste-t-elle. Rappelant que « la voie du centre existe » à Marseille.

    Relire notre entretien du 5 juillet 2025: [Municipales 2026] Sabrina Agresti-Roubache : « Je n’ai pas les codes du marigot politique, il n’a pas les miens »

  • La Ville de Marseille amène la prévention au plus près des jeunes

    La Ville de Marseille amène la prévention au plus près des jeunes

    « La loi, à quoi ça sert ? » Autour du jeu de l’oie « graine de droit », installé sous un arbre du jardin de la Porte d’Aix (1er), Ahmer et ses petits camarades se grattent la tête. Il trouve la réponse : « Protéger les personnes ! » Ateliers de sécurité routière avec la police municipale, gestes de premier secours avec les marins-pompiers, centre de loisirs de la police nationale, stands de tir à l’arc, de badminton, escalade avec l’Addap 13… Associations et institutions ont investi la place, au cœur de Belsunce, pour la journée phare, ce mercredi 8 octobre, de la semaine de la prévention et de la protection de la jeunesse organisée par la Ville de Marseille et la mairie des 1er et 7e arrondissements. Dans les centres sociaux, les écoles ou les lycées des projections, animations sont aussi au programme.

    Une formule, qui, en tournant dans les quartiers marseillais depuis deux ans, rencontre un franc succès, se félicite Zoubida Meguenni, conseillère municipale (PM) déléguée aux politiques de prévention, protection et de médiation sociale pour les jeunes. Le but : « Amener la prévention sur les territoires dont beaucoup sont isolés, ici c’est le centre-ville mais il y a des problèmes de drogue et de violence », rappelle l’élue. Avec cette journée, il s’agit aussi d’« occuper le terrain », ajoute-t-elle, et d’informer « tout le monde sur les outils à disposition », en créant par la même occasion une synergie entre tous.

    Zoubida Meguenni aimerait faire plus, plus longtemps avec plus de moyens, déplorant le « grand vide » en matière de prévention. Même s’il y a de légers bougés. Manu*, éducateur à la PJJ (protection judiciaire de la jeunesse), embauché avec cette mission, « une nouveauté cette année depuis septembre », nous indique Pierre Pibarot, directeur territorial de la PJJ des Bouches-du-Rhône, explique : « Ce qui fait tomber les jeunes dans le trafic c’est l’appât du gain, la rupture avec les institutions telles que la police, l’Éducation nationale et la banalisation de la violence et de la criminalité. C’est un travail sur le temps long, on essaie de mettre tous les moyens possibles. Mais quand ils en sortent, c’est par l’amour… Ou la mort. »

    * Le prénom a été changé