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  • [Entretien] Emmanuelle Reungoat : « Le mouvement témoigne d’une vivacité démocratique »

    [Entretien] Emmanuelle Reungoat : « Le mouvement témoigne d’une vivacité démocratique »

    La Marseillaise : Assistons-nous à un retour des Gilets jaunes ?

    Emmanuelle Reungoat : Non, je ne le dirais pas comme ça. Ce que je trouve intéressant c’est la marque symbolique laissée par les Gilets jaunes et l’impact mémoriel qu’ils ont eu. C’est l’une des principales luttes qui a marqué les esprits au cours de la dernière décennie parce que c’est un mouvement qui a été fort, massif, long et qui a subi beaucoup de répression policière. C’est aussi un mouvement qui a proposé des modes d’action directs et qui avait un rapport au pouvoir assez frontal. Le mouvement des Gilets jaunes peut redescendre dans la rue mais il ne se reproduira pas de la même manière parce que c’est un mouvement singulier et très hétérogène.

    Qu’est-ce qui différencie le mouvement actuel de celui des Gilets jaunes ?

    E.R. : On a gardé en mémoire l’image d’un mouvement de ceux qui ont du mal à finir les fins de mois mais il était socialement plus hétérogène que ça. Il y avait aussi une hétérogénéité politique forte. Le mouvement actuel l’est un peu moins même s’il gagne en hétérogénéité en élargissant ses revendications. Un mouvement lycéen rejoint par des étudiants, ce n’est pas tous les jours mais c’est classique. Ces jeunes rejoints par la majorité des syndicats de travailleurs, ça l’est beaucoup moins. Mais le mouvement reste tout de même plus proche de l’univers large des valeurs de gauche, puisqu’il demande plus de services publics, plus d’État, et scande des chants antifascistes. Ce mouvement est donc plus marqué politiquement que celui des Gilets jaunes. Pour fonder un important mouvement social, il faut une désectorisation en mêlant différents secteurs professionnels. On se demande aujourd’hui jusqu’où peut aller ce mouvement.

    Les agriculteurs qui vivent une importante crise depuis plusieurs années pourraient-ils amplifier le mouvement ?

    E.R. : Les agricultures ont un traitement différencié. Il y a des mouvements que l’on va considérer comme plus légitimes que d’autres et qui ne vont pas être mobilisés par les mêmes forces politiques. Ce n’était pas non plus un corps de métier très mobilisé au moment du mouvement des Gilets jaunes. La profession a un réseau syndical professionnel qui, quand il se mobilise, a une force de frappe importante. Mais, même s’il y a eu un appel de la Confédération paysanne à rejoindre le mouvement, ce n’est pas une profession qui, historiquement, participe à la convergence. Dans le mouvement des Gilets jaunes, il y avait des secteurs professionnels très mobilisés que l’on a moins vus ou peu vu lors du mouvement actuel. Il y avait par exemple beaucoup de femmes travailleuses dans la santé, des infirmières, des aides-soignantes, des travailleuses à domicile. Je ne suis pas sûr qu’elles soient aussi présentes dans le mouvement actuel.

    Ne vit-on pas actuellement les conséquences de l’incapacité d’Emmanuel Macron de répondre aux revendications des Gilets jaunes à l’époque ?

    E.R. : Si, c’est très juste. C’est l’une des caractéristiques de ce gouvernement de se montrer incapable de se mettre en discussion avec la société civile ou avec d’autres forces sociales. D’autant que ce gouvernement a une légitimité électorale très relative depuis les dernières législatives. C’est très risqué de réduire les revendications de la population à des gestes de communication parce que le grand débat national d’Emmanuel Macron n’était pas une réponse, c’était un détournement de l’attention. Quand on fait ça, on prend le risque de saper les fondements démocratiques à savoir la croyance dans les institutions et la confiance dans les gouvernements. C’est ça que le président Macron paye aujourd’hui avec ce mouvement. Mais je trouve très positif qu’il y ait ce mouvement social très important qui se mette en place et notamment de la part des lycéens. Cela témoigne d’une vivacité démocratique. C’est plutôt une bonne nouvelle qu’une grande partie des gens croient encore en la politique pour changer la vie et pour formuler des demandes de transformation sociale.

    Comment ressortent les syndicats de cette situation ?

    E.R. : Il faudra du temps pour répondre à cette question. Le mouvement des Gilets jaunes était assez distant, si ce n’est assez méfiant, à l’égard des syndicats. C’était notamment lié aux trajectoires professionnelles des manifestants qui avaient évolué dans des secteurs où les syndicats ne sont pas présents. Dans le mouvement actuel, c’est différent, les syndicats sont au soutien des lycéens et des étudiants. L’un des effets forts des luttes sociales, c’est la mise en relation des différents acteurs qui peut perdurer dans le temps. Cela transforme les sociabilités et crée des réseaux qui peuvent se remobiliser après. Ça peut changer à bas bruit un paysage politique pendant plusieurs années.

    Comment analysez-vous la réponse policière du gouvernement ?

    E.R. : Il y a une forme de brutalisation du maintien de l’ordre qui a franchi une étape dans ce mouvement social. La réponse principale à ce mouvement est sécuritaire. Et il n’y a pas que de la répression policière, il y a aussi l’usage de l’appareil judiciaire avec beaucoup de garde à vue et beaucoup de comparutions immédiates. Les autorités utilisent aussi le droit administratif avec des restrictions de circulation, des interdictions de manifester dans certains lieux, dans certains centres-villes, etc. Tout cela est utilisé pour limiter le mouvement social et réduire les capacités de mobilisation. On franchit une étape en termes d’intensité, ce qui n’est pas du tout rassurant du point de vue de l’État de droit. Cela a deux effets : ça pousse certains à descendre dans la rue pour défendre leurs droits. Mais ça contribue aussi à la diminution du mouvement. On a beaucoup et très fortement critiqué la Pologne et la Hongrie ces dernières décennies, quand il y avait des restrictions des libertés publiques. On n’en est pas là, mais le risque est bien présent.

    Entretien réalisé par Tristan Arnaud

  • À Marseille, la direction de l’IMF invite ses étudiants au dialogue

    À Marseille, la direction de l’IMF invite ses étudiants au dialogue

    À la suite des mobilisations étudiantes et du blocage du campus de l’institut de formation au travail social IMF RIS, à Marseille, la direction de l’établissement indique proposer « une rencontre ouverte à l’ensemble des étudiants, en présence de l’équipe pédagogique et de la direction de l’établissement, à la reprise des vacances de la Toussaint ou au cours de la semaine suivante ». Elle précise attendre le retour des étudiants en travail social sur cette proposition à l’issue de leur assemblée générale, afin de « poursuivre ensemble un objectif commun : garantir la qualité des formations et accompagner au mieux les futurs professionnels en travail social ».

    La direction de l’IMF RIS apporte également des précisions concernant notre article paru le 23 octobre, qui rapportait la mobilisationdes étudiants devant l’établissement marseillais pour dénoncer « des conditions de formation au rabais ». « Les accusations de manque de transparence et l’idée selon laquelle la direction serait restée sans réponse face aux difficultés soulevées ne reflètent pas la réalité des échanges engagés depuis plusieurs mois », estime-t-elle. Et d’indiquer que les précédentes mobilisations des 22 et 23 octobre « avaient donné lieu à une rencontre avec la direction et une délégation étudiante, au cours de laquelle des réponses avaient été apportées ».

    La direction assure par ailleurs avoir constaté que certains étudiants n’avaient pas eu connaissance des échanges et des réponses apportées et souligne « avoir pris l’initiative de transmettre à nouveau à l’ensemble des étudiants les comptes rendus de ces deux rencontres ». Elle insiste enfin sur la nécessité de « distinguer l’absence d’information d’une information qui n’aurait pas été connue de tous ou relayée auprès de tous ».

  • Manifester est une liberté fondamentale

    Manifester est une liberté fondamentale

    Swane Mas, élève avocate

    Le 22 octobre, Emmanuel Macron a fait part de son intention d’interdire toute manifestation non organisée par un syndicat. Le droit de manifester n’est pas un privilège syndical : le président de la République ne peut décider qui peut manifester, ni pour quelles causes. C’est une liberté fondamentale, protégée par l’article 20 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et par l’article 11 de la Convention européenne des droits de l’homme. À la suite des manifestations du 17 octobre, plusieurs préfectures ont pris des arrêtés d’interdiction pour la mobilisation du 24 octobre. Ces interdictions s’ajoutent à d’autres mesures fortement attentatoires aux libertés publiques, comme la prolongation des couvre-feux et le déploiement de l’armée en renfort des forces de l’ordre. Le préfet peut interdire une manifestation « de nature à troubler l’ordre public ». L’interdiction n’est admise qu’en dernier recours. Elle doit être adaptée, nécessaire, proportionnée, et reposer sur des faits précis, appréciés pour un lieu et une période déterminés. La formule, très ouverte, laisse une large marge à l’administration, qui fonde parfois ses interdictions sur de simples risques ou un contexte général. C’est au juge administratif qu’il revient de contrôler. Une manifestation ne s’autorise pas : elle se déclare. Il en résulte que participer à une manifestation non déclarée, mais non interdite, n’est pas une infraction. Quant à la participation à une manifestation interdite, elle constitue une simple contravention, et non un délit, et ne peut donc justifier un placement en garde à vue. Mise en ligne tardive souvent la veille, parfois sans affichage en préfecture : les conditions de publication des arrêtés d’interdiction et de couvre-feu ont également compliqué l’exercice d’un recours effectif. Le tribunal administratif de Paris a d’ailleurs enjoint à la préfecture de publier ses arrêtés de couvre-feu au moins douze heures avant leur entrée en vigueur. À Marseille, plusieurs organisations, dont la CGT, la FSU, la LDH, le PCF, le SM et le SAF, ont saisi le juge des référés du tribunal administratif. Le préfet a entre-temps renoncé à l’interruption des transports en commun. Le juge a maintenu l’interdiction de manifestation à Marseille, en formulant une exception pour une manifestation encadrée par les syndicats, faisant reposer sur leurs militants la responsabilité d’un « maintien de l’ordre ». Par une large communication intersyndicale du même jour, les syndicats du département ont refusé cette charge, rappelant la liberté de manifester pour toutes et tous. Le Tribunal administratif de Marseille a fini par ordonner la suspension des arrêtés visant Gardanne, Istres, Martigues, Miramas et Tarascon, faute pour le préfet d’établir un risque particulier dans ces communes. Les interdictions ont été maintenues pour Aix, Arles, Salon et Port-de-Bouc.

    Le 24 octobre, des manifestants d’horizons très divers se sont mobilisés en nombre dans les villes du département. Le SAF continuera de contester les arrêtés préfectoraux portant atteinte aux libertés publiques et à la liberté de manifester.

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  • À Marseille, l’appel à venir consommer dans le centre-ville

    À Marseille, l’appel à venir consommer dans le centre-ville

    Douze jours après les pillages et à la veille d’un nouveau samedi de mobilisation dont on peine à mesurer la teneur, si ce n’est sa ténébreuse coloration Halloween, les commerçants du centre-ville de Marseille veulent du concret. Plusieurs associations réunies par les Entrepreneurs Sud, le syndicat des PME présidé par Alain Gargani, font passer leurs messages.

    Le premier s’adresse à la population. « Des commerces restent encore debout dans un environnement éteint », plaide Guillaume Sicard, président de la fédération Marseille centre. « Il faut dire aux Marseillais : revenez samedi en centre-ville. Un commerce sur deux était fermé le week-end dernier mais beaucoup vont rouvrir. Venez nous soutenir, venez même nous saluer, ça nous fera plaisir. Et si vous pouvez acheter, c’est encore mieux. »

    Dans la 2e ville de France, 528 commerces ont été touchés : 331 sont sinistrés et 118 entièrement pillés, rappelle Alain Gargani avant que Corinne Innesti, présidente les Entrepreneurs 13, ne souligne qu’en 2023, 479 commerces avaient été vandalisés lors des émeutes. Pour être accompagnés, les commerçants comptent sur l’appui de l’État et « des aides directes ».

    « Garantie émeutes »

    Les regards se tournent vers « le fonds de solidarité national qui n’a pas encore atterri ». Quinze jours après, il y a urgence insiste Alain Gargani souhaitant un traitement des dossiers « au cas par cas » et un engagement « à hauteur de la perte non prise en charge par les assurances et les fonds » de la Région et du Département. Autre enjeu la qualification d’émeutes pour la journée du 17 octobre qui engagerait la responsabilité de l’état mais ouvrirait la garantie émeutes des contrats d’assurance.

    « Le pouvoir économique, institutionnel et politique local a été bien plus efficace que l’État », enchaîne Daniel Salenc. Futur président les Entrepreneurs 13 et ex-candidat RN aux municipales de La Ciotat, il réclame l’élargissement du chômage partiel « aux commerçants restés ouverts » mais dont le chiffre d’affaires s’est malgré tout effondré.

    Autre sujet : la sécurisation des manifestations, insiste Alain Gargani avant que les commerçants ne posent leurs revendications. À la Métropole, ils demandent la gratuité des transports et des parkings, à la municipalité de l’éclairage public à la tombée de la nuit, au préfet la possibilité de travailler tous les dimanches jusqu’au 24 décembre. Sur ce point « un accord favorable » est espéré, conclut Alain Gargani.

  • [Rencontres d’Averroès] Ahmad Ashour témoigne pour préserver l’histoire gazaouie

    [Rencontres d’Averroès] Ahmad Ashour témoigne pour préserver l’histoire gazaouie

    Exilé en France depuis juillet 2025, Ahmad Ashour poursuit ses recherches dans le cadre du programme Pause. À travers ce dispositif, il veut « témoigner de la situation injuste et génocidaire que subit Gaza ». Il explique que « si le monde subit actuellement divers conflits, le cas de Gaza est spécial, c’est comme un camp de concentration ». En effet, si lui a pu s’extirper de Gaza grâce au programme Pause, il précise qu’en réalité, « il est impossible de quitter Gaza […] à cause du blocus géré par les Israéliens ». Selon lui, « environ 2 millions de Gazaouis sont actuellement retenus », contre leur gré.

    La culture menacée

    À côté des conditions de vie qu’entend dénoncer Ahmad Ashour, ce dernier souhaite également « témoigner pour préserver la culture, la mémoire et l’histoire palestinienne » qu’il juge en péril face au « déracinement qu’introduit l’occupation israélienne ». Il estime alors « nécessaire » l’expression de la culture gazaouie à l’internationale à travers notamment l’art, la musique ou encore l’écriture.

    Ces formes d’expression permettraient, à ses yeux, la « subsistance et la reconnaissance de l’identité palestinienne ». Il souligne également l’importance des « manifestations étudiantes actuelles [qui] défendent la cause palestinienne [car] pour ceux restés à Gaza, ce soutien est porteur d’espoir ». Ahmad Ashour conclut : « Témoigner permet de relier le passé au présent ».

    Table ronde « Habiter l’entre-deux », ce vendredi à 16h30 au théâtre Odéon, à Marseille. Entrée libre, réservation conseillée : nouvellesrencontresaverroes.com

  • Ce 31 octobre, l’intersyndicale varoise dans la rue

    Ce 31 octobre, l’intersyndicale varoise dans la rue

    « On a pris les choses en main. » Après le flou artistique du samedi 24 octobre et sa manifestation toulonnaise, qui a été ballottée entre interdiction et autorisation à l’arraché, cette fois les syndicats varois sont à l’initiative.

    « On a déposé un parcours dans les délais, avec Solidaires et la FSU, et après échange avec le préfet, il a été validé », explique Manon Magagnosc, membre du bureau de l’UD CGT 83. Au départ de la Bourse du travail de Toulon à 14h, les organisations syndicales prévoient « un grand tour de la ville » avec des passages dans le centre, et non pas éloignés comme la semaine dernière. « L’idée est de permettre aux jeunes, et tous ceux qui le souhaitent, de manifester pacifiquement et dans de bonnes conditions », développe la syndicaliste. Elle insiste sur la volonté des organisations syndicales de « ne pas se retrouver dans la même situation » pour ce samedi, c’est-à-dire de savoir, 15 minutes avant le début officiel de la manifestation, si elle était autorisée par la préfecture, ou pas. « La semaine dernière, nos Unions locales appelaient à la mobilisation, avec une interdiction de manifester qui a provoqué le dépôt d’un référé liberté [procédure devant le tribunal administratif Ndlr] et dont nous avons eu la réponse à 13h45 », rappelle Manon Magagnosc.

    Mais c’est surtout sur le fond qu’il y a un enjeu pour l’intersyndicale. « On considère que les manifestations du samedi sont positives car elles rassemblent des gens qu’on n’a pas l’habitude de voir dans nos cortèges, mais si on veut gagner, c’est bien par la grève que ça passera », analyse la syndicaliste. Et de développer au regard des échéances à venir avec l’appel à la grève intersyndicale du 5 novembre : « On a beaucoup de relais locaux pour l’appel à la grève du 5 et on est sur une intersyndicale complète. Il y a d’ailleurs 4 manifestations, dans le Var, prévues pour cette date, c’est un signal plus que positif. » 5 novembre d’un côté et 31 octobre de l’autre, les deux se nourrissent pour l’UD CGT du Var : « Ce samedi c’est un tremplin pour ce 5 novembre, on va diffuser le message qu’il faut généraliser la grève. »

  • [Entretien] Jean-Luc Chauvin, CCI : « Il faut une issue politique et une responsabilité de chacun »

    [Entretien] Jean-Luc Chauvin, CCI : « Il faut une issue politique et une responsabilité de chacun »

    Si les commerçants ont pu faire part de leurs demandes après avoir vu leurs magasins pillés, voire détruits, en marge des manifestations, le président de la CCI appelle chacun à ses responsabilités au nom aussi, de la survie du centre-ville marseillais.

    La Marseillaise : Que retenez-vous de la rencontre avec le président de la République, ce lundi ? Êtes-vous satisfait ?

    Jean-Luc Chauvin : Nous sommes la ville de France la plus touchée avec 528 commerces dégradés, 331 sinistrés, 118 pillés. Cela veut dire qu’il n’y a plus de stock et que tout a été détruit dans la boutique parfois même incendiée. Une barbarie totale. Chaque samedi fermé, c’est 2% de chiffre d’affaires annuel perdu. Et le chiffre d’affaires d’un commerçant entre novembre et décembre, c’est 40% de celui de l’année. Il y a aussi eu des conséquences sur l’hôtellerie. Le fait que le président de la République lui-même soit là, c’est un signe positif, important pour les commerçants. Ils ont pu dire au président et aux ministres présents à la fois tout leur désarroi, tout leur découragement et leur inquiétude.

    Qu’avez-vous demandé ?

    J.-L.C. : On a pu faire passer un certain nombre de demandes essentielles. La première, c’est que les commerçants sont des gens qui investissent, qui prennent des crédits, qui sont en caution personnelle. C’est de l’emploi, de la richesse, des taxes, des impôts. Ils ont besoin de sécurité, d’être défendu par l’État. J’ai fortement insisté pour éviter qu’on arrive à des solutions où un certain nombre d’entre eux se sentant abandonnés, pensent à s’auto-organiser. On a bien vu ce week-end avec un parcours différent, avec un encadrement des forces de l’ordre différent aussi, qu’on a eu que sept commerces cassés. Sur les aides à redémarrer, le fonds national est sorti hier, c’est très bien. On a aussi évoqué avec le président de la République un sujet qu’il n’avait pas dans son spectre, les commerces qui n’ont pas été cassés mais qui sont dans le périmètre concerné. À Marseille, cela représente quatre rues, de la préfecture, à la Canebière, la Chambre de commerce et jusqu’au Centre-Bourse. Là, trois commerces sur cinq sont cassés et ceux qui ne le sont pas, ont eu peur. Et quand ils ouvrent, ils font zéro chiffre d’affaires. J’ai proposé des mesures de chômage partiel, à 100% dans les périmètres où il y a eu les couvre-feux, et que les commerces non pillés puissent aussi bénéficier du prêt à taux zéro de BPIFrance [Banque publique d’investissement] à 50 000 euros. D’autres comme notamment Bernard Marty, en tant que président de l’UMIH [Union des métiers et des industries de l’hôtellerie], et vice-président de la Chambre, ont demandé à ce que cela soit adapté à la capacité de remboursement de l’entreprise.

    Pour autant, comprenez-vous qu’il y ait des revendications ?

    J.-L.C. : Que les gens veuillent manifester, c’est tout à fait normal, c’est leur droit, c’est pas le sujet. Par contre, ce n’est pas admissible, comme malheureusement c’est le cas aujourd’hui, que des manifestations soient infiltrées par des casseurs, des pillards, et par, probablement, des personnes qui veulent en découdre avec les autorités, les forces de l’ordre et les services publics, au détriment même de revendications légitimes des manifestants. On ne peut plus continuer à manifester comme avant, peut-être faut-il adapter la façon de faire. Il faut que les manifestations puissent avoir lieu, mais pas au milieu des commerces, parce que ça casse tout.

    Comment voyez-vous la suite ?

    J.-L.C. : On a très, très peur pour ce samedi, c’est une fête compliquée parce que c’est une fête avec des masques, avec du sang… On a moins d’inquiétude sur le 5 novembre, parce qu’on sait que les manifestations organisées par les syndicats sont gérées, comme ils l’ont fait samedi. J’ai bien expliqué au président de la République qu’il fallait aussi de l’animation pour faire revenir les gens en ville, mais ils ne le feront que lorsqu’ils seront rassurés. Et que, pour cela, il fallait régler le problème de la grogne sociale et des lycéens. Il faut une issue politique et que chacun prenne ses responsabilités, individuellement et collectivement. Que les gens qui manifestent soient aussi coopératifs. Si on veut sauver nos commerces, il va falloir qu’on fasse un effort, peut-être consommer. Peut-être, au lieu d’aller acheter trois produits à 10 euros sur un site ou une plateforme chinoise, acheter un produit à 30 euros chez un commerçant français…

  • [Unis contre le racisme] à Avignon, colère et émotion s’expriment après l’attentat

    [Unis contre le racisme] à Avignon, colère et émotion s’expriment après l’attentat

    Alors que plusieurs victimes de l’attentat de Trappes sont toujours hospitalisées, plus de 300 personnes se sont rassemblées sur la place de l’Horloge, à Avignon, pour « dire non au racisme et à l’islamophobie », comme l’explique la Ligue des droits de l’Homme (LDH), organisatrice de la mobilisation.

    Plusieurs représentants associatifs ont pris la parole. « Il y a un an, on était déjà rassemblés pour rendre hommage à Aboubakar, tué dans une mosquée. Comme Pengo (Bossio Wangi, tué à Trappes), son seul tort était d’avoir la carnation trop foncée », lance Sabah Boutahar, de l’association féministe vauclusienne Les Rési-liantes.

    Dans la plupart des interventions, les participants ont également dénoncé le traitement médiatique des manifestations du 17 octobre, ainsi que celui de cette affaire après l’annonce du placement du suspect en infirmerie psychiatrique. « C’est du terrorisme de représailles. On voit la différence de traitement quand, d’un côté, on demande à certains une responsabilité collective et, à d’autres, on trouve des circonstances atténuantes », poursuit-elle.

    Cavaillon mobilisée

    « J’ai peur pour moi, pour mon fils. Il est étudiant et je lui interdis d’aller en manifestation étudiante car j’ai peur pour lui », poursuit Nabila, de la LDH.

    Un second rassemblement se tenait également à Cavaillon à 17h. La FCPE, organisatrice, exige dans un communiqué que les « pouvoirs publics prennent des mesures fortes pour prévenir les violences racistes, protéger les personnes qui en sont la cible et combattre les discours de haine qui contribuent à les légitimer ».

  • Opération déminage auprès de commerçants plus qu’inquiets

    Opération déminage auprès de commerçants plus qu’inquiets

    Je sais le traumatisme qu’a été le 17 octobre, vous avez vécu des scènes de pillages d’une violence folle et inacceptable et ça ne se reproduira pas », a posé Emmanuel Macron lors de sa rencontre avec les commerçants en préfecture. Quelques heures avant la venue « surprise » du président de la République dans la cité phocéenne, plusieurs associations de commerçants marseillais avaient envoyé un communiqué commun réclamant des « actes concrets » comme le renforcement des aides financières « à la hauteur des préjudices subis » quand les assurances ne paient pas tout, un « soutien adapté (…) y compris en l’absence de dégradations matérielles », l’anticipation et l’adaptation lors des manifestations à risques et enfin « l’annulation ou l’exonération des charges sociales et fiscales pour les commerces sinistrés ».

    Le bilan est lourd : « 3 commerces sur 4 sur la Canebière impactés », selon l’un des artisans concernés, 500 en tout dont 331 sinistrés et 118 totalement pillés, précise Jean-Luc Chauvin, président de la CCI Aix-Marseille-Provence.

    Il s’inquiète : « Des commerçants ont décidé de se défendre seuls, on leur dit de ne pas le faire. Il faut que la peur change de camp, que les profiteurs soient punis. »

    Un souci de TVA

    pour l’UPE 13

    Jean-Christophe Amarantinis, président de l’UPE 13 (Union pour les entreprises), a lui estimé qu’il y avait « un trou dans la raquette » sur la TVA dont les commerçants ont fait l’avance. Et de réclamer une dérogation de la part de Bercy. Un commerçant avance : « Il va falloir faire en sorte que les aides ne soient pas seulement pour ceux qui sont fermés », mais aussi pour ceux qui « vont aider à remettre de la lumière dans notre ville ». Un autre demande à ce que les prêts pour repartir prennent en compte la capacité de remboursement.

    Également présent, Rodolphe Saadé, président de la CMA CGM, joue les pères Noël. « On est là pour vous aider en matière de logistique », assure-t-il, avec une mise à disposition de ses avions et bateaux, pour permettre la reconstitution des stocks de marchandises au plus vite et « assurer au minimum les fêtes de fin d’année ». Et d’ajouter : « Ne vous inquiétez pas pour le paiement. »

    Mais il va falloir de la patience quand Serge Papin, ministre du Commerce, répond : « Les choses vont être un peu traitées au cas par cas. » Emmanuel Macron a affiché son soutien avec la mise en place d’un dispositif « très simple ». En attendant, le fonds régional « Solidarité commerces pillés » a été réactivé ce lundi, débloquant une aide financière d’urgence à hauteur de 10 000 euros pour faire face aux premières dépenses.

  • Après des heurts samedi, des comparutions immédiates

    Après des heurts samedi, des comparutions immédiates

    Deux manifestants interpellés, samedi vers 18h avenue du général Leclerc et rue Antoine-Zattara, près de la gare Saint-Charles, après la dispersion de la grande manifestation sociale, ont été déférés lundi après-midi, en comparution immédiate pour des jets de projectiles en direction des policiers et participation à un attroupement en dissimulant leur visage (un masque de plongée pour l’un d’eux), faisant craindre un risque d’atteinte à l’ordre public. Ils ont demandé le renvoi du procès, le temps de préparer leur défense. Le tribunal n’a donc pas abordé les faits. Les débats n’ont porté que sur le maintien en détention ou pas.

    Diplômée en relations publiques culturelles, la jeune femme de 29 ans, qui n’a pas d’emploi stable ni de revenus réguliers, n’a jamais été condamnée. Le parquet a requis un simple contrôle judiciaire avec interdiction de paraître à Marseille. Le tribunal l’a remise en liberté sans contrôle judiciaire. Elle se présentera libre à l’audience du 2 février 2027.

    Le second prévenu, un homme de 33 ans qui vit depuis un an à Marseille, est poursuivi pour les mêmes faits auxquels s’ajoute l’usage illicite de cannabis. Diplômé en journalisme et communication, il travaillait dans la restauration mais n’a plus de revenus depuis la fin de son CDD fin septembre. Le tribunal l’a également remis en liberté, sous contrôle judiciaire avec interdiction de port d’arme et obligation de pointer au commissariat.

    En défense, Me Clémence Lachkar s’est fortement opposée à l’interdiction de paraître à Marseille, requise par le parquet. « Marseille, c’est leur lieu de vie. Quand bien même ils iraient vivre à Paris, des manifestations, il y en a dans tout le pays, c’est un mouvement d’ampleur nationale. »

    Dans une autre chambre correctionnelle, deux prévenus détenus âgés de 25 et 29 ans ont comparu pour vol par ruse commis au préjudice de la boutique Lacoste lors du pillage collectif du samedi 17 octobre. Un troisième âgé de 18 ans, également sous mandat de dépôt, répondait du recel de ces vols. Un dernier prévenu de 30 ans répondait lui du recel d’articles pillés dans la boutique Armand-Thierry, rue Saint-Ferréol.

    La semaine dernière, 37 personnes ont défilé en audiences de comparution immédiate à l’issue desquelles 22 personnes ont été incarcérées. Plusieurs audiences sont programmées ce mercredi.