Tag: Marseille

  • [Chronique des invisibles] Un de mes héros s’en est allé…

    [Chronique des invisibles] Un de mes héros s’en est allé…

    Il faut que je vous parle de quelqu’un qui a énormément compté pour moi. Pour tous celles et ceux qu’il a aidés au cours de son existence. Il s’appelait Guy Diaz. Ce fut mon camarade, mon ami et mon frère. Tu as lutté avec acharnement et dignité, dans ce dernier combat que nul ne choisit. Toi, l’immense militant, le syndicaliste, le mutualiste, l’homme debout. Toi qui portais le prénom de mon écrivain préféré, comme un signe discret, presque une promesse.

    Hier j’écrivais encore sur la lâcheté ordinaire. Aujourd’hui je perds l’un de mes héros. Je regrette aujourd’hui les mots tus, les silences trop lourds, les visites remises à plus tard.

    Je nous revois avec Renée, ton épouse, dans ces moments suspendus où la ville de Marseille devenait récit sous ta voix. Ta connaissance de la fascinante cité phocéenne était charnelle, précise, presque amoureuse.

    Tu en connaissais l’histoire comme on connaît un visage aimé. Chaque rue, chaque pierre, chaque porte chargée de mémoire, notamment dans ce Vieux Panier où tu avais usé tes fonds de culotte, devenait prétexte à raconter, transmettre, faire vivre.

    Je me souviens de mon coup de cœur pour le Vallon des Auffes. C’est à cet endroit où enfant, toi le fils d’immigrés espagnols, tu as appris à nager. C’est sur ce bord de quai où tu as conté fleurette à cette charmante jeune fille qui allait devenir ta femme pour la vie.

    Dans tes veines coulait le sang des républicains espagnols, cette noblesse de ceux qui ne baissent les yeux que pour faire leurs lacets, cette fierté de défendre les opprimés. Avec toi, je marchais aussi dans les pas de Pagnol. Et j’aime à croire qu’aujourd’hui, de l’autre côté du miroir, Marcel t’accueille pour une de ces discussions passionnées dont tu avais le secret. Ce monde donne trop souvent des noms indignes à ses places et à ses rues : anciens présidents douteux, esclavagistes, figures troubles que l’histoire n’a pas su juger à la hauteur de leurs fautes.

    Toi, Guy, tu méritais mieux que ces pierres sans mémoire. Tu méritais les Vivants. Tu es, et tu resteras, cette étoile au-dessus de nos vies. Celle qui continue de briller, même lorsque nous fermons les yeux.

    La maladie aura beau essayer de tout dévorer jusqu’à digérer ton dernier souffle, on ne peut avaler le feu sacré, dissoudre la mémoire de ceux qui t’ont aimé, enlever toutes ces luttes pour lesquelles tu as donné sans compter.

    Je t’embrasse fraternellement. Et je te pleure. Adesias mon ami, mon frère.

    À Monsieur Guy Diaz, un Grand Homme pour l’éternité.

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au Palais Longchamp, Ingres efface et puis recrée Nicolas Poussin

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au Palais Longchamp, Ingres efface et puis recrée Nicolas Poussin

    C’est un tableau plein de grâce et de mystère. Intrigant, immédiatement envoûtant. Il est accroché dans une encoignure du second étage du musée, les visiteurs pourraient ne pas l’apercevoir. Voici trois jeunes femmes, des vases et des cruches, la margelle d’un puits. Celle qu’on aperçoit à gauche semble avoir oublié qu’elle verse de l’eau dans un récipient. Sa silhouette est en suspens, son corps est distrait. Ses gestes restent pertinents, ses yeux et sa mémoire sont exclusivement captés par la figure centrale, une autre jeune femme qui voudrait maîtriser son émotion. Sur la droite, une troisième personne affiche une attitude impérieuse et désinvolte, un regard distant. Elle n’ignore rien de ce qui se passe à côté d’elle, mais prétend pourtant ne pas être du tout concernée.

    L’auteur de cette toile s’appelle Jean-Dominique Ingres. Sur ce petit format de grande modestie, en dépit de l’harmonie des couleurs des vêtements et de la finesse des traits des visages de ces personnes, on ne trouve quasiment rien qui puisse être aisément rattaché à Madame de Senonnes, à Jupiter et Thétis, à l’Odalisque, ou bien au Bain Turc. Le cartel nous sauve de cette indécision, il s’agit d’un épisode de la Bible. Ce tableau, c’est son titre, retrace la « Rencontre d’Eliezer avec Rébecca ». Le patriarche Abraham décide d’envoyer en Chaldée la caravane d’un homme de confiance pour qu’il puisse trouver une épouse digne de son fils Isaac.

    On est à Paris entre 1801 et 1806, Ingres vient d’avoir 20 ans. Le natif de Montauban voudrait partir pour Rome, visite souvent le Louvre, songe énormément aux deux maîtres qu’il vénère, Raphaël et Nicolas Poussin. Il choisit de copier trois silhouettes qui figurent dans une vaste et beaucoup plus solennelle composition de Poussin où l’on découvre dans un décor urbain, au beau milieu de douze jeunes femmes, cette mission qu’Eliezer entreprend afin de convaincre Rébecca.

    Jeune apprenti à la fois fidèle et audacieux, Ingres supprime l’argument central et synthétise la composition de Poussin. Point de négociation, ni de demande en mariage. Eliezer, l’agitation des suivantes et les architectures du paysage n’existent pas. Rébecca accepte sobrement son destin de future compagne d’Isaac. À droite, une jeune femme déclare son indifférence en face de cette éventualité. À gauche, une troisième personne accompagne rêveusement le départ de la mariée.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. L’explosion au palais de justice

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. L’explosion au palais de justice

    La revendication de l’acompte provisionnel de 25% fut avancée, mais l’essentiel restait la protestation et la libération des emprisonnés.

    Une délégation des déportés, conduite par le révérend père Perceval, intervint auprès du préfet et l’association des anciens détenus de la centrale d’Eysses demanda la libération de Dani, secrétaire de la section marseillaise, déporté à Dachau.

    Malgré le témoignage des gardes mobiles affirmant honnêtement qu’ils n’avaient été l’objet d’aucune violence, le préfet socialiste exigea que les ouvriers arrêtés soient déférés devant le tribunal. Le procès eut lieu devant la 5e chambre correctionnelle le mercredi 12 novembre 1947.

    Nous appelâmes tous les camarades à assister au procès. Effrayé, le commissaire central envoya deux pelotons de gardes mobiles dès 7h30 au palais de justice, répartis dans le cabinet du président du tribunal et dans la salle d’audience.

    Pendant ce temps, les manifestants affluaient par milliers devant le palais de justice. Les travailleurs étaient en grève dans la plupart des entreprises métallurgiques.

    Les travailleurs de la métallurgie au premier rang

    Ceux de la navale, de la SPCN, Terrin, Groignard, Paoli, Durbec, Duclos, des aciéries du Nord, Bolsonni et Jauffret, de la SNCASE de Marignane, étaient présents. Beaucoup s’introduisirent dans la salle d’audience, la police voulut faire évacuer tous les étages du palais.

    Mais le barrage policier établi à la rue Fortia céda sous la pression des travailleurs. Le commissaire central fit fermer les portes du palais, mais trop tard. La salle d’audience était pleine à craquer et les travailleurs de la métallurgie au premier rang.

    À 10h, après délibération, seul Dani est mis en liberté, les trois autres inculpés furent maintenus sous mandat de dépôt. Le président du tribunal n’eut pas le temps de poursuivre la lecture des décisions prises par les magistrats. Sur l’ordre de Georges Brunero, secrétaire du bureau de l’UD, les travées des témoins et des avocats furent envahies par les travailleurs. Les magistrats se réfugièrent dans le cabinet du président.

    Devant une telle manifestation, le magistrat instructeur s’apprêtait à signer l’ordre de mise en liberté provisoire, lorsque le préfet exigea un jugement de maintien sous dépôt, qui s’appliquait aux trois inculpés malgré l’absence de délit. Deux inculpés furent libérés par les travailleurs, malgré les policiers qui reculèrent devant eux. Les deux autres, dont Dani, furent maintenus par les gardes mobiles retranchés dans un bureau du Palais. Les travailleurs avaient leur outil de travail, « le ganchou », qu’ils ne quittaient jamais et qui effrayait les policiers.

    Dès midi, la grève s’étendit. Les dockers arrivèrent en masse au palais de justice avec leurs outils de travail ; « le ganchou » qu’ils ne quittaient jamais et qui effrayait les policiers. Les marins, les produits chimiques, l’alimentation, la Sécurité sociale en mouvement, réclamaient la libération et un non-lieu pour les quatre inculpés.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Portrait] Chez Anacharsis, « un livre n’avance jamais seul »

    [Portrait] Chez Anacharsis, « un livre n’avance jamais seul »

    Pour saluer l’esprit d’aventure et la radicalité de ces éditions, on rappellera prioritairement qui serait le personnage d’Anacharsis : c’était un barbare de la mythologie grecque, un voyageur qui modifiait son regard pour mieux comprendre et rencontrer les autres. Les deux responsables de cette entreprise lui ressemblent, travaillent à partir de deux points d’ancrage différents. On évoquera principalement Frantz Olivié qui habite Marseille depuis 35 ans. Pour l’université d’Aix-Marseille, il livre les cours d’un Master de Lettres destinés à des étudiants en quête d’emploi dans le monde du livre et de l’édition.

    On dira sa solide entente depuis 25 ans avec le co-fondateur des éditions, Charles-Louis Laville, rencontré pendant ses études d’histoire à Toulouse. Toulouse est un creuset essentiel pour cet éditeur décentralisé : de nombreux auteurs et traducteurs d’Anarchies travaillent dans cette ville où fut créé voici 10 ans le Festival de L’histoire à venir, dont Charles-Louis Laville est l’un des protagonistes permanents.

    280 livres depuis 2002, date de la fondation des éditions. Certains sont copieux, entre 400 et 700 pages. Plus d’une dizaine d’entre eux sont des ouvrages novateurs qui ont remporté de vrais succès dans un segment étroit du marché du livre, l’histoire et l’anthropologie. Entre autres, deux ouvrages qui ont bousculé de nombreux préjugés à propos des Indiens d’Amérique du Nord : « Le Middle Ground » de Richard Wright, la traduction d’un essai qui serait, disent les spécialistes à propos de la Région des Grands lacs l’équivalent de la Méditerranée de Braudel ainsi que « Des ombres à l’aube » de Karl Jacoby sous-titré « Un massacre d’Apaches et la violence de l’histoire » qui fut le Grand Prix 2014 des Rendez-vous de l’histoire de Blois. À quoi s’ajoutent, loin des sciences sociales, une découverte, les improbables narrations, à la fois loufoques et révélantes d’un proche ami de Frantz Olivié autrefois rencontré dans une librairie de la rue des Trois Mages, Le Lièvre de Mars. Chez Anarchasis, l’auteur le mieux vendu – plus de 10 000 exemplaires pour Booming et Trois jours dans la vie de Paul Cézanne – est Mika Biermann, un écrivain allemand qui vit à Marseille depuis quatre décennies.

    Un catalogue sans concession

    Ce qui saute aux yeux, c’est la diversité et l’inégale vitesse de propagation de ce catalogue dont les qualités furent maintes fois saluées par des historiens comme Roger Chartier, Romain Bertrand et Patrick Boucheron, par des médiateurs comme Emmanuel Laurentin, Gilles Lapouge, Julie Clarini et Roger-Pol Droit, par Le Monde des Livres, Télérama et Libé. En dépit de résultats en dents de scie et de grandes difficultés financières, Anarchasis a développé une collection de livres de Poche intitulée « Griffe » où l’on trouve 40 titres, des essais, des traductions de Sagas ainsi que des incursions du côté du roman policier avec des auteurs laconiques comme Panagiotis Agapitos, Claudio Morandini, Mathieu Ghezzi et Nicolas Rouillé.

    Parmi les 280 ouvrages du catalogue, on repère des cohérences et des constantes du côté des lointains dans l’espace et le temps. Pas seulement en direction de la colonisation et des violences subies par les Indiens, ou bien du côté de Bysance et Venise qui furent les champs d’études des deux comparses d’Anarchasis, rapidement obligés d’entrevoir qu’ils étaient trop passionnés et trop exigeants pour faire carrière dans l’Université. Pour échapper aux impasses d’une historiographie européocentrée, ils ont déniché des traductions, des auteurs d’envergure comme Régis Boyer ou l’ethnologue Alban Bensa ainsi que des thématiques qui évoquent le Pacifique, l’Australie, la Nouvelle Calédonie ou bien l’histoire de la piraterie.

    Les coups de poker, l’audace pour ne pas dire l’imprudence d’Anarchasis ont engendré de fortes incertitudes du côté d’une trésorerie pour l’heure incapable de rembourser les aides fournies pendant la Covid : la parution en octobre 2024 d’un coffret de trois volumes richement illustrés, l’ouvrage de Jocelyne Dakhlia Harem et Sultans / Genre et despotisme au Maroc et ailleurs, XIV-XXe siècle, n’a pas rencontré plus de 500 lecteurs.

    Des tendances lourdes – la surproduction et le conformisme envahissent les librairies – un contexte remarquablement analysé dans « Edition », 120 pages, l’essai publié par Frantz Olivié chez Anamosa, peuvent effacer l’importance des éditeurs indépendants. L’heure est grave. Pour ne pas fermer boutique, Marseille et Toulouse lancent une campagne de soutien sous forme d’achats de livres. On choisit des titres d’Anacharsis, on verse une contribution sur le site Ulule : https://fr.ulule.com/editions-anacharsis/

  • [Travailleuse de demain] Emmy Mercier, Argentiéroise aux doigts d’or

    [Travailleuse de demain] Emmy Mercier, Argentiéroise aux doigts d’or

    À la fin du collège, Emmy s’intéressait pourtant davantage au dessin et aux filières artistiques. « Déjà, j’étais très manuelle, mais pour rejoindre une filière artistique, ça aurait été dans un Bac général, où je n’ai pas été acceptée, explique-t-elle. Mais, grâce aux différents tests probatoires proposés par les lycées, j’ai trouvé celui où je suis actuellement, à César-Baldaccini, à Marseille. J’ai fait des tests probatoires, ça m’a beaucoup plu et j’y suis maintenant. »

    Un grand saut pour Emmy Mercier qui, dès la fin du collège, passe de L’Argentière-la-Bessée, commune de 2 278 habitants dans les Hautes-Alpes, à Marseille, pour y suivre un CAP bijouterie-joaillerie en deux ans, puis un Brevet des métiers d’art (BMA). Pour suivre les cours, elle se rend chaque jour à Marseille depuis Rognac, où elle habite avec sa grand-mère. « Je sortais du collège, je n’avais que 14 ans. Au début, mes parents étaient un peu mitigés avec tous les trajets à faire au quotidien : train, bus et je prends aussi le métro, se remémore-t-elle. Ce n’était pas facile, j’ai pris la main au fur et à mesure. Ma mère est un peu stressée, mais je l’appelle souvent. Ça m’a permis aussi de gagner en autonomie, maintenant, je me débrouille sans problème. »

    Finalement, elle ne regrette pas ce choix d’orientation. « Ce qui me plaît, c’est toute la précision, je suis très manuelle de base, savoure Emmy. Dès le début, ça m’a plu de créer quelque chose, à travers des pièces à réaliser en atelier ou des choses à créer de nous-mêmes. » Ses proches ne sont pas mécontents non plus : « J’aime bien réaliser des petits cadeaux pour ma famille, et ils m’en demandent tout le temps. »

    Son avenir idéal ? « Faire des pièces uniques pour de grandes personnalités ou des événements, dans de la haute joaillerie », imagine-t-elle.

    Son idéal : l’artisanat pour le contact humain

    Pour autant, après trois stages en atelier à Marseille et à Lyon, Emmy préfère pour l’instant les structures artisanales à la haute joaillerie. « J’aime bien le côté artisan, on crée nous-mêmes de toutes pièces, on part du dessin de ce que veut le client et on va l’imaginer. On apprend et on fait beaucoup de choses. C’est hyper intéressant parce que c’est très humain, on échange beaucoup avec les gens. En haute joaillerie, on n’est pas directement en rapport avec le client », explique-t-elle.

    La première création dont elle a été particulièrement fière, elle l’a réalisée il y a deux ans, lors du concours du Meilleur apprenti de France. « J’ai eu un bracelet à faire, assez volumineux, en argent. Il faisait 5 cm de large, il prenait l’entièreté du poignet. Quand on l’ouvrait, on voyait un motif à l’intérieur et il y avait des mises en pierre sur le dessus », se replonge-t-elle.

    Quant au bijou qu’elle rêverait de réaliser, difficile de n’en choisir qu’un : « Mon bijou préféré serait un gros collier, articulé, où toutes les parties bougeraient entre elles, dans un style assez rétro, avec une grosse pierre. Mais quand on est dedans, on trouve beaucoup de choses très jolies, on touche à tout et on a envie de tout faire ! »

    LE CONCOURS

    Si elle n’a pas décroché de médaille au concours national des WorldSkills, à Marseille en octobre dernier, Emmy Mercier en garde un excellent souvenir : « Le côté social avec les membres de l’équipe était génial, tout le monde était soudé, on se réconfortait après certaines journées, ça m’a vraiment marqué. J’ai beaucoup progressé sur le côté technique en me préparant. Au concours, j’ai pu faire des choses que je ne fais pas au quotidien. Je n’avais jamais réalisé une aussi grosse pièce en or, en travaillant directement à la plaque. C’était un pendentif en trois parties. J’ai aussi beaucoup appris sur la gestion du stress. »

  • [Grand entretien] Vladimir Cosma : « La culture marseillaise ne m’a jamais quitté »

    [Grand entretien] Vladimir Cosma : « La culture marseillaise ne m’a jamais quitté »

    La Marseillaise : Dans la région, le grand public a surtout gardé en mémoire vos compositions pour l’adaptation de « La gloire de mon père » et du « Château de ma mère » par Yves Robert, en 1990. Cela a-t-il été votre porte d’entrée vers la culture marseillaise et provençale ?

    Vladimir Cosma : J’ai commencé à connaître la région lorsque Roger Luccioni m’a invité dans le festival de jazz qu’il avait créé [le Marseille jazz des cinq continents, Ndlr.]. Et quelque temps avant, à travers ces films d’Yves Robert, d’après Marcel Pagnol. Ils m’ont largement ouvert la porte de la culture marseillaise et cela ne m’a jamais quitté. D’ailleurs, une partie de mon répertoire en découle et vient de là.

    Pour ces deux films, vous êtes allé à rebours des clichés autour de la culture provençale. Loin d’utiliser fifres et tambourins, vous avez plutôt livré une musique aux accents méditerranéens. Pourquoi ?

    V.C. : Je ne voulais surtout pas faire une musique telle que vous l’avez décrite. Je ne voulais pas d’une couleur trop folklorique. Pour éviter cela, je me suis plongé dans la musique de la jeunesse de Marcel Pagnol, dans les années 1930. Les inspirations folkloriques étaient alors plutôt espagnoles, il y avait aussi la habanera… C’est plutôt ceci qui m’a donné l’idée, par la suite, d’employer de réelles cigales que j’ai samplées [fait d’échantillonner un extrait sonore déjà existant pour le réutiliser ensuite dans un autre contexte]. J’ai par exemple gardé le battement de ces cigales avec lesquelles j’ai rythmé la habanera de La gloire de mon père.

    À vos yeux, Marseille, c’est davantage la Méditerranée que la Provence ?

    V.C. : Mes liens personnels avec Marseille viennent surtout par la connaissance de l’œuvre de Marcel Pagnol, qui m’est venue grâce aux films d’Yves Robert. Par le passé, j’ai d’ailleurs eu l’occasion de rencontrer Marcel Pagnol. Il m’a même écrit une lettre dans laquelle il me faisait part de son goût pour des musiques que j’avais faites, comme celle de Michel Strogoff [adaptation en feuilleton du roman éponyme de Jules Verne], et qu’il aimerait bien, un jour, que je fasse de la musique sur ses propres œuvres.

    Comment décririez-vous votre rapport à la mandoline ?

    V.C. : J’ai découvert cet instrument assez tôt, car il est similaire au violon. La seule différence est que, sur la mandoline, on pince les cordes et il n’y a pas d’archet. Le son vient donc du pincement des cordes. On joue en quelque sorte ce qu’on appelle un violon pizzicato. Car le problème de la mandoline, c’est la durée du son. Et pour prolonger la durée de la note, il faut utiliser le trémolo [répétition rapide d’une même note].

    Vincent Beer-Demander, le directeur du Mandol’in Marseille festival, écrit à votre sujet : « Ses mélodies si populaires, qui appartiennent à la mémoire collective, nous font parfois oublier le grand compositeur classique qu’il est »…

    V.C. : Je ne me considère pas, par exemple, comme un compositeur de musiques de films. Je ne fais pas une musique spécifique par rapport à un film, je ne fais pas de musique descriptive. Même les musiques qui semblent le plus descriptives possibles, comme Le grand blond avec une chaussure noire ou La boom, ne décrivent en fait rien. C’est de la musique pure. Si on les écoute sans penser à l’image du film, elles ne dictent pas une action spécifique. Mais elles accompagnent l’image et lui apportent un surplus de beauté et d’émotion.

    L’idée, c’est de laisser libre cours
    à l’interprétation de chacun
     ?

    V.C. : Oui. Je ne vois d’ailleurs toujours pas le rapport que font les gens entre la musique du Grand blond avec une chaussure noire, réalisée avec une flûte de Pan roumaine avec une inspiration plutôt folklorique, avec le sujet du film et les aventures de ce héros. C’est surtout une musique qui a du caractère, un style, mais qui n’est pas dictée par l’image. Je n’ai jamais aimé les musiques descriptives. J’estime même que des musiques de Bach ou n’importe quel autre prélude ou fugue, ne vous décrivent ni l’aspect religieux, ni d’autres cotés qu’on veut bien leur attribuer.

    La musique est surtout un sentiment pour vous ?

    V.C. : Oui, la musique dégage des sentiments. Mais elle ne délivre ni un sens, ni une histoire…

    Des sentiments perpétués par des musiciens de tous âges qui joueront une partie de votre répertoire pendant le festival. D’autant plus que le Conservatoire d’Aubagne sera bientôt officiellement rebaptisé de votre nom…

    V.C. : Je suis très flatté de voir mon nom accolé à celui de Pagnol, un auteur que j’apprécie énormément et qui m’a beaucoup inspiré dans ma musique. Je suis très content de tout cela. Et cela me touche beaucoup de savoir que de jeunes musiciens jouent encore ma musique.

    Mandol’in Marseille festival, du 30 juin au 6 juillet. Programme complet sur le site mandolinmarseillefestival.com

  • [Entretien] Christian Bosq : « Les traminots se sont battus avec détermination »

    [Entretien] Christian Bosq : « Les traminots se sont battus avec détermination »

    La Marseillaise : Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?

    Christian Bosq : C’était un moment important de ma vie personnelle puisque 46 jours de grève, on n’en sort pas indemne. Je voulais surtout remercier tous les gens qui se sont mobilisés. Il faut quand même rappeler que les traminots se sont battus pendant 46 jours avec force et détermination et que ce conflit social a pris une dimension nationale. Tout le peuple français s’est reconnu dans la défense du service public. Enfin, c’était aussi un moyen de remémorer les problèmes de transport à Marseille. Pour moi, on a toujours 50 ans de retard.

    Quelle leçon avez-vous tirée de ce conflit ?

    C.B. : La leçon que j’en tire, c’est que rien n’est impossible quand le combat est juste et que les salariés ont décidé de se battre. La grève est arrivée après un an de discussion. On a eu tout le monde contre nous, mais la détermination des travailleurs a eu raison du privé, car ce tramway tout neuf devait être donné à une filiale de Veolia.

    Cet épisode de votre vie a-t-il nourri votre mandat municipal (2020-2026) ?

    C.B. : Quelque part, oui. Même si, quand j’ai rejoint le Printemps marseillais, être délégué aux transports n’a pas été possible pour moi. J’ai eu une autre délégation, mais je regardais et je regarde toujours attentivement ce qu’il se passe à ce niveau-là. Aujourd’hui, j’aimerais justement que mon livre soit déclencheur de quelque chose.

    « Marseille – Le Tramway de la discorde », Christian Bosq, Éditions Maïa, 21 euros.

  • À Marseille, le lycée Saint-Charles attend toujours ses dotations horaires

    À Marseille, le lycée Saint-Charles attend toujours ses dotations horaires

    Inquiets de la baisse de l’enveloppe des heures attribuées à l’établissement par l’Inspection académique, les syndicats et les associations de parents d’élèves du lycée avaient obtenu un entretien en visioconférence le 7 avril dernier avec les services du rectorat. Sans réponse à ce jour, ils demandent à être reçus d’urgence.

    Dans un contexte de baisse générale des dotations globales horaires, les enseignants et parents d’élèves du lycée Saint-Charles sont particulièrement inquiets du manque de moyens attribués à leur établissement pour la rentrée prochaine et craignent voir « des enseignements mis en péril », précisant « des enseignements dont les membres de la commission nationale d’autoévaluation ont eux-mêmes souligné la pertinence et l’efficacité dans leur forme actuelle lors de leur venue l’an dernier ». Ils étaient montés au créneau du Rectorat en avril pour plaider en faveur de la marge d’autonomie. En dépit d’une oreille attentive, ils restent à ce jour sans réponse, or le dernier conseil d’administration aura lieu fin juillet.

    Requête urgente

    Comment, pour les enseignants, préparer la rentrée sans savoir ni quelles classes, ni combien leur seront confiées ? « Tout apport ou suppression d’heures entraîne une modification significative des services des enseignants », rappellent les syndicats et les deux associations dans un courrier adressé au recteur de l’Académie Aix-Marseille. Ils pointent l’urgence de la situation : « Il semble que la réponse de vos services n’interviendra qu’en juillet après affectation des élèves. » « Beaucoup trop tard », jugent-ils pour leur permettre de travailler sérieusement.

  • Avant l’été, un grand nettoyage débute à Marseille

    Avant l’été, un grand nettoyage débute à Marseille

    Sur le quai de la Fraternité, les étals des poissonniers paraissent bien maigres à côté de la trentaine de véhicules de nettoyage stationnés, ce vendredi matin. Le dispositif se veut imposant, déployé pour illustrer la capacité qu’ont la Ville et la Métropole à « décaper Marseille ».

    Hedi Ramdane, adjoint au maire de Marseille délégué à la propreté, s’en félicite : « L’opération est faite à la demande du maire. C’est une nouvelle étape dans notre relation : la Ville et la Métropole vont pouvoir travailler main dans la main. »

    Sur le Vieux-Port, l’opération devrait durer 15 jours. « La question de la propreté est essentielle à Marseille, notamment durant l’été (…). Il y a un surplus de personnes, ce qui nécessite une action renforcée, expose l’adjoint. C’est la première pierre d’une opération qui va se prolonger au-delà du cœur de ville, pour pouvoir être réalisée dans d’autres secteurs. »

    Le coût du dispositif reste flou

    Devant les agents présents, Pierre Huguet, vice-président de la Métropole délégué à l’Amélioration du cadre de vie, martèle : « Vous l’avez compris, la volonté de la Métropole est de pouvoir mettre les moyens. » Par ailleurs, les élus promettent que de nouvelles machines de nettoyage arriveront d’ici quelques semaines.

    Cette opération propreté intervient dans un contexte budgétaire tendu, alors que la Chambre régionale des comptes vient de recommander d’importantes coupes dans les finances, dans la foulée du refus des élus de la Métropole de voter son budget (lire ci-dessus). Alors que le coût précis de ce dispositif reste pour l’instant flou, les élus tentent de rassurer : « Les chiffres correspondront à la réalité économique des Marseillais. »

  • Festival à la Bonne Mère, le théâtre au clair de lune

    Festival à la Bonne Mère, le théâtre au clair de lune

    Organisé depuis quelques années par l’association Théâtre des Criques, le Festival à la Bonne Mère est de retour pour une nouvelle édition à vivre jusqu’au 20 juin et toujours au pied de l’emblématique Notre-Dame de la Garde. Si de nombreuses pièces de théâtre proposées dans les jours à venir affichent déjà complet, celle qui se jouera ces samedi et dimanche est encore accessible.

    Louison et Monsieur Molière raconte l’histoire vraie de Louison, héroïne du roman éponyme de Marie-Christine Helgerson qui est adapté pour la toute première fois au théâtre par Axelle Masliah, jeune adaptatrice et metteuse en scène de 22 ans.

    Une toute première adaptation théâtrale

    Louison a 10 ans. Entre une mère autoritaire et un père effacé, elle ne trouve pas sa place. Jusqu’au jour où ses parents rejoignent la troupe du Palais Royal, celle de Molière. Une rencontre bouleversante avec l’icône, qui voit en elle quelque chose d’unique et lui écrira le rôle de Louison dans sa toute dernière pièce avant de mourir : Le Malade imaginaire. Pour Louison, c’est une évidence désormais, elle sera comédienne.

    Pour rappel, la représentation théâtrale sera comme à l’accoutumée précédée de visites gratuites et sans réservation du Sanctuaire aux côtés d’un guide à partir de 18h30. Vous aurez également l’occasion de vous restaurer à la guinguette le Bon Air ouverte tout au long de la saison estivale. Le coucher de soleil pointera le bout de son nez au moment où le public sera invité à s’installer pour la représentation et cette dernière commencera à 21h45 pour un moment de théâtre au clair de lune et ainsi découvrir la pièce Louison et Monsieur Molière d’une durée totale d’1h20 et accessible à un public large.

    « Louison et Monsieur Molière »

    samedi et dimanche à 21h15.

    Entre 16 et 39 euros la place.