Tag: Marseille

  • Les premiers soutiens de Nora Preziosi et Erwan Davoux

    Les premiers soutiens de Nora Preziosi et Erwan Davoux

    À Marseille, ce sont toujours les mêmes au pouvoir qui décident de tout. » Dans le nouveau QG de campagne de Marseille pour tous sur la rue Colbert, Nora Preziosi, ex-présidente déchue de 13 Habitat, exige du changement dans le champ politique marseillais, dont elle a fait partie depuis de nombreuses années. Ce jeudi, elle présentait avec Erwan Davoux, tête de liste de son nouveau mouvement et ancien directeur des affaires internationales au Département des Bouches-du-Rhône, leur équipe de campagne. Une façon pour les deux candidats de se présenter comme liste dite « citoyenne ».

    Ils étaient donc huit soutiens ce jeudi à affirmer leur engagement dans ce nouveau mouvement en lice pour les municipales de 2026.

    Parmi eux, une mère au foyer, un médecin, une avocate, un conseiller à France travail, un contrôleur SNCF ou encore un commissaire de justice, mais également deux anciennes élues au conseil municipal. Elisabeth Saïd, pressentie pour la liste des 2-3, a été la première femme noire au conseil municipal en 2008, élue avec le PS mais qui a rejoint l’UMP en 2013. Isabelle Laurent a quant à elle été élue au conseil municipal de 2014 à 2020 sur une liste Les Républicains et était colistière en 2020 avec Bruno Gilles du parti d’Horizons.

    Une liste qui se revendique pourtant « sans étiquette », insiste Nora Preziosi. Et d’ajouter : « Nous ne sommes ni de gauche, ni de droite, nous acceptons tout le monde sauf les extrêmes », désignant l’extrême droite et la France insoumise. Un propos plus nuancé pour Akim Mimoun, soutien du mouvement et ancien militant avec Pape Diouf, qui affirme que les « seuls ennemis sont l’extrême droite ». Pour cette nouvelle équipe de campagne l’objectif est de « rassembler tous les Marseillais peu importe leurs origines et leur couleur politique ».

    « On souhaite que chaque Marseillais amène une idée, et que l’on coconstruise notre programme », affirme Erwan Davoux. Un programme a coconstruire mais où la sécurité a toutefois été désignée comme le sujet prioritaire par l’ancien directeur des relations internationales du Département, aujourd’hui en guerre ouverte avec Martine Vassal. Il évoque par ailleurs la volonté de laisser 10, 12% de place sur les listes pour des Marseillais qui répondraient à un appel à candidature, sans préciser la place qu’ils auraient dans les listes.

    Erwan Davoux semble d’ailleurs être pressenti pour mener la liste de la mairie centrale. Dans les secteurs, seules deux têtes de liste ont été annoncées pour le moment : Saïd Ouichou, médecin dans les quartiers Nord pour les 15-16 et Nora Preziosi dans les 13-14.

  • Les salariés d’Arkema reconduisent la grève

    Les salariés d’Arkema reconduisent la grève

    Sur le site marseillais du chimiste Arkema, la CGT et les salariés haussent le ton. Réunis en assemblée générale ce jeudi, l’immense majorité des plusieurs dizaines de travailleurs du 11e arrondissement présents, ont voté en faveur de la reconduction du mouvement de grève jusqu’au mardi 23 décembre.

    « Si on en est là, c’est du fait de la direction générale. Notre porte n’a jamais été fermée : ce qu’on demande depuis le début, c’est justement qu’on se mette autour d’une table et qu’on discute », tempête Rémi Thuaire, délégué syndical du site, devant des salariés remontés. Pour rappel, la CGT se mobilise suite à des négociations annuelles obligatoires (NAO) jugées « méprisantes » (lire notre article du 16/12). « On est sur 1,2% de hausse de salaire, un talon [augmentation plancher, Ndlr] à 35 euros, le plus bas depuis 2002, pas d’enveloppe pour les entretiens individuels, pas d’intéressement au niveau groupe », dénonce le syndicaliste.

    Un CSE extraordinaire « tendu »

    Mais une nouvelle vient percuter de plein fouet la mobilisation : un comité social et économique (CSE) extraordinaire se tient dans l’après-midi. La CGT craint alors que la direction annonce une mise au chômage technique d’une partie des salariés. « La seule réponse que nous fait la direction, c’est cette menace du chômage technique », s’indigne Rémi Thuaire. Stéphane Fornerone, élu CGT du site, va plus loin : « Au bout de quelques jours de grève, ils proposent de tous nous mettre au chômage pendant les fêtes ! Il y en a ras le bol d’avoir ces menaces : à chaque site qui s’arrête, ils nous parlent d’arrêt technique. À un moment donné, il faut dire stop. » En clair, cette menace ne passe pas chez les petites mains du chimiste. D’autant que les syndicalistes de plusieurs autres sites d’Arkema en France, qui s’expriment en direct sur le piquet de grève marseillais via une visioconférence, expliquent qu’ils suivent également le mouvement. Et certains sont aussi concernés par cette potentielle mise à l’arrêt technique, avec des CSE extraordinaires dans le même timing. « Cette menace de chômage technique, c’est pour casser le mouvement, c’est une entrave au droit de grève. Normalement, c’est mis en place après une longue période d’inactivité, dans des situations très contraignantes. Ce n’est pas le cas sur notre usine ! », dénonce Sébastien Jonas, secrétaire du syndicat CGT du site.

    Preuve des tensions entre direction et salariés, le CSE extraordinaire a duré de longues heures et la CGT évoque des échanges « tendus ». « L’information-consultation sur la mise en chômage technique est restée au stade de l’information : le CSE n’a pas pu se conclure et nous n’avons pas pu donner notre avis », explique Rémi Thuaire, à la sortie de la réunion. Concrètement : « Il y a eu un arrêt du CSE sans annonce claire sur sa mise en place » mais la CGT s’attend à ce que la nouvelle tombe sous peu. « On n’a pas donné de réponse franche au CSE », reconnaît Philippe Gomez, directeur du site marseillais. Avant de préciser : « On a refait un point avec la direction générale et elle souhaite toujours sa mise en place. » La justification serait « l’absence de production » sur certains sites, du fait de la grève.

    « Le chômage technique est une entrave au mouvement »

  • A Marseille, Amine Kessaci ouvre le conseil municipal

    A Marseille, Amine Kessaci ouvre le conseil municipal

    Debout face à la barbarie. Toujours marqué, Amine Kessaci, très engagé dans la lutte contre le narcotrafic, dont le petit frère Mehdi a été abattu par un commando le 13 novembre, suscitant une onde de choc dans la ville et tout le pays, se tient droit et digne sous les applaudissements, ce jeudi 18 décembre face à l’hémicycle, aux côtés du maire de Marseille.

    Le conseil municipal doit voter une subvention en faveur de l’association qu’il a fondée en 2020, « Conscience », pour venir en aide aux familles de victimes de narchomicides, après qu’il ait perdu son frère aîné, Brahim, retrouvé calciné dans une voiture (lire aussi ci-dessous). Les élus le feront à l’unanimité au terme de débats pas toujours reluisants.

    Si Mehdi Kessaci n’est « pas un chiffre mais un fils, un frère, un visage une voix », il se transforme volontiers en argument politique pour Martine Vassal (DVD). La présidente de la Métropole et du Département en profite pour défendre sa vision d’une République qui fasse avant tout « respecter l’ordre, la justice, la sécurité ». Sans vergogne, la candidate à la mairie remet sur la table sa proposition de brigade anticriminalité municipale.

    De quoi agacer la maire adjointe, Samia Ghali (DVG). « Il y a là une phrase que je considère comme un aveu prononcée par la présidente (…) : laisser faire c’est accepter » analyse-t-elle, avant de balancer : « En 2012, ceux qui ont laissé faire, c’est ceux qui ont accepté. » Elle s’indigne : « Arrêtez de jouer ! On laisse des enfants vivre avec la mort », quand elle compte « 350 victimes de narcotrafic en 10 ans à Marseille ».

    La palme de la victimisation en toutes circonstances revient sans conteste à Stéphane Ravier (ex-RN et ex-Reconquête). « J’ai 5 enfants, quoi qu’on en pense j’ai un cœur », ose-t-il. Selon lui, ce n’est pas le retrait des services publics des quartiers qui a laissé le champ libre au trafic de drogue mais l’inverse. « Je ne dis pas qu’à Frais Vallon c’est Saint-Tropez, mais il y a le métro, des commerces et pourtant… » lance-t-il.

    Sortir des « oppositions stériles »

    Une partie de la droite tient-elle, à parler avec ses tripes. Hayat Atia (DVD), émue, se pose en « sœur de combat, de douleur » d’Amine. Pour elle, « la sécurité, s’il en faut, ne réglera pas tout ». « Il faut leur proposer autre chose à ces jeunes » insiste-t-elle, pour qu’ils ne se fassent pas « happer » par le trafic au lieu de « pointer du doigt les parents », ce que « beaucoup font et ont trop fait au sein de cet hémicycle », s’indigne-t-elle. La lutte contre le narcotrafic doit être une « cause nationale » pour l’élue qui appelle à sortir des « oppositions stériles ».

    À l’occasion de son dernier conseil municipal avant de se retirer de la vie politique, Lionel Royer-Perreaut, ex-maire (Ren.) des 9-10, laisse son testament : « Nous avons collectivement le devoir de mener ce combat, je vous demande de la constance. » Trente ans après l’assassinat de la députée Yann Pyat tuée pour avoir défendu ses convictions estime celui qui fut son jeune attaché parlementaire, il fait la boucle avec celui de Mehdi, non sans amertume. « Tout ça pour ça », déplore-t-il, « j’ai vu tomber les quartiers les uns après les autres et en accompagnant la mère de Socayna, nous étions seuls alors ».

    En tribune, Amine Kessaci élève le niveau. Il évoque lui la dignité, la hauteur, seules « réponses politiques face à cette machine qui broie, qui tue » quand « des drames on en compte par centaines ». Le maire de Marseille revient sur le manque de services publics, de policiers, l’action vitale des associations de terrain. Benoît Payan (DVG) insiste sur la notion de République, fondée sur un « contrat social ». Vient une certitude : « La République ne peut pas accepter que ses enfants meurent sous les balles. C’est un combat pour la vie, et la vie n’est ni de droite ni de gauche. »

    « Marseille a été debout et doit continuer à l’être »
    C’est important de rendre la parole aujourd’hui, devant la représentation de la Ville de Marseille dont je suis si fier, parce qu’on s’est tenu debout, parce qu’on a dépassé les clivages politiques, parce que nous nous étions levés pour nous réunir là où mon frère Mehdi, 20 ans, est tombé parce qu’il n’était coupable que d’une seule chose : c’est d’être mon petit frère. Parce qu’il était coupable d’être le petit frère de quelqu’un qui a écrit une lettre à son frère aîné, Brahim, assassiné en décembre 2020, retrouvé calciné dans le coffre d’une voiture. Il était coupable d’avoir été le frère de quelqu’un qui a écrit une lettre d’amour à son frère aîné, pour expliquer que le narcotrafic tue, que la violence tue, que l’abandon des pouvoirs publics, le retrait des politiques sociales dans les quartiers, ont conduit à ces situations où le narcotrafic qui, fut un temps, était [constitué de] petits réseaux de quartier, est devenu [le fait de] cartels internationaux. On a beaucoup voulu comparer Marseille à Palerme, au Mexique ou je ne sais quoi, et à ça je dis stop. Stop parce que Marseille c’est Marseille, parce que la France c’est la France, parce que les situations que nous souhaitons décrire ailleurs sont présentes ici même sur le territoire national, ici même à Marseille et partout. Partout où on a attaqué la liberté d’expression. Car c’est de ça dont il s’agit. Depuis la parution de ce livre, Marseille essuie tes larmes, même si les menaces sont arrivées quelques semaines avant et que depuis je vis sous escorte policière. Aujourd’hui, le fait de vivre, de planifier, de porter quelque chose me fait d’autant plus culpabiliser. Mon petit frère Mehdi n’est plus. Je voulais juste faire passer un message, un seul : expliquer que partout il devra y avoir des liens entre l’action sécuritaire, le retour de la police de proximité, le retour de l’action concrète. Devant le Parlement européen il y a quelques jours, [j’ai expliqué] que la guerre que l’on veut mener contre la drogue est vaine parce qu’on se trompe d’ennemi. Lorsqu’on vient attaquer les jeunes au pied des immeubles, ce n’est pas ça qui va stopper ces trafics internationaux. C’est exiger des [actions] des pays comme l’Arabie saoudite, le Qatar, la Thaïlande où les têtes de réseaux vivent très bien de l’argent de la drogue et font couler le sang ici chez nous, des enfants se retrouvant assassinés chaque jour. Et puis sans l’action concrète, sans la rénovation des écoles, sans l’action des centres sociaux, le développement des transports en commun pour désenclaver les quartiers, de la formation pour apporter une alternative économique au réseau, on ne pourra jamais sortir ces enfants des quartiers. C’est pour ça que c’est important de mener toutes ces actions. Marseille a été debout, doit continuer à l’être face à la guerre de la drogue, à celles et ceux qui veulent faire régner la terreur dans nos rues. Nous sommes là, face à eux, pour dire que partout les Marseillaises et les Marseillais doivent avoir les mêmes chances et vivre en sécurité. »
    Amine Kessaci
  • Les salariés d’Arkema reconduisent la grève jusqu’à mardi à Marseille

    Les salariés d’Arkema reconduisent la grève jusqu’à mardi à Marseille

    Un Comité social et économique (CSE) extraordinaire doit se tenir ce jeudi après-midi avec la question d’une potentielle mise en chômage technique d’une partie des salariés du site.

    À Arkema, en grève pour une vraie hausse de salaire

    Plusieurs autres sites de l’entreprise de chimie sont également dans le mouvement partout en France, suite à des négociations annuelles obligatoires (NAO) dont les résultats sont jugés « méprisants » par la CGT.

  • [Le feuilleton 4/13] Autobiographie d’un menteur

    [Le feuilleton 4/13] Autobiographie d’un menteur

    La lointaine banlieue qui avait expulsé son rejeton jusque dans cercles du pouvoir avait, de son côté, suivi sa propre trajectoire. Quiniond n’en était plus. Il en connaissait l’existence comme un continent enfoui au fin fond de lui-même. Il en était sorti, et il contestait que quoi que ce soit dans son existence incombât aux hasards de la Providence. Il s’était construit à la force du poignet, à l’américaine, à la façon de ces pionniers avançant en terre hostile avec leurs espoirs et leurs fusils en bandoulière. Seul. Fils unique de son père et de sa mère partis trop tôt. Enfant chéri, peut-être trop, sans doute mal. Fuyant l’histoire familiale.

    Tous ses efforts avaient consisté à s’extraire d’un milieu auquel il s’était peu à peu décidé donner un nom : la médiocrité. À lui l’excellence ; derrière lui, la médiocrité. Là était peut-être le véritable moteur d’une humanité qui se respecte. Fuir le père-la-misère qui vous agrippe les frusques. Savoir ce qu’il en coûte de lui avoir échappé, et s’attacher à mettre de la distance entre lui et vous, quel qu’en soit le prix. Croire en la volonté, au mérite, à l’individu capable d’être maître de son existence et d’en faire une aventure incomparable. Et au bout du compte, il avait renié au moins autant qu’il avait été renié, il avait fui au moins autant qu’il avait été banni.

    Le vacarme, la graisse et les particules de la fabrique où le paternel avait traîné ses chaussures de sécurité, tout cela était oublié depuis longtemps. Et pas seulement par lui. L’industrie avait été chassée et la misère concentrée aux mêmes endroits circonscrits. Quiniond n’en ignorait rien ; il en parlait, même, avec un certain brio. Mais cette réalité était désormais hors de son quotidien ; c’était comme un objet abstrait. La plasticité de son discours n’avait d’égal que la netteté de sa personnalité, qui le rendait à la fois séduisant et insupportable.

    Ce que son père lui avait transmis, dans le profond silence de leur relation, c’était que l’on ne peut compter que sur soi-même pour s’en sortir, c’était qu’il ne faut pas écouter les chevaliers occupés à expliquer la misère du monde pour vendre un grand rêve d’égalité ou de révolution, c’était qu’il fallait fuir sa propre vie pour vivre à l’étage du dessus. Peu à peu, il avait appris les codes d’un autre monde, les comprenant mieux que ceux du crû, à qui ils semblaient si naturels. Porté par sa volonté de se hisser et de parvenir, il avait mesuré la force des pesanteurs, appréhendé le nombre des verrous, et intégré l’idée de l’inéluctable. Ainsi, il était devenu Paq. L’insubmersible Paq.

    Sans se déchausser, Patrice Quiniond posa tranquillement les pieds sur son bureau, parce qu’il estimait l’avoir mérité. S’il était une chose pour laquelle il avait du goût, c’était bien les souliers, et cela n’avait rien à voir avec la nécessité, pour ceux qui marchent debout, de soigner leur connexion avec la terre. Non. Il avait appris qu’il s’agissait là d’une marque de distinction propre aux élites, comme en témoigne leur propension à se faire cirer les pompes au propre comme au figuré. Il lui était arrivé, pour faire son intéressant dans la rédaction, de défendre l’idée que c’était le témoignage éclatant de son indépendance, la preuve qu’il n’était pas du camp des cireurs mais des cirés. Un plaisantin avait alors demandé ce qu’il fallait penser de Macha Fontana, qui se baladait pieds nus dans les couloirs de la rédaction. Chacun y était allé de son commentaire goguenard.

    — Elle a raté sa vocation : en principe, ce sont les cordonniers qui sont les plus mal chaussés.

    — Peut-être qu’elle n’a pas encore trouvé chaussure à son pied… avait lancé quelqu’un qui avait eu à se plaindre de ses vacheries.

    — Le prince charmant ne lui a jamais ramené sa deuxième pantoufle après le bal…

    — Je suis pour une société sans classe et je tourne les talons, avait-elle rétorqué en brandissant son majeur, ce qui avait eu le don de clore la conversation dans un brouhaha de protestations affligées.

    Quiniond affichait donc ses pompes, montrant ainsi son meilleur profil, en tout cas le plus travaillé. Tout occupé à se rengorger, détendu comme une toile de tente sous l’orage, il ouvrit enfin le journal pour s’en repaître. Ce matin, L’Impertinent faisait événement, et le fameux Paq pouvait se glorifier de ne pas y être pour rien. Restait à voir ce qu’avait fait Barnard de ce travail remarquable : qu’avait-il écrit, ce bougre d’âne ? Et surtout, quel titre original avait-il bien pu trouver à sa divagation quotidienne ? Diable ! On changeait de registre, avec cet intitulé percutant : « La règle et l’exemple ». Quiniond réprima momentanément son ironie pour se laisser entraîner dans la réflexion de son confrère, savait-on jamais. Résumé : la petite Jeanne, dont la photo et les portraits se multipliaient dans les hebdomadaires, faisait un beau modèle pour la jeunesse de ce pays. On en faisait peut-être un peu beaucoup, et l’on n’était pas certain que l’affaire ne tourne pas vinaigre à force de lui gonfler le melon, mais les lecteurs adoraient ça, que voulez-vous… Quiniond ne serait pas surpris de voir arriver le sujet en conférence de rédaction : n’en fait-on pas trop ? On pourrait reprendre de nombreuses informations et agrémenter le tout, sous couvert d’interrogations déontologiques, de quelques photos et de fac-similés de la concurrence… Cela ferait un bel ensemble. Il fallait feuilletonner, vieux ressort toujours aussi efficace.

    Guilleret, Patrice Quiniond invita Grégoire Charvin à prendre un café à la buvette du journal. Une grande baie vitrée un peu graisseuse laissait le soleil inonder les lieux. Au loin, une averse pointait le bout de son nez. Sept ou huit tables s’étalaient en vrac devant un comptoir de bois. Tapant du plat de la main sur la planche, Quiniond commanda : « Un ballon de Redonne, Abdel, s’il te plaît. » Charvin suivit sans conviction particulière.

    Ils s’installèrent dans un grincement insupportable de pieds de chaises sur le pavé. Il avait beau s’en défendre, le jeune homme était fasciné par son aîné. C’était le moment : il lui posa mille questions de premier de la classe et Quiniond lui délivra l’enseignement d’un vieux sage, l’affranchit de quelques histoires scabreuses qui expliquaient le fonctionnement de la rédaction, et lui promit un brillant avenir, vieille technique paternaliste.

    Charvin appréciait finalement le fruité du vin de la Redonne, servi légèrement frais, mais il s’abstint de faire partager cette réflexion à Quiniond, de peur de se voir administrer une brillante leçon d’œnologie.

    — Pourquoi Chotard ?, se lança soudain le jeune homme.

    — Pourquoi pas ?

    — C’est vrai, reconnut-il en partant dans un rire un peu artificiel, signe que le métier commençait à rentrer.

    — Il faut savoir saisir les occasions pour faire l’événement. Chotard est l’un des premiers personnages de l’État. Il faut que les responsables politiques de ce pays rendent des comptes devant les citoyens, qu’ils se découvrent, qu’ils s’expliquent.

    C’était une forme d’irrévérence plutôt révérencieuse, mais il ne se risqua pas sur ce terrain-là. Il avait compris que l’irrévérence ne s’appliquait pas aux chefs.

    On fumait dans ce rade autant qu’on y buvait. Charvin en avait les yeux rougis et la gorge irritée, pauvre petit chaton. Il n’écoutait plus la dissertation du vieux loup de mer. Les silences pesants s’étaient évaporés, sa gêne se dissipait dans les messes basses monologuées de son aîné et dans les vapeurs du vin. Quiniond le saoulait au sens propre et au sens figuré.

    Charvin, en réalité, était déjà ailleurs, dans d’autres paysages, dans d’autres effluves, moins rances et moins chargées. Il était dans les bras dune certaine Aline, loin, là-bas, loin vers l’Ouest. Sur un petit banc de pierre, depuis lequel on domine Loinville, où l’on peut s’embrasser.

    Qu’en savait-il, Patrice Quiniond, de ces moments perdus, dont jamais il ne parlait dans aucun de ses papiers ?

    — J’ai une faim de loup, déclara Quiniond, sans que Charvin ne parvienne à savoir s’il le disait pour la première fois, ou bien s’il avait dû s’y reprendre à plusieurs reprises pour le tirer de sa torpeur…

    Il était un peu tard. Patrice Quiniond retrouva enfin sa garçonnière. La pluie était tombée par le vasistas entrebâillé, abîmant quelques livres à couverture mate négligemment abandonnés sur la moquette. Il empila ses affaires dans l’entrée, délaça ses chaussures avec précaution et s’alluma une clope. Oui, une clope, n’en déplaise au correcteur du journal qui le sermonnait à chaque fois que cela se présentait (c’est à dire pas très souvent, en fait) en lui expliquant qu’en argot véritable, le mot s’employait au masculin. Et Quiniond, qui n’en avait rien à foutre, de répondre que le langage populaire s’accommodait assez mal des conventions académiques.

    L’ours, comme il arrivait qu’on le désignât dans son dos, mit son portable en charge. Pour faire passer le stress du bouclage, il se servit un whisky, avec des glaçons s’il vous plaît. Double, à quelque chose près. Gardant la bouteille à portée de la main, il s’enfonça dans un vieux fauteuil en cuir marron aux accoudoirs usés, et jeta la tête en arrière en soupirant. De la main gauche, enfin, il chercha la télécommande, alluma la télévision et changea plusieurs fois de chaîne. Électrique, le chat arriva doucement dans la pièce. Le plantigrade à grande bouche s’endormit bruyamment.

    Il fut réveillé par l’irruption du petit jour et un sérieux mal de crâne. Dans la boîte à hypnose, encore allumée, le présentateur de la matinale brandissait la presse. Tous les journaux revenaient avec un jour de retard sur le grand entretien paru la veille dans L’Impertinent et faisaient leurs choux gras de son scoop sur Rousson. La machine s’emballait. Gens Magazine allait sans aucun doute s’emparer de sa liaison habilement suggérée avec Eva Lombardi, et Paq avait déjà eu un appel matinal d’un hebdomadaire satirique pour savoir dans quel cadre l’animatrice avait voyagé et à quels frais. Il raconta ce qu’il savait sans dévoiler ses sources, seule garantie que l’on accepte encore de livrer quelque révélation aux plumitifs de son espèce. La toile frémissait de toutes parts, c’était tellement bon.

    Il enfila son costume couleur feuilles mortes, et s’infligea un double nœud de cravate, de ces choses qui vous donnent un air bien droit quand vous êtes un peu chiffon. Puis, dans la cour de son bel immeuble, gardée par deux caryatides, il monta sur son deux-roues pour disparaître dans le dédale de rues pavées qui bordaient le quartier chic de Siège où il avait élu domicile depuis tant d’années. Il déboucha sur les quais de la Celline, escortant le fleuve gris jusqu’aux portes de la ville et stoppa son engin au bas d’un bâtiment de verre défiant le souffle du vent. Il entra dans le hall, monta au cinquième étage où Jérôme Bonaventure l’attendait dans son vaste bureau nimbé de lumière. Sur les murs, dans un style épuré, s’affichait ce slogan : « Nous savons ce que vous pensez ».

    S’il affichait une assurance de jeune premier, le grand timonier du célèbre institut de sondages qui portait son nom aimait à s’entourer de grandes signatures de la presse pour peaufiner ses analyses. Devant une petite collation matinale, ils devisèrent ensemble sur les grandes tendances de l’opinion. Ils évoquèrent surtout la prochaine livraison du baromètre de l’élection suprême, qui promettait d’être croustillant à souhait. Deux ans avant l’échéance, le petit jeu des pronostics était déjà lancé et l’on se promettait de planter solidement le décor.

    De ses mains impeccables, l’expert lui remit un document d’une cinquantaine de pages reproduisant les données récoltées par ses opérateurs, et Patrice Quiniond s’engagea à rendre une note d’examen argumentée pour le début de semaine suivante. Le cachet en valait la peine.

    Paq se rendit ensuite, toujours élégamment casqué, jusqu’à la chambre des députés, située un peu plus loin, sur l’autre rive. En passant le Pont d’Or, il se félicita d’avoir mis un petit foulard de soie autour de son cou délicat.

    Le péristyle d’albâtre du Parlement et son fronton majestueux – au point de paraître un peu hautain – éclairaient le paysage et semblaient cependant aider la terre à supporter la voûte des cieux fatigués. Le gouvernement y défendait son projet de loi dit de simplification des procédures économiques. De tout cela, on ne parlait presque plus, déjà, si un jour on en avait réellement parlé. Le débat parlementaire se poursuivait plus longtemps que prévu en raison des gesticulations stériles de l’opposition, et Patrice Quiniond s’était résolu à écrire sur la question, après que le journal s’était contenté jusque là de la traiter par des brèves.

    Lorsqu’il arriva d’un pas déterminé dans l’auguste salle au pavé froid qui jouxtait l’hémicycle, en pensant à tous les archaïsmes qui ne manqueraient pas de s’exprimer mécaniquement à l’occasion de ce débat, Patrice Quiniond ressentit une tension inhabituelle.

    — Ah ! Tiens donc ! Quand on parle du loup… Vous êtes une ordure, Monsieur Quiniond ! s’écria-t-on soudain. Ça se prétend grand journaliste et ça écrit ses papiers les deux pieds dans le caniveau ! Ah, elle est belle, la presse de notre pays ! Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. Et vous n’avez rien à répondre, évidemment !

    — Mais enfin, calmez-vous, monsieur Rousson, bredouilla Quiniond, dont le teint rougeaud avait pris un degré supplémentaire.

    — Vous n’avez pas le courage de votre fiel, vous n’êtes pas habitué à ce qu’on vous porte la contradiction, hein ? Eh bien moi, je vous le dis, vous êtes une vermine, un fumier !

    — Je ne vous permets pas. Je ne vois pas en quoi j’aurais été injurieux, s’essaya le journaliste.

    — Ah, vous ne voyez pas ? N’aggravez pas votre cas, monsieur Quiniond ! Il vous en cuira, soyez-en sûr, il vous en cuira !

    Terminant sa diatribe en levant le doigt, il sortit de la salle avec pertes et fracas, en ponctuant la scène d’un pathétique : « Je ne vous salue pas ! ». Son attachée de presse, livide, lui marchait pour de bon sur les talons, regardant l’assistance médusée avec des yeux de chaton qui voulaient dire : « oubliez tout ça », « ayez pitié », « soyez indulgents », «aidez-moi »… C’était peine perdue.

    Il fallut un peu de temps pour que les murmures fassent taire le silence et étouffent le martèlement de ses pas. Justine Paintendre et Michel Chanaleilles s’approchèrent de Patrice Quiniond, encore interloqué, et l’embarquèrent avec eux dans un endroit moins exposé.

    — Il est complètement fou, ce type !, marmonna-t-il pour se rassurer.

    — Ne t’inquiète pas, il a dépassé les bornes, fit la jeune femme en lui passant la main sur l’épaule. On a filmé, tout est dans la boîte.

    — On a essayé de te prévenir sur ton portable, mais tu ne répondais pas, ajouta Jules. Quand il est arrivé, il était furibard et tout le monde l’a interrogé sur ses ambitions, sur Eva Lombardi… Il est parti en vrille.

    Les confrères qui passaient par là lui tapaient dans le dos avec compassion. Il s’éclipsa aux toilettes, passa un mouchoir humide sur son visage livide, resserra son nœud de cravate sur son cou fripé et s’observa dans la glace en se tapotant les joues. Soufflant un grand coup, il en ressortit prêt au combat.

    La scène avait déjà fait l’objet de dépêches et de posts qui se relayaient sur les réseaux sociaux. En traversant les salles en enfilade, il vit Justine commenter l’événement devant sa caméra en condamnant l’attitude injustifiable du ministre : « Lorsque l’on s’en prend ainsi à la liberté de la presse, est-on vraiment digne d’occuper les premières responsabilités dans notre démocratie ? On peut légitimement se poser la question. »

    Le portable de Quiniond se mit à vibrer. C’était François Chotard, qui l’assurait de « tout son soutien dans cette épreuve » et lui indiquait d’un ton rigolard qu’on l’avait déjà accusé d’être le commanditaire de l’article.

    Chevauchant son scooter, Quiniond se rendit à la rédaction et monta directement dans le bureau de Jean-Michel Barnard, qui l’attendait.

    — Qu’est-ce que tu foutais ? J’ai essayé de te joindre dix fois !

    — Jamais en conduisant ! fit-il du tac au tac.

    — Alors ?

    Patrice Quiniond rapporta la scène dans les moindres détails.

    — Comment ça réagit ? s’enquit le rédacteur en chef.

    — Il va morfler.

    — Bon, on va te soutenir, mais ne crois-tu pas que tu as un peu mordu le trait, quand même ?

    — J’apprécie beaucoup cette forme de soutien, fit Quiniond, sarcastique.

    — Franchement, le coup de Lombardi, ce n’était pas nécessaire.

    — Tu l’as laissé passer. Et ce n’est pas un gamin de ton âge qui va m’apprendre mon métier.

    — Il ne s’agit pas de cela, on peut tous faire des conneries, répondit Barnard pour calmer le jeu.

    — Pas moi. Je sais ce que je fais. Ces informations, nous les devons aux lecteurs parce qu’elles témoignent d’une réalité. Ce type est un incompétent et il vient de le montrer. Faudrait savoir si on s’appelle toujours L’Impertinent.

    — Toujours. Prépare un papier pour demain, dans le style « si c’était à refaire… » Et fais bosser le stagiaire, un peu, il s’emmerde, bon Dieu ! Récit de la scène et papier d’actualité avec les réactions… On fait deux pages.

    Il hocha la tête et se leva.

    — Paq…

    Il se retourna.

    — Profites-en, on ne fera pas ça tous les jours…

  • Un service public renforcé pour le dernier conseil municipal marseillais

    Un service public renforcé pour le dernier conseil municipal marseillais

    Finir en beauté. Quelque 168 délibérations sont présentées, ce jeudi, pour le dernier conseil municipal du mandat. De quoi faire aboutir des projets menés au long terme et d’afficher avant les municipales de nouvelles ambitions. C’est le cas pour le centre Bourse, en ouverture du conseil avec le rachat du foncier des Galeries Lafayette et le lancement d’un appel à manifestation d’intérêts pour une transition sur trois ans.

    Mais au fil des rapports, c’est surtout la mise en place de nouveaux services publics qui structure l’ordre du jour. À commencer par la préemption signée le 4 décembre de la résidence autonomie du Roy d’Espagne (8e) pour 6 millions d’euros, afin d’y créer une résidence autonomie portée par le centre communal d’action sociale (notre édition du 03/12). Rue de Lyon dans le 15e arrondissement, c’est l’acquisition de l’immeuble de la Caisse primaire d’Assurance-maladie au numéro 450 qui va permettre d’installer, à la place de la CAF, une antenne de la police municipale ainsi qu’un centre municipal d’activités. Le reste de l’immeuble accueillera un centre de santé privé ainsi que des services du centre hospitalier Edouard-Toulouse, pour renforcer sur le secteur l’offre en matière de santé mentale. Boulevard Charles-Moretti, aux Rosiers (14e), l’ancien Casino doit quant à lui se transformer en halle sportive et culturelle, moyennant un investissement de 4,9 millions d’euros. De quoi répondre aux besoins des écoles voisines : face à l’augmentation du nombre d’écoliers, celles-ci ont dû fermer leurs salles de motricité, leurs bibliothèques, leurs espaces sportifs.

    Clivage politique

    À travers ces nouveaux investissements programmés, c’est le travail réalisé pour la reconstruction d’un service public municipal qui s’affiche. « Nous sommes très vite rentrés dans le dur avec des travaux titanesques pour remettre les services publics sur pied », reconnaissait lundi le maire (DVG) de Marseille, Benoît Payan, énumérant les 1 000 agents de plus dans les écoles, 400 policiers municipaux supplémentaires, 120 agents pour le logement. Un bilan à mettre en avant alors que les « trois premières années compliquées » ont retardé les projets en dur, assainissant les finances de la ville. La droite ne s’y trompe pas, en s’en prenant depuis la rentrée aux 569 millions d’euros supplémentaires de masse salariale sur le mandat : patrimoine de ceux qui n’en ont pas, le service public ne reste qu’un coût pour certains.

    Nouveaux parcs pour les quartiers Nord
    Un accent prononcé est mis ce jeudi sur la création de nouveaux parcs. A Frais Vallon (13e), la municipalité doit acquérir 6 hectares auprès du bailleur social Provence métropole logement (PML, ex-HMP) pour un espace vert s’étendant jusqu’au pied de la colline, avec les usages plus urbains (jeux, jardins) concentrés près de l’avenue. 4,3 millions d’euros seront investis à partir de 2028. La municipalité doit approuver aussi l’achat du parc Foresta et ses lettres Marseille, tandis que les marchés publics vont pouvoir être lancés pour aménager le parc de l’Annonciade (15e) à compter de 2026, sur 2 hectares. Enfin, les financements sont bouclés (2,7 millions d’euros, la moitié pour la Ville) pour le parc belvédère de Campagne L’Évêque (15e).
    Y.S.
  • Journée de mobilisation et de solidarité avec les migrants

    Journée de mobilisation et de solidarité avec les migrants

    Si on arrête, tout s’arrête ! ». C’est le slogan qui va résonner un peu partout en France ce jeudi, à l’occasion de la journée internationale des Migrants. Une journée décrétée par l’ONU après l’adoption de la Convention Internationale pour la protection des droits de tous les travailleurs migrants et de leur famille. Proclamée en 1990, elle est entrée en vigueur en mars 2003, mais n’a été ratifiée par aucun pays européen.

    Manifestation

    aux flambeaux

    Deux appels ont été lancé au national. Le premier, « Une journée sans nous », porté par la Marche des solidarités et plus de 400 organisations et syndicats locaux, appelle à la manifestation et à la grève pour l’égalité des droits, contre le racisme et le fascisme. Le second, « Né.es ici ou venu.es d’ailleurs », comptait parmi ses signataires la confédération CGT, Solidaires, Attac ou encore la Cimade.

    Des dizaines de manifestations sont prévues en France. A Marseille où ce 18 décembre, résonne aussi avec la publication de la Charte mondiale des migrants qui y a été initiée en 2016, plusieurs rendez-vous vont ponctuer la journée.

    En fin de matinée (11h30), le Collectif réquisition ambiancera en fanfare la place Bargemon où se tient le Conseil municipal. Au menu : prises de paroles, point infos, foot réquisition, cartographie collective et marche du vide. Direction ensuite la Porte d’Aix où dès 10h, des permanences d’accès aux droits « hors les murs », des tables d’information, des stands de collectifs et des ateliers pancartes sont prévus.

    Dans l’après-midi (14h30), la CNT-SO organise un rassemblement, place Henri Verneuil devant l’hôtel Golden Tulip Euromed-Joliette. Après une journée de grève le 5 décembre, les femmes de chambre de l’établissement sont en négociation. « L’occasion de les soutenir, d’échanger sur leur condition de travail, de lutter contre le racisme et de se mobiliser, alors que l’industrie hôtelière et du nettoyage exploite beaucoup de travailleurs étrangers », indique le syndicat.

    A partir de 18h enfin, depuis la porte d’Aix, une quarantaine d’organisations syndicales, associations, collectifs et partis appellent à une marche aux flambeaux vers les Réformés.

    Les mots d’ordres sont multiples : abrogation de la loi Darmanin, des circulaires Retailleau et de toutes les lois racistes ; présomption de minorités pour les mineurs isolés ; régularisation de toutes les personnes sans papier ; réquisition des logements vacants ; fermeture des Centres de rétention administratives ; liberté de circulation et d’installation ; justice sociale et la solidarité, contre le racisme et le fascisme…

  • Relève assurée au Marseille-Mazargues canoë-kayak

    Relève assurée au Marseille-Mazargues canoë-kayak

    Quand un champion hors normes prend sa retraite, ceux qui l’ont accompagné durant sa carrière ont forcément un petit pincement au cœur.

    « C’est une belle page de l’histoire du club que nous allons tourner, avec la retraite de Denis Gargaud-Chanut. Mais nous la tournons avec enthousiasme, car la relève toque à la porte ! » Pour Charles Gache, ce moment n’est donc pas une fin, mais donne plutôt le coup d’envoi d’une nouvelle génération de céistes et kayakistes.

    « La relève est là. Elle l’a montré lors des derniers championnats du Monde », poursuit le président du Marseille-Mazargues canoë-kayak (MMCK). Il songe à Luca Barone, Raphaël Bonnard, Corentin Georgeon et Titouan Doreau. Ses mousquetaires qui ont flirté avec le titre suprême, lors des derniers championnats du Monde. « Malheureusement, les Tchèques étaient chez eux et se sont montrés intraitables sur leur plan d’eau. Il y a quand même une médaille d’argent mondiale à la clef », se console le dirigeant marseillais.

    Charles Gache est un président de club heureux. Heureux de voir que les 270 licenciés sont toujours prêts à prendre l’eau, quelles que soient les conditions. Heureux qu’aussi bien en canoë, kayak, ou kayak de mer, « il y a des groupes qui font le plein et des résultats en compétitions qui alimentent le palmarès du MMCK ».

    Mixité totale

    Dans le club aux quatre champions olympiques, il y a, certes, un abonnement aux plus belles récompenses. « Mais, chez nous, tout le monde peut pratiquer, quel que soit son niveau, ses attentes et les objectifs », souligne Nicolas Manoussos.

    Il y a les entraînements sur la base de l’Huveaune, les sorties en mer, les stages en rivière, « où débutants et champions travaillent ensemble, sans limite d’âge, notamment pour les sorties en mer », poursuit le directeur sportif du MMCK, dont le doyen des pratiquants est né en 1945.

    Si la compétition est un des objectifs au sein de son club, derrière la partie émergée de l’iceberg, on retrouve toute une série d’initiatives qui permettent à chacun de se révéler face à un élément, l’eau, qui n’est pas forcément évident à maîtriser. « Prendre une pagaie en main, c’est le point de départ d’une découverte. D’explorer des valeurs sociales et sortir certains jeunes en leur faisant voir autre chose que leur quartier », note l’éducateur.

    Pratiquants et encadrants ont les mêmes objectifs, à savoir « faire vivre une passion et transmettre des valeurs d’assiduité, de dépassement de soi et de partage ». Il reconnaît que, bien souvent, « les gens viennent au kayak par hasard. Et vivent une véritable révélation lorsqu’ils côtoient les gens du club au quotidien ».

    Outre les entraînements club, la base de l’Huveaune accueille, chaque année, 1 500 élèves de Marseille qui ont droit à deux journées de découverte. Auxquels s’ajoutent les gens qui s’inscrivent aux stages. Ce qui fait une moyenne de 16 000 personnes qui fréquentent le club. « Nous sommes le seul club qui pratique sur l’eau calme, la mer et l’eau vive. Notre but n’est pas de les forcer à aller en compétition, mais de les aider à devenir de belles personnes, apprendre à souffrir, s’amuser, assumer une défaite et se réjouir d’une victoire », confie Nicolas Manoussos.

    À noter que le matériel (bateau, pagaie, chaussons) est fourni et qu’il est possible de prendre une licence à l’année. Ou s’inscrire à des stages ponctuels, ouverts à tous, qui sont proposés toute l’année.

    Dans le sillage de Denis Gargaud-Chanut et des sœurs Noémie et Jessica Fox, la relève s’appelle Titouan Doreau, Luca Barone, Raphaël Bonnard et Corentin Georgeon, pour les espoirs. Mais aussi Raphaël Ducher, Tobias Jones, Romain Rekik et Naël Saadallaoui, qui ont obtenu de très bons résultats dans les catégories de jeunes.

    Renseignements : https://mmck.fr/

  • Un Samu tout neuf pour le printemps

    Un Samu tout neuf pour le printemps

    Tout ne sera livré qu’au printemps, mais l’essentiel des murs du futur Samu « zonal », dont le périmètre s’étend de Marseille à la Corse en passant par l’Occitanie, a été monté. Implantés à la Timone, à deux pas du futur pôle Femmes Parents Enfants, les 7 500 mètres carrés de ce bâtiment aux dernières normes environnementales accueilleront également le centre de régulation des réception et de régulation des appels au 15, le centre anti-poison et les équipes du Smur (service mobile d’urgence et de réanimation). Un bond dans la modernité, conviennent les équipes médicales. Et une immense satisfaction pour le président de la Région, Renaud Muselier (Ren.), qui a participé à hauteur de 6 millions d’euros sur les 23 millions de coût du projet.

    « J’ai fait toutes mes études dans les urgences et je me souviens, on se reposait sur des brancards », commente l’élu en découvrant les chambres de garde. Espace de coworking, vaste salle de régulation et PC de crise, parking pour les 16 ambulances… Des dimensions adaptées à l’activité du « deuxième Samu de France derrière celui de Lille », explique le docteur Fouzia Heireche, directrice médicale du Samu 13, avec 800 000 appels au 15 et 40 000 interventions par an. « Et cela ne fait que monter, nous prévoyons dans nos projections d’atteindre le million », ajoute-t-elle.

    Un engagement collectif

    « Ce projet s’inscrit dans le cadre d’un plan de modernisation de l’AP-HM », précise François Crémieux, son directeur général, rappelant qu’au sortir du Covid, le système était « déstabilisé », même s’il se félicite que les bâtiments des années 60 aient « tenu le coup ». Mais « on est arrivé a une fin de cycle », estime-t-il. C’est aussi pour lui le résultat d’un « engagement collectif ». D’abord de l’État avant 2020, assorti d’une rallonge dans le cadre du plan Marseille en grand, puis des collectivités territoriales, souligne-t-il, avec 31 millions d’euros de la part de la Région, « quand partout ailleurs c’est quelques centaines de milliers d’euros ».

    Un investissement justifié estime Renaud Muselier. Si ce n’est pas dans ses compétences, « j’ai la charge de l’aménagement et du développement de ce territoire et ce n’est pas possible de ne pas avoir de réponse sur la santé », déclare-t-il, ajoutant que 130 millions d’euros ont été débloqués pour ce faire. « On a ventilé sur les 6 départements, on avait 15 maisons de santé ouvertes, on en a maintenant 124 », détaille-t-il. Et d’insister sur sa volonté pour le Samu, d’avoir « quelque chose d’efficace tout de suite » et qui serve à toute la région.

  • Denis Gargaud-Chanut, un champion tous azimuts

    Denis Gargaud-Chanut, un champion tous azimuts

    Des quartiers nord de Marseille à la médaille d’or olympique du côté de Rio de Janeiro (Brésil), il en a vécu des aventures.

    Denis Gargaud-Chanut, pagaie en main, a gagné tous les titres dont peut rêver un sportif. Dès son douzième anniversaire, quand il est tombé dans la marmite du MMCK, « j’ai suivi mon frère aîné, qui pratiquait déjà, après être passé par le football et le judo », se souvient-il. Rapidement, il a engrangé les titres, comme d’autres le font avec des perles.

    Jusqu’à aller chercher l’or olympique, à Rio de Janeiro, en 2016. « À mon retour, ce qui m’a touché, ce sont les mots de Bébert Tobelem. Ses mots ont été le plus beau cadeau et m’ont permis de continuer à réaliser de belles choses », se souvient-il. À l’occasion de la fête du MMCK, où les champions actuels ont été mis à l’honneur, Charles Gache et son équipe en ont profité pour organiser le jubilé de Denis Gargaud-Chanut. Salué au passage par les sœurs Noémie et Jessica Fox, dernières championnes olympiques en date du club, sous les couleurs australiennes.

    S’il a décidé d’arrêter la compétition, il va poursuivre son engagement au sein du Marseille-Mazargues canoë-kayak. « Je prendrai le temps de redonner au sport ce qu’il m’a donné. L’esprit bénévole est quelque chose qui est ancré en moi, car c’est comme ça que je me suis formé », précise-t-il.

    Dans son métier de courtier en assurance, il relève de nouveaux challenges. « Je me bats pour mes sociétaires comme je me battais sur l’eau. C’est un rôle différent, parfois plus dur, mais je suis très heureux du choix que j’ai fait. Il me fallait juste le courage d’y aller », précise-t-il. Avec en tête tous les moments forts qu’il a vécu avec le club ou en équipe de France, « Ce que je retiendrai de ces années, le chemin parcouru et ces gens croisés qui m’ont permis d’apprendre certaines valeurs. »

    Avec une pensée particulière pour « Bebert [Tobelem, Ndlr.] qui m’a accompagné tout au long de ma carrière et m’a permis de me révéler ».