« Comment se construire quand sa vie commence par un infanticide manqué ? » La question traverse chaque page de Léna, le roman coécrit par l’actrice aixoise Mylène Jampanoï et le réalisateur marseillais Samuel Massilia. Un récit sombre et sensible, porté par une héroïne cabossée qui tente de se frayer un chemin vers elle-même dans la France des années 1990.
« C’est une enfant, puis une adolescente, qui n’accède jamais vraiment à l’âge adulte », précise Mylène Jampanoï. Elle a imaginé cette histoire il y a une dizaine d’années, alors qu’elle était pensionnaire à la Fémis, l’École nationale supérieure des métiers de l’image et du son, à Paris. « Cette jeune fille cherche sa voie, même si elle n’a pas les mots pour s’exprimer ou pour fuir les milieux qui lui semblent menaçants. Elle cherche sa liberté tout en étant constamment contrainte », poursuit-elle. Marquée dès l’enfance par une tentative d’infanticide, Léna développe un instinct de survie presque viscéral. Elle tente de se construire dans un environnement hostile, tout en cherchant sa propre identité, entre la précarité de sa vie avec sa mère à Aix-en-Provence et le dandysme parisien auquel elle aspire pour s’élever.
Pour ses auteurs, Léna refuse les oppositions simplistes. « Le livre n’est pas binaire. Ce n’est pas elle contre le reste du monde. Elle n’est pas seule non plus », insiste Mylène Jampanoï. Le roman pose aussi le regard sur une époque, les années 1990, « où l’on voyait des adolescentes traverser des situations extrêmement gênantes ou violentes que l’on ne tolérerait plus aujourd’hui ». Très attachée à la féminité de son personnage, l’autrice explore les contradictions de Léna, ses fragilités autant que sa force.
À cette écriture intime
répond l’approche plus cinématographique de Samuel Massilia. Journaliste, réalisateur et scénariste, il apporte une attention particulière à la psychologie du personnage et à la question du déterminisme social. « Quand on lit le livre, on comprend d’où elle vient, notamment à travers ses origines vietnamiennes », explique-t-il. « Quand on est issu de l’immigration, il existe parfois une forme d’injonction à effacer son passé, à ne pas regarder d’où l’on vient. La société préfère parfois gommer ces héritages plutôt que les comprendre. » Mais Léna refuse cet effacement. Au fil des rencontres -tantôt lumineuses, tantôt destructrices-, elle tente de se réapproprier son histoire pour construire son propre avenir. Une quête d’émancipation, cœur battant du roman né de la collaboration entre Mylène Jampanoï et Samuel Massilia, entamée il y a quatre ans et pensée pour une adaptation au cinéma dans un avenir proche.
Une soirée pour « célébrer ce livre » est prévue le jeudi 28 mai
à partir de 18h à la librairie – galerie Rupture Art & Books à la cité radieuse le Corbusier,
dans le 9e arrondissement

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