Tag: Marseille

  • Des innovations autour des enjeux de l’eau et du climat à Marseille

    Des innovations autour des enjeux de l’eau et du climat à Marseille

    Faire face aux enjeux du réchauffement climatique. C’est tout le défi des Rencontres écosystèmes innovation, lancées par la Société des Eaux de Marseille (SEM), le mercredi 3 juin. Le terme « écosystème » vient du constat « que nous sommes dans un temps où il faut plus que jamais faire alliance et travailler tous ensemble », explique Sandrine Motte, directrice générale de la SEM. L’objectif : rassembler et faire rencontrer les membres de la Société des eaux de Marseille et des acteurs de l’innovation pour créer différentes opérations. « On voit que l’eau est centrale sur plein de thématiques sociales et sociétales », ajoute la directrice générale. Lionel Ercolei, directeur de l’innovation et du digital, constate cette nécessité de développement : « C’est avant tout des initiatives qui répondent aux besoins des clients. » Une question principale se pose, selon Sandrine Motte : « Comment guider les comportements pour que chacun contribue à faire évoluer nos usages dans un contexte de changement climatique ? » Un cas typique : les piscines. L’enjeu est alors de comprendre ce que perçoit la population quand on parle de changement climatique, comme le rappelle le Grec-Sud, groupe partenaire, qui s’inscrit dans cette démarche. La Société des eaux de Marseille constate alors une évolution des usages. « Le réchauffement climatique est là, il y aura moins d’eau et de plus en plus d’inondations brutales. Cela se traduit par des comportements des usagers qui sont en train d’évoluer », souligne Lionel Ercolei.

    De la 3D et des drones

    Pour répondre à ces besoins, la société marseillaise In the air est spécialisée dans l’acquisition de données par drones. « Nous pouvons réaliser des scans 3D du canal de Marseille, mais aussi de tunnels souterrains, afin d’identifier des désordres. Cela permettra alors d’engager des travaux de maintien », présente Marion Sardou, la directrice commerciale de l’entreprise. Les drones réalisent des calculs de volume sur des grands bassins, permettant de gagner en temps et en précision. À quelques pas, Loris Deirmendjian, est chef de projet chez Pixstart, une start-up réalisant des prises de vues par satellites de milieux aquatiques. « L’objectif est de produire la donnée, de l’interpréter, d’anticiper et de préconiser », affirme le chef de projet. « Nous suggérons également des actions face à la cyanobactérie, qui se développe à cause du changement climatique », ajoute-t-il.

    Créée il y a plus de 80 ans, la Société des eaux de Marseille assure le service de l’eau et de l’assainissement pour 1,5 million de Provençaux.

    Carla Forges

  • La jeunesse marseillaise sur les bancs de l’écologie

    La jeunesse marseillaise sur les bancs de l’écologie

    Sur les tables, des poubelles verte, jaune, noire et marron côtoient les gourdes des enfants. Dans la classe, Estelle, de l’association Zero Waste Marseille, leur apprend à recycler leurs déchets : « On a ramené différentes bouteilles qu’ils ont dû mettre dans la bonne poubelle », explique-t-elle, « ça a l’air de plaire, ils posent des questions ». Pour la deuxième activité, les enfants doivent dessiner leur goûter parfait, sans déchets. L’objectif ? Leur montrer qu’ils peuvent consommer des choses appétissantes, sans pour autant qu’il y ait d’emballages. Un exercice bien compris par les élèves. « J’ai dessiné une pomme et une gourde », sourit l’une d’eux.

    Jusqu’au 6 juin, l’association proposera d’autres ateliers de ce genre dans différents établissements marseillais. Une initiative qui s’inscrit dans le cadre du Printemps du climat, événement national organisé par l’Association prévention MAIF pour encourager le public à agir en faveur de l’atténuation climatique. D’autres collectifs, comme Texticologie et Repair Café, participent également à cette semaine de mobilisation.

    Le temps de l’espoir

    Dans la cour, l’association Les Petits Débrouillards fait découvrir la biodiversité aux élèves. « On explique la science à des publics non-spécialistes, pour que tout le monde puisse comprendre », résume Marilou, bénévole. Après une heure d’activité, la récréation sonne enfin. « On a parlé des différences entre les espèces vivantes et des régimes alimentaires », raconte-t-elle. « Ils sont hyper réceptifs, et ils savent déjà plein de choses, c’est bien. » Une belle preuve qu’à Marseille, la sensibilisation aux enjeux climatiques gagne du terrain.

    Ivanie Legrain

  • La CGT Cheminots lance une grève à la Blancarde contre les externalisations

    La CGT Cheminots lance une grève à la Blancarde contre les externalisations

    « Tous ensemble nous ne lâcherons rien ! », peut-on lire sur l’affiche qui annonce la grève des cheminots de la Blancarde. Ce vendredi 5 juin, le rendez-vous est donné à 8h par le syndicat CGT Cheminots de Marseille. Les revendications des travailleurs tournent autour de plusieurs points : la reconnaissance des instances représentatives du personnel et l’arrêt des externalisations. Des remaniements prévus qui devraient entraîner la suppression de cinq postes selon le syndicat. C’est la première fois depuis 11 ans que les travailleurs de la Blancarde se mobilisent. Ce rassemblement fait suite à un manque de considération, estiment-ils. « La direction a toujours su faire un pas vers nous, mais aujourd’hui ça bloque. Plusieurs discussions n’ont mené à rien », déplore Renaud Darbas, représentant du syndicat CGT des cheminots.

    Un mouvement de grève national est prévu mercredi 10 juin sur l’ensemble du territoire français, lancé par SUD Rail, la CGT, l’Unsa et la CFDT. Les cheminots de la région Paca ont prévu de se mobiliser à cette occasion. « On est complètement investis dans la grève du 10 juin », précise Renaud Darbas, « mais aujourd’hui on estime que nos revendications sont locales, d’où notre mobilisation le 5 juin ».

    Une grève nationale

    Une rencontre entre une délégation des cheminots et la Direction régionale de la SNCF, est néanmoins prévue ce jeudi 4 juin. De son côté, la SNCF considère qu’il s’agit d’un « dialogue social en interne » et ne souhaite pas le commenter. Pour autant, le mouvement « la circulation des trains ne sera pas perturbée vendredi », selon la direction.

    Maéna Guérin

  • Xavier Niel livre sa conception de l’investissement et de l’IA

    Xavier Niel livre sa conception de l’investissement et de l’IA

    Au Pharo, face aux professionnels de l’information venus du monde entier, c’est un milliardaire qui a clos les grandes plénières, ce mercredi. Xavier Niel, fondateur de Free et actionnaire du Monde, s’est prêté au jeu du « coin du feu », un entretien animé par Lisa McLeod, directrice éditoriale de FT Strategies.

    Xavier Niel entame la discussion en parlant, en anglais, de ses investissements dans les médias : « J’ai commencé à investir dans tous les services en ligne, y compris Mediapart, où j’ai fait cinq fois mon argent. » Sa version de l’entrée au capital du Monde, en 2010, semble presque altruiste : « Ils ont un énorme problème, ils vont finir en faillite. » Depuis, assure-t-il, il n’interfère jamais dans la ligne éditoriale. La preuve, selon lui : Le Monde Diplomatique, « très à gauche, contre le capitalisme », reste libre.

    Sur l’IA, Xavier Niel se veut pragmatique : il faut vivre avec son temps et les technologies qui vont avec. Il dit avoir vite signé un accord (sur l’entraînement des modèles et les services) avec le géant américain, OpenAI, sans attendre ses confrères éditeurs. « Nous ne sommes peut-être pas de bons partenaires pour les autres éditeurs français », note-t-il, dans un sourire. Interrogé sur ce qui le « garde éveillé la nuit », le milliardaire répond la « polarisation » des médias. Il regrette que le New York Times ait été « trop contre » Donald Trump. Concentration des médias, précarité dans les rédactions et désinformation n’ont pas été évoquées.

  • Les enfants imaginent « la cour d’école idéale »

    Les enfants imaginent « la cour d’école idéale »

    Pendant deux ans, une centaine d’élèves de CM1, venant des seize arrondissements de Marseille ont réfléchi aux besoins des jeunes Marseillais et construit des projets destinés à améliorer leur quotidien. Élus par leurs camarades, ils ont d’abord été répartis au sein de huit mairies de secteur, avant de porter collectivement la voix des écoliers marseillais et de découvrir le fonctionnement de la démocratie locale.

    « La ville est amie des enfants et ce sont eux l’avenir de la ville », a déclaré Nathalie Tessier (PCF), adjointe au maire déléguée aux droits des enfants, mercredi 3 juin, lors de la séance plénière du Conseil municipal des enfants qui marque l’aboutissement officiel du mandat 2024-2026 de ces jeunes.

    Des projets ambitieux

    et engagés

    Accompagnés par la Ville, l’Unicef et la Ligue de l’enseignement, les jeunes élus ont restitué leurs projets autour de la solidarité, de la culture, de l’environnement et de l’aménagement des espaces scolaires. Fil rouge de ce mandat : « Quelle est la cour de récréation de vos rêves ? ». Cours d’école plus végétalisées et inclusives, accès élargi à la culture, lutte contre le gaspillage alimentaire, actions de solidarité envers les enfants de Gaza ou encore sécurisation des abords des établissements : les propositions ont témoigné d’une réelle conscience des enjeux sociaux et environnementaux. Les enfants ont également interpellé l’adjointe sur la propreté de la ville, la place de la nature dans l’espace public ou encore l’aide aux personnes sans logement. « Ce qui a été dit nous oblige », a souligné Jean-Marc Coppola, le maire communiste des 15-16.

    Pour l’Unicef, ce conseil illustre le droit des enfants à participer aux décisions qui les concernent. Une maturité et un engagement unanimement salués par les adultes présents.

  • Le Marseille Jazz des cinq continents s’ouvre au monde et à tous

    Le Marseille Jazz des cinq continents s’ouvre au monde et à tous

    Marseille Jazz des cinq continents revient dans la cité phocéenne et choisit cette année de célébrer la légende Miles Davis à l’occasion du centenaire de sa naissance. « C’est une figure du jazz qui correspond au positionnement de notre festival, tourné vers le monde et qui favorise les dialogues », explique Hugues Kieffer, directeur du Marseille Jazz. Un esprit d’ouverture qui se retrouve dans la programmation de cette édition.

    Du 1er au 12 juillet, 29 groupes et artistes se succéderont sur les différentes scènes du festival à la Friche la Belle de Mai, au Centre de la Vieille Charité, au Conservatoire Pierre-Barbizet et, nouveauté de cette édition, au parc Henri-Fabre. Le danseur Israel Galván lancera les festivités aux côtés du trompettiste Michael Leonhart, dans une ambiance mêlant un flamenco contemporain à des sonorités américaines. Un projet ambitieux, pour faire résonner les notes de Miles Davis. Le festival accueillera également Ezra Collective, « un collectif en train de secouer toute la planète, qui propose un jazz très actuel avec des influences afro-caribéennes ». Figure tutélaire du festival, le musicien Marcus Miller, habitué de la scène marseillaise et ayant côtoyé Miles Davis, proposera un hommage au trompettiste américain, entouré d’autres artistes proches du jazzman. Le DJ Gilles Peterson fera quant à lui sa première apparition au Marseille Jazz des cinq continents.

    Au-delà des têtes d’affiche, le rendez-vous marseillais revendique aussi sa place de défricheur. Le jazz soufi d’Abdullah Miniawy fait ainsi écho à la musique de Gildaa et de Gabriel Gosse, « deux futures stars du jazz », avance Hugues Kieffer. Le trio émergent Ubaq, lauréat du tremplin Rezzo de Jazz à Vienne, sera également présent. À leurs côtés, de nombreux autres artistes aux influences toujours plus éclectiques. Un engagement pris par les organisateurs, qui souhaitent « laisser dans ce festival une place pour l’inédit ». Marseille Jazz des cinq continents poursuit ainsi son ambition de faire se rencontrer les cultures à travers la musique et de montrer ce qu’est Marseille, « une ville de métissage, et de rencontre ». Cette diversité, mêlant sonorités du monde et sous-genres du jazz, prendra vie sur les quatre scènes du festival.

    Cultiver l’ouverture

    Conscient des problématiques qui traversent aujourd’hui le secteur culturel, Marseille Jazz des cinq continents entend faire de cette 26e édition bien plus qu’une simple succession de concerts. « Nous ne voulons pas être juste un festival, mais un festival juste », résume Hugues Kieffer. Une ambition qui se traduit aussi bien dans la programmation que dans les actions menées par les organisateurs.

    Parmi les engagements affichés, la place accordée aux musiciennes qui se doit d’être centrale. « Vous aurez noté la présence d’artistes féminines, c’est un vœu affirmé. On ouvre nos oreilles aux œuvres des femmes », estime le directeur, tout en reconnaissant la difficulté à mettre en œuvre la parité dans ce genre d’événements.

    Alors que, « partout dans le secteur culturel, les coûts augmentent et organiser un festival coûte plus cher », l’équipe dit faire le choix de maintenir une politique tarifaire stable. « Nous savons que pour beaucoup de personnes, le budget consacré aux loisirs et à la culture est plus difficile à dégager qu’il y a quelques années », explique Camille Steunou, responsable de la communication. Le festival conserve ainsi une large palette de tarifs réduits à destination des étudiants et de publics spécifiques. Une manière, pour le Marseille Jazz, de confirmer sa place parmi les grands rendez-vous culturels de la ville et du monde du jazz, tout en poursuivant son travail en faveur de la création, de la diversité et de l’accès à la culture.

    Ivanie Legrain

    Programme complet sur https://www.marseillejazz.com

  • Cinq minots comme des chefs en cuisine chez Mazzia

    Cinq minots comme des chefs en cuisine chez Mazzia

    « On est tous des étoiles, il nous faut juste apprendre à briller », a conclu Nour, 16 ans, dans son rapport de stage de 3e. Ex-directrice de l’école du Parc Bellevue, Véra Tur-Grigorieff embarque depuis six ans des collégiens de Saint-Mauront et Josephine-Baker dans le 3e arrondissement et Rosa-Parks dans le 15e, dans une aventure culinaire qui les porte au firmament.

    Isma’il, Chaima, Nour, Yassine et Wiem sont passés de la cantine scolaire aux cuisines des chefs étoilés, mais aussi par les salons de l’Élysée, le bureau du maire (DVG) de Marseille Benoît Payan, derrière les fourneaux avec le rappeur Soprano et le footballeur Dimitri Payet. Et encore, par la grande école hôtelière de Genève où le professeur émérite et chercheur à l’université Dennis Rodgers s’est penché sur leur expérience pour étayer sa thèse. Leur parcours, piloté de main de maître par Véra Tur-Grigorieff, la très inspirée présidente de l’association Amitiés marseillaises culture et partage, a déjà donné lieu à la publication Les enfants de Marseille cuisinent le monde, en 2023. Des étoiles dans la cuisine est en préparation chez le même éditeur, In Octavo.

    Des étoiles dans les yeux

    « Ce sont de bons élèves, voire très brillants, mais ils vivent dans les quartiers populaires, ils ne font rien hors temps scolaire, ils restent tanqués au pied des tours. Et c’est difficile pour eux de se positionner pour leur avenir. Ne serait-ce que de trouver un stage leurs parents n’ont pas les réseaux, confie-t-elle, et ça m’énerve ! ». La période Covid faisant remonter les inégalités sociales et territoriales, l’idée a germé. Pendant les vacances, les week-ends, l’association les guide sur d’autres activités, sportives ou culturelles, « pour leur ouvrir d’autres horizons, pour leur montrer que le champ des possibles est vaste, qu’il ne faut rien s’interdire ». Et l’aïoli a pris.

    « La cuisine, c’est venu parce que c’est une passion. On aime manger et on s’amuse en la faisant. On a été repéré par le chef qui met des fleurs dans les plats », se souvient Isma’il. Ludovic Dupont, chef de La Fenière à La Bouilladisse est tombé sous le charme de ces jeunes marmitons qui avaient à peine 10 ans à l’époque. Il est venu installer sa batterie dans la salle des profs. L’idée du premier ouvrage était née. Sébastien Richard, Fabrice Desvignes, les chefs ont suivi et les recettes se sont enchaînées.

    Mercredi, c’est une recette confiée par Alexandre Mazzia qui donnait le la dans l’atelier de Camille Kieffer. Mains lavées, toques vissées sur les cheveux et tabliers endossés, les cuisiniers en herbe prenaient les consignes. « Les règles à respecter, le travail en équipe, ça nous apprend beaucoup ces ateliers », assure Nour, qui a « peut-être trouvé une vocation », lâche-t-elle attachée à vanner la crème au fond de la casserole « pour éviter que ça croûte », précise-t-elle. Chaima n’a que 13 ans, mais elle apprécie déjà « le fait d’être très rigoureuse, c’est un peu stressant au début, mais ça devient une habitude et même un jeu ». Peu de pression du côté de Yassine, qui fait trois pas de danse entre la préparation d’une pâte sablée et celle de tuiles au chocolat. Le collégien voit dans l’exercice culinaire « un atout pour apprendre à gérer le stress et rester connecté » dans son projet : « devenir pompier ».

    L’heure est à l’assemblage des tartelettes. « On lâche notre imagination » s’enthousiasme Wiem qui revient tout juste de la cérémonie du Département dédiée aux « élèves méritants ». Prenant un peu de recul sur son œuvre, Isma’il note « je refais les recettes à la maison, mais avec les moyens du bord », s’adapte le futur « pilote ».

  • Marc Bloch, historien bientôt panthéonisé, mis à l’honneur

    Marc Bloch, historien bientôt panthéonisé, mis à l’honneur

    Ils sont rares, les grands intellectuels qui furent pleinement résistants. Aux côtés de figures remarquables comme René Char, Jean Paulhan ou Jean-Pierre Vernant – un poète, un directeur de revue, un historien de la Grèce antique – on peut mentionner ceux qui furent fusillés : le philosophe Jean Cavaillès, l’ethnologue Boris Vildé ou, plus oublié encore, l’homme de théâtre Sylvain Itkine, lui aussi massacré dans les geôles de la Gestapo lyonnaise.

    Fils d’un historien de la Sorbonne, républicain d’origine juive alsacienne, athée et patriote, Marc Bloch, chercheur convaincu de la nécessité de l’interdisciplinarité, de la sociologie et de l’économie, inventeur aux côtés de son aîné Lucien Febvre de la revue Annales et de l’histoire des mentalités, (1886-1944), ne fut pas uniquement un immense médiéviste et un enseignant soucieux de clarté. Les problématiques de ses contemporains renouvelèrent son questionnement ; deux guerres mondiales aiguisèrent son regard.

    Un martyr

    de la République

    En 1914-1918, une blessure et les combats dans les tranchées lui permirent d’appréhender l’importance des fausses nouvelles et de la propagande, ainsi que le rôle de la paysannerie dans la société française du XXe siècle comme dans le monde féodal. La « drôle de guerre » l’amena à poser un diagnostic sans concession sur l’effondrement de son pays en 1940. Au fil des ans, son essai posthume, L’Étrange défaite, préfacé en 1990 par l’Américain Stanley Hoffmann, devint son livre le plus lu : citoyens et historiens du temps présent en avaient besoin pour élucider les abandons et la férocité du régime de Vichy.

    Après sa démobilisation, Marc Bloch renonça à partir pour les États-Unis, où un poste lui était réservé. Il avait charge de famille et son statut de juif lui interdisait d’enseigner en France. Son entrée dans la clandestinité de la Résistance ne fut pas immédiate : les hommes de l’ombre crurent un moment ne pas devoir recruter ce personnage d’aspect sévère, porteur d’une canne, déjà vieilli. À Lyon, son courage et ses talents d’analyste lui permirent de devenir un infatigable dirigeant du MUR, le mouvement d’Alban Vistel.

    Marc Bloch fut arrêté le 8 mars 1944. La Gestapo l’emprisonna au fort de Montluc. Il fut interrogé, torturé pendant plusieurs jours, subit coups de poing, fouets et tentatives de noyade à l’eau froide, contracta une pneumonie et revint dans sa cellule avec le visage ensanglanté et des côtes cassées. Pour survivre, il parla un peu, livrant des renseignements sans importance. Le 16 juin 1944, on l’extrait de sa cellule. Son corps sera identifié parmi 28 cadavres, ceux d’ouvriers et de résistants communistes.

    Le tournant

    d’une seconde vie

    C’est donc une double figure qu’il ne faut pas dissocier qui sera évoquée, ce jeudi, à l’initiative de l’association marseillaise Coudes-à-Coudes de Michel Potoudis : Marc Bloch fut un enseignant et chercheur qui révolutionna sa discipline, ainsi qu’un chef de réseau torturé et fusillé en 1944 par les sbires de Klaus Barbie.

    Codirecteur avec Florian Mazel, enseignant formé à Aix-en-Provence, d’un remarquable et très complet ouvrage collectif intitulé Marc Bloch, l’histoire en résistance (Éditions du Seuil), et commissaire d’une exposition qui s’ouvrira pendant les cérémonies du Panthéon, Yann Potin évoquera ce jeudi, dans l’ancienne salle des rotatives de notre journal, avec deux universitaires aixois, Julien Loiseau et Laure Verdon, la trajectoire de Marc Bloch.

    Longtemps éclipsée par Fernand Braudel ou Georges Duby, qui furent lus durant une période plus favorable au marché du livre, la figure de ce grand comparatiste, fondateur de la nouvelle histoire des mentalités, s’est soudain rapprochée. Elle avait été pleinement réévaluée par la communauté des historiens, notamment par Jacques Le Goff, Bronisław Geremek et Carlo Ginzburg, qui placent très haut Les Rois thaumaturges et Apologie pour l’histoire.

    Après Jean Moulin en 1964, Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillon et Jean Zay en 2015, puis Simone Veil, Joséphine Baker, Missak Manouchian et Robert Badinter, un historien entrera, ce 23 juin, pour la première fois au Panthéon.

    Reste à mesurer ce qu’il adviendra, dans un tel contexte, de cette seconde vie de Marc Bloch, introduit au Panthéon par un président de la République désireux de capter, pour son image personnelle, une partie du capital symbolique de la Résistance. On sera solidaire de la volonté de la famille de Marc Bloch, qui exige que « l’extrême droite, dans toutes ses formes, soit exclue de toute participation à la cérémonie ».

    Conférence ce jeudi 4 juin à partir de 18h30. Les Rotatives, 19 Cours d’Estienne d’Orves, Marseille (1er). Entrée libre.

  • Face à l’IA, les médias misent sur la confiance

    Face à l’IA, les médias misent sur la confiance

    L’intelligence artificielle (IA) utilisée comme outil au service des journalistes et des médias. C’est le thème évoqué lors d’une conférence organisée, ce mercredi au Pharo, au troisième et dernier jour du 77e congrès mondial de l’Association mondiale des éditeurs de presse (WAN-IFRA), organisé avec CMA Media. Un rendez-vous animé par Pia Rehnquist, directrice éditoriale du groupe Bonnier News Local, avec deux interlocuteurs : le Dr Rainer Esser, conseiller exécutif du groupe d’édition Holtzbrinck et membre du conseil de surveillance de l’hebdomadaire allemand Die Zeit, et Goli Sheikholeslami, PDG du site d’information Politico.

    L’usage de l’IA était au cœur de ces trois jours d’échanges. Les avis diffèrent sur cette question : certains se disent inquiets, d’autres veulent s’adapter à cette évolution. Lors de cette conférence, les intervenants adoptent une attitude d’acceptation face à un monde qui change. Ils prônent l’utilisation de l’intelligence artificielle, mais au profit des humains.

    « Si l’on ne peut pas l’éviter, il faut l’adopter », affirme Rainer Esser. Selon lui, « elle [l’IA] peut résumer, synthétiser, reproduire des styles d’écriture et rédiger dans une grammaire irréprochable. Mais elle ne peut pas aller sur le terrain pour enquêter. L’IA ne connaît pas la vérité. (…) Elle ne tuera pas le journalisme, car elle est un outil d’automatisation, tandis que le journalisme est, dans son essence même, un acte de connexion humaine ».

    « La ressource rare sera

    la confiance »

    Un avis partagé par Goli Sheikholeslami. Selon elle, il faut utiliser l’intelligence artificielle comme outil et dispositif au service du journalisme. « Au lieu de faire des coupes à l’ère de l’IA, “Politico” renforce ses investissements dans le journalisme et les combine à des technologies de transformation qui renforcent les capacités de ses journalistes. »

    Elle prend l’exemple de l’Affordable Care Act (ACA), la réforme de l’assurance maladie surnommée « Obamacare », l’un des textes législatifs les plus complexes de l’histoire des États-Unis : « Les personnes qui avaient besoin de comprendre cette politique publique – les lobbyistes, les dirigeants d’hôpitaux, les entreprises pharmaceutiques et les responsables des États – avaient besoin de quelqu’un capable de traduire et d’expliquer ces décisions en temps réel. Cette nécessité, à laquelle répondait “Politico”, s’étendait à tous les domaines touchés par le Congrès, qu’il s’agisse des marchés publics de la défense ou de la politique technologique. En 2015, nous avons étendu ce modèle à Bruxelles et aux institutions de l’Union européenne. » En effet, pour Goli Sheikholeslami, « malgré les perturbations engendrées par l’IA, cette période est porteuse de nombreuses opportunités ».

    Si l’intelligence artificielle est utilisée comme outil, la PDG du site Politico rappelle que « les informations originales, enregistrées et vérifiées, prennent une valeur croissante. (…) L’offre de contenus devient infinie. La ressource rare ne sera pas l’information, mais la confiance ».

    Rainer Esser souligne de concert : « Le journalisme est sous pression aujourd’hui. Nous faisons face à un public de plus en plus épuisé, perdu et méfiant. » À ses yeux, l’IA représente bel et bien un outil, non un remplacement : « C’est une profession essentielle. Sans journalistes, et notamment sans journalistes indépendants, la démocratie ne peut s’épanouir. Sans un espace où les idées sont échangées, circulent librement et font l’objet de débats, la démocratie ne peut pas prospérer. Il nous faut donc des journalistes, des journalistes fiers de leur métier et justement rémunérés. »

    LES DÉFIS DES MÉDIAS À TRAVERS LE MONDE

    Ben Ho, Shuxian – rédacteur en chef adjoint de Mediacorp Pte Ltd (Singapour)

    « Ce congrès était une belle opportunité, car il nous a réunis des quatre coins du monde et nous a permis de voir comment l’IA impacte différemment les rédactions : certains l’utilisent et d’autres craignent d’être remplacés par elle. Nous avons développé nos propres outils. ChatGPT Enterprise est accessible à tous les rédacteurs, pour les aider à écrire, mais c’est toujours l’humain qui a le dernier mot. Mais, en parallèle, trop de rédactions font encore face aux mêmes problèmes qu’avant, comme la question de savoir si l’on trouve encore suffisamment de gens qui veulent faire ce métier. »

    John Rahim – directeur éditorial du Media Stack (Royaume-Uni)

    « Le vrai défi, c’est la tempête parfaite entre trouver un modèle économique viable pour les éditeurs et ce que veulent les lecteurs. Quand ChatGPT cite Le Monde, les gens font confiance à la source, mais ne cliquent pas. On leur vole le contenu sans même leur ramener du trafic. Ce contenu, ce n’est pas de la data, c’est du journalisme produit par des professionnels qui doivent être payés. Au congrès, une session présentait un rapport sur l’état du marché, montrant que l’industrie des médias n’est pas vraiment prête pour la révolution de l’IA. Ce qui m’a fait penser aux jeunes journalistes. Comment les faire grandir ? »

    Waseem Shahzad Quatri – journaliste multimédia et réalisateur (Pakistan)

    « Je suis venu à Paris rencontrer la Fédération internationale des journalistes pour expliquer la réalité amère de la liberté de la presse au Pakistan. Rien qu’en 2025, plus de 600 plaintes ont été enregistrées contre des journalistes. Seize d’entre eux ont disparu. Pour le gouvernement, nous sommes des traîtres qui complotons, car nous avons osé exposer des violations de droits humains au Pakistan. Après mon témoignage, j’ai été menacé de toutes parts et, depuis, je dois rester en France. Ce qui me déçoit profondément, c’est que lors du congrès, tout le monde ne parle que de l’IA, qui menace les éditeurs, moins les journalistes. »

    Propos recueillis par Carmen Vollenweider

  • La colère s’exprime contre la hausse des féminicides

    La colère s’exprime contre la hausse des féminicides

    Sous l’ombrière du Vieux-Port, des femmes et quelques hommes se rassemblent doucement, foulards violets noués autour du cou et pancartes à la main, ce mercredi à 18h. Sur l’une d’entre elles, il est inscrit : « On ne naît pas femme, on en meurt. » En tout, une quarantaine de personnes se sont réunies aux côtés du collectif Femmes Solidaires Marseille pour protester contre les féminicides et les violences faites aux femmes.

    « Je suis d’abord là parce que je suis une femme et parce qu’il ne faut pas se reposer sur nos acquis qui sont fragiles », confie Mona, 26 ans, qui a rejoint le groupe. « On essaye d’être visible et de mobiliser nos forces », rebondit Christine, membre du collectif. À quelques mètres d’elle, Annick Karsenty, présidente de Femmes Solidaires Marseille, rappelle : « Nous réclamons aussi 3,5 milliards d’euros et l’adoption d’une loi-cadre pour lutter contre le continuum des violences qui touchent les femmes. » Un besoin juridique nécessaire selon elle, d’autant que 63 femmes ont été assassinées par leurs conjoints ou ex-conjoints depuis le début de l’année 2026, d’après le collectif NousToutes.

    Autre point de revendication porté par la structure : le besoin urgent d’une formation sérieuse et obligatoire à destination des policiers, gendarmes et personnels de justice sur les violences sexistes et conjugales. Marie Batoux, adjointe au maire de Marseille déléguée à l’égalité femme-homme et à la lutte contre les violences faites aux femmes, présente lors de la mobilisation, insiste : « La grande cause du quinquennat ne se voit pas allouer le budget qu’il lui faut et qui lui est nécessaire. Par ailleurs, on constate toujours l’impuissance de la justice et de la police pour mettre les femmes à l’abri. »

    Lundi 1er juin, une femme de 25 ans a été tuée à Martigues. Selon les dernières informations livrées par le procureur, son compagnon a été présenté à un juge d’instruction (lire en page 15).

    Lors du rassemblement, les manifestants se mettent en cercle pour défiler en dressant haut leurs pancartes. Tous entonnent en chœur des cris de protestation : « Féminicide. Pas un de plus ! Féminicide. Stop, stop, stop. »

    Un exemple à prendre

    sur l’Espagne

    En France, alors que le nombre de féminicides conjugaux a augmenté de 11% entre 2023 et 2024, l’exemple à suivre se trouve peut-être du côté de l’Espagne. Le pays a adopté, en 2004, une loi-cadre visant à assurer la protection des victimes. En vingt ans, le nombre de féminicides y a reculé de 30%.

    Maéna Guérin