Tag: manifestation

  • [Unis contre le racisme] à Avignon, colère et émotion s’expriment après l’attentat

    [Unis contre le racisme] à Avignon, colère et émotion s’expriment après l’attentat

    Alors que plusieurs victimes de l’attentat de Trappes sont toujours hospitalisées, plus de 300 personnes se sont rassemblées sur la place de l’Horloge, à Avignon, pour « dire non au racisme et à l’islamophobie », comme l’explique la Ligue des droits de l’Homme (LDH), organisatrice de la mobilisation.

    Plusieurs représentants associatifs ont pris la parole. « Il y a un an, on était déjà rassemblés pour rendre hommage à Aboubakar, tué dans une mosquée. Comme Pengo (Bossio Wangi, tué à Trappes), son seul tort était d’avoir la carnation trop foncée », lance Sabah Boutahar, de l’association féministe vauclusienne Les Rési-liantes.

    Dans la plupart des interventions, les participants ont également dénoncé le traitement médiatique des manifestations du 17 octobre, ainsi que celui de cette affaire après l’annonce du placement du suspect en infirmerie psychiatrique. « C’est du terrorisme de représailles. On voit la différence de traitement quand, d’un côté, on demande à certains une responsabilité collective et, à d’autres, on trouve des circonstances atténuantes », poursuit-elle.

    Cavaillon mobilisée

    « J’ai peur pour moi, pour mon fils. Il est étudiant et je lui interdis d’aller en manifestation étudiante car j’ai peur pour lui », poursuit Nabila, de la LDH.

    Un second rassemblement se tenait également à Cavaillon à 17h. La FCPE, organisatrice, exige dans un communiqué que les « pouvoirs publics prennent des mesures fortes pour prévenir les violences racistes, protéger les personnes qui en sont la cible et combattre les discours de haine qui contribuent à les légitimer ».

  • Ces associations font bloc contre le blocus américain à Cuba

    Ces associations font bloc contre le blocus américain à Cuba

    Soumis à un embargo économique depuis 1962, les Cubains baignent dans un environnement où les restrictions sont nombreuses. Mais « depuis janvier, le blocus est devenu génocidaire », affirme Jean-François Gast, secrétaire de l’association France Cuba Marseille 13.

    À l’appel d’un collectif d’associations de solidarité avec Cuba (Attac, LDH, Secours populaire, Cuba Coopération, France Amérique latine), une mobilisation s’est tenue sous l’ombrière du Vieux-Port, ce lundi à 18h30, avec le soutien de la CGT 13 et du PCF.

    Alain Sicre, président de Cuba Coopération Marseille Sud-Est, se désole de la dégradation de la situation du pays depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Selon lui, « il y a des coupures d’électricité tous les jours, les gens meurent de faim et il n’y a même plus de couveuses dans les hôpitaux pour les bébés ». Le président américain, qui a plusieurs fois avancé l’idée de « prendre le contrôle de Cuba », durcit depuis janvier la pression sur l’approvisionnement énergétique de l’île.

    L’Assemblée générale des Nations unies doit se prononcer, les 27 et 28 octobre, sur une résolution condamnant l’embargo américain contre Cuba. Les militants de la cause cubaine ne se font toutefois guère d’illusions quant aux effets de cette démarche diplomatique. Depuis 1992, 33 résolutions ont été adoptées à la quasi-unanimité par les États membres de l’ONU, sans parvenir à modifier la politique américaine.

    Une nouvelle stratégie

    Face au resserrement du joug américain sur l’économie cubaine, les associations modifient leur modus operandi. « On est passé d’une stratégie de coopération à de l’aide humanitaire », explique Alain Sicre. Son association supervise notamment la récolte et l’envoi de matériel médical à Cuba. Mais là encore, leurs efforts butent sur « le blocus naval impérialiste et criminel » des États-Unis, estime-t-il, ainsi que sur les sanctions économiques imposées aux entreprises françaises qui commerceraient avec l’île communiste. « Des armateurs ont empêché que notre matériel humanitaire ne transite via leurs conteneurs », s’irrite Alain Sicre.

  • Après des heurts samedi, des comparutions immédiates

    Après des heurts samedi, des comparutions immédiates

    Deux manifestants interpellés, samedi vers 18h avenue du général Leclerc et rue Antoine-Zattara, près de la gare Saint-Charles, après la dispersion de la grande manifestation sociale, ont été déférés lundi après-midi, en comparution immédiate pour des jets de projectiles en direction des policiers et participation à un attroupement en dissimulant leur visage (un masque de plongée pour l’un d’eux), faisant craindre un risque d’atteinte à l’ordre public. Ils ont demandé le renvoi du procès, le temps de préparer leur défense. Le tribunal n’a donc pas abordé les faits. Les débats n’ont porté que sur le maintien en détention ou pas.

    Diplômée en relations publiques culturelles, la jeune femme de 29 ans, qui n’a pas d’emploi stable ni de revenus réguliers, n’a jamais été condamnée. Le parquet a requis un simple contrôle judiciaire avec interdiction de paraître à Marseille. Le tribunal l’a remise en liberté sans contrôle judiciaire. Elle se présentera libre à l’audience du 2 février 2027.

    Le second prévenu, un homme de 33 ans qui vit depuis un an à Marseille, est poursuivi pour les mêmes faits auxquels s’ajoute l’usage illicite de cannabis. Diplômé en journalisme et communication, il travaillait dans la restauration mais n’a plus de revenus depuis la fin de son CDD fin septembre. Le tribunal l’a également remis en liberté, sous contrôle judiciaire avec interdiction de port d’arme et obligation de pointer au commissariat.

    En défense, Me Clémence Lachkar s’est fortement opposée à l’interdiction de paraître à Marseille, requise par le parquet. « Marseille, c’est leur lieu de vie. Quand bien même ils iraient vivre à Paris, des manifestations, il y en a dans tout le pays, c’est un mouvement d’ampleur nationale. »

    Dans une autre chambre correctionnelle, deux prévenus détenus âgés de 25 et 29 ans ont comparu pour vol par ruse commis au préjudice de la boutique Lacoste lors du pillage collectif du samedi 17 octobre. Un troisième âgé de 18 ans, également sous mandat de dépôt, répondait du recel de ces vols. Un dernier prévenu de 30 ans répondait lui du recel d’articles pillés dans la boutique Armand-Thierry, rue Saint-Ferréol.

    La semaine dernière, 37 personnes ont défilé en audiences de comparution immédiate à l’issue desquelles 22 personnes ont été incarcérées. Plusieurs audiences sont programmées ce mercredi.

  • Manosque tient tête à l’autoritarisme

    Manosque tient tête à l’autoritarisme

    Plus d’une centaine de manifestants se sont rassemblés samedi matin sur le rond-point de l’A51, à côté du péage de Manosque, avant que la préfecture ne prenne un arrêté d’interdiction de manifester. Alors qu’une chorale militante et itinérante à vélo apprenait des chants de lutte internationaux aux manifestants, les forces de l’ordre sont allées à leur rencontre sur le rond-point et leur ont demandé de se disperser, leur manifestation n’ayant pas été déclarée en préfecture. « La préfète est en train de prendre un arrêté d’interdiction de ce rassemblement illégal », leur a annoncé Jean-Luc Thaon, le chef de circonscription de Manosque au commissariat de police nationale. « Vous avez une obligation légale de déclaration », leur a-t-il expliqué. « Il n’y avait pas de demande d’autorisation la semaine dernière, et ça s’est très bien passé. C’est un État autoritaire ! », a réagi Éliane, gilet jaune historique dans le département, au mégaphone. Des manifestants ont suggéré de se rendre à Forcalquier, « capitale de la contestation dans le département », pour protester contre un événement organisé pour octobre rose.

    « Une casse systématique des services publics »

    « La CGT participe au mouvement parce qu’on est sur les mêmes axes de revendication par rapport à la vie chère, au prix de l’essence, à la jeunesse », a expliqué Olivier Ponce, professeur au lycée Beau de Rochas à Digne et représentant de la CGT éduc’action, espérant que le mouvement « monte crescendo », malgré la baisse de la mobilisation dans le département.

    Nadège Bonanno, secrétaire de la CGT de l’hôpital, a expliqué que le syndicat n’avait pas déclaré la manifestation en préfecture pour ne pas se faire accuser de récupération, mais soutenait le mouvement. « Il faudrait que les gilets jaunes déclarent, on peut les aider pour le faire. »

    « Il y a une casse systématique des services publics, de l’éducation, de la santé », déplore Jean Michel Münch. « Mon neveu a jeté des œufs sur les flics samedi à Marseille, il a pris 12 mois, 6 avec bracelet et 6 avec sursis, c’est disproportionné ! », regrette Érin*, professeure manosquine depuis 25 ans. « Parcoursup m’a envoyé mon fils à Briançon, alors j’ai un loyer à payer à Aix et un à Briançon. Je ne pourrais pas m’en sortir financièrement sans mon conjoint, avec deux enfants en études. »

    « On refait 1789 pour ne pas revivre 1939 », avait écrit une manifestante sur son tee-shirt.

    * Le prénom a été modifié

  • Malgré la colère, un joyeux défilé à Gap

    Malgré la colère, un joyeux défilé à Gap

    Je viens à chaque manif à Gap, c’est toujours familial. Là, avoir tous ces policiers et même un drone pour nous surveiller… C’est clairement exagéré », lance Léa, venue manifester à Gap. À 9h, début du rassemblement qui a mobilisé jusqu’à 400 personnes, le tribunal n’avait toujours pas statué sur l’interdiction de manifester au centre-ville. Cette tentative d’étouffer la contestation a suscité d’autant plus d’incompréhension et de colère : « C’est inutile, il n’y a eu aucun débordement samedi dernier », rappelle Flo, qui fait partie des Gilets jaunes. « S’exprimer est un droit, poursuit Léa. Et quand il est interdit, ça devient un devoir. »

    Alors que les prises de parole sur les « atteintes liberticides » du gouvernement se succèdent, la décision tombe sous les applaudissements : suite au recours des syndicats (CGT, FO, FSU et Solidaires), l’arrêté du préfet est suspendu. « C’est une belle victoire, réagit Julien Bouillé, secrétaire départemental de la CGT. Vouloir interdire les manifs, c’est une volonté du gouvernement de diviser le monde social, opposer les gilets jaunes et les syndicats. Car si elle était interdite, les syndicats ne se seraient peut-être pas mouillés. »

    Le cortège, toutefois non déclaré, a donc pu se rendre au centre-ville et défiler dans une ambiance joyeuse entre les étals du marché. Alain et Florence, ardéchois, rendent visite à leur fils. Ils en ont profité pour se mobiliser tous ensemble, avec des pancartes résumant une grande partie de la colère sociale : la casse des services publics, la question des retraites, les atteintes à l’environnement, ou encore le danger de l’extrême droite. Comme beaucoup, ils dénoncent aussi le récit médiatique dominant, « qui ne reflète en rien la réalité ».

  • Une détermination sans faille à manifester dans tout le pays

    Une détermination sans faille à manifester dans tout le pays

    Ce n’était pas le moment de manifester selon le monarque de l’Élysée. C’était sans compter sur la détermination des Français. Samedi, la CGT a compté 800 000 manifestants dans le pays, autant qu’une semaine plus tôt, dont 250 000 à Paris, en dépit de la recommandation du « méprisant de la République » de ne pas manifester et d’un temps pluvieux sur une grande partie de l’Hexagone. De son côté, le ministère de l’Intérieur a dénombré 410 000 manifestants samedi, contre 550 000 la semaine dernière. « Cette journée de mobilisation est une grande réussite », s’est félicitée l’Union étudiante.

    « Mariane, Mariane ! »

    Dans les cortèges, les slogans contre la vie chère ou la dégradation des services publics sont désormais accompagnés de revendications sur les interdictions de manifester, les périmètres interdits et les tracés révisés sur décision des préfectures. « Marianne ! Marianne ! », a par exemple crié une partie du cortège parisien, à la vue d’une jeune femme aux atours de l’allégorie de la République française, juchée sur les épaules d’un jeune manifestant.

    « On nous prive de la liberté de pouvoir disposer de l’espace comme on le souhaite » et, « globalement, c’est un ras-le-bol général. Ça n’atteint pas que notre liberté mais aussi notre fraternité », a lancé Léa Berthelot, comédienne de 26 ans en bonnet rouge et robe blanche, drapeau tricolore à la main. À travers la France, plusieurs cortèges initialement interdits ont finalement été validés par les tribunaux administratifs. Mais des interdictions ont persisté à Nancy, Metz, Besançon, Belfort, Rouen, Le Havre ou Toulon.

    « Une nouvelle réussite »

    « Ni le président, ni le temps, ne m’empêcheront de manifester », affirme Delphine, 47 ans, en tête de cortège à Lille pour aussi « représenter » ses trois enfants étudiants, « en train de travailler pour payer leurs études ». La secrétaire nationale des écologistes, Marine Tondelier, et le leader de LFI, Jean-Luc Mélenchon, figuraient dans le défilé parisien. « Il est temps de céder », a lancé ce dernier à l’attention du chef de l’État. De son côté le Parti communiste français a salué « une nouvelle réussite contre un pouvoir méprisant et liberticide ». Le PCF « pleinement mobilisé partout en France avec ses organisations locales, salue la réussite de cette journée ainsi que le travail des organisations syndicales et de jeunesse qui l’ont rendue possible ». Dans un communiqué, samedi, le Parti communiste rappelle que jeudi dernier, « Fabien Roussel, Stéphane Peu et Cécile Cukierman étaient venus à Matignon exiger des réponses sur les salaires et les prix de l’énergie. Le pouvoir a une nouvelle fois refusé de répondre aux immenses attentes que la mobilisation exprime ». Or si les revendications des manifestants sont diverses elles convergent toutes autour du pouvoir d’achat, de la défense des services publics et de la justice fiscale et sociale. Les organisations étudiantes et lycéennes espèrent des annonces concrètes aujourd’hui après une rencontre avec le Premier ministre Sébastien Lecornu, tandis que les syndicats de salariés se mobilisent en vue d’une journée nationale de grèves et de manifestations le 5 novembre. De leur côté, les gilets jaunes ont déjà annoncé une nouvelle journée d’action le 31 octobre.

    La Ligue des droits de l’homme (LDH) a, elle, réclamé l’envoi en France d’une mission d’observation sous l’égide des Nations unies, jugeant le maintien de l’ordre de ces dernières semaines « particulièrement chaotique et incohérent ».

    Enquête ouverte

    sur des nervis à Nice

    À Montpellier, Rouen et Nice des membres de l’ultradroite ont voulu affronter des manifestants. À Lyon, un petit groupe d’une douzaine de jeunes hommes encagoulés ou visage caché scandant « la rue la France nous appartient » dans la presqu’île, interdite à tout cortège ou attroupement, a pu déambuler sans entrave. Autre fait : une enquête a été ouverte après des incidents au cours desquels des manifestants ont été agressés à Nice par des individus susceptibles d’appartenir à la mouvance d’ultra-droite, a indiqué dimanche le parquet. « Une enquête en flagrance confiée au SLPJ 06 [Service local de police judiciaire] est ouverte pour identifier et interpeller les membres de cette mouvance impliqués dans les violences aggravées qui se sont déroulées dans le centre-ville », a précisé le procureur de la République de Nice Damien Martinelli dans un communiqué transmis à la presse. Le magistrat a indiqué « vouloir apporter une réponse extrêmement ferme à ces faits de violence commis par ces individus », en précisant que des enquêtes sont en cours à partir des images captées samedi. Sur certaines d’entre elles diffusées par la presse locale, on voit des hommes en noir masqués se ruer sur des manifestants visiblement non-violents.

    Le maire de Montpellier dénonce une « milice d’extrême droite »

    Outre Nice, des agressions de manifestants par des membres d’ultra-droite ont également été recensées à Montpellier. Dénonçant cette « milice d’extrême droite », le maire de Montpellier, Michaël Delafosse, a lui estimé qu’en « République, personne ne peut faire usage de la violence contre autrui. Je condamne ces agissements avec force et demande à ce que la justice enquête et interpelle les auteurs. Il ne peut y avoir la moindre impunité ».

  • Marseille : des milliers pour défendre les libertés

    Marseille : des milliers pour défendre les libertés

    Venant de toutes artères de Marseille mais aussi des communes voisines où les regroupements étaient interdits, des dizaines de milliers d’étudiants, de militants, de retraités, de chômeurs, ont convergé samedi à Marseille dans une ambiance enjouée et déterminée pour la seule manifestation autorisée par la Préfecture, un acte II d’une grande puissance protestataire.

    « C’est une grande satisfaction, un ouf de soulagement pour nous la CGT et les autres syndicats d’avoir emmené cette manifestation pour la liberté d’expression de nos revendications » s’est félicité en fin de parcours Marc Pietrosino, secrétaire général de l’UD CGT 13. Il revendiquait 100 000 manifestants contre 17 000 selon la Préfecture dans ce cortège intersyndical CGT, FSU et Solidaires colossal.

    Le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG) a salué le « calme » de la manifestation et un dispositif policier qu’il a estimé cette fois « à la hauteur de l’enjeu » après les folles exactions du 17 octobre. Plus tard, il rejoignait le poste de supervision urbain, des débordements sporadiques ayant lieu avec des dégradations et des pillages dans une ambiance de lacrymogènes et de feux de poubelles. Dimanche matin, la Préfecture comptait pour tout le département 7 commerces pillés ou dégradés, 71 interpellations dont 40 majeurs et 61 gardes à vue.

    Pour le préfet, cette manifestation dérogatoire s’est déroulée « dans de bonnes conditions ». Lancé à 14h15, après une minute de silence aux Réformés en hommage aux victimes de l’attentat criminel raciste de Trappes, l’immense cortège emmené par la CGT et de nombreux militants et élus communistes prenait la direction de la gare Saint-Charles, sécurisé par les dockers CGT. Postés sur la Canebière près d’un canon à eau, des CRS continuaient de barrer l’accès de l’hypercentre à de potentiels fauteurs de trouble pour ne pas répéter le sac du 17 octobre.

    « On vient de Carpentras, on tenait à manifester dans une ville où ça a de l’ampleur » expliquent Alia et Ludivine, motivées comme jamais. « Nous sommes en guerre contre ce gouvernement corrompu » proclame la pancarte de la mère. « Tout ce que j’ai retenu de la Marseillaise, c’est aux armes citoyens ! » dit celle de sa fille. Les pancartes en disent long et gros sur la colère sociale concentrée sur Emmanuel Macron, figure d’un pouvoir honni. « La voilà ta République en marche, connard ! » conspue celle d’Émilie venue avec Pierre son papa. « La répression policière fait peur, mais ça fait longtemps qu’on n’a pas ressenti des émotions aussi fortes en manif. Ça redonne de l’espoir d’être tous ensemble » assure ce dernier.

    « Ils fabriquent la misère puis nous facturent la survie » a écrit Céline, éducatrice spécialisée qui n’a pas eu peur de venir « pour défendre les lycéens et les travailleurs sociaux » et qui est comblée de voir « tout ce monde de tous âges ». « M-A-C-R-O-N, Menteur, Arrogant, Corrompu, Répressif, Odieux, Narcissique » a écrit en grosses lettres Oscar, jeune chômeur pour qui « c’est un ras le bol accumulé de ces dix dernières années, le gouvernement Macron, la gestion de la crise Covid et des gilets jaunes, l’ignorance des cahiers de doléances, même l’affaire Epstein, tout !!! » Des Scop-Ti (ex-Fralib) sont là. Des parents d’élèves aussi. « On est un collectif de 360 parents « vaillants et révolutionnaires » des lycées de Marseille.

    Eva et son ami sont descendus d’Aix pour dénoncer les conditions d’enseignement à la faculté de droit Robert Schumann, mais pas que : « On n’arrive pas à joindre les deux bouts, on a peur de l’avenir. » Eugène, 19 ans, en BTS de cybersécurité, s’est déguisé en banane et en tutu rose pour demander lui aussi de « meilleures conditions matérielles d’études. »

    « Manu, Manu, jusqu’à la victoire ! » « Tout le monde emmerde le Rassemblement national ! » « Siamo tutti antifascisti ! » claquent dans les mains la foule hétérogène de ce très long cortège sécurisé par les dockers de la CGT qui a emprunté les allées Léon Gambetta, le boulevard d’Athènes, la gare Saint-Charles, la Place Marceau pour ensuite se disperser à la Porte d’Aix où des CRS finissent par gazer des manifestants boulevard des Dames. « La liberté est un droit fondamental. Sans elle, il n’y pas de véritable justice, pas d’égalité et pas d’avenir ! » venait de conclure au mégaphone une militante CGT. « Nous voulons la paix, la liberté pour construire un monde plus juste. Ne restons pas silencieux, continuons à défendre nos droits. La liberté a besoin d’hommes et de femmes prêts à la défendre ! Ensemble faisons vivre la liberté et rendez vous au 5 novembre ! » « Je suis là en solidarité avec la jeunesse quand je vois tous les coups qu’ils se sont pris pour exprimer leurs revendications » dit Jessie, mère de quatre enfants venue de Vitrolles pour affirmer son « droit à manifester ».

  • Un millier de personnes ont bravé l’interdiction à Avignon

    Un millier de personnes ont bravé l’interdiction à Avignon

    La manifestation étudiante et contre la vie chère à Avignon, pourtant interdite, a été suivie par un millier de personnes au fil de la journée ce samedi 24 octobre. Le tout sans aucune casse et globalement dans le calme.

    Une journée de mobilisation quelque peu rocambolesque, car la préfecture était entourée d’un important dispositif policier dès 9h du matin. « Ils sont là contre la casse. Mais la vraie casse, c’est celle qu’il y a dans nos lycées où il y a des plafonds qui s’effondrent car il n’y a pas de moyens mis dedans », confie Sandrine, aide-soignante dont le fils est scolarisé au lycée Philippe de Girard. Le rassemblement de la matinée s’est donc tenu dans le calme quelques centaines de mètres plus loin, à proximité de la porte Saint-Lazare. Un référé contre l’interdiction avait été déposé par la CGT, mais il a été rejeté en début de matinée par le tribunal administratif de Nîmes. Ceux s’aventurant à proximité du bâtiment préfectoral se voient contrôlés et fouillés quasi systématiquement. Tandis que FO Enseignement avait de son côté déposé une déclaration de rassemblement, mais l’a retirée en fin de soirée ce vendredi 23 octobre pour ne pas exposer ses membres à une forte amende et une peine d’emprisonnement. « On a voulu les protéger après la communication de la préfecture. Mais il fallait être là car ce qui se passe dans le pays et à Avignon est scandaleux, car c’est un droit fondamental de pouvoir se rassembler et manifester afin de porter les revendications des jeunes. Que le préfet prenne un arrêté de la sorte à Avignon, je n’ai jamais vu ça, même pendant la guerre d’Algérie », regrette Tanguy Langlet, secrétaire départemental FO Enseignement. « Pas besoin d’être juriste pour s’apercevoir qu’il y a un problème de droit. C’est honteux. Rien ne va dans ce pays et la seule réponse que l’on reçoit, c’est une interdiction de manifester », abonde Nadia El Bouroumi, juriste présente dans les rangs des manifestants. « Le gouvernement, plutôt que de répondre, choisit la répression et tente aujourd’hui de criminaliser toute contestation qui ne passe pas par les canaux qu’il contrôle », ajoute la CGT de Vaucluse. Venue en matinée, Marie-Anne Bertrand, élue municipale d’opposition (L’Après), regrette qu’une partie de la classe politique « mette la même valeur entre le bien matériel et la vie humaine », tout en rappelant que « les observateurs étrangers qualifient la situation démocratique en France de dégradée ».

    Dans un esprit festif, les manifestants ont chanté, dansé et même réalisé une « chenille contre l’extrême droite » et une minute de silence en hommage aux victimes de l’attentat de Trappes. Tandis qu’en début d’après-midi, la manifestation s’est transformée en jeu du chat et de la souris entre manifestants, surtout des étudiants et lycéens, et les forces de l’ordre. Tout se déroulait dans le calme, d’abord place de l’Horloge, où se trouvait d’ailleurs en terrasse le maire de la ville Olivier Galzi (DVD), puis dans les rues de la Cité des Papes avant de se retrouver à nouveau à proximité de la préfecture. Des gaz lacrymogènes ont été tirés, déclenchant un mouvement de foule qui ne s’est arrêté qu’en début de soirée. Repoussés du côté de la route de Lyon, des manifestants sont montés sur la voie ferrée, suivis par des policiers. La préfecture de Vaucluse fait d’ailleurs état de « deux intrusions sur les voies ferrées » qui « ont occasionné une interruption temporaire du trafic ferroviaire ».

    En fin de journée, la préfecture de Vaucluse annonce que « les forces de l’ordre ont procédé à 57 interpellations liées aux violences qui se sont déclenchées pendant les manifestations ». Mais aussi qu’« aucune dégradation de bien public ou de commerce n’est à déplorer à la fin de cette journée ». En soirée, aucun heurt n’a été constaté, hormis un groupuscule d’extrême droite qui « patrouillait » dans les rues, prenant à partie des groupes de jeunes sans aucun rapport avec les manifestations.

    Poursuite du mouvement

    Un mouvement qui est voué à continuer au vu du mutisme du gouvernement, mais surtout de sa réponse répressive. Thierry Juny, du syndicat Solidaires, le confirme, « on sera là la semaine prochaine et le jeudi 5 novembre ». Et pointe à la fois les contradictions du préfet et l’attitude de la droite et de l’extrême droite vis-à-vis du mouvement social en cours. « On nous parle de pillages qui ont eu lieu le dimanche soir, sans lien avec les manifestations du samedi. Quand Macron dit que seuls les syndicats peuvent déposer une manifestation, c’est anticonstitutionnel. Mais surtout, c’est stupéfiant de voir comment certains courants politiques de droite et d’extrême droite étaient silencieux et sont sortis de leurs tanières pour se présenter comme des partis de l’ordre. On voit bien où elle se situe, et ce n’est absolument pas du côté des travailleurs. Le silence du RN pendant le mouvement des lycéens était assourdissant », poursuit-il. À ses côtés, Philippe Riehl, co-secrétaire de Sud Éducation 84, ajoute qu’il « n’est pas question de lâcher ». « C’est hors de question d’accepter une réduction de nos droits les plus élémentaires. On ne nous empêchera pas de nous rassembler et de manifester », poursuit-il. Avec en tête, une « semaine noire » pour la rentrée.

  • 1200 personnes ont manifesté à Toulon samedi en dépit de l’autorisation tardive d’un tracé

    1200 personnes ont manifesté à Toulon samedi en dépit de l’autorisation tardive d’un tracé

    Samedi matin, s’il demeurait certain qu’en dépit des nombreux arrêtés émis par le préfet du Var, de nombreux Toulonnais bâteraient une nouvelle fois le pavé dans l’après-midi, les modalités, elles, l’étaient beaucoup moins. Et elles sont restées floues jusqu’à 13h45, soit un petit quart d’heure avant l’heure de rendez-vous donnée pour le départ de la manifestation. En cause : l’attente de la décision du tribunal administratif concernant le référé liberté déposé vendredi par l’Union syndicale Solidaires du Var et l’association Résistance Handi Droits, au sujet de l’interdiction de manifester. Si celle-ci a été maintenue dans le périmètre du centre-ville, en vertu des arrêtés préfectoraux, un tracé alternatif a été autorisé, sur une distance d’à peine 1,5 km, dans le quartier du Pont-du-Las, avec un aller-retour de la place Martin Bidoure au rond-point de Bon Rencontre.

    Un parcours pourtant refusé la veille par l’Union syndicale Solidaires du Var, qui avait déposé une demande de manifestation en préfecture, au cours des négociations avec cette dernière. Mais qu’elle s’est résolue, faute de mieux, à accepter. « Ce n’est pas une vraie victoire car on voulait manifester en centre-ville », avouait Olivier Rosay, secrétaire Solidaires du Var, le verre à moitié vide avant le départ du cortège : « Il y a du monde, mais le déferlement médiatique a été dissuasif. Le gouvernement a réussi son coup en montrant en boucle des images de violence ».

    Mais c’est aussi cette organisation incertaine jusqu’à la dernière minute – bien indépendante de la volonté des organisateurs, qui avaient proposé de se retrouver à la Bourse du travail avant le départ, sans que cela ne parvienne aux oreilles de tout le monde –, et des informations contradictoires sur le lieu de rendez-vous (la gare était annoncée depuis le début de semaine), qui n’ont pas facilité l’acheminement des manifestants vers un lieu qui plus est peu identifiable. « Ça a été super compliqué de trouver le rassemblement », affirme Camille, qui s’est d’abord rendue porte d’Italie, à la gare, et place d’Armes, et avoue qu’elle et ses amies sont « tombées sur les manifestants par hasard ».

    20 gardes à vue, la police réprime des soignants

    Le cortège a donc grossi à vue d’œil au cours du kilomètre qui sépare la Bourse du travail de la place Martin Bidoure, où des manifestants sont ensuite arrivés par petits groupes, tandis que d’autres se sont joints à la foule une fois celle-ci engagée dans les rues du Pont du Las. 1 200 personnes ont alors défilé dans le calme, mais non sans revendications. Guélaud et Isabelle, qui n’avaient « même pas entendu parler des arrêtés », comptaient « être là quoi qu’il en soit ». Sur leur pancarte, on lit « Si nous ne sommes rien pour eux, soyons tout face à eux ». Une manière de dire que « nous sommes 80 millions. Qu’est-ce que vous allez faire si on se révolte vraiment ? », demandent-ils. Pour ces Varois, il est d’autant plus « important de manifester dans une région très à droite. La ville n’est pas dotée d’une grande force en termes de population comme de conviction, mais il est important que des voix s’élèvent partout, pas qu’à Paris ».

    « On continue notre mobilisation, et on appellera à l’amplifier car il y a une profonde colère sociale dans le pays », promet Olivier Rosay, qui donne déjà rendez-vous « pour la grève du 5 novembre, car ce sont les travailleurs qui font tourner l’économie. Les salariés, les couches populaires, n’arrivent pas à joindre les deux bouts ».

    Mais une fois le cortège revenu à son point de départ, l’après-midi a pris une autre tournure. Un groupe d’environ 150 personnes, pour la plupart d’un âge peu avancé, a pris la direction du centre-ville. Il a été stoppé à hauteur du lycée Bonaparte, sur le boulevard de Strasbourg, par des tirs de grenades lacrymogènes des forces de l’ordre. La tension est montée et a définitivement franchi un cap après des lancés de feux d’artifice de manifestants dans leur direction. Sous les coups des charges policières couplées à l’usage des grenades lacrymogènes et de quelques tirs de flash-ball répondant aux jets de pierre, le groupe de manifestants restant, qui s’est étiolé au fur et à mesure, au contraire du dispositif policier, a reculé jusqu’au Pont du Las, dans un tango où chaque pas en avant en précédait deux en arrière. Encerclé sur l’avenue du XVe Corps, jonchée de feux de poubelle, il a fini par se disperser aux alentours de 19h.

    Aucune casse majeure n’est à déplorer. 64 personnes ont été interpellées, dont 20 placées en garde à vue. La préfecture dénombre deux blessés parmi les manifestants, autant chez les policiers. Un bilan heureusement modéré, ces derniers ayant « enlevé le matériel médical de certains collègues », relate Jody, une soignante bénévole. Cela, avant le début de la manifestation, au prétendu motif qu’elle n’était alors pas encore autorisée. Pas de quoi freiner la motivation de la jeune aide-soignante et militante, qui s’est mobilisée, comme d’autres, après avoir vu « les images des blessés et de soignants ciblés la semaine dernière ». Mais il faut croire que les pansements et le désinfectant peuvent troubler l’ordre public.

  • À Marseille, un guichet pour accompagner les commerçants

    À Marseille, un guichet pour accompagner les commerçants

    De nombreux commerces du centre-ville de Marseille ont été affectés par des débordements et pillages qui ont eu lieu en marge de la manifestation du 17 octobre. « Nous avons recensé 317 commerces sinistrés au cours de la semaine. Parmi eux, 213 ont subi des dégâts, 17 ont été partiellement pillés et 115 totalement pillés », affirme Francis Coulomb, directeur de l’appui aux entreprises à la CCIAMP.

    Face à ce lourd constat, la CCI a organisé, ce vendredi, un guichet ouvert aux commerçants, où un large panel d’institutions était réuni, à la Bourse. Avec la volonté de « faire en sorte qu’en une ou deux heures, les sinistrés puissent voir l’ensemble des acteurs », ajoute Francis Coulomb. Des services de l’État comme l’Urssaf ou la direction de la finance publique, la fédération des assureurs, la Banque de France ou encore des avocats du barreau de Marseille étaient présents pour centraliser les démarches, orienter et conseiller.

    Choc et désarroi

    Du côté des commerçants, certains sont encore très marqués par ce qu’ils ont vécu il y a une semaine. Pauline est opticienne indépendante et sa boutique du centre-ville a été « totalement saccagée et dépouillée », décrit-elle avec beaucoup d’émotion. « Si on arrête, on n’a plus de revenus. C’est dur de retrouver du sens maintenant », avoue la commerçante, encore dans le flou. Le bilan est également très lourd pour Paul et sa brasserie, Le Vendôme : « On nous a brisé la vitre et tout saccagé à l’intérieur. Il nous reste encore la machine à café, donc on s’est promis de rester ouvert pour essayer de continuer à faire vivre le centre-ville, mais l’ambiance est morose dans le quartier. Notre activité a diminué de presque 70% et j’ai dix employés que je vais avoir beaucoup de mal à payer. Je viens donc me renseigner pour savoir ce qui est possible en termes de chômage technique. »

    Certains commerces moins touchés sont tout de même présents. « Je n’ai pas eu de sinistres, à part le rideau métallique, mais je suis très fortement impacté. Je travaille avec des magasins des rues de Rome et Paradis qui se sont fait piller, donc je n’ai plus de clients », explique le gérant de la boutique Josy Couture, qui propose des retouches de vêtements.

    Une cellule psychologique a également été ouverte pour accueillir les commerçants, qui ont, pour certains, été confrontés de près aux scènes de pillage.

    L’accueil se poursuit sur rendez-vous lundi, mardi et mercredi. Prise de rendez-vous : urgence-entreprise@cciamp.com