Tag: Marseille

  • [Entretien] Farida Benaouda : « Partir en vacances ne doit pas être un privilège »

    [Entretien] Farida Benaouda : « Partir en vacances ne doit pas être un privilège »

    La Marseillaise : Quel est le sens de cette visite ?

    Farida Benaouda : Je suis venue ici pour mettre des mots, mettre des visages, voir des sourires, voir le regard que ces petits marseillais ont pendant ces « Vacances pour tous ». C’était important de venir à la rencontre des animateurs, des organisateurs, ces grands frères et grandes sœurs, qui travaillent toute l’année sans relâche pour essayer de donner aux enfants une première baignade dans un lac, des premières veillées, une première fois à la montagne… Et leur dire que la Ville de Marseille a été là pour porter ce projet. Car le maire, Benoît Payan, a maintenu le cap, malgré un contexte de restrictions budgétaires. Quand on regarde sur ce volet : en 2021 on était sur une enveloppe de 150 000 euros pour ce dispositif. Aujourd’hui, en 2026, on est sur 750 000 euros. D’autant que cette année, ça a été très difficile, parce que l’État s’est totalement désengagé de plusieurs dispositifs. Mais nous avons fait le choix de maintenir le budget, car on maintient surtout le départ de plus de 1 600 gamins. Ce ne sont pas des chiffres : ce sont des enfants qui vont pouvoir partir en vacances grâce aux « Vacances pour tous », qui vont se créer des souvenirs.

    En quoi ce dispositif permet un coût minime pour les familles ?

    F.B. : Il y a une participation d’un euro à 10 euros par enfant et par jour, en fonction du quotient familial. On essaie toujours de tabler sur le minimum pour les familles. Et ce, pour essayer de faciliter les départs. Il faut se dire que partir en vacances, ce ne doit pas être un privilège. On ne veut pas que les petits marseillais découvrent des vacances à travers des livres, ou à la télé, ou derrière un smartphone, il faut vraiment qu’ils arrivent à vivre ces vacances-là, à vivre cette expérience. Quand on retrouve des enfants qui reviennent de ces colonies et qui savent faire leur lit, alors qu’avant, c’était la maman ou le papa, qui s’en occupait, on a gagné quelque chose. « Les Vacances pour tous », ce n’est vraiment pas un dispositif banal.

    90 ans après le Front Populaire et les premiers congés payés, il faut sanctuariser ce droit aux vacances pour les enfants ?

    F.B. : Évidemment. On se bat pour maintenir ce dispositif, pour le développer. On est d’ailleurs en pleine discussion avec la CAF pour un engagement plus important et ainsi faire partir encore plus d’enfants. Ils partent d’ailleurs de différents quartiers de Marseille, ils ont tous une histoire et viennent de paysages différents, il y a une mixité, à l’image de la ville… Ces enfants et ces jeunes vivent des choses qu’ils ne pourraient pas forcément vivre à Marseille. J’ai discuté avec une petite de 8 ans, c’était sa première randonnée, sa première baignade dans un lac, sa première découverte de la montagne. Elle a découvert une autre vie. Quelque part, ils écrivent un chapitre de leur vie. L’avenir est à travers eux, si on veut rééquilibrer la ville et décloisonner les frontières qui ont été érigées pendant trop longtemps, ça sera grâce à eux. L’équité dans la vie part aussi de là : des vacances. C’est pour cela qu’on aimerait développer encore plus ce dispositif et que l’on va tout faire pour. On souhaiterait ouvrir le catalogue de manière plus large, et peut-être doubler le nombre d’enfants qui partent…

    Quelle importance ont ces colonies dans la vie des enfants ?

    F.B. : Là on n’est plus sur des lignes budgétaires, on est sur la vie en immersion, de comment c’est vécu, et aussi comment ils vivent ça, qu’est-ce qu’ils en ont gardé, quel a été le souvenir le plus marquant, comment ils ont préparé ces vacances…. Parce qu’il y a l’avant, le pendant et le après, et quand on discute avec ces jeunes, ils n’ont pas envie de rentrer chez eux, ils ont envie de prolonger leurs vacances, et nous, on est aussi là pour essayer de récupérer une petite partie de leur histoire, de leurs vacances. Car ce sont ces vacances-là qui vont se retrouver marquées dans leur mémoire à tout jamais. Une colo ce n’est pas juste partir et avoir une semaine de vacances, une colonie c’est vivre en collectivité, c’est l’apprentissage, c’est justement les règles qu’on doit aussi respecter, et c’est grandir, c’est changer, c’est être autonome, c’est tout ça. Ils partent avec une valise qui est pleine de souvenirs, et aussi un petit déclic qui se fait pour chacun d’entre eux.

    Quelle analyse de ce désengagement de l’État ?

    F.B. : C’est un signal très négatif. On s’y attendait un petit peu mais pas à ce point. Ce désengagement a mis un coup à beaucoup de structures. Il faut faire comprendre que les colonies, ce n’est pas juste des chiffres mais bien des moments de vie. Pour certaines familles, les enfants ne pourraient pas partir sans ces dispositifs.

  • [Entretien] Audrey Garino : « C’est à l’État de prendre ses responsabilités »

    [Entretien] Audrey Garino : « C’est à l’État de prendre ses responsabilités »

    Pas question pour l’élue communiste de céder aux instructions préfectorales. L’élue réaffirme son soutien aux associations et le rôle de la Ville aux côtés des plus précaires.

    La Marseillaise : Comment avez-vous réagi à la prise de position des associations fin juillet ?

    Audrey Garino : En fait, il y a deux nouvelles : la réduction des budgets et les sorties dites sèches. Sur la première, cela fait un moment qu’on le sait et qu’on alerte, qu’on échange avec les services de l’État, parce qu’on a constaté ces dernières années que le nombre de places disponibles rétrécissait au détriment des besoins et que des critères de vulnérabilité pour prioriser les entrées étaient établis sans que nous n’en ayons complètement la connaissance ou la mesure, en tout cas. Nous avons rappelé nos exigences, notamment le fait qu’il faut trouver des solutions immédiates, singulièrement pour les femmes à la rue dont le nombre est en augmentation d’environ 30%. À Marseille, selon le décompte de la Nuit de la solidarité, 15 000 à 16 000 personnes sont sans-abri.

    Et sur cette volonté de remettre les personnes hébergées à la rue ?

    A.G. : D’abord, il n’y a plus de rotation. On a compris que la fermeture des places d’hôtel n’était pas compensée. Les réorientations ont aussi été faites dans les lieux plus pérennes, lieux que la Ville de Marseille a contribué à ouvrir, soit 15 sites en partenariat avec l’État. Et là, on a appris au cœur de l’été, la volonté, pour la première fois, qu’il y ait des sorties sèches, c’est-à-dire des fins de prise en charge sans proposition. Le maire a écrit au Premier ministre parce que c’est pour nous une ligne rouge franchie. Nous sommes un des acteurs de l’hébergement d’urgence, au même titre que les associations. Nous mettons des budgets, nous travaillons, nous avons des équipes dédiées, des bâtiments. Cette information, on ne peut pas l’apprendre par la presse. Et de deux, elle est parfaitement inacceptable, puisqu’elle remet en cause le principe de continuité de prise en charge.

    Est-ce que la Ville peut compenser ?

    A.G. : On apporte déjà beaucoup, même si l’hébergement d’urgence est une compétence exclusive de l’État. Il y a aussi le Département pour les publics dont il a la charge, notamment les enfants de moins de 3 ans et leur mère. La Ville, depuis 6 ans, a un budget de 2 millions d’euros par an alloué à l’hébergement d’urgence, autant pour financer des structures que des associations. Nous avons ouvert des centres dans des bâtiments municipaux, des douches municipales. Pour mémoire, la Ville finance seule son Samu social, c’est la seule en France à le faire, une dépense annuelle de 4 millions d’euros. Nous continuerons, nous serons toujours une partie de la solution. Mais nous ne pouvons pas accepter que celles et ceux qui en ont la responsabilité directe, soient en recul, alors même que les besoins ne sont déjà pas couverts. C’est aussi à l’État de prendre ses responsabilités. Et au Département, dont je rappelle qu’il a été condamné régulièrement pour défaut de prise en charge de ses publics et que l’État vient en substitution.

    Comment sortir de ce statu quo ?

    A.G. : On attend la réponse du gouvernement. La Ville sera toujours un partenaire sur ces questions mais en posant des préalables. Et ils sont connus : pas d’expulsion sans proposition de mise à l’abri, une mise à l’abri de l’ensemble des publics vulnérables et pas de rupture de prise en charge. En attendant, je tiens vraiment à saluer la réaction et l’engagement des opérateurs de l’hébergement d’urgence. Une position digne dans un contexte politique difficile et un contexte budgétaire tout aussi compliqué, qu’on ne nie pas. Mais il y a des priorités. On ne peut pas considérer que l’hébergement d’urgence et la lutte contre l’exclusion sont des sources d’économie, surtout dans la situation dans laquelle se trouvent notre pays et notre ville.

  • Quand le préfet des bouches-du-Rhône veut mettre à la rue des demandeurs d’asile

    Quand le préfet des bouches-du-Rhône veut mettre à la rue des demandeurs d’asile

    Le préfet demandait vendredi 14 août au juge des référés du tribunal administratif d’enjoindre des étrangers ayant perdu leur droit à un hébergement dans un centre d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada) d’évacuer les lieux, ce qui revient pour des familles à des mises à la rue sèche.

    Pour ces audiences, la Préfecture n’envoie même pas de représentant à la barre du tribunal à la Joliette, à Marseille. Ses conclusions sont expédiées par mail au juge. À l’appel du dossier d’Helena, hébergée dans un logement de la cité d’Air Bel, son avocate Juliette Grebaut interpelle le magistrat sur l’argumentaire du Préfet qui invoque la saturation des dispositifs d’asile dans les Bouches-du-Rhône. Aucun document n’est fourni par la Préfecture à l’appui de cette affirmation suivant laquelle, en mars et selon une statistique de l’OFI, 152 demandeurs seraient en attente d’hébergement. « Il est impossible d’en vérifier l’authenticité. Je n’ai pas à pallier l’absence probatoire du préfet qui ne se donne même plus la peine d’étayer ses arguments avec des pièces justificatives. Vous lui rappellerez la règle du contradictoire » demande avec vigueur l’avocate.

    Sa cliente est une mère isolée avec un enfant de 6 ans et une fille de 18 ans astreinte à une prise en charge médicale. « Cette mère est en situation régulière depuis mars 2024. Elle travaille à temps partiel. Elle justifie de ses attaches en France. Elle n’a eu aucune proposition d’hébergement donc vous rejetterez la requête du préfet. »

    « Allez courage ! »

    La procédure suivante est vite examinée. « La famille a quitté le logement qu’elle occupait à Salon de Provence. Cette famille a pu être orientée vers un centre d’hébergement » explique Me Grebaut qui demande au juge de prononcer un non-lieu.

    Le cas de Blessing, que le préfet veut sortir d’un logement de la rue Stanislas Torrent, interpelle. « Elle est déboutée d’asile depuis 4 ans et on vous saisit maintenant ? L’absence d’urgence est patente » souligne son avocate qui rappelle qu’elle conteste en référé l’arrêté de refus de renouvellement de son titre de séjour. La jeune femme est arrivée mineure il y a 9 ans en France. Elle a été régularisée avec son enfant malade. L’avocate plaide les circonstances exceptionnelles devant la densité et la complexité de l’état de santé de sa fille de 7 ans, née prématurée. « Une expulsion avec mise à la rue rendra impossible le suivi médical de l’enfant. Elle n’a pas vocation à rester toute sa vie dans un Cada. Donnez-lui des délais conséquents pour quitter les lieux. Elle ne fait pas la fine bouche. L’envoyer à la Roque d’Anthéron n’aurait pas de sens, sa proximité avec le système de soin est nécessaire. »

    Comment chasser de son logis Kadiatou et ses enfants du 32 rue de Crimée ? Me Julie Grebaut insiste sur « la vulnérabilité de cette mère isolée avec deux enfants de 1 an et 2 ans. Le papa qui ne s’investit pas n’est même pas à Marseille. Elle est proactive dans ses démarches de renouvellement. Elle frappe à toutes les portes ». L’avocate demande a minima un sursis à exécution d’une expulsion à l’initiative d’un « préfet qui ne saurait se défaire de sa responsabilité sur le Département dans le manque de places d’hébergement ».

    Cinquième dossier avec Mariam dont les accompagnantes du Cada soulignent la fragilité psychologique de cette mère isolée de 20 ans avec un enfant d’un an. « Une mise à la rue aurait des conséquences disproportionnées pour elle et son enfant » argumente Me Grebaut qui demande un sursis jusqu’à son orientation vers une structure.

    Aïcha, 22 ans et Aboubakar, 27 ans, débarquent de Miramas en train en poussant le landau du bébé de 18 mois au pied du juge. La mère enceinte est épuisée et peine à se lever. Ayant un refus d’asile, le préfet veut les expulser de ce Cada éloigné où ils sont depuis janvier 2025. Leur avocate n’est pas là. « Y a pas de traducteur ? » demande Aïcha. « Non, ce n’est pas prévu, mais vous n’êtes pas obligée de parler. J’ai lu le mémoire de votre avocate » dit le juge. « On tape beaucoup de portes. On appelle le 115 pour nous aider, mais y a rien. Je suis malade et enceinte de 6 mois. Je ne sais pas où on va… On veut rester dans le Cada s’il vous plaît ». Elle pleure, pose sa tête sur l’épaule de son mari qui lui caresse les cheveux. « Allez courage ! Vous pouvez y aller » conclut le juge qui rendra ses délibérés la semaine prochaine.

  • [C’est l’été] La fête entre ciel et terre pour le 15 août

    [C’est l’été] La fête entre ciel et terre pour le 15 août

    Karaoké géant, espace pétanque ou encore battle de danse, la soirée du 15 août sur l’esplanade du J4, à Marseille, a enchanté petits et grands jusqu’au bout de la nuit. Plusieurs milliers de personnes se sont réunies pour observer le feu d’artifice. Mais en attendant le lancement du spectacle aérien à 22h, familles et amis ont donné de la voix lors du karaoké géant : « Je suis là depuis 20h, l’ambiance est magnifique, je m’amuse beaucoup ! », se réjouit Daphné, 29 ans, qui espère entonner « Ma philosophie » d’Amel Bent. Les uns après les autres, des spectateurs volontaires grimpent sur scène pour devenir « la star de la soirée », lors de ce rendez-vous désormais incontournable de l’été marseillais. En attendant leur tour, Jade et sa meilleure amie Lia, 9 ans, se préparent à prendre le micro : « La soirée est trop bien ! On veut chanter du Jul ! » Afin de ravir tous les goûts, 400 titres étaient proposés, entre tubes des années 80 et rap français. Plus tard dans la soirée, « Ma philosophie » a résonné sur l’esplanade, pour le plus grand bonheur de Daphné, tandis que Jade et Lia ont repris leurs morceaux favoris sous les projecteurs.

    Loin du micro, la fête proposait aussi plusieurs animations pour varier les plaisirs. Une fois le karaoké terminé, pour Jade et Lia, le programme était déjà tout tracé : « On va faire l’atelier de customisation de casquettes ! », s’impatientent les deux fillettes, qui ont déjà en tête leurs créations, à l’effigie de leur chanteur préféré : « On va mettre le signe de Jul sur la casquette ! »

    Un spectacle « original et créatif »

    Le moment que tout le monde attendait apparaît dans le ciel une fois la nuit tombée. Il est 22h et les premiers feux d’artifice scintillent sous les yeux ébahis des enfants comme des plus grands. « Il y en a partout ! C’est trop beau », s’exclame Noam, 10 ans, impressionné par le ballet aérien. Le show dure une vingtaine de minutes. Rouge, vert, bleu, doré, les formes et les couleurs s’enchaînent. Drones et pyrotechnie créent ensemble des tableaux mettant à l’honneur le patrimoine méditerranéen : bateau à voile, cerf-volant, colombe, soleil ou encore la Bonne Mère. Le spectacle se termine sous les applaudissements du public, conquis.

    Venu entre amis, Jean-Louis est séduit par l’originalité du spectacle : « C’est chouette, l’idée du feu d’artifice avec les drones, ça rajoute quelque chose, souligne-t-il. J’ai trouvé ça très original et très créatif ». Son amie Aurélie ajoute : « C’est aussi sympa d’avoir fait l’événement avec le karaoké, ça rassemble les gens ». Le groupe, venu spécialement pour le feu d’artifice, a également profité du grand karaoké qui a repris juste après le spectacle : « On a chanté, pas sur scène, mais on a chanté du Johnny ! » Les musiques se sont finalement enchaînées jusqu’à minuit, mais l’été marseillais ne s’arrête pas là. Le prochain rendez-vous est donné au stade nautique Florence-Arthaud, le vendredi 21 août, pour un DJ set signé Orisha, de quoi prolonger les festivités jusqu’à la fin de l’été.

    Andréa Goyard-de Castro

  • Des colos dans les Alpes pour les minots marseillais

    Des colos dans les Alpes pour les minots marseillais

    Quand Farida Benaouda, conseillère municipale déléguée aux Vacances pour tous à la Ville de Marseille, passe la porte du chalet de l’association Contact Club, situé à Réallon au cœur des Hautes-Alpes, elle découvre une quinzaine de minots qui ont des étoiles plein les yeux et des sourires jusqu’aux oreilles. « Moi c’est la première fois que je fais une colo. Je n’étais jamais venu dans les montagnes ! On a fait une randonnée on est partis dans une rivière très froide… Ça a fait du bien », lance un minot de 12 ans.

    À peine les présentations faites, les questions fusent entre l’élue et la petite équipe : Évènement marquant de la semaine, activités incontournables, découverte de la montagne… Il faut dire que leurs journées ont été bien chargées au cœur du magnifique Parc national des Écrins : visite et jeu de piste au fort de Briançon, randonnées, jeux aquatiques au plan d’eau du coin, soirée feu d’artifice et visionnage de film le soir… C’est d’ailleurs le débrief du film Billy Elliot qui les occupe ce matin. L’occasion pour les animateurs, Lyes et Tom, d’aborder des sujets pas forcément simples à appréhender pour des jeunes de cet âge… Mais l’équipe du Contact Club sait manier le fond et la forme avec finesse. Et pour cause : 80% des animateurs sont passés par la structure.

    Une première pour les minots comme pour l’élue

    On comprend mieux pourquoi la colonie fait partie intégrante du village : les voisins saluent avec plaisir les minots, rendent service à la structure et inversement. Une fois la discussion à bâton rompu finie, place à la préparation du repas. Diakité, qui rentre au lycée en septembre et habitué des colos avec la structure, enfile sa charlotte avec plaisir et passe aux fourneaux pour préparer le plat du jour.

    Car l’organisation des tâches ménagères est aussi « une forme d’éducation populaire » avec des groupes qui tournent selon les jours : plonge, cuisine, rangement… Farida Benaouda tient à leur passer ce message : « Le Maire de Marseille, Benoît Payan, est fier d’appuyer le dispositif. Comptez sur nous pour faire mieux et plus pour aider la jeunesse marseillaise à se faire des souvenirs ! ». C’est une première qu’une élue de la Ville aille directement sur les lieux de vacances des minots marseillais qui partent dans le cadre des « Vacances pour tous ». Les jeunes la remercient chaudement et elle repart sous leurs coucous enthousiastes, en direction d’une autre colonie…

    À Pont-du-Fossé, elle rencontre cette fois l’équipe de l’Agamfa qui s’occupe d’une quinzaine de minots âgés de 7 à 11 ans, la plupart venant du centre aéré des Flamants mais aussi d’autres quartiers de Marseille comme La Busserine ou la copropriété du Mail. Hasard du calendrier, ou pas, ils profitent du festival L’écho des mots à Saint-Jean-Saint-Nicolas qui propose justement une myriade d’activités pour petits et grands. Là encore, la montagne et les produits locaux ont fait leurs effets sur les petiots. Quand l’élue demande s’ils sont satisfaits du séjour, les réponses sont unanimes : « Je ne veux pas rentrer demain ! », « On veut revenir l’année prochaine et avec les mêmes animateurs ! ». Najib, le directeur de la colo, court à droite et à gauche pour s’occuper des petits mais confirme : « Ils se régalent ! ». Farida Benaouda insiste : « Vous vous faites des souvenirs pour la vie ! ».

    L’élue achève sa visite marathon avec le centre de vacances Les Jonquilles à Saint-Julien-en-Champsaur. Avec là encore des sourires par dizaines et des minots plus que ravis du cadre et des animations proposées par la structure Aroéven.

    Les petits sortent de la douche et se préparent avec impatience pour la boum de fin de séjour… De quoi revenir à Marseille avec des histoires à raconter et des souvenirs plein la tête.

  • OM : après une préparation encourageante, place au jeu

    OM : après une préparation encourageante, place au jeu

    De Yamoussoukro au stade Vélodrome, l’OM a étalé sa préparation estivale sur un mois. Bruno Genesio a dû faire avec les forces en présence pour construire une équipe tenant debout, avec une certaine philosophie de jeu. Durant un mercato pour l’heure bien calme, l’ancien coach lillois s’est appliqué et a imposé sa patte dans un environnement spécial et incertain. La pré-saison en est maintenant à son crépuscule et la lumière est au bout du tunnel.

    La Ligue 1 arrive à grands pas puisque les Phocéens joueront le match d’ouverture de l’exercice 2026-2027. Ce sera dès ce vendredi 21 août, au Vélodrome, face à un Racing Club Strasbourg sortant d’une phase de matches amicaux catastrophique. Bruno Genesio s’est longuement étendu à la suite de la rencontre face à l’Atletico Madrid (1-2). Le Lyonnais a réalisé un premier bilan, depuis son arrivée début juillet à la tête du club. « On a repris depuis six semaines, il y a divers degrés de forme, puisque ceux qui sont rentrés un peu plus tard ont forcément un peu de retard dans la préparation. Je trouve qu’on est monté en puissance dans ces matchs de préparation, notamment les deux derniers, contre deux bonnes équipes. Ce soir [vendredi], c’était une très bonne équipe qui fait partie des 8-10 meilleures équipes européennes. Après, il y a plein de choses positives dans ces deux matchs, notamment dans ce que je souhaite voir de mon équipe, à savoir du pressing, du contre-pressing. Un jeu avec ballon où il y a beaucoup de combinaisons, beaucoup de mouvements. Là où on doit s’améliorer, ce sont les petits détails qui font la différence entre eux et nous. Par exemple, ce soir, être capable de gommer ces petites erreurs, à la fois sur le premier but et sur le deuxième but. »

    Une préparation positive

    S’il y a déjà des remous avec la direction (voir ci-contre) et de l’impatience vis-à-vis des arrivées, l’entraîneur marseillais a été bluffé par l’attitude de ses joueurs. En donnant sa chance à tout le monde, y compris les plus jeunes, Genesio a placé son groupe dans les meilleures conditions pour progresser. Tout le monde est à vendre, personne n’est placé dans le loft et chacun a une opportunité. « C’est pour ça que je souligne l’engagement et l’investissement. Je le vois tous les jours à l’entraînement depuis que je suis arrivé. Je sens des joueurs à l’écoute qui ont envie de bien faire. Forcément, ce n’est pas tout le temps bien réalisé, mais dans l’ensemble, en six semaines, je trouve qu’il y a beaucoup de bonnes choses qui sont réalisées par les joueurs. Globalement, c’est vraiment une préparation qui reste positive pour moi, pour le staff », a justifié le coach qui aura 60 ans le 1er septembre. Le prochain adversaire des Marseillais sera donc Strasbourg. Les hommes du stade de la Meinau ont eux aussi vécu une intersaison mouvementée avec de très nombreux départs. Nouvel entraîneur, nouveau gardien, des changements sur toutes les lignes et une préparation très compliquée pour les Alsaciens. 0-7, 0-2, 3-4, 2-5, 0-2, 0-2 : pas même un match nul sur six matches amicaux et beaucoup de doutes à l’heure d’affronter l’OM. Le Racing est peut-être encore plus mal en point que Leo Balerdi et consorts.

    Pierre-Emile Højbjerg perd le capitanat

    Le capitanat de Timothy Weah face à l’Atletico pouvait paraître surprenant, vu que Balerdi et Højbjerg étaient sur le terrain. En conférence de presse d’après-match, Bruno Genesio a expliqué que ce choix venait d’en haut. « C’est une décision qui m’a été dictée par la direction du club. Si je suis complètement franc et je vais l’être, ce n’est pas une décision que je partage. Mais je suis salarié et je dois me soumettre à certaines obligations », a-t-il simplement dit.

    Frank McCourt a décidé de sanctionner l’international danois puisque ce dernier avait refusé son transfert à Newcastle alors que tout était bouclé. Un retournement de situation qui avait passablement énervé le propriétaire américain.

  • La piscine de Nino

    La piscine de Nino

    Sous sa petite tente surchauffée, Élise s’apprête à (sur)vivre une nouvelle journée. Elle est sans-abri, dans une extrême précarité. Elle se fait discrète en marchant dans la rue ou quand elle s’assied sur le bitume, – qui brûle à plus de 40° – pour faire la manche. Élise reçoit plus d’indifférence que de mains tendues. Mais elle s’accroche, reste digne malgré l’exclusion.

    À Marseille, les personnes sans-abri sont près de 16 000 dont 40 % de femmes. Parmi elles, Élise. Leur situation est gravissime mais n’empêche pas l’État de supprimer 200 places d’hébergement d’urgence dans les Bouches-du-Rhône. Pourtant Emmanuel Macron promettait « zéro SDF ». Une galéjade du président des riches, pilote de jet-ski.

    Indignité

    L’État et ses représentants savent parfois se montrer zélés avec les Élise de la rue. Précisons que si ces actes seraient a priori marginaux, des humiliations et vexations seraient commises par ceux qui sont censés protéger. Oui, les forces de l’ordre arpentent la ville pour notre sécurité. C’est bien. Mais, parfois, certains policiers butent sur une petite tente surchauffée, bien cachée des regards mais pas du leur. Celui du limier. Que voient les pandores ?Une minuscule piscine s’étiole près de la tente. On ne saura dire quel justicier a sorti un canif pour crever cette « arme par destination contre la canicule », qui a vomi son eau en quelques secondes. Ce microbassin de fortune (qui ne gênait personne) servait à rafraîchir le chien d’Élise. Unique compagnon de rue contre la solitude. Celui, aussi, qui éloigne les violeurs. La piscine de Nino a donc été crevée ; des dizaines d’hébergements sont supprimées ; Une dizaine de sans-abri sont déjà morts d’hyperthermie en France, depuis juin. Du plus infime au plus tragique, ces faits révèlent l’indignité d’une politique et l’absence de volonté. Il est temps que cela cesse.

  • Il y a 80 ans, 149 anciens bagnards débarquaient à la Joliette

    Il y a 80 ans, 149 anciens bagnards débarquaient à la Joliette

    Ce grand retour fait suite au décret-loi de juin 1938 qui a supprimé la transportation vers la Guyane. Le rapatriement des libérés avait été retardé avec la guerre et le régime de Vichy. Il faut attendre la Libération pour que leur retour soit organisé avec le concours de l’Armée du Salut, très dévouée au sort des bagnards et de leur réinsertion dont le major Charles Péan qui pilote un dispositif devant permettre à tous ces hommes de retrouver une existence sociale, après plusieurs décennies de relégation.

    Les détenus libérables ont été regroupés à Saint-Laurent-du-Maroni, puis acheminés vers la métropole par le paquebot Athos II des Messageries maritimes qui accoste le vendredi 16 août 1946 à 15h45 au Môle G avec 1653 passagers à bord dont 149 premiers forçats libérés, un homme étant décédé pendant le voyage.

    « Ils ont été réhabilités pour leur bonne conduite et retrouvent leur vie d’hommes libres » écrit La Marseillaise. « Je m’attendais à rencontrer des forçats en tenues rayées et droguets sur la tête, ils étaient en civil et en chapeau mou. Nombre d’entre eux regardaient avec émotion cette terre de France qu’ils revoyaient après de longues années d’absence. Plus d’un ne pouvait cacher des larmes de joie. »

    « Un visage buriné par la souffrance »

    Le reporter de La Marseillaise, Alfred Carrasso, ancien résistant, aborde « un homme grand, mince, au visage buriné par la souffrance ». Il s’appelle Paul Hourdeau, a été condamné à 5 ans de bagne et 20 autres de relégation. Il explique avoir « travaillé dans les bureaux de la Compagnie des Mines d’or de la Guyane dont le siège est à Paris ». Sur le quai, le sonneur de cloches des îles (du Salut). « Il a été relégué en 1897 pour rupture d’interdiction de séjour. On le gracie à 76 ans. Que voulez-vous qu’il fasse pour vivre ? Il a demandé à continuer son emploi au bagne, mais on l’a fichu dehors. Il est libre ! »

    Un libéré raconte à La Marseillaise qu’ « en 1940, 800 relégués avaient demandé à s’engager volontaires dans les Forces françaises libres. Six ont été admis à la suite d’une erreur. Malgré cela, 180 d’entre nous ont suivi le capitaine Chaudon qui les fit évader à travers le Maroni en Guyane hollandaise et se sont battus courageusement. Une trentaine furent cependant repris et condamnés à des peines de 5 à 20 ans de travaux forcés pour avoir voulu combattre pour leur pays. Trois ont été condamnés à mort. »

    L’article rapporte la présence sur le navire du peintre Moïse Kisling, réfugié à New-York depuis 1940. Ce n’est nullement un bagnard libéré même s’il avait été condamné à mort par contumace par l’Allemagne nazie pour ses activités antifascistes et ses origines juives. Le peintre revient en France et vivra à Sanary. D’autres bagnards avaient embarqué à Fort-de-France le 30 juillet mais à leurs frais.

    Dans l’après-midi, les revenants sont conduits au centre d’accueil de l’Armée du salut, rue Félix-Pyat, où ils sont hébergés. Tous ces hommes retrouvent une France profondément transformée par la guerre. Certains ont de la famille et des amis qui les attendent. Un représentant du Syndicat des marins s’interroge sur leur sort. « Que vont devenir ces hommes que nous ramenons? Je les connais, j’ai vécu un mois avec eux. Ils ont tous l’ambition de refaire leur vie. Ils viennent en France avec beaucoup d’illusions. Certains croient pouvoir partir au Canada, d’autres aux colonies. Leur situation est tragique. Qu’a-t-on prévu pour eux ? Que leur a-t-on préparé ? Des papiers ? Du travail ? À la première infraction ils seront à nouveau durement frappés. »

    En août 1946, il restait encore environ 2000 libérés à devoir encore être rapatriés, 800 restant en cours de peine à Saint-Laurent-du-Maroni. Les derniers condamnés ne rentreront donc que beaucoup plus tard. Le 8 août 1953, le San Mateo ramènera encore plus de 80 hommes tournant la page d’un siècle d’un système carcéral abominable que la France avait mis en place en 1852, la transportation des condamnés vers la Guyane et la Nouvelle-Calédonie.

    David Coquille

  • Marseille : fermeture du métro dimanche 16 août de 5 heures à 14 heures

    Marseille : fermeture du métro dimanche 16 août de 5 heures à 14 heures

    Dans le cadre du projet de renouvellement des rames de métro et afin d’effectuer des essais, le métro (M1 et M2) sera fermé ce dimanche 16 août de 5 heures du matin à 14h.

    Pendant ces fermetures la RTM met en place trois lignes de Bus gratuites, avec une fréquence de 10 min de 5h à 14h00 . Le BM1A relie le métro La Rose au métro La Timone ; le BM1B part du métro La Timone jusqu’au métro La Fourragère et le bus relais BM2 effectue le trajet entre le métro Gèze jusqu’au métro Sainte-Marguerite Dromel. La ligne 3 du tramway est également renforcée avec une fréquence de 10 min dès 9h00.

    Le dimanche 13 septembre, le métro sera également fermé de 5h à 14h pour la suite des essais.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Dockers, traminots, métallos… à l’arrêt

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Dockers, traminots, métallos… à l’arrêt

    Le préfet intervint mais il fut renvoyé sur les roses. Il essaya vainement de faire intervenir les militaires mais il ne put déloger les piquets de grève des dockers.

    Le samedi 15 novembre, nous apprenions que le Conseil des ministres avait décidé un « nouveau train de hausse sous pression » qui augmentait de 45% le prix de l’électricité et du gaz, de 25% les tarifs SNCF. Ces décisions confortèrent nos positions en faveur de l’augmentation des salaires. Les syndicats redoublèrent d’efforts, la grève s’étendit : métallurgie, produits chimiques… Le bâtiment fut la première branche professionnelle à développer la grève sur le plan départemental après consultation des travailleurs. À Marseille, le syndicat du livre et typo fait connaître leur solidarité. Mais ayant obtenu des augmentations, ils ne s’engagent pas dans la grève. Cette prise locale de position de camarades socialistes comme Dumonceau reflétait l’ampleur prise par le mouvement. En effet, au soir de cette journée, nous estimions au bureau de l’Union départementale que 85% de l’activité économique de Marseille était paralysée.

    Face à l’inflation

    Je décidais alors d’envoyer les secrétaires de l’UD et du bureau dans les grandes villes du département pour demander aux syndicats ou sections syndicales de réunir les travailleurs afin qu’ils se déterminent après le vote sur les revendications et les 25% d’augmentation demandés au CCN. Les arrêts de travail s’étendirent rapidement dans le département.

    À l’assemblée générale du syndicat des traminots à Marseille, salle Ferrer, à la vieille Bourse du travail, à 21 heures, 3 500 traminots étaient présents. Prirent la parole Isoard, secrétaire du syndicat, et Exbrayat du secrétariat de l’UD. Après un vote unanime, la grève totale et illimitée avec occupation des ateliers et dépôts fut décidée en dépit de l’opposition de l’administrateur séquestré de la compagnie du préfet.

    Cette grève priva Marseille de tout transport en commun à partir du dimanche matin. Le 16 novembre (chiffre contrôle), on comptait 90 000 grévistes. Ce qui est certain, c’est que cette grève a quintuplé en trois jours. Notre rôle était d’aider, d’organiser et de coordonner le mouvement. Le Méridional et Le Provençal nous accusaient d’être le chef d’orchestre de ces mouvements, arguments que nous dénoncions dans Rouge Midi et La Marseillaise du lundi 17 novembre en faisant connaître la composition du Comité central de grève : celui-ci regroupait les secrétaires de l’UD avec les représentants des syndicats les plus importants, métaux, bâtiments, produits chimiques, dockers, traminots et marins, habillement, corporations en grève illimitée. Il avait une double fonction : intervenir auprès des unions locales des Bouches-du-Rhône et gérer la grève.

    à suivre la semaine prochaine…