Tag: manifestation

  • Police et milice main dans la main ? Le rapport qui accable

    Police et milice main dans la main ? Le rapport qui accable

    Avec l’arrêté préfectoral d’interdiction de la manifestation du 24 octobre, on ne savait pas trop à quoi s’attendre à Montpellier pour l’acte 2 contre la vie chère.

    Ce qu’on n’aurait pas imaginé, c’est que l’ultra droite et certaines forces de l’ordre agiraient de concert dans une volonté commune de réprimer le mouvement social.

    C’est en tout cas ce que semble prouver le rapport de l’Observatoire des libertés de Montpellier (OLM). Dévoilé le 28 octobre à la presse sur la base de vidéos, photos, de recherches sur les réseaux sociaux et avant tout d’un travail minutieux sur le terrain (3 équipes de 3 observateurs), le document est accablant.

    Il tend à démontrer qu’à plusieurs reprises en centre-ville, samedi 24 octobre, des groupes de jeunes proches de la mouvance ultra-droite, ont librement déambulé aux côtés de formations de CRS, provoqué et invectivé des manifestants, mais aussi participé à des interpellations et commis des violences sous les yeux de policiers, sans jamais être entravés, contrôlés, ni interpellés.

    Les jours précédents, l’influenceur d’extrême droite Ahpha_Rise avait lancé un appel sur les réseaux sociaux à former des groupes de protection soi disant pour protéger des commerces de potentielles dégradations et pillages (comme ceux survenus le 17 octobre en marge de l’acte 1). Sur les photos et vidéos compilées par l’OLM, plusieurs personnes semblent avoir répondu présentes, reconnaissables à leur foulard blanc noué autour du bras ou dépassant de la poche. Organisés en milice, ces individus ont sévi à plusieurs reprises, certains cagoulés, d’autres à visages découverts aisément identifiables.

    D’abord à 16h30 au bas de la rue de la Loge. Près d’une vingtaine de CRS à qui ils tournent le dos, une poignée de ces individus insultent et provoquent un groupe de manifestants qui leur font face côté Comédie. Pleuvent ensuite les projectiles et les coups. Aucune réaction du cordon de CRS qui observe la scène environ 20 mètres plus haut. Lorsque des manifestants se rebellent et que la milice en sous nombre paraît malmenée, les CRS se mettent à charger. On voit qu’ils évitent les membres au foulard blanc pour foncer sur les manifestants qu’ils matraquent. À aucun moment les miliciens ne sont inquiétés, ils déambulent librement au milieu des policiers. Un milicien se permet même des coups de pied à une personne à terre sans conséquence. Lors du repli des CRS, on semble distinguer le pouce levé d’un policier, probablement à l’attention d’un milicien qui se replie avec eux.

    Pour Sophie Mazas, la présidente héraultaise de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), la scène illustre un « traitement différencié » avec une « passivité » vis-à-vis des actes répréhensibles du groupe d’ultra-droite mais aussi une « proximité opérationnelle » avec les CRS.

    L’ultra droite a déjà sévi

    Second exemple une heure plus tard sur l’Esplanade. Face à l’office de tourisme, trois jeunes miliciens traînent une personne au sol, la frappent et la remettent aux CRS qui l’interpellent. Les trois jeunes sans aucun brassard de policiers repartent tranquillement. L’un se permet même de toucher la hanche d’un policier. Enfin, à 19h55 devant l’arrêt de tram Observatoire, une scène interroge. Les images montrent deux voitures de la Brigade anticriminalité s’arrêter et un groupe de jeunes s’approcher en déployant des foulards blancs. Assiste-t-on à une sorte de congratulations ? Toujours est-il qu’aucun contrôle n’est opéré.

    Pour la LDH34, ces faits s’apparentent à une « action coordonnée », un « schéma organisé et répété », pas à des « actes isolés ». Des comportements « contraires au droit constitutionnel et aux droits fondamentaux », une milice qui travaillerait au maintien de l’ordre aux côtés de CRS s’inscrivant hors du cadre légal et républicain.

    À Montpellier, ce n’est pas la première fois que l’extrême droite s’en prend violemment au mouvement social. On se souvient du commando de la fac de droit en 2018 ou des violences des Beaux-Arts de septembre 2025.

    Par le passé, la préfecture avait tendance à réduire ce genre d’événements à des rixes entre bandes rivales. Pour la LDH qui s’apprête à saisir le procureur de la République et lui transmettre ses éléments, « cette rhétorique ne tient plus ». Pour l’heure, la préfecture de l’Hérault n’a pas répondu à nos sollicitations. De son côté, le procureur a ouvert une enquête.

  • Nouveau samedi de colère sociale en vue

    Nouveau samedi de colère sociale en vue

    Une nouvelle fois, Marseille s’annonce comme être l’épicentre de la colère sociale, dans la région, pour ce samedi et « l’acte III » du mouvement social de la jeunesse. De nombreux appels à la manifestation sont relayés sur les réseaux sociaux et font état de plusieurs rendez-vous dans la cité phocéenne, notamment à 14h aux Réformés. Le comité de lutte des étudiants d’Aix-Marseille université, tout comme l’assemblée générale des étudiants ou encore la coordination des Gilets jaunes, partagent le rendez-vous. La fédération des Bouches-du-Rhône du PCF donne rendez-vous à 14h sur les escaliers de la gare Saint-Charles et appelle « les communistes à se retrouver pour un rassemblement en point fixe, dans une zone non concernée par l’interdiction préfectorale ».

    Halloween oblige, certains mots d’ordre tournent autour des déguisements et autres appels nocturnes comme à la Plaine… De quoi faire craindre le pire du côté des forces de l’ordre (lire article ci-contre).

    À la différence du samedi précédent, cette fois, les syndicats locaux ne sont pas organisateurs de la manifestation marseillaise et n’ont pas non plus attaqué l’arrêté préfectoral devant la justice. L’Union départementale CGT des Bouches-du-Rhône ne communique pas sur l’événement. Mais plusieurs organisations de la CGT, comme les Unions locales Marseille Sud, de la Joliette ou encore celle du centre-ville appellent tout de même à la mobilisation. Quand la FSU 13 dénonce un « arrêté liberticide » et appelle à « poursuivre et amplifier les mobilisations », notamment en vue de la grève interprofessionnelle et intersyndicale du 5 novembre. Le syndicat Solidaires 13 adopte la même position que la semaine passée, « en grève et dans la rue », pour cette date.

    Les syndicats présents

    en Vaucluse et dans le Var

    Notons enfin qu’un autre appel à la manifestation est relayé par plusieurs organisations syndicales et progressistes, dont le PCF, pour Aix-en-Provence.

    Dans le Var comme en Vaucluse, les syndicats sont à l’initiative des mobilisations du samedi. Pour le premier département, c’est une intersyndicale CGT, FSU et Solidaires qui a déposé un parcours de manifestation, validé en préfecture et qui s’élancera depuis la Bourse du travail de Toulon (notre article du 30/10). L’intersyndicale étant soucieuse « de ne pas reproduire » la situation de la semaine précédente où la mobilisation avait été ballottée entre interdiction préfectorale et autorisation à la dernière minute après une contestation en justice. Cette fois, et malgré les arrêtés d’interdiction, les Varois pourront bien battre le pavé sereinement.

    En Vaucluse, l’Union départementale CGT, avec Solidaires et FO, appelle à la mobilisation à Avignon, notamment pour faire « face à la criminalisation du mouvement social ». Sur fond de bras de fer avec la préfecture puisque cette dernière juge « cette manifestation illégale » à la suite de la prise d’arrêtés d’interdiction. Et ce malgré la déclaration de la manifestation et des discussions qui n’ont pas pu aboutir à un compromis sur le trajet. « Aucun accord sur un parcours alternatif n’a pu être trouvé », justifie la préfecture. Pas de quoi refroidir les représentants du monde du travail, qui maintiennent bien l’appel à la mobilisation devant la préfecture à 10h et déposent un recours contre ledit arrêté. Plus que ça : une large intersyndicale, avec l’Unsa, la CFDT, la FSU et la LDH dénonce la situation dans un communiqué commun, ce vendredi. Rappelons que la manifestation du 24 octobre s’était globalement déroulée dans le calme pour la Cité des Papes.

    Multiples rassemblements dans les Alpes du Sud

    Du côté des départements des Alpes-de-Haute-Provence et Hautes-Alpes, pas de gros point de rendez-vous, mais une multiplication de mobilisations et pas d’interdiction de manifester. On recense au moins quatre appels aux rassemblements pour le premier département, mais une seule manifestation est déclarée : à Barcelonnette par la CGT, FSU et Solidaires. Plusieurs ronds-points sont ciblés comme à Digne-les-Bains et Forcalquier ou la place de la République de Sisteron, dès le matin. Principe similaire pour les Hautes-Alpes avec deux appels à la mobilisation, à Gap et Briançon, à 14h.

  • Antoinette Colonna, l’énergie d’une éternelle militante devenue virale

    Antoinette Colonna, l’énergie d’une éternelle militante devenue virale

    Tu as fait 3 millions de vues mamie ! » La fierté de son petit-fils Théo et les 35 000 vues sur un site japonais ne lui feront « pas tourner la tête », assure Antoinette Colonna, convaincue de faire « juste mon devoir ». Les pieds sur terre et dans tous les cortèges, elle sera encore là, ce 31 octobre « et le 5 novembre aussi, c’est très important ».

    Pour Antoinette, militer est un « besoin, car c’est la seule façon d’obtenir des droits. C’est ce qu’ont fait les communistes depuis toujours et c’est comme ça qu’on a eu la Sécu avec le Front populaire en 1936 ». Un message qu’elle transmet aux jeunes à chaque mobilisation, du haut de son mètre cinquante : « Il ne faut rien lâcher, sinon, on est foutu. Plus on est nombreux dans la rue, plus on a de chance de gagner. » Elle arpente le pavé marseillais depuis des lustres, aux côtés « des syndicats, des travailleurs, contre le logement indigne, pour ne pas que les enfants dorment dans la rue, avec L’Après M, devant le tribunal administratif pour sauver mon journal… », liste cette cheville ouvrière des Amis de La Marseillaise.

    « Des jeunes lumineux »

    Et des lycéens. « Je suis grand-mère. Je comprends leur colère. Ils ont la tête sur les épaules et se sont réveillés. Ils sont lumineux », explique-t-elle simplement. Un trait d’union entre générations que les jeunes ont bien saisi. « Devant l’hôtel de Ville, les bras ouverts, j’ai fait face au peloton de CRS qui allait charger. Les policiers sont restés bêtes. Les jeunes m’ont fait une ovation », s’amuse-t-elle. Sur la Canebière, elle prend le porte-voix pour les soutenir. Sur le Vieux-Port, elle se fait porter en triomphe. « Gazée et regazée Porte d’Aix, les jeunes m’ont toujours secourue, m’accompagnent jusqu’au métro. Après, je rentre chez moi. Et je fais le compte rendu à Dédé, qui me laisse aller partout. »

    Soudés, militants, les époux Colonna ont tout traversé ensemble : « On avait des revenus modestes et cinq enfants. À la Plaine, je faisais la fin des marchés pour avoir des légumes pas chers. » Et quand l’incendie de Carpiagne, en 2009, a ravagé leur maison à La Panouse, ils ont encore dû se battre pendant cinq ans pour être indemnisés. « On a vécu dans le poulailler, c’est tout ce qu’il restait. »

    Dans les manifs, elle est « Mamie », à la section PCF du 9e, le secrétaire Loïc Ter Maaten salue « sa vitalité, ses interventions justes et bien motivées ». Les lacrymos ne la feront pas reculer. « Contre ces gouvernements qui défendent les riches et n’entendent pas le peuple, je continuerai jusqu’à ma mort. »

  • La soif de justice sociale au cœur du 5 novembre

    La soif de justice sociale au cœur du 5 novembre

    Les colères ne sont pas près de s’éteindre sur le terrain social et les interdictions de manifester et autres couvre-feux n’y font rien. Les jeunes sont décidés à maintenir la pression sur le gouvernement et le chef de l’État, Emmanuel Macron.

    Ce dernier a fini par vaciller : Après plus d’un mois de blocus, le gouvernement a annoncé lundi 26 octobre plusieurs mesures pour tenter d’éteindre le mouvement de contestation des lycéens et des étudiants, dont le remplacement en 2028 de la plateforme d’orientation post-bac Parcoursup. Insuffisant pour l’organisation syndicale Mouvement lycéen : « Nous avons arraché un premier recul : celui des promesses. Mais le compte n’y est pas », a-t-elle réagi mardi 27 octobre dans un communiqué. C’est surtout sur le fond des annonces que l’organisation se montre la plus critique : « Macron ne tient pas sa plus grande promesse : celle de nous offrir un avenir. Nous voulons la garantie de pouvoir vivre dignement en France. Chaque jeune doit pouvoir accéder à un travail utile à la société et émancipateur, sans subir les inégalités au travail, et pouvoir décider de l’avenir de notre pays. » Interviewé mercredi 28 octobre sur la chaîne Youtube du média HugoDécrypte, le chef de l’État a appelé les lycéens à « reprendre les cours » dans « le calme » lors de la rentrée de ce lundi 2 novembre, après plus d’un mois de mobilisation qui s’est élargie à d’autres revendications sociales. Et il a eu, pour la première fois, un mot de « compassion » pour les jeunes manifestants blessés par les forces de l’ordre, alors que le niveau de répression a passé un cap .

    Les organisations de jeunesse seront aux côtés de l’intersyndicale qui organise, jeudi 5 novembre, une journée de grèves et de manifestions dans tout le pays à l’appel de la CFDT, de la CGT, de FO, de l’Unsa et de la FSU. Cinq organisations représentants l’essentiel des travailleurs du public et du privé. Pour la CGT, « le projet de budget tourne le dos à la jeunesse et à ses revendications légitimes ». Plus largement « les choix du gouvernement vont encore peser sur nos vies et nos droits : se soigner correctement, vivre dignement de son salaire ou de sa pension, compter sur des services publics accessibles sur tout le territoire… ce sont des droits essentiels à garantir, pas des économies à réaliser ». Pour les syndicats, il s’agit de proposer un contre-récit à celui distiller par la macronie, la droite et l’extrême droite notamment sur la dette publique. « La situation actuelle n’est pas due au niveau des dépenses sociales, qui sont utiles pour toutes et tous, mais des milliards d’euros de recettes dont on se prive en faisant des cadeaux aux ultra-riches et aux grandes entreprises, sans aucune utilité sociale », réplique la CGT. Et de mettre l’accent sur la répartition des richesses. « D’un côté, les aides publiques aux entreprises ont fortement progressé et atteignent plus de 200 milliards d’euros par an. De l’autre, les sommes versées aux actionnaires battent des records, avec plus de 60 milliards d’euros ces 6 premiers mois pour le CAC 40. La question est de savoir à quoi il sert car seul notre travail crée les richesses, elles doivent profiter à toutes et tous pour vivre » argumente la centrale de Montreuil. Pour la CFDT « l’austérité à long terme n’est plus tenable, notamment pour les revenus les plus bas, il est temps de remettre la justice sociale au cœur des choix économiques ». Dans l’Hérault et le Gard, plusieurs manifestations sont prévues notamment à Montpellier, Sète, Béziers, Nîmes et Alès.

    Les manifs du 31 octobre et du 5 novembre

    Samedi 31 octobre

    Hérault : Montpellier, sit-in 14h devant la mairie. Béziers, 10h30 manif départ place David-d’Angers, sit-in devant la mairie. Gard : Nîmes, sit-in 14h devant la mairie, manif 14h Jardins de la Fontaine.

    Jeudi 5 novembre

    Gard : Alès 10h devant la sous-préfecture, Nîmes 14h, bas de l’avenue Jean-Jaurès. Hérault : Montpellier, 14h, place Albert-Ier, Béziers, 10h30, Bourse du travail, Lunel, 11h30, place de la République, Sète, 10h30, place de la mairie.

  • Les syndicats de Vaucluse mobilisés ce 31 octobre

    Les syndicats de Vaucluse mobilisés ce 31 octobre

    La CGT de Vaucluse, l’Union syndicale Solidaires 84 et FO Enseignement 84 appellent à la mobilisation à 10h devant la préfecture de Vaucluse, à Avignon. Une manifestation déclarée par Solidaires. Le déroulé d’un éventuel parcours est encore en attente.

    Solidaires rappelle que, malgré l’interdiction de rassemblement dans un large périmètre à Avignon, « plus de 700 personnes se sont réunies samedi dernier à Avignon, afin de protester contre la vie chère, de demander de vraies mesures d’augmentation des rémunérations et bien évidemment en soutien aux revendications de la jeunesse ». En plus de ce samedi 31 octobre, l’organisation appelle à « construire une semaine noire et les conditions de la grève générale et reconductible à partir du 5 novembre ! »

    « Alors que le gouvernement s’obstine dans ses choix austéritaires, les travailleur·ses refusent de payer la facture ! D’autres choix sont possibles pour répondre aux urgences sociales, renforcer les solidarités et faire passer les salariés avant les profits », pousse de son côté la CGT de Vaucluse, rappelant également la date du 5 novembre.

    Un appel également partagé par FO Enseignement 84 qui, dans son appel, se mobilise « pour défendre le droit de manifester, contre la violence d’État et la répression judiciaire mises en œuvre pour empêcher l’expression des revendications ».

    Le préfet interdit

    Dans un communiqué émis ce jeudi 29 octobre, l’organisation syndicale regrette notamment que le gouvernement « continue de mépriser les organisations syndicales : nous ne sommes ni des “influenceurs”, ni les extincteurs d’une crise dont seul le gouvernement est responsable ».

    La préfecture annonce, ce jeudi 29 octobre, qu’elle renouvelle l’interdiction de manifester dans le centre-ville d’Avignon et sur les rues et boulevards autour des remparts pour ce samedi. « Ce dispositif, et l’action efficace des forces de police et de gendarmerie, ont permis d’éviter de nouveaux pillages et de nouvelles dégradations le samedi 24 octobre, malgré la présence de groupes déterminés à reproduire ces exactions », assure-t-elle dans le même communiqué.

    Dans le même temps, le couvre-feu pour les mineurs non accompagnés est également renouvelé sur la Cité des Papes, de 18h à 6h du matin.

  • Les collectivités et l’État affichent leur soutien aux commerçants marseillais

    Les collectivités et l’État affichent leur soutien aux commerçants marseillais

    « J’ai redémarré mais sans marchandises et ma banque a rejeté le prélèvement car il n’y a pas d’argent qui est rentré. » Venu bénéficier des services du guichet unique installé au Palais de la Bourse depuis le début de la semaine pour venir en aide aux commerçants touchés par la casse et les pillages, ce buraliste, installé à Sainte-Marthe (14e) depuis 17 ans, ne cache pas son désarroi. Face à lui, le préfet de région, Jacques Witkowski, le président de la Chambre de commerce Aix-Marseille, Jean-Luc Chauvin, et les représentants des collectivités qui ont mis au pot, François de Canson (DVD), président de la Région, Martine Vassal (DVD), présidente du Département. Rebecca Bernardi (PM), adjointe au maire de Marseille en charge du commerce est là aussi.

    « Ce guichet rassemble l’ensemble des services disponibles, ceux de l’État, des collectivités, de la solidarité entrepreneuriale. On reçoit au fur et à mesure les entreprises pour leur permettre de faire leur parcours, d’avancer » explique Jean-Luc Chauvin, ajoutant que plus de 180 d’entre elles « ont été vues, accompagnées ou reçues ». Après une prise de contact par téléphone, un « parcours de rendez-vous est pris pour ne pas attendre et voir tout le monde », poursuit le responsable de la CCI.

    Dans le cadre d’un fonds régional, 5 millions d’euros ont été débloqués, auxquels s’ajoutent 5 autres millions du Département. Un dispositif qui a fait ses preuves pour le Covid en 2020, les émeutes en 2023. « On se doit de redonner confiance à nos commerçants. On ne veut pas que le centre-ville de Marseille meure » insiste François De Canson, rappelant que Noël, « c’est quand même 35% du chiffre d’affaires ».

    Anticiper un effet

    « château de cartes »

    Martine Vassal enchaîne : « Beaucoup de commerçants aujourd’hui n’ont plus de stock, n’ont plus rien, ont des salariés sur les épaules. » Forte de cette belle solidarité, Rebecca Bernardi en appelle également à l’État. « Cela ne suffira pas pour relancer le centre-ville. On a une prise en charge des commerces pillés mais il y a aussi tous les commerçants qui sont debout, qui font zéro en chiffre d’affaires, ou à 10% de ce qu’ils font d’habitude », s’inquiète l’élue qui réclame pour ces derniers des garanties pour éviter que tout ne s’écroule comme un « château de cartes ».

    La Ville se chargera de l’animation dès la semaine prochaine, avec un « plan global » incluant la gratuité des parkings, la piétonnisation temporaire voire l’ouverture le dimanche pour rattraper l’activité perdue. Le chèque-cadeau « Treiz’local » à consommer dans le centre-ville est également de retour annonce Jean-Luc Chauvin, prêt à « faire feu de tout bois pour sauver le centre-ville ».

    En attendant, la perspective d’une nouvelle manifestation le 31 octobre ne rassure personne. « Je n’ai pas, à l’heure où on se parle, de demande de dépôt de manifestation », affirme Jacques Witkowski. Il tient à faire passer un message : « Il ne faut pas s’y tromper, nous n’avons pas affaire à des gens qui manifestent mais à des gens qui viennent casser, des délinquants. » Et d’appeler « chacun prend ses responsabilités. Nous prendrons les nôtres ».

    Pour autant, pas question d’appeler à la fermeture des commerces répond Jacques Witkowski quand on lui pose la question. « On a le droit d’ouvrir quand on est un entrepreneur, on a le droit aussi, quand on est un citoyen, un touriste, de venir, ne serait-ce que se promener ou acheter là où les commerces sont ouverts », estime-t-il. Et de rappeler le « succès populaire » de la manifestation du 24 octobre organisée par la CGT. « Les gens ont pu venir en toute sécurité exprimer leur mécontentement, leurs observations. Il faut qu’on puisse continuer comme ça, que ça se passe bien », considère le préfet.

  • Ce 31 octobre, l’intersyndicale varoise dans la rue

    Ce 31 octobre, l’intersyndicale varoise dans la rue

    « On a pris les choses en main. » Après le flou artistique du samedi 24 octobre et sa manifestation toulonnaise, qui a été ballottée entre interdiction et autorisation à l’arraché, cette fois les syndicats varois sont à l’initiative.

    « On a déposé un parcours dans les délais, avec Solidaires et la FSU, et après échange avec le préfet, il a été validé », explique Manon Magagnosc, membre du bureau de l’UD CGT 83. Au départ de la Bourse du travail de Toulon à 14h, les organisations syndicales prévoient « un grand tour de la ville » avec des passages dans le centre, et non pas éloignés comme la semaine dernière. « L’idée est de permettre aux jeunes, et tous ceux qui le souhaitent, de manifester pacifiquement et dans de bonnes conditions », développe la syndicaliste. Elle insiste sur la volonté des organisations syndicales de « ne pas se retrouver dans la même situation » pour ce samedi, c’est-à-dire de savoir, 15 minutes avant le début officiel de la manifestation, si elle était autorisée par la préfecture, ou pas. « La semaine dernière, nos Unions locales appelaient à la mobilisation, avec une interdiction de manifester qui a provoqué le dépôt d’un référé liberté [procédure devant le tribunal administratif Ndlr] et dont nous avons eu la réponse à 13h45 », rappelle Manon Magagnosc.

    Mais c’est surtout sur le fond qu’il y a un enjeu pour l’intersyndicale. « On considère que les manifestations du samedi sont positives car elles rassemblent des gens qu’on n’a pas l’habitude de voir dans nos cortèges, mais si on veut gagner, c’est bien par la grève que ça passera », analyse la syndicaliste. Et de développer au regard des échéances à venir avec l’appel à la grève intersyndicale du 5 novembre : « On a beaucoup de relais locaux pour l’appel à la grève du 5 et on est sur une intersyndicale complète. Il y a d’ailleurs 4 manifestations, dans le Var, prévues pour cette date, c’est un signal plus que positif. » 5 novembre d’un côté et 31 octobre de l’autre, les deux se nourrissent pour l’UD CGT du Var : « Ce samedi c’est un tremplin pour ce 5 novembre, on va diffuser le message qu’il faut généraliser la grève. »

  • [Exclusif] Interdiction de manifestations et couvre-feu pour les mineurs dans les Bouches-du-Rhône

    [Exclusif] Interdiction de manifestations et couvre-feu pour les mineurs dans les Bouches-du-Rhône

    Dans un courrier adressé aux préfets ce jeudi, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a alerté sur un « risque de violences urbaines très élevé » face aux appels à manifester du 31 octobre.

    Dans la droite ligne de ses recommandations, la préfète de police déléguée a pris une série d’arrêtés interdisant les manifestations non déclarées dans les centre-villes, pour tout le week-end, et y réinstaurant un couvre-feu pour les mineurs non accompagnés de leurs parents.

    Les « manifestations et les rassemblements revendicatifs non déclarés » sont ainsi interdits du vendredi 30 octobre à 18h au lundi 2 novembre à 5h dans les villes de Marseille, Aix-en-Provence, Miramas, Salon-de-Provence, Aubagne, Cabriès, Les Pennes-Mirabeau et Arles dans les secteurs correspondants aux centres-villes, ainsi qu’aux centres commerciaux.

    S’y ajoutent des interdictions de port d’équipements de protection individuels « de type gants, genouillères, casques, masques professionnels de chantier ou lunettes de protection destinés à mettre échec tout ou partie des moyens utilisés par les représentants de la force publique pour le maintien de l’ordre public », de transport d’objets « susceptibles de constituer une arme par destination » et de transport de carburant « sous forme conditionnée » dans les mêmes périmètres.

    Enfin, le couvre-feu interdit toute circulation de mineur non accompagné par au moins l’un de ses représentants légaux de 23h à 5h du matin, entre vendredi soir et lundi matin, dans le centre-ville de Marseille et auprès des centres commerciaux de la ville, dans la zone commerciale des Paluds à Aubagne et dans la zone commerciale de Plan-de-Campagne.

  • Solidaires appelle à la mobilisation à Avignon ce samedi 31 octobre

    Solidaires appelle à la mobilisation à Avignon ce samedi 31 octobre

    Ce samedi 31 octobre, l’Union Syndicale Solidaires 84 appelle à la mobilisation à 10 heures devant la préfecture de Vaucluse, à Avignon. Une manifestation déclarée assure le syndicat.

    Solidaires rappelle que, malgré l’interdiction de rassemblement dans un large périmètre à Avignon, « plus de 700 personnes se sont réunies samedi dernier à Avignon, afin de protester contre la vie chère, de demander de vraies mesures d’augmentation des rémunérations et bien évidemment en soutien aux revendications de la jeunesse. » En plus de ce samedi 31 octobre, l’organisation appelle à « construire une semaine noire et les conditions de la grève générale et reconductible à partir du 5 novembre ! »

  • Climat social et politique, LEO… le préfet de Vaucluse fait le point

    Climat social et politique, LEO… le préfet de Vaucluse fait le point

    Climat social

    et maintien de l’ordre

    À l’instar d’Emmanuel Macron lundi à Marseille qui, dans un rare mea culpa, reconnaissait des erreurs dans la gestion du 17 octobre, le préfet Thierry Suquet fait aussi part de dysfonctionnements : « On a sous-estimé la conjonction entre le mouvement lycéen et étudiant, les syndicats traditionnels et l’importance du côté casseurs à l’intérieur de la manifestation alors qu’en général, ils se produisent en fin de journée. » Le 17 octobre, « on a gardé des forces de façon spécifique sur l’intra-muros pour empêcher le pillage des magasins ». Huit à dix d’entre eux « ont été attaqués, deux ont été vraiment pillés ». Quant au 24, le préfet estime avoir « toléré la présence de manifestants » cantonnés place Saint-Lazare, malgré l’absence de déclaration de manifestation dans les délais et « un arrêté d’interdiction d’attroupement et de rassemblement ». Se dirige-t-on vers un troisième samedi de revendications sous tension ? Pour l’heure, « il n’y a pas d’annonce de manifestation déclarée. On commence à avoir, sur les réseaux sociaux, des appels aux rassemblements ». Thierry Suquet n’exclut pas de prendre un nouvel arrêté « s’il y a des risques d’attroupement non maîtrisés ». Pas de menace d’interdire la manifestation syndicale du 5 novembre. « On doit discuter du parcours, les grandes organisations syndicales ont des services d’ordre, ça peut se passer dans d’excellentes conditions ».

    Point de deals en baisse, mais trafic toujours présent

    Thierry Suquet le répète à tout bout de champ : « La lutte contre le narcotrafic reste un véritable objectif » Ainsi, en 3 ans, le nombre de points de deals a été divisé par deux, passant de 36 à 16, dont 9 à Avignon et un très important à Orange, quartier Fourchevieilles. « Cela reste mouvant, dans la durée, c’est extrêmement difficile », concède-t-il. « On continue beaucoup de gêner, c’est pour ça qu’ils se reportent beaucoup sur la livraison, note Thibault de Cacqueray, directeur de cabinet du préfet. À Orange, quand on passe de 5 à 1 point de deal, c’est déjà un succès parce que l’espace public est moins occupé, les habitants ne sont plus pris en otage et ne vivent plus dans l’omerta et la crainte de règlements de comptes. »

    L’État ne veut plus piloter la LEO

    Dossier lancinant, la liaison Est-Ouest (LEO) n’est pas un dossier clôturé. Olivier Galzi, maire (DVD) d’Avignon et président du Grand Avignon, a poussé dès avril pour que l’État n’enterre pas définitivement le projet de phase 2 (Rognonas-Amandier), même si les crédits initiaux ont été fléchés ailleurs. « Le ministre des Transports nous a demandé de travailler avec les équipes du Grand Avignon et les collectivités locales concernées sur ce que pourrait être la LEO de demain », pose Thierry Suquet. Mais, comme nous l’indiquions début septembre, avec un changement de taille : l’État ne souhaite plus assurer la maîtrise d’ouvrage. « Aujourd’hui, l’État ne fait plus de routes, on a d’autres priorités sur le développement autoroutier ou les Jeux olympiques, donc si vous voulez que ça avance plus vite, prenez la maîtrise d’ouvrage, fait valoir le préfet. Cela ne signifie pas nécessairement qu’on mettra moins d’argent, mais nos moyens d’ingénierie n’iront pas sur la LEO. » D’après le préfet, « les collectivités ont ouvert la porte » pour piloter le dossier. Enfin, plutôt le Grand Avignon que le Département.

    Climat politique tendu et polarisé RN/LFI

    « Tout le monde politique bruisse du risque que représenterait un affrontement LFI/RN au second tour de la présidentielle, mais ça, c’est le quotidien du Vaucluse », constate le préfet, qui note un climat global « tendu puisque le département est quasiment dans un face-à-face entre un RN omniprésent et Raphaël Arnault et LFI à Avignon, qui ont fait de l’antifa leur combat principal. On a une espèce de crispation dans laquelle on cherche un affrontement bloc contre bloc qui va contre la sérénité d’un débat public sain, je résisterai à l’ensemble des pressions qui sont destinées à faire taire le débat ». C’est notamment en sens que Thierry Suquet est intervenu dans l’affaire opposant Julien Aubert et le théâtre du Rouge-Gorge, « parce que les pressions étaient contraires à la liberté d’expression et au débat démocratique ». À inverse, « j’ai eu plusieurs fois des demandes de maires RN me demandant d’interdire les manifestations organisées par Raphaël Arnault, je n’ai jamais accepté ».